Note Murray, C








télécharger 0.89 Mb.
titreNote Murray, C
page8/19
date de publication24.12.2016
taille0.89 Mb.
typeNote
ar.21-bal.com > histoire > Note
1   ...   4   5   6   7   8   9   10   11   ...   19

La littérature pré constantinienne
Introduction
Après les témoignages de l’archéologie, il nous faut examiner ceux de la littérature paléochrétienne. Des auteurs de l’antiquité chrétienne auraient montré de l’antipathie envers l’art figuratif. Qu’en est-il exactement ?
Il faut avouer que les auteurs de l’antiquité chrétienne ne se sont pas posé la question que nous leur posons sur l’attitude ou les attitudes des chrétiens envers les images non-idolâtriques ? Était-il permis aux chrétiens de posséder, de peindre ou de commander des images non-idolâtriques pour en faire usage chez eux ou dans un contexte cultuel ? Nous insistons sur le mot non-idolâtrique, car il va sans dire que tout usage d’idoles est exclu.
Il semble que les paléochrétiens ne se soient pas posé de question à ce sujet parce que nous n’avons pas de réponse claire et nette qui pourrait indiquer que cette question les préoccupait. Il faut donc essayer de lire entre les lignes, d’interpréter des énoncés lacunaires, souvent de lire le silence. Nous constatons donc d’abord que la question d’une imagerie chrétienne ne se posait pas aux paléochrétiens ou qu’au moins elle ne se reflète pas directement dans la littérature.
Notre analyse du corpus littéraire cherchera à déterminer si les textes appuient l’hypothèse selon laquelle les paléochrétiens auraient été hostiles aux images, non-idolâtriques aussi bien qu’idolâtriques.
En éliminant le fantôme de l’hostilité globale paléochrétienne envers toute image et en voyant que l’hostilité visait presque exclusivement un art idolâtrique, nous ouvrons la possibilité que les racines de l’art chrétien remontent loin à l’époque pré constantinienne, et même à l’époque apostolique.
Nous examinerons la littérature à la lumière d’un autre facteur sur lequel s’appuie la théorie de l’hostilité : l’opposition du clergé et des laïcs39. Selon cette idée, le clergé, plus conservateur et hostile aux images, cédait peu à peu sous la pression des laïcs, libéraux et iconophiles. Le clergé aurait finalement perdu tout contrôle et accepté l’iconophilie délirante des laïcs. On peut toutefois se demander si la littérature paléochrétienne révèle une telle opposition clerc-laïc.
Dans la présentation de la littérature paléochrétienne, nous suivrons la sélection établie par Koch40 qui pensait retracer ainsi un courant substantiel d’hostilité chez les auteurs de l’antiquité chrétienne. (Toutes les dates ci-dessous sont évidemment « après Jésus Christ ») :


  1. Aristide d’Athènes, 125

  2. Saint Justin le Philosophe, 155

  3. Tatien, 170

  4. Athénagore, 177

  5. Saint Irénée de Lyon, 190

  6. Minucius Felix, 190

  7. Clément d’Alexandrie, 205

  8. Tertullien, 210

  9. Origène, 246

  10. Les Constitutions, IIIe siècle

  11. Saint Cyprien de Carthage, 258

  12. Méthode d’Olympe, 300

  13. Lactance, 300

  14. Le Concile d’Elvire, 300-304

  15. Arnobe de Sicca, 311

  16. Eusèbe de Césarée, 325


Les auteurs et les documents
Aristide d’Athènes, Apologie41 [vers l’an 125]
A) Les Égyptiens, les Chaldéens et les Grecs ont fait une grave erreur en élevant de tels êtres au rang de dieux et en faisant des images d’eux, en déifiant des idoles muettes et insensibles. Et je m’étonne qu’ils puissent voir leurs dieux taillés dans du bois, et découpés par des artisans, et comment ces dieux vieillissent et tombent en morceaux, même coulés au métal, et comment ils ne se rendent pas compte que ce ne sont pas des dieux. (du texte grec)
B) Mais cela m’étonne beaucoup, ô Roi, de voir comment les Grecs, dont le style de vie et l’intelligence surpassent ceux de tous les autres peuples, ont pu faire fausse route avec leurs idoles mortes et leurs images sans vie. Et ils voient leurs dieux entre les mains d’artisans taillés dans du bois, polis et découpés [...] vieux et [...] abîmés en peu de temps. [...] Comment, je m’en étonne, ils ne se rendent pas compte [...] que ce ne sont pas des dieux. (du texte syriaque)42
Aristide nous donne dans son Apologie un des premiers exemples de l’attaque chrétienne contre le paganisme, dans laquelle il ridiculise les images et les idoles « muettes et insensibles ». Aristide est en tête d’une longue série d’auteurs chrétiens qui répéteront les mêmes arguments. L’attaque chrétienne vise des statues ou des images peintes ou sculptées, celles qui sont des idoles, des représentations auxquelles est offerte une adoration idolâtrique. Ces attaques se placent dans le grand courant anti-idoles déjà amorcé par les juifs et aussi par certains philosophes grecs. Nous ne nous étonnons pas de constater que les chrétiens se servaient de cette arme puissante contre le paganisme. Mais cela n’implique pas que les paléochrétiens étaient hostiles aux images non-idolâtriques. Il serait peu honnête d’en tirer cette conclusion. La polémique anti idole n’est pas une attaque anti-image en général. Aristide s’est simplement opposé aux images des hommes morts ou de faux dieux auxquelles les païens offraient une fausse adoration.
Saint Justin le Philosophe, La première apologie43 [vers l’an 155]
Inanité des idoles
Si nous n’offrons pas de nombreux sacrifices ni de couronnes de fleurs aux idoles que les hommes ont façonnées et dressées dans les temples sous le nom de dieux, c’est que dans cette matière brute et sans vie, nous ne reconnaissons pas l’aspect de la divinité. Nous ne croyons pas en effet que Dieu soit semblable à ces images que l’on dit faites en son honneur. Elles portent le nom et sont faites à la ressemblance de ces génies du mal qui apparurent autrefois. Ne savez-vous pas, sans qu’il soit besoin de vous le dire, comment les artistes travaillent la matière, comment ils la polissent, la taillent, la fondent et la battent ? Souvent, grâce à leur art, des vases d’ignominie, en changeant seulement de forme et de figure, ont reçu le nom de dieux. Aussi, est-ce à nos yeux une absurdité, que dis-je, un outrage à la divinité, dont la grandeur et la nature sont ineffables, de donner son nom à des œuvres corruptibles et qui ont besoin d’être entretenues par la main de l’homme. Et vous savez bien que ces artistes eux-mêmes sont des débauchés et qu’ils sont livrés à tous les vices ; il n’est pas besoin de les énumérer ; ils violent les jeunes filles qui les aident dans leurs travaux. O aveuglement ! Ce sont des débauchés, à vous en croire, qui créent et façonnent les dieux que vous adorez ! Vous faites de tels hommes les gardiens des temples où ils résident, et vous ne comprenez pas que c’est une impiété que de penser ou de dire que des hommes soient les gardiens des dieux44 !
Nous reconnaissons ici, comme chez Aristide, un lieu commun des attaques contre le culte idolâtrique des païens. Mais les chrétiens de la première moitié du IIe siècle connaissaient-ils la distinction entre les images idolâtrique et non-idolâtrique ; dessinaient-ils déjà des images symboliques ou autres ? Ce passage ne nous renseigne pas du tout sur la question.
Pourtant dans le chapitre 55 de ce même discours, saint Justin énumère les objets dans le monde en forme de croix qui renvoient symboliquement à la Croix : « C’est là, comme parle le prophète, le grand signe de la force et de la puissance du Christ. Vous en trouverez la preuve dans les objets qui tombent sous vos sens. Réfléchissez, et voyez si rien dans le monde peut exister et se soutenir sans ce signe45 ? » : les voiliers, les charrues, les pelles, le corps humain, le nez sur le visage, les étendards des légions. Saint Justin reconnaît clairement le sens et le pouvoir du symbole de la croix. Est-il fantaisiste de conclure que les chrétiens de l’époque de Justin n’avaient pas peur de peindre ou de dessiner des croix ?
Tatien, Discours aux Grecs46 [vers l’an 170]
Tatien, disciple de saint Justin le Philosophe, a écrit, à une date difficile à déterminer, une attaque virulente contre toute la civilisation gréco-païenne. Dans les chapitres 33-3447, Tatien cherche à défendre la bonne réputation des femmes chrétiennes qui, comme les catéchumènes mâles, sont instruites dans la sagesse divine. Il élabore une longue liste d’hommes et de femmes connus pour leur conduite honteuse que les Grecs honorent par des statues.
Le Discours de Tatien n’est pas une attaque contre l’art en général et contre les statues en particulier ; il s’en prend plutôt au détournement de cet art vers la glorification d’hommes et de femmes indignes. Tatien semble même vouloir louer la pratique de faire des statues pour des personnes dignes de vénération : « Il y avait une certaine Mélanippe, pleine de sagesse ; c’est pourquoi Lysistrate en fit l’effigie ; et vous ne voulez pas croire qu’il y a chez nous des femmes qui ont la sagesse en partage48  ! »
Tatien ne condamne pas les statues des Grecs en tant qu’idoles. Les statues sont à détruire parce qu’elles honorent des personnes méprisables. Il semble accepter la possibilité d’honorer une personne respectable et reconnaître la haute qualité d’une œuvre d’art. Sur la question de l’art des chrétiens ou de son attitude envers un tel art, il ne dit rien. Nous nous retrouvons une fois de plus devant le silence sur notre question principale. Le fait que Tatien ait fini ses jours dans la secte hérétique des Encratites49 discrédite son témoignage à plusieurs points de vue. Mais son hétérodoxie n’est pas pertinente ici.
Athénagore, La supplique50 [vers l’an 177]
Athénagore était un philosophe chrétien, mais on connaît peu de détails sur sa vie. Il a écrit aux empereurs Marc Aurèle et Commode pour défendre les chrétiens contre les calomnies païennes, qui accusaient les chrétiens d’athéisme, de cannibalisme et d’inceste. Après avoir parlé des statues des dieux, il continue :
Sans doute, quelques-uns disent que les images sont bien telles, mais que les dieux sont ceux en l’honneur de qui elles sont faites, que les processions qui se dirigent vers elles, que les sacrifices sont adressés aux dieux et se rapportent à eux ; qu’il n’y a pas d’autre moyen d’aller aux dieux que celui-là : « On soutient mal la vue des dieux qui se montrent en pleine lumière. » Qu’il en soit ainsi, continuent-ils, la preuve en est faite par les vertus de certaines idoles. Eh bien ! Examinons la puissance de leurs noms51 !
Ce passage fait partie d’une condamnation de l’idolâtrie et trouve sa place dans toute l’argumentation d’Athénagore contre les croyances et les pratiques idolâtriques des païens. Il vise exclusivement les images idolâtriques et n’apporte rien de positif ou de négatif sur la possibilité d’un art chrétien purifié de l’idolâtrie.
Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies52 [vers l’an 190]
Comme nous l’avons déjà vu plus haut (Les traditions, p. 72), saint Irénée, dans son grand ouvrage contre le gnosticisme, nous informe sur certains groupes de gnostiques. Au sujet des disciples de Carpocrate, il écrit :
Ils possèdent des images, les unes peintes, les autres faites de diverses matières : car, disent-ils, un portrait du Christ fut fait par Pilate du temps où Jésus vivait parmi les hommes. Ils couronnent ces images et les exposent avec celles des philosophes profanes, c’est-à-dire avec celles de Pythagore, de Platon, d’Aristote et des autres. Ils rendent à ces images tous les autres honneurs en usage chez les païens53.
À deux autres endroits54, saint Irénée raconte que l’empereur Claude a honoré Simon le Magicien en faisant ériger une statue de Simon parce que sa magie était puissante et que les adeptes de Simon avaient une statue de lui « sous les traits de Zeus » et une autre de sa compagne Hélène « sous ceux d’Athéna, et ils les adorent. »
Ces passages, surtout le premier, sont souvent cités pour montrer que saint Irénée s’opposait aux images de toutes sortes. En fait, il faut bien noter que saint Irénée blâme ici une particularité des gnostiques et une corruption païenne55. Un examen plus approfondi de ces passages fait ressortir trois éléments : 1) l’existence des images du Christ ; 2) sa façon de relater la tradition ; et 3) le contexte.
L’existence des images du Christ. Il nous semble raisonnable (voir plus haut, Les traditions, p. 72) de supposer que saint Irénée croyait que des images du Christ existaient parmi les carpocratiens. Si nous datons Contre les hérésies de 190 environ, c’est le plus ancien témoignage que nous ayons dans une source historique et orthodoxe de l’existence de l’image du Christ. Mais il nous est impossible de préciser l’attitude personnelle de saint Irénée à l’égard de l’existence de l’image du Christ.
La manière de relater la tradition. Saint Irénée nous dit aussi que les carpocratiens justifiaient l’image du Christ par un appel à l’histoire, le précédent de Pilate : ils faisaient une image du Christ, « disent-ils », parce que Pilate avait fait la même chose. On ne sait rien de ce que saint Irénée pensait de cette tradition. Mais s’il avait pu la juger injustifiable ou ridicule, il aurait certainement trouvé là l’occasion de donner un autre coup à un groupe d’hérétiques pour lesquels il n’avait aucune sympathie.
Le contexte. Saint Irénée s’exprime plus clairement sur le contexte dans lequel se placent ces images. Les carpocratiens les couronnent et les placent à côté des images des philosophes profanes et « ils rendent à ces images tous les autres honneurs en usage chez les païens. » Le christianisme historique, comme le judaïsme, a toujours eu horreur du syncrétisme, de cette « salade religieuse » qui mélange toutes les croyances. Nous avons certainement ici un tableau d’un culte syncrétiste et il n’est pas étonnant que saint Irénée se scandalise de leurs pratiques liturgiques. Par l’expression « tous les honneurs en usage chez les païens », faut-il comprendre des sacrifices ? Dans le cas d’une réponse affirmative, nous avons des idoles et un culte idolâtrique. L’idolâtrie de Simon le Magicien apparaît plus nettement : « Il vivait au temps de l’empereur Claude, qui dit-on, alla jusqu’à l’honorer d’une statue pour sa magie. C’est ainsi qu’il fut glorifié par un grand nombre à l’égal de Dieu. » Et les disciples de Simon « possèdent une image de Simon représenté sous les traits de Zeus et une image d’Hélène sous ceux d’Athéna, et ils les adoreru56» (C’est nous qui soulignons.) Non seulement les croyances des gnostiques étaient-elles corrompues mais leur culte se montrait entaché de syncrétisme liturgique et d’idolâtrie.
Nous manquons donc d’éléments pour éclairer l’attitude de saint Irénée envers les images du Christ dans un contexte orthodoxe. Son témoignage reste incomplet sur cette question.
Minucius Felix, Octavius51 [vers l’an 200]
Quant au Dieu que nous adorons, vous croyez que c’est le tenir caché, que de n’avoir pour son culte ni temples, ni autels ? Mais comment représenter ce Dieu ? Jugez sainement, l’homme n’est-il pas lui-même une représentation de Dieu ? Quel temple lui bâtir, à lui que tout cet univers, qu’il a pourtant créé, ne pourrait contenir ? Et moi, simple mortel, je serai plus au large dans une vaste maison, cependant que j’essaierai d’enfermer cette puissance et cette majesté sans bornes entre les quatre murs d’une toute petite chapelle ? Ce Dieu ne vaut-il pas mieux le consacrer dans notre esprit et notre cœur ? À quoi bon offrir au Maître des bêtes, des victimes qu’il créa à notre usage ? Lui restituer ses présents ! Quelle ingratitude ! Mais la meilleure des victimes n’est-ce pas une bonne volonté, un esprit pur, une conscience sincère ? Pour nous, celui qui a le culte de l’innocence fait des offrandes à Dieu ; celui qui aime la justice, lui offre des sacrifices suffisants. Celui qui hait le mensonge, l’invoque et l’apaise ; celui qui arrache un homme au péril immole au Maître une grasse victime. Voilà quels sont nos sacrifices et les honneurs que nous rendons à Dieu ! Pour nous, l’homme le plus juste est le plus religieux58.
Cet extrait de l'
1   ...   4   5   6   7   8   9   10   11   ...   19

similaire:

Note Murray, C iconNote de l’éditeur Science et perception dans Descartes
«Pourrez~vous former un plan de travail ?» Un large extrait de cette lettre d'Alain est cité dans la «Note de l'éditeur» qui se trouve...

Note Murray, C iconNote apparaît clairement. Le protocole arp
«Internet Le protocole arp» issu de CommentCaMarche net est soumis à la licence gnu fdl. Vous pouvez copier, modifier des copies...

Note Murray, C iconNote mensuelle d’analyses de Février 2016 d’
«Synthèse» de la Note mensuelle d’analyses de Février 2016 d’

Note Murray, C iconNote mensuelle d’analyses de Février 2016 d’
«Synthèse» de la Note mensuelle d’analyses de Février 2016 d’

Note Murray, C iconNote : le

Note Murray, C iconNote : 09/10

Note Murray, C iconNote de synthese 6

Note Murray, C iconNote technique

Note Murray, C iconNote preliminaire

Note Murray, C iconNote de l'auteur








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com