M. Mme Misrahi Roger Paulette M. Mme Misrahi Michel Sokleng et leurs enfants








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Histoire complète de la vie de mon Père ----Jusqu'à sa fin tragique au camp d'internement de Jawischowitz ou les déportés devaient travailler dans les mines de charbon et y périr d'épuisement au bout de quelques moi
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Mes souvenirs en mémoire de mon cher PAPA que j'ai si peu connu.
Son nom Mizrahi ou Misrahi son prénom Chaloum ou Chalom (paix)
(Ecrit en Février 2002)

Il est né en Février 1904 a Constantinople (Turquie) ville appelée plus tard Istanbul ou Istamboul

J'ai écrit son histoire en suivant le chemin de sa courte vie jusqu'à sa disparition, en revivant avec lui, le parcourt de son existence, de la souffrance qu'il aura vécu si injustement à cause de ses origines Israélites.
Je dédie ce récit authentique de mon Père , a mon cher fils Michel, ce grand-père qu'il n'aura pas connu, a mes petits-fils Alexandre et Kévin leur arrière Grand Père et à toute ma famille.
Une branche des ancêtres de la famille de mon père était venu se réfugier en Turquie suite a l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492 dont certains partirent au Portugal et durent repartirent a nouveau en 1496 diaspora dans la diaspora, le second grand exil de la patrie Séfarade .

Après avoir traversé la Méditerranée, ils furent accueillis par les pays Islamiques d'Afrique du Nord et surtout par les gouvernements Ottomans (Turquie) et ils jouiront a Salonique devenu nouvelle capitale Séfarade avec autonomies et libertés.

C'est là que va être sauvegardée pour prés de cinq siècles la langue parlée des Juifs Séfarades ou DJIDYO prononcée DJOUDIOS.

Donc les parents de mon père quittent la Turquie dans les années 1910 - 1920 pour fuir la misère sociale et les très mauvaises conditions d'existence arriérée qu'ils avaient subi pendant des siècles pour une vie espérée meilleur en France.

A leur arrivée, ils vont apprendre le Français, oublier le parlé de la langue Turque mais garder leur langue de leurs origine, l'Espagnol (le DJIDYO) et pour certains l'Hébreu de la religion Israélite .

Ma sœur et moi allons baigner dans ces deux langages Franco Espagnol ,qui plus tard va me permettre de comprendre l'Espagnol ,sans jamais l'avoir parlé.

Ma mère Clara (Claire) et sa famille Gabay ont suivit le même parcourt de l'Espagne via la Turquie et la France je pense avant la guerre 1914-1918, car née en 1904, elle m'a dit avoir eu huit ans a son arrivée.

Voilà donc ces deux familles parmi d'autres, arrivées dans la capitale de la France pour une vie meilleur.

Suivant les coutumes de l'époque des rencontres organisées entre ces familles, font de mes parents deux fiancés, qui peu de temps les fera se marier a la mairie du onzième arrondissement le 18 Mai 1929, ils avaient 25 ans, (je devais naître un an plus tard le 5 Mai 1930) . Ce mariage avait du se passer dans une salle de restaurant et a la fin du repas la mariée avec sa longue robe en tulle blanc devant tous les invités devait enjamber plusieurs fois, un plat de poissons posé au sol et suivant le nombre aurait eu autant d'enfants, (le poisson étant le signe de la fécondité) heureusement nous ne fumes que deux avec ma petite sœur Suzanne.

Mon père était marchand forain ambulant, li faisait de la vente de bonneterie, bas, chaussettes, maillots, lingeries féminines, comme cela est inscrit sur le livre du registre de Commerce de Paris du 30 Juillet 1928 (un an avant son mariage), sous le nom de Mizrahi Chaloum, il habitait Impasse des Trois Sœurs Paris 11 ème.

Il devait avoir 3 ou 4 frères dont je ne connais qu'un seul Chapate qui au début faisait le même métier que lui et par la suite était devenu un Rabin et officiait a la petite Synagogue de la rue Popincourt et après dans la nouvelle grande de la rue de la Roquette, dans le 11èmè, lieu ou j'ai vécu toute mon enfance.

Ma mère était vendeuse dans divers magasins et avait gardé auprès d'elle sa mère Rosa alors qu'elle avait ses trois frères et trois sœurs ,Joseph, Albert, Mordoh, l'aînée Estréa, Fortuné, et Suzanne, (le prénom de ma sœur) soit sept enfants .

Dès leur mariage, ils s'installent dans un petit appartement rue du faubourg Saint Denis avec ma grand-mère, ce fut là que je fus conçu et né d'un amour estival, comme la célèbre chanson de Mistinguette , je peut dire < Je suis né dans l'faubourg Saint D'nis>

La plus part des accouchements avaient lieu dans la grande maternité-clinique Baudeloque dans le 14 ème Arrondissement ou je naquis le 5 Mai 1930 a la grande joie (je pense) de mes chers jeunes parents, qui me transportent dans le Faubourg de ma chanson !!!.

Peut de temps après, ils déménagèrent au 42 bis rue Sedaine dans le 11 ème arrondissement Paris.

Cette rue qui part de l'ancienne place Voltaire (maintenant place Léon Blum) jusqu'au environ de la place de la Bastille était pleine de petits confectionneurs et permettait le ravitaillement en marchandises de mon père.

Tous les matin de bonne heure, je voyais qu'il partait avec deux grosses valises lourdes vers ses futures destinations de vente a travers Paris, la Banlieue, a pieds, en autobus, ou a métro.

La famille devait s’agrandir par la venue de ma petite sœur Suzanne, trois ans après moi, sa naissance fut enregistrée à la mairie du 11 ème à Paris.

Nous vivions a cinq dans ce petit deux pièces plus une minuscule cuisine un minable appartement qu'on appelle un TAUDIS, les toilettes (W C) étaient en commun pour tous les locataires, on était au premier étage, sans salle d'eau, un vieux poêle a charbon nous chauffait dangereusement les hivers, il faisait très sombre et souvent on allumait l'éclairage dès quatre ou cinq heures du a la présence d'un mur d'immeuble en face a deux mètres, masquant la moitié de notre logement.

Nous étions au fond d'une cour encombrée de dalles de marbres empilées les une contre les autres avec des tailles et couleurs différentes, elles servaient de matière première pour un artisan qui avait avec ses employés son atelier en dessous de chez-nous.

Toute la machinerie en poulies et courroies de transmissions, accrochées à son plafond était actionnée par un puissant moteur électrique dont l'ensemble en mouvement faisait un bruit épouvantable.

Nous avions sous nos pieds une trépidation permanente avec des BADABOUMS !!! BADABOUMS !!!!, car certaines roues tournaient comme des< patates > du a l'usure des ans.

Ces bruits ont bercé toute mon enfance et même aujourd'hui, je les entends encore.

Lors d'une consultation d'un médecin on était obligé de leur demander d'interrompre un instant leur travail,le temps de durée de l'examen du docteur .

En 1937-38 le ménage entre mes parents va mal, par la suite après querelles, disputes, mon père nous quittait et alla vivre seul dans une misérable et sordide chambre d'hôtel prés de la place de la Bastille, qu'il me fit visiter en venant me chercher a la sortie de mon école rue des Boulets (je suppose de canons rue a proximité du château de la Bastille, la Révolution).

Dans cet hôtel minable mon père voulant me faire plaisir et de garder de lui un souvenir (ce que je fait aujourd'hui) ouvrit son petit porte-monnaie et me demandait que je me serve parmi les petites pièces trouées qu'on appelait des sous (centimes) cinq, dix, vingt cinq sous .

Même avec mes sept ans je comprenais la misère de mon pauvre père et refusais d'en prendre.

Nous sommes sortie pour me raccompagner chez moi et passant devant la vitrine d'un magasin de jouets , il insista et pour lui faire plaisir, je prenais a contre cœur une panoplie de pistolet avec trois ou quatre flèches en bois a embouts caoutchoutés munies de ventouses .

Je le remerciais, il m'embrassa avec une grande tendresse et me ramena chez maman ;

Ici des larmes me viennent aux yeux, car ce fut la dernière fois de ma vie que je voyais mon très !! Très cher PAPA .

Et j'ai 72 ans ……. Lui en avait 34 DE ET CHAQUE FOIS QUE JE ME RELIS OU QUE JE RECORIGE CE TEXTE AU FOND MOI , JE SUIS TRES, TRES EMU !!!!. .

Le voilà tout seul avec son petit boulot de vente, ses valises comme du temps ou il était célibataire, jusqu'à la déclaration de guerre en Septembre 1939, pendant que le reste de notre famille était évacuée en province au Châtelet-en-Berry dans le Cher.

Il a vécu l'arrivée des troupes d'occupation Allemande a Paris, les contrôles d'identités qui ont suivit et les rafles dans les divers quartiers de Paris et ce fut au cour d'une de ces rafles que mon père a été arrêté le 7 Avril 1943 ainsi que, je l'ai appris plus tard le frère de mon cousin Jacques, Isaac Benchoua et son patron François Elefant dans le 11 ème Arrondissement.

Il fut conduit au camp de Drancy dans la proche banlieue, dès son incarcération, il fut soumis a la promiscuité, la privation de nourriture, d'eau, il eut des brimades de toutes sortes comme tous ces pauvres gens par familles entières qui subirent son même sort .

Ma Grand-mère et ma Sœur devait passer hélas dans ce sinistre camp de Drancy un an après, fin Février 1944 ou moi et ma mère auraient eu le même destin si on n'avait pas réussi a s'échapper de la rafle d'Alboussière en Ardèche.

Mon père devait partir de ce camp le 22 Juin 1943 soit deux mois plus tard par le convoi numéro 55 dans des wagons destinés a des bestiaux dont un exemplaire est installé en souvenir, au milieu des bâtiments qui avaient servi a l'hébergement des détenus dans ce camp .

Ce convoi arrivait au camp de la mort d'Auschwitz au bout de plusieurs jours sans eau ni nourriture, entassé a ne pas pouvoir s'asseoir ou se coucher presque sans aération et peu de ces malheureux arrivaient vivants a destination.

Mon père avait du échapper a cette terrible épreuve et en sortir vivant comme mon cousin Isaac ainsi que François Elefant , ils descendirent avec des brutalités de ces wagons maudits, qui auraient du normalement être réservés aux animaux, en laissant derrière eux beaucoup de leurs camarades de misères .

Au camp d'AUSCHWITZ , après un sévère triage ,comme des bêtes, les survivants étaient dirigés vers les chambres a gaz ,sauf les plus valides qui semblaient assez forts et partaient pour le camp de concentration de la mine de charbon Polonaise de JAWISCHOWITZ a dix kilomètres de là .

Mon père et ses camarades ont été travailler comme esclaves aux travaux forcés dans ces mines jours et nuits presque sans aliments convenables et suffisants , car ils étaient détournés par leurs gardiens des SS qui se faisaient de l'argent avec .

Les travaux exténuants dans l'extraction du charbon dont la hauteur des boyaux était réduite et rendait le travail très pénible et surtout le manque de nourriture réduisait rapidement la durée d'existence de ces malheureux forçats qui ne dépassait rarement les trois mois, dés que la faiblesse ou la maladie arrivait, ils étaient renvoyés immédiatement a la mort au camp d'AUSCHWITZ.

C'est dans ces terribles circonstances que mon pauvre Père, Isaac on subit ce calvaire comme beaucoup de leurs compagnons de misères et disparus là-bas en Pologne. Etait présent dans ce camp Henri Krasucki le futur responsable syndicaliste de la CGT.

Le patron d'Isaac, François Elefant a eu la chance ou le miracle de revenir vivant de cet enfer NOIR et de témoigner a son retour en France dans le livre JAWISCHOWITZ Annexe d'AUSCHWITZ ,qui m'a permis de suivre et de comprendre enfin jusqu'au bout, le suivit du parcourt de mon Père du jour de son arrestation a Paris !!!!,a son décès en Pologne déclaré le 26 Juin 1943 (en réalité après le 18 Juillet 1943) grâce a une carte postale envoyée par lui de JAWISCHOWITZ a son frère Chapate Mizrahi (voir photocopie et mon récit paru a la revue Décembre 2000 Numéro 33 ) . Voici ce qui suit.

PRIZIAC Novembre 2000
J'ai reçu de ma cousine Arlette Mizrahi une carte postale que mon père avait envoyée après sa déportation a son frère. Il a été raflé le 7 Avril 1943. Il est parti de Drancy le 23 Juin 1943 par le convoi No 55 .Dés l'arrivée, les plus valides sont dirigés sur la mine de charbon de Jawischowitz annexe d'Auschwitz .Pour moi ce fut un choc émotionnel intense car c'était la seule indication de son passage encore vivant à Jawischowitz au mois de Juillet de l'année de sa déportation .Cette carte postale obligatoirement écrite en Allemand et au crayon devait servir de propagande pour rassurer les familles sur le sort des déportés.

Celle de mon père, traduite disait ceci :

Cher frère je suis au stalag de travail et je suis en bonne santé et ça va. Salut de ton frère Mizrahi Chalom. Seule la signature est de la main de mon père, c'est l'unique héritage de sa tragique disparition.

Cette carte, certains détenus ont refusés de l'envoyer, à juste titre, ils indiquaient ainsi l'adresse des familles encore cachées.

Dés que la santé des esclaves déclinait, ils étaient immédiatement envoyés à la chambre à gaz.

C'est dans ces terribles conditions que mon cousin Isaac et mon cher PAPA ont disparues.

Il avait 39 ans, j'en ai aujourd'hui 70 et les larmes me montent aux yeux en écrivant ces lignes. Son Fils Roger Misrahi

Suite de mes souvenirs en mémoire de mon cher PAPA et FIN
Son frère Chapate Mizrahi habitait le 15 rue Asile Popincourt toujours a Paris 11 ème et c'est ma chère cousine Arlette qui m'a fait cadeau de cette carte de son Oncle Chaloum et que je remercie de tout cœur, car j'ai pu constater que mon père était encore vivant le 18 Juillet 1943.

Il avait 39 ans, j'en ai en 2001, 71 ANS, il avait l'age de mon fils Michel.

C'est dur d'y penser et j'en ai toujours beaucoup de chagrins au fond de mon être tout entier une petite larme perle aux coins de mes yeux de la façon que je suis devenu orphelin de mon cher PAPA a cause du régime Nazi instauré en Allemagne en France et dans beaucoup d'autres pays.

Je ne l'oublierai jamais car je le continue de mon existence et de celle de mes enfants et petits-enfants.

Nous sommes le paradis de nos parents disparus, ils survivent en nous et par nous après nous avoir donné la meilleur des choses au monde LA VIE !!!!!!!!!!! (Mme Ariel Dombasle).

Son Fils Roger MISRAHI ROGER
Une stèle d'un mur a été construite et les noms de mon Père, ma Sœur ainsi que ma Grand-mère y seront gravés en souvenirs pour l'éternité en leur mémoire a PARIS.
Ecrit à PRIZIAC Février 2001 (rectifier a l'ordinateur en Juin 2002, naissance de Kévin) en hommage a mon cher PAPA partit peut-être dans un monde MEILLEUR.

CHALOM CHALOUM PAIX F I N

Nous sommes en 1946. Me voici donc dans ce centre d'orientation professionnel pour un an dans la banlieue lyonnaise. Nous sommes installés dans de petits baraquements à raison de huit à dix, un parc immense entoure le château imposant de Crépieux la Pape, et dans la prairie traversée par une voie de chemin de fer, nous voyons apparaître parfois une locomotive à vapeur à laquelle quelques wagons sont accrochés de temps en temps.
Le château immense est doté de grandes pièces, nos professeurs y sont hébergés et les repas sont pris en commun au réfectoire. Pour les cours, nous disposons de vastes pièces, un grand salon avec piano pour la musique, une bibliothèque qui sert à nos recherches et toutes activités diverses, exposés à thèmes etc...
Des équipes sont formées pour étudier et nous organisons des conférences sur la vie, la mort de certains animaux, insectes, indispensable à l'équilibre de la nature. Un autre sujet est également abordé, le sexe et nous devons faire des rapports, des dessins concernant le sujet. J'ai gardé ce petit livret traitant des rapports sexuels où l'on peut lire entre autres

« Il ne faut pas prendre ceci comme une honte mais au contraire comme quelque chose de beau, c'est le meilleur amour qui lie l'homme à la femme »
La journée commençait à six heures, le chef FABRE réveillait les élèves des six baraquements dispersés dans la petite forêt et c'était la mise en train de tous ces futurs travailleurs, plusieurs kilomètres de course, en petite tenue, gymnastique des tous les jours. A sept heures, toilette rapide aux lavabos, où en hiver il fallait casser la glace, une telle eau gelée, ça vous réveille tout de suite. A huit heures, un petit déjeuner copieux nous était servi au château. .Les cours relatifs à l'apprentissage commencent à huit heures trente, pendant deux heures nous touchons à tout : menuiserie, mécanique, plomberie, électricité, maçonnerie, jardinage etc...
Ces cours dispensés par des professeurs initiés étaient extra et permettaient à chacun, après une période d'essai dans chaque domaine de choisir selon ses aptitudes, ses goûts, et de trouver ainsi sa voie.

La Direction a octroyé un petit crédit à chaque baraquement afin de l'aménager chacun à son goût. Le chef FABRE petit bonhomme énergique, volontaire et solide demande qu'un nom soit donné à chaque chambrée.

Notre héros est choisi c'est GUYNEMER, le célèbre héros de l'aviation.

Nous nous rendons à Lyon afin d'effectuer quelques achats :

- un insigne en forme d'ailes que nous épinglons sur nos vestes afin d'honorer notre aviateur

- une petite lampe individuelle pour éclairer chaque lit

Notre baraquement en bois (encore, cela me rappelle quelque chose) est ainsi plus accueillant ce qui nous vaut l'approbation de notre initiative.
Nous avons un atelier pour la construction des modèles réduits et j'avais réussi à réaliser un grand planeur qui volait très bien et faisait honneur à notre mascotte, l'aviateur Georges GUYNEMER (1894 - 1917) J'ai d'ailleurs conservé la photo du planeur. Cette école de préapprentissage fut, en ce qui me concerne, une école de rêve et m'a permis de me sortir des affres de cette maudite guerre qui m'avait si durement touché. J'en avais bien besoin pour m'aider à remonter la pente et attaquer un monde où j'allais devenir un adulte.
L'année de scolarité achevée, il nous est demandé de réfléchir au métier que l'on voudrait exercer, ceci avant de passer devant le conseil des Professeurs. Nous sommes en Juin 1946, j'ai 16 ans et je regarde plusieurs fascicules publicitaires relatifs aux métiers et mon regard est accroché par un Officier de marine qui vante les études pour embarquer c'est-à-dire :

Radioélectricité.

C'est ce que j'aime et c'était moi qui avait installé l'électricité dans la chambre, de plus la radio T.S.F. me passionnait, dans ce mot il y avait Radio ---et ---Electricité.

Je suis invité, à mon tour, à prendre la parole, devant le Conseil des Professeurs, lesquels ont été admirables, je dois le préciser, je leur dois tout mon nouveau savoir.

« Alors, Monsieur MISRAHI Roger, à quelle carrière vous destinez-vous ? A l'aube de votre nouvelle vie, pour quel métier avez-vous opté ?

- la radioélectricité, Monsieur...

Après consultation des différentes notes découlant des résultats obtenus, des appréciations consécutives au terme de mes essais, ils se sont concertés et m'ont ensuite encouragé dans cette voie ...bonne chance m'ont-ils dit: MERCI Msieurs.
Je quitte le château de Crépieux-la-Pape avec de merveilleux souvenirs dus, tant aux camarades, qu'au personnel éducatif, tout ce qui a permis mon futur essor.
Ce fut une vraie vie de château.
Fin de mon séjour lyonnais.
PARIS - Ecole O.R.T. - 1946
Après avoir pris congé de tous, je montais dans un train en gare de Lyon-Perrache, direction PARIS où je retrouvais ma chère mère et notre logement taudis. La guerre dans son tourbillon de malheur ne nous avait pas épargnés dans la peine, puisqu'elle nous avait enlevé trois membres de notre famille dont il ne restait plus que ma mère et moi.
J 'ai donc retrouvé le 42 bis, rue Sedaine a Paris la cour toujours encombrée de plaques de marbre le refuge de quelques gros gras rats a longue queue et surtout le bruit incessant de l'atelier du dessous qui nous cassait les oreilles à longueur de journée. Certaines poulies de transmission, fixées au plafond, usées au fil des ans tournants comme des patates, étaient de plus en plus bruyantes et ce lancinant badaboum... badaboum ...nous exaspérait. Heureusement qu'il y avait les dimanches et jours fériés pour nous apporter un peu de répit.
Sûr de mon choix, concernant mon futur métier, désireux de réaliser au plus tôt des études en Radioélectricité, T.S.F, nous nous sommes mis, ma mère et moi, en quête d'un établissement scolaire approprié. Nous avons trouvé une organisation mondiale d'aide à la formation professionnelle, située rue des Saules à PARIS, qui préparait les jeunes dans mon cas à L'O.R.T. L'apprentissage débutait au niveau du certificat d'études primaires et s'étalait sur trois ans, ceci pour former des agents techniques en laboratoire radio, je me suis inscrit sur le champ.
Dans notre promotion, nous sommes de 40 à 50 élèves. Je prends le métro matin et soir place Voltaire, un repas nous est servi à midi. Les études sont rudes, mais la radioélectricité me passionne, de telle sorte que je me mets à la tâche de tout mon coEUR, nous sommes en octobre 1946.
Notre salle de classe se trouve au sous-sol et nous sommes au début de l'hiver, de telle sorte qu'il nous faut de la lumière électrique, toute la journée, il nous arrive d'avoir encore des coupures de courant.
Nous voici dans le noir, on stoppe le cours, Un camarade nommé Zylberstein (Zilbertin), plein d'humour s'écrie :

« ...Boum... Boum ... Boum ... Boum… ici l'ombre

Parodiant ainsi la radio anglaise diffusant les messages de la résistance : « Boum ... Boum ... Boum ...Boum… ici Londres »(Les Français parlent aux Français),émission qui était brouillée en permanence.

Comme je le disais précédemment, les études sont ardues mais l'ambiance est bonne avec les copains de mon âge. Nous sommes gavés de mathématiques poussées, algèbre, électricité, formules, en revanche, pas beaucoup de cours de radio.

Nombreux camarades qui ont du mal à suivre se découragent et quittent l'école, rebutés par ce pénible apprentissage.
Je tiens bon.
Cette méthode d'enseignement avait sans doute pour but, de sélectionner les plus motivés, courageux, acharnés et résistants, ceux-là resteraient.
Nous voici arrivés aux vacances de Juillet 1947 et j'ai 17 ans.
L'école O.R.T. avait réservé un château - encore un - en Normandie, pour les vacances de tout le Centre, car outre la radio, elle formait d'autres corps de métiers, soudeurs, menuisiers, plombiers, couturières.

Des vacances de rêve commençaient avec les copains et les copines, une vraie vie de château à 10 kilomètres de Lisieux et 30 de Deauville-Trouville, la mer que je n'avais jamais vue.
En tant que châtelains occasionnels, nous nous ennuyons bien vite, nous sommes donc partis en stop voir les plages du débarquement qui avaient servi à la libération de notre beau pays, la France. Il fallait nous voir le long de la route national, seul ou par deux avec une fille comme appât, lever notre pouce pour arrêter les voitures de passage : vous allez a la mer : et on partait tout joyeux vers les plages.
Ce fut donc mon premier contact avec la mer et ses vagues, côté Deauville. Ce furent de belles vacances au milieu de nombreuses jeunes filles, mais timide et complexé, je ne réussis pas à avoir une petite amie comme d'autres camarades plus entreprenants que moi avec mon terrible passé.

Nous mangions, dormions, à même le sable, faisions des feux allant jusqu'à jeter dans les flammes, dans l'inconscience de la jeunesse, des balles de fusil que l'on trouvait un peu partout, ça pètait et partait dans tous les sens, heureusement pour nous aucun accident n'avait été à déplorer.
Un camarade trouve un morceau de bois rond, fiché dans le sable, il s'apprête à le déterrer lorsqu'il est arrêté dans son élan par un autre camarade qui s'écrie « touche pas c'est une grenade allemande » !! il venait de nous sauver la vie - et de trois pour moi - Le service de déminage prévenu s'est contenté de recouvrir d'un grillage de barbelés sur lequel était inscrit « Défense de toucher ». Ce camarade d'origine Arménienne André Ntourgoutian qui a l'age de IO ans sous les fusils des Allemands avec d'autres camarades de son age avait été obligé de déminer un champs dont beaucoup furent tués, il connaissait bien tous ces engins de guerre, il avait été un des rares survivants de ce drame.
Après avoir vécu, en sauvage, à la mer, mes premières grandes vacances, pendant plusieurs semaines, nous retournons au château et apprenons, à notre grande stupeur, qu'une petite camionnette familiale avec à son bord un couple et ses quatre enfants était passée là où nous sautions, dansions, dormions, faisions du feux. Elle avait roulé sur une mine antichar, ils étaient tous morts dans l'explosion - et de quatre pour moi -
J'attaque résolument ma deuxième année d'études radioélectrique et là, c'est plus sérieux, on commence à monter, à câbler des postes T.S.F. à lampes et ça marche, le haut-parleur fonctionne à notre grande satisfaction. Les cours sont de plus en plus difficiles, mais toujours passionné et tenace, je m'accroche. L'effectif diminue, nous restons à 18 élèves, pas facile la radio-électricité, on fait maintenant de sérieuses études de laboratoire, c'est passionnant, je ne vois pas le temps passer, on est en plein dans l'électronique.
L'année 1948 s'écoule à grande vitesse, j'ai 18 ans, et j'étudie toujours de plus en plus, je construis. La rentrée d'octobre 1948 s'est effectuée avec un effectif de 12 élèves, le dernier peloton .Je construit mon premier poste radio T.S.F. à lampes, tout seul, on est le dernier carré des rescapés qui va tenir jusqu'au bout.
Notre école située rue des Saules, près de la basilique du Sacré-Coeur et de la Butte Montmartre est déplacée, nous emménageons au 43 rue Raspail à MONTREUIL dans un immense bâtiment de plusieurs étages qui a du abriter une usine.

Toute la classe participe à l'aménagement des nouveaux locaux. D'origine russe, Monsieur MAY notre Professeur Directeur est extra et grâce à son enseignement efficace nous obtenons un bon niveau dans nos études.

Les vacances arrivent, j'en profite pour prendre force et repos afin d'attaquer la 3ème et dernière année. Je suis devenu le dépanneur officiel de tous les postes de T.S.F. de l'O.R.T.

Maintenant tout s'accélère, le laboratoire, la mécanique, le français, les maths de haut niveau, la radio électronique, on nous prépare pour les examens de Juin 1949.

J'ai 19 ans, bientôt le service militaire.
Le jour fatidique arrive. Les examinateurs, hautes personnalités de la profession sont là. Les sujets à traiter sont distribués, j'ai le coeur serré et aussi un grand trac .... Enfin, c'est terminé, on attend les résultats.
Ils sont affichés. Avec quelle satisfaction je lis mon nom :
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