Note Murray, C








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Les chrétiens et les images


Les attitudes envers l’art

dans l’Église ancienne

Stéphane Bigham


Éditions Paulines & Médiaspaul


Collection BRÈCHES THÉOLOGIQUES

Sous la direction de Yvonne Bergeron – Simon Dufour Louise Melançon – Rémi Parent

Le présent ouvrage a bénéficié d’une subvention de la Fondation Gérard-Dion.
À J. M. : mémoire éternelle
Composition et mise en page : Éditions Paulines Maquette de la couverture : Larry Mantorani

ISBN 2-89039-555-3 Dépôt légal – 35 trimestre 1992 Bibliothèque nationale du Québec

Bibliothèque nationale du Canada
© 1992 Éditions Paulines
3965, boul. Henri-Bourassa Est

Montréal, QC, Canada H1H 1L1
Médiaspaul

8, rue Madame

75006 Paris, France

© Tous droits réservés pour tous les pays.
AVANT-PROPOS
Dans le premier article des Actes du colloque international sur le Concile de Nicée II, qui s’est tenu à Paris en 1987, Sœur Charles Murray traite d’un vieux problème, celui de l’attitude des paléochrétiens envers les images, un problème, toutefois, qui est encore très actuel.
Sœur Charles ouvre son exposé par ces mots : « Le titre qui m’a été proposé comme contribution aux discussions du colloque était : "En finir une fois pour toutes avec la prétendue iconophobie des premiers siècles chrétiens1." »
Nous voyons donc que le problème du fondement théologique et historique de l’art chrétien, en général, et de l’icône, en particulier, suscite toujours un grand intérêt. Pour tous les iconodules, c’est-à-dire pour ceux qui acceptent le dogme de Nicée II, mais surtout pour les orthodoxes qui reconnaissent à l’icône un caractère sacramentel et mystique, l’affirmation qui veut que les paléochrétiens étaient aniconiques et iconophobes sème naturellement l’inquiétude. Si elle s’avère bien fondée, la théologie et la vénération de l’icône seraient sérieusement ébranlées. Il est donc naturel que les iconodules tentent d’infirmer l’hypothèse de l’iconophobie et de l’aniconie paléochrétiennes et, par conséquent, d’accréditer leur intuition profonde selon laquelle les racines de l’iconographie chrétienne remontent à l’ère apostolique.
L’étude suivante a pour but, pour ainsi dire, d’« en finir [...] avec la prétendue iconophobie des premiers siècles chrétiens. » Comme Sœur Charles Murray l’a déjà fait, nous ne prétendons pas atteindre cet objectif « une fois pour toutes », mais nous espérons affaiblir la crédibilité de la prétendue hostilité des premiers chrétiens envers les images non-idolâtriques afin qu’une attitude plus équilibrée face à cette question puisse s’imposer dans le domaine de la recherche scientifique.

Note
1. Murray, C., Nicée II : Actes du colloque international Nicée II, p. 39.

Chapitre I
LA THÉORIE DE L’HOSTILITÉ

DES PREMIERS CHRÉTIENS

ENVERS LES IMAGES
L’aniconie et l’iconophobie
Il n’est guère de livre sur l’art chrétien qui ne consacre quelques pages ou même une section entière à décrire l’attitude des chrétiens des trois premiers siècles envers les images : ceux-ci auraient été aniconiques et iconophobes1. Le mot aniconique (forgé de la même manière que analphabète) désigne l’absence d’images peintes, dessinées ou sculptées. C’est un terme descriptif qui ne porte pas de jugement de valeur et ne prétend pas expliquer l’absence d’images. En appelant les premiers chrétiens « aniconiques », on constate tout simplement le fait qu’ils ne possédaient pas, n’exécutaient pas, ne faisaient pas exécuter d’images.
Le mot iconophobe, quant à lui, tente d’expliquer les raisons de cette absence supposée d’images chrétiennes. Ce mot, composé de deux racines grecques « image » et « peur », attribue aux premiers chrétiens une peur, une aversion envers les images, parce que leur religion les aurait interdites.
Il s’est constitué ainsi une théorie de l’hostilité des premiers chrétiens envers l’art figuratif. Cette théorie est acceptée comme un fait établi par presque tous les chercheurs dans le domaine. Il serait inutile de citer toutes les œuvres qui ont adopté ce point de vue, mais on peut en mentionner quelques-unes pour montrer l’influence exercée par cette idée :
En général, les auteurs chrétiens avant le milieu du IVe siècle ont rejeté l’usage de l’art dans l’Église ou ils l’ignoraient si complètement que l’on peut supposer que cet art n’existait pas2.
Pendant le IIe siècle — on ignore le moment exact — le biais de l’Église contre tout art figuratif s’affaiblissait et les chrétiens ont adopté certains mythes et symboles païens. Les chrétiens s’en servent toujours de quelques-uns, tels le poisson et le paon, même si cet usage les gêne un peu3.
Il nous intéresse davantage de connaître les positions des apologistes au sujet du culte d’images chrétiennes. Mais les documents sont assez rares. Il semble qu’on puisse caractériser l’attitude des écrivains des trois premiers siècles par la réticence, sinon par l’hostilité4.
L’art chrétien doit peu de chose à l’Église, à peine la tolérance, car il s’y glissa en intrus et s’y fit si petit, si modeste, qu’on fut quelque temps à s’apercevoir qu’il existait et voulait vivre, durer et se faire reconnaître ; quand on comprit cette ambition, il était trop tard pour la combattre et la décourager. La figure, le symbole, l’allégorie, la scène historique s’étaient insinués partout, avaient plu aux imaginations, suppléé à l’ignorance, pris une place qu’il fallut tolérer5.
On ne saurait s’étonner de voir les chrétiens, à peine répandus dans le monde de l’Empire romain, se manifester délibérément hostiles aux images. La Tradition d’Israël, dont ils étaient sur ce point les héritiers, n’avait que mépris pour les idoles païennes qui représentaient les dieux, des représentations qui, à Athènes, font brûler d’indignation l’apôtre au spectacle de cette ville remplie d’idoles6.
Lorsque les chrétiens ont abandonné leur attitude négative envers les images en en adoptant un certain nombre et s’en servant dans leurs lieux sacrés, par exemple mausolées et cimetières, ils avaient des raisons sérieuses d’accepter un tel changement. ...parmi les religions aniconiques, le christianisme n’était pas le seul à se doter d’une iconographie pendant la première moitié du III` siècle. [...] Rien ne nous incite à croire que la mission manichéenne, armée d’une imagerie comme arme de propagande, provoquait les chrétiens et les juifs du Levant à abandonner leur refus traditionnel de l’art figuratif7.
Il ne faut pas oublier que les peintures dans les catacombes et à Doura sont les premières figurations d’une religion qui dès le début se passait de toute iconographie. Le christianisme ne se rendait pas compte de l’importance que l’imagerie religieuse allait acquérir à une période ultérieure et il l’a tout simplement bannie complètement. Il est évident par contre que, vers l’an 200, les chrétiens avaient des raisons sérieuses qui les incitaient à abandonner leur attitude négative envers les images8...
Comme toute idée, la théorie de l’hostilité des premiers chrétiens à l’endroit des icônes a une histoire et il est possible d’en retracer les grandes lignes. Si l’on excepte les arguments des iconoclastes byzantins des VIIIe et IXe siècles, l’histoire moderne de cette idée ne remonte pas très loin. Deux études récentes tentent de retracer la formation de la théorie de l’hostilité. Paul Finney9 voit la source de cette théorie dans la tradition du protestantisme libéral et dans la pensée d’Albrecht Ritschl (1822-89). Ritschl et son disciple le plus éminent, Adolf von Harnack, n’ont pas traité directement des images et de l’art dans l’Église primitive, mais ils ont posé les fondations sur lesquelles les savants protestants allaient construire. Pour cette école du protestantisme libéral, le christianisme se définit essentiellement en termes moraux et éthiques. Jésus prêchait une religion éthique et sa prédication a donné naissance au noyau de la jeune communauté chrétienne. L’histoire de l’Église, selon cette école, est une série de compromis conduisant à une sécularisation et une hellénisation du message évangélique, c’est-à-dire une perte progressive de la pureté originelle. On comprend aisément que, pour les tenants de cette théorie, l’introduction de l’art dans l’Église n’ait été qu’un aspect de l’hellénisation, voire de la paganisation du christianisme. Trois autres auteurs du début du XXe siècle qui ont traité directement de la question de l’art dans l’Église primitive ont ouvertement adopté la théorie de l’hostilité : Ernst von Dobschiitz10, Hugo Koch11 et Walter Elliger12. Pour eux, le développement d’un sacramentalisme chrétien, qui attribuait aux images une présence et une force mystérieuses et qui n’avait aucune place dans une interprétation éthico-pratique de l’enseignement chrétien, était un signe évident de l’éloignement du christianisme de son noyau pur et primitif. Léonide Ouspensky” pense que la source de la théorie remonte au XVIIIe siècle, à un auteur britannique, Edward Gibbon, The History of the Decline and Fall of the Roman Empire. Dans ses chapitres sur le début du christianisme, Gibbon, comme Renan l’avait fait en France, décrivait le christianisme primitif comme irrémédiablement opposé aux images, et ceci à cause de ses origines juives.
On peut même dire que c’est la colonne qui soutient toute la structure de la théorie de l’hostilité : les premiers chrétiens étaient aniconiques et iconophobes parce qu’en étant des juifs convertis, ils héritaient des attitudes monolithiques du judaïsme traditionnel et normatif. Ce judaïsme rejetait catégoriquement tout art religieux et tout usage d’images dans le culte en interprétant rigoureusement le deuxième commandement. Mais, confrontés aux images paléochrétiennes qui nous sont parvenues à travers l’histoire, ainsi qu’aux écrits patristiques qui les décrivent, les théoriciens de l’hostilité se sont trouvés devant un problème : comment concilier la contradiction apparente entre un présupposé fondamental d’une part, et les textes littéraires et les monuments artistiques d’autre part. On admit qu’avec le temps, les chrétiens ont changé d’attitude et adopté ce que leurs prédécesseurs rejetaient catégoriquement. Les évaluations de ce revirement sont diverses. On trouve ainsi tout une gamme d’interprétations allant de la paganisation d’un christianisme pur et spirituel au développement nécessaire résultant d’une adaptation à de nouvelles conditions historiques. La réalité du revirement n’est contestée par personne.
À une époque où l’on avait une connaissance beaucoup plus limitée du judaïsme ancien, et où l’archéologie n’avait pas encore découvert tous les monuments artistiques que nous connaissons, on comprend que l’idée d’une iconophobie monolithique des juifs n’ait été mise en question par personne. Mais tout au long du `siècle, les idées reçues sur les attitudes et les pratiques du judaïsme antique ont subi une révision radicale, à la suite notamment des découvertes archéologiques des temps récents. Une fois de plus, des monuments artistiques, juifs cette fois, mis à jour dans les fouilles, contredisaient la théorie de l’iconophobie et de l'aniconie supposées des juifs. Si nos notions sur l’iconophobie juive doivent être repensées, celles sur l’iconophobie chrétienne ne peuvent pas échapper non plus à une révision profonde. Ce ne sera pas la première fois dans l’histoire intellectuelle de l’humanité que les idées reçues se sont trouvées minées dès lors que la colonne sur laquelle reposait une telle structure théorique était ébranlée par des connaissances nouvelles. Les études récentes et surtout les découvertes archéologiques des temps modernes ont exigé une ré-évaluation des idées reçues sur l’ensemble du judaïsme antique ; une ré-évaluation de l’attitude des juifs envers l’art figuratif s’impose également.
Icône et idole et la théorie de l’hostilité
Déjà, pendant la crise de l’iconoclasme byzantin des VIIIe et IXe siècles, ceux qui s’opposaient à la présence et à la vénération des icônes dans les églises fondaient en partie leur opposition sur une compréhension de la place du christianisme comme médiane entre le judaïsme et le paganisme. Les chrétiens, disaient-ils, ont rejeté les sacrifices sanglants des juifs et l’idolâtrie des païens
L’évêque Grégoire lut : Puisque l’Église catholique se trouve à mi-chemin entre le judaïsme et le paganisme, elle ne partage le culte habituel ni de l’un ni de l’autre. [...] Elle déteste les sacrifices autant que la pratique de la fabrication et l’adoration d’idoles [... dont] le paganisme est le chef et l’auteur.14
Cette interprétation de l’histoire de l’Église primitive se trouve exprimée dans la Définition du concile iconoclaste de Hiéria (754), convoqué par l’empereur Constantin V pour donner un fondement conciliaire et dogmatique à ses efforts visant à imposer la réforme iconoclaste à l’Église15
Pendant la première période de la querelle des images (726-787)16, les iconoclastes prétendaient qu’une icône était une idole, et puisque certains chrétiens rendaient un culte aux icônes — des objets créés — les iconoclastes les appelaient idolâtres. Les iconodules contre-attaquaient en distinguant nettement entre une idole et une icône, et par conséquent entre l’adoration rendue à Dieu seul et la vénération rendue aux icônes et à d’autres objets sacrés.
Ayant suivi l’impiété des hommes qui ont confiance dans leurs propres pensées, [les iconoclastes] ont accusé la sainte Église [...] et ils ne font aucune distinction entre ce qui est saint et ce qui est profane. Ils appellent l’icône du Seigneur et celles de ses saints par le même nom donné aux symboles en bois des idoles de Satan17.
Selon que l’on distingue ou non l’icône et l’idole ainsi que les types de culte rendus à chacune, la théorie moderne de l’hostilité se trouve affaiblie ou renforcée.
En effet, le second pilier de la théorie est la référence au deuxième commandement des Tables de la Loi contre la fabrication des images :
Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, ou sur la terre ici-bas, ou dans les cieux au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas... (Ex 20, 5)
...n’allez pas vous pervertir et vous faire une image sculptée représentant quoi que ce soit : figure d’homme ou de femme, figure de quelqu’une des bêtes de la terre [...] et ne te laisse pas entraîner à te prosterner devant eux et à les servir (Dt 4, 16-19).
Qu’est-ce qui est visé par cette injonction biblique ? Comment faut-il la comprendre ? Les iconoclastes et les théoriciens de l’hostilité, qui prétendent voir un refus absolu de l’art figuratif chez les juifs et les premiers chrétiens, attribuent au mot image un champ sémantique aussi large que possible. Par contre, s’il est possible d’introduire des distinctions parmi les images incriminées, alors la question suivante se pose naturellement : l’intention du deuxième commandement, est-elle d’interdire toutes sortes d’images ou seulement certaines catégories d’images ?
Pour les partisans des images, et pour la position que nous nous proposons de défendre, il faut distinguer nettement entre une « idole », c’est-à-dire une image créée pour être adorée comme Dieu ou comme divinité, et une « icône, » c’est-à-dire une représentation visuelle d’une personne ou d’un événement de l’Évangile. Par la confusion de deux catégories d’images figuratives, les interprétations historiques des iconoclastes perdent beaucoup de leur valeur. C’est ici que se trouve le cœur du problème : en étudiant les trois premiers siècles du christianisme avec une conception du mot image insuffisamment nuancée et en interprétant les textes écrits par des chrétiens de cette époque à travers un prisme qui ignorait la distinction légitime entre un art cultuel idolâtrique et un art liturgique non-idolâtrique, certains historiens et théologiens ont mal compris les attitudes des juifs aussi bien que celles des premiers chrétiens. En reprenant la distinction minimale entre une icône et une idole, en réinterprétant les écrits des premiers chrétiens à la lumière de cette distinction et en tenant compte de l’archéologie pertinente dans ce domaine, nous prétendons que la théorie de l’hostilité tombe de son propre poids.
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