Quelques mots au lecteur








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XVI


Ma conversation avec Alfred m’avait laissé une certaine inquiétude dans l’esprit : je dis à Georges de me seller un cheval, et, sans attendre Alfred, je partis pour le château de Reuilly.

J’en étais arrivé à adorer la solitude de son parc et les ombrages de ses arbres. Il me semblait, quand je m’y promenais seul et que je laissais mes pensées suivre leur cours, que je voyais parfois glisser une chambre blanche dans l’épaisseur des massifs, que je suivais cette ombre et que, tout à coup, au détour d’une allée, je la voyais assise, rêveuse, sur un banc, ou inclinée, pensive, au bord de la rivière.

Cette ombre blanche, c’était Edmée ou plutôt l’âme d’Edmée, qui m’apparaissait muette, impalpable et fugitive, mais enfin qui faisait tout ce que peut faire une âme pour le corps et pour l’âme qui l’aiment.

Parfois, je songeais aussi à ce que m’avait dit Alfred. Sans qu’on pût rien dire de positif contre lui, M. de Chamblay avait une étrange réputation dans le département. Il était joueur, cela était bien connu ; mais on ajoutait que parfois, soit chagrin secret, soit entraînement naturel, il se laissait aller, dans ses soupers d’amis, à des ivresses pendant lesquelles ses divagations allaient jusqu’à la folie, ses emportements jusqu’à la fureur.

Il fallait bien qu’il y eût quelque mystère caché pour que la comtesse, cet ange de vertu, de résignation et de dévouement, fût malheureuse d’un malheur tel, qu’elle n’avait point la force de le cacher.

Et, chose singulière ! il me semblait comprendre instinctivement que tout le malheur de la comtesse ne venait pas de son mari, et qu’il y avait dans les gens qui l’entouraient une autre cause à ses tressaillements subits et à ses tristesses prolongées.

Une voix me disait : « C’est le prêtre ! »

Et alors je frissonnais.

Se défier d’un prêtre, avoir à craindre un prêtre me paraissait, à moi, homme d’éducation religieuse, cœur pieux bien plutôt qu’incrédule, une anomalie à laquelle je ne pouvais m’habituer. De temps en temps, les tribunaux nous révélaient bien quelque exécrable cruauté, quelque assassinat abominable commis par un homme d’église : les noms des Maingrat et des La Collonge venaient bien de temps en temps frapper d’épouvante la société ; mais ces hommes, à tout prendre, étaient des monstres dans l’ordre physique, et, à quelque classe de la société qu’ils eussent appartenu, ils auraient, comme les Papavoine et les Lacenaire, été des exceptions dans le crime. Les sévérités de leur état, qui ont fait la vertu des autres, avaient fait leurs dérèglements à eux ; mais, enfin, je m’explique mieux la brutalité de frère Léotade que l’hypocrisie de Tartufe ; je plains l’un, je méprise l’autre.

En somme, tout cela restait vague et flottant dans mon esprit ; il me semblait que j’étais entré dans un monde où je coudoyais des êtres de forme indéterminée, comme ceux que l’on voit dans les songes. Comme dans les songes, j’étais atteint de certaines craintes auxquelles je ne pouvais pas assigner une cause matérielle, mais seulement instinctive. Je sentais bien qu’un jour la lumière se ferait dans ce crépuscule ; mais, ce jour-là, tout au contraire de ceux qui, en se réveillant, sont débarrassés du danger imaginaire qu’ils couraient pendant leur sommeil, moi, ce serait au moment où mes yeux pourraient voir, où mon esprit pourrait comprendre, que j’entrerais dans un danger réel.

Trois jours s’écoulèrent ainsi sans que j’eusse même la pensée d’aller à la ville.

Le troisième jour, comme je me levais de table, on me dit qu’une paysanne déjà âgée me demandait.

Ce ne pouvait être que la vieille Joséphine Gauthier.

J’étais seul à table ; j’ordonnai à Georges de la faire entrer.

Je ne m’étais pas trompé : c’était Joséphine ; je la fis asseoir, tout joyeux, près de moi. Pour quelque cause qu’elle vînt, elle avait quitté madame de Chamblay, la veille, et elle allait me donner de ses nouvelles. Avec cette bonne femme, qui avait été sa nourrice et qui l’aimait autant qu’elle aimait sa fille, et peut-être davantage, je pouvais parler d’Edmée tout à mon aise, et je ne craignais pas d’être trahi.

– Eh bien, lui demandai-je, et la noce, où en est-elle ?

– Comme vous pensez bien, répondit-elle, tout est fini. Le lendemain, on a mangé les restes de la veille, et, le surlendemain, ceux du lendemain ; mais ça ne pouvait pas durer toujours. Chacun s’est remis à son ouvrage, et maintenant il n’y paraît plus.

– Les jeunes époux sont contents et heureux ?

– Grâce à vous, monsieur le baron, qui êtes leur providence ; aussi m’ont-ils bien chargée de vous dire qu’après le bon Dieu et la comtesse, vous êtes ce qu’ils aiment le plus au monde.

– Et au château ?

– Au château, tout va bien aussi. La petiote est un peu triste.

– Madame de Chamblay ?

– Oui.

– Et vous ne connaissez pas les causes de sa tristesse ?

– Non. Tout ce que je sais, c’est que son mari va faire une absence de quelques jours.

– Et vous croyez que c’est cela ?

– Du moins, quand il l’a quittée, après lui avoir annoncé cette nouvelle, je l’ai trouvée les yeux bien rouges : elle avait beaucoup pleuré.

– Elle ne vous a rien dit ?

– Si fait ; elle m’a dit : « En l’absence de mon mari, ma bonne Joséphine, j’irai passer un jour et une nuit à Juvigny ; je veux revoir ma petite chambre. » Je lui ai répondu : « Venez, madame la comtesse ; vous y serez bien reçue par votre vieille Joséphine, pour qui ce sera un beau jour que celui où elle vous reverra dans la maison de votre jeunesse. » Alors elle a poussé un gros soupir, et a dit quelques mots que je n’ai pas compris. « Ah ! lui ai-je dit, il y a quelqu’un qui vous recevrait encore bien mieux que moi là-bas. – Qui donc ? a-t-elle demandé. – Le propriétaire actuel, M. de Villiers. »

– Et qu’a-t-elle répondu à cela ?

– Rien ; seulement, elle a poussé un second soupir encore plus gros que le premier...

– Et croyez-vous, demandai-je à Joséphine, qu’il lui serait désagréable de me voir à Juvigny ?

– Il n’est jamais désagréable de voir les gens qu’on aime.

– Vous croyez donc, ma chère Joséphine, que madame de Chamblay a de l’amitié pour moi ?

– Ah ! çà, j’en réponds. Si vous saviez comme elle regardait la clef de la petite chambre ! Je crois même qu’une ou deux fois elle l’a baisée.

– Cela prouve, non pas qu’elle m’aime, mais qu’elle aime sa chambre.

– Sans doute ; mais il y a une chose dont je suis sûre, c’est qu’elle l’aime encore mieux depuis que vous la connaissez.

– Qui vous fait croire cela ?

– Ses questions, donc.

– Elle vous a questionnée ?

– Ah ! jour du bon Dieu ! m’en a-t-elle demandé, de ces détails ! Et qu’est-ce que vous avez dit ; – et qu’est-ce que vous avez fait ; – et comment vous y êtes entré ; – et comment vous en êtes sorti ; – dans quelle chambre vous vous êtes assis, dans quel lit vous avez couché ; – si vous aviez l’air triste, si vous aviez l’air gai. C’est-à-dire qu’une fois que nous n’étions que nous deux, il n’était plus question que de vous.

J’éprouvais un indicible bonheur à entendre parler la bonne femme, et bientôt, à mon tour, je l’interrogeai sur Edmée, comme celle-ci l’avait interrogée sur moi. Ce fut alors que j’eus toute sorte de détails charmants sur sa jeunesse : comment, enfant, elle passait sa vie entre ses fleurs et ses oiseaux ; comment elle semblait s’entretenir avec eux dans une langue inconnue, venant raconter tout ce que les oiseaux disaient, tout ce que les fleurs pensaient ; n’aimant que la solitude, et passant des heures entières à regarder dans l’eau des choses que personne n’y voyait.

Puis, la nuit, c’était bien autre chose. La bonne Joséphine couchait dans la chambre à côté de la petite chambre bleue. Elle avait conservé ses habitudes de nourrice, et, au moindre mouvement que faisait sa fille, elle s’éveillait, se levait sur la pointe du pied, et allait regarder par la porte entrouverte. Alors l’enfant, tout endormie et aussi souriante, du moment où elle dormait, qu’elle était mélancolique et rêveuse une fois éveillée, alors l’enfant répondait à ses questions, la rassurait, la tranquillisait, lui racontait qu’elle était en train de voyager dans des contrées inconnues où les feuilles des arbres étaient d’émeraudes, et les corolles des fleurs, de rubis et de saphirs ; comment elle rencontrait dans le pays de ses rêves de belles créatures aux yeux bleus, aux cheveux blonds, aux longues robes blanches, aux ailes d’or. Puis la bonne femme ajouta – ce qu’Edmée m’avait raconté elle-même – que souvent elle se levait, et, les yeux fermés, allait prendre sa broderie et s’asseoir devant une table, et, là, sans lumière, illuminée par une flamme intérieure, se mettait soit à broder, soit à écrire. Et elle avait grandi ainsi, presque sans autres leçons que celles que lui donnaient ces instituteurs inconnus qui semblaient lui désigner les livres où elle avait appris toutes les belles choses qu’elle savait ; si bien que, le matin, elle allait dans la bibliothèque prendre un livre que personne ne connaissait, qu’elle ne connaissait pas elle-même la veille ; ou bien, si elle ne voulait pas se déranger, y envoyait un domestique ou chargeait Joséphine d’y aller, lui désignant si bien le livre, lui disant si bien la place où il était, qu’elle n’avait qu’à étendre le bras et à mettre la main dessus.

Tout cela faisait que les domestiques avaient pour elle une sorte de crainte respectueuse comme celle que l’on éprouve pour un être surnaturel ; mais, par bonheur, d’un autre côté, elle était si bonne, que, cette bonté doublant l’amour qu’on lui portait, cette crainte n’était plus que celle de lui déplaire.

Je passai une heure à écouter la bonne femme : je l’eusse écoutée toute la journée, toute la vie.

Par malheur, elle devait partir pour Juvigny, ayant déjà fait un détour de cinq ou six lieues pour venir me trouver.

De tout son récit, ce qui m’avait frappé le plus, c’était le point par lequel elle avait commencé, c’est-à-dire la visite que la comtesse devait faire au château.

Passer un jour avec la comtesse dans ce château tout plein de son enfance et de sa jeunesse, tout vivant de ses souvenirs de jeune fille, c’était pour moi un bonheur que je n’osais pas rêver.

Je le tenterais, et voici comment :

Comme je ne savais point quel jour la comtesse irait au château, je partirais, moi, dès le lendemain, pour le village de Juvigny.

Là, je resterais parfaitement inconnu, et comme un paysagiste qui vient faire des croquis.

Elle devait passer par le village pour arriver au château : je saurais donc le jour de son arrivée.

Joséphine préviendrait la comtesse que j’étais au village, – je ne voulais pas de surprise, – et lui demanderait si elle voyait un danger à me recevoir.

Si elle y voyait même un inconvénient, elle ne me recevrait pas.

Dans le cas contraire, elle mettrait sur la fenêtre de sa chambre, qui était visible de la route, un vase de Chine avec un bouquet de fleurs dedans. Je saurais alors que je pouvais me présenter.

Je craignais que la bonne vieille ne fit confusion dans tous ces détails, de sorte que, pour plus grande sûreté, je les lui écrivis sur une feuille de papier.

Au bas de ma prière, j’avais mis les trois mots que vous aviez un jour gravés à la pointe du couteau sur le seuil de ma porte, et qui depuis s’étaient si souvent présentés à mon esprit : Ainsi soit-il !

Laissez-moi vous dire en passant, mon ami, que ces trois mots sont une espèce de talisman qui toujours m’a porté bonheur.

Tout étant arrêté, la bonne femme se remit en route.

Comme d’habitude, Alfred rentra à cinq heures.

Il monta à ma chambre ; je reconnus son pas et n’eus qu’à me retourner lorsqu’il entra.

– Ah ! par ma foi, dit-il en entrant, je t’amène un convive sur lequel tu ne comptais pas.

– Qui donc ?

Il regarda tout autour de la chambre, comme pour s’assurer si j’étais seul.

– M. de Chamblay, dit-il.

Je tressaillis malgré moi.

– M. de Chamblay ! et pourquoi m’amènes-tu M. de Chamblay ? lui demandai-je.

– Je ne te l’amène pas spécialement, à toi ; je l’amène à Reuilly. Que diable ! quand on a l’ambition d’être député, il faut cultiver l’électeur. M. de Chamblay a vendu Juvigny ; mais il a encore Chamblay, il est encore grand contribuable, membre du conseil de département. C’est donc un homme pour lequel on doit avoir des égards ; en outre, il a une belle chasse à laquelle il t’a invité pour les premiers jours de septembre. Tu tiens à y aller ; je sais cela. Il n’y a pas de mal qu’il te renouvelle son invitation ; enfin, il est mari de madame de Chamblay. Bref, il est venu me faire une visite à la préfecture, s’est plaint de ce que tu avais été à Bernay sans entrer au château : il t’en voulait fort. J’ai pensé qu’il était urgent que tu fisses ta paix avec lui ; je l’ai amené à Reuilly.

– Il quitte donc Bernay ?

– Oui ; il va pour trois ou quatre jours à Paris ; il a des affaires à finir avec son notaire. Voyons, n’es-tu pas bien aise d’être confirmé dans la certitude qu’il va pour deux ou trois jours à Paris ?

– Confirmé ?

– Sans doute ; car je présume que tu le savais déjà et que la vieille bonne femme qui est venue te voir n’avait pas d’autre nouvelle à t’annoncer.

– Alfred !

– Mon cher ami, il est du devoir d’un bon administrateur de tâcher qu’il n’arrive pas de conflit dans son département. Laisse-moi prendre toutes mes précautions, que diable ! Sous un gouvernement constitutionnel, les fonctionnaires sont responsables. Je ne veux pas perdre ma place. Puis tu verras s’il y a certaines choses qu’il faut que M. de Chamblay sache et que nous lui glisserons en dînant entre la poire et le fromage.

– Quelles choses ?

– Oh ! des bagatelles auxquelles tu ne songes pas, toi ; comme, par exemple, que c’est toi qui es le propriétaire actuel de Juvigny.

– Vas-tu donc le lui dire ?

– Aimes-tu mieux qu’il l’apprenne à Paris par son notaire, et qu’il fasse toute sorte de réflexions absurdes au-devant desquelles, moi, j’irai par quatre paroles ? Sans compter que des paroles de préfet, il n’y a pas à en douter, c’est officiel comme la première colonne du Moniteur ; seulement, nous dînerons de bonne heure, comme des bourgeois. Il faut que M. de Chamblay soit à Évreux à huit heures pour prendre la voiture qui correspond avec le chemin de fer de Rouen. Aussi la belle grimace qu’a faite Bertrand quand il a su que son dîner était avancé d’une demi-heure ! La même que tu as faite, toi, quand tu as su que tu dînais avec M. de Chamblay.

En ce moment, la cloche du dîner se fit entendre.

Alfred tira sa montre.

– Cinq heures et demie ! ponctuel comme un cadran solaire ! Grand homme que Bertrand, mon ami, très grand homme, que je te léguerai par testament si je fais la sottise de me laisser mourir avant toi. Descendons ; il ne faut pas qu’un député fasse attendre son électeur ; Louis XIV l’a dit : « L’exactitude est la politesse des rois. »

Nous descendîmes. M. de Chamblay, qu’Alfred avait laissé dans le parc, s’acheminait vers le perron, attiré par le bruit de la cloche.

J’allai au-devant de lui.

Nous nous fîmes les compliments d’usage, sans que sa figure, fort belle du reste et tout à fait distinguée, trahît la moindre arrière-pensée.

Nous nous mîmes à table.

Ce fut alors seulement que M. de Chamblay me reprocha gracieusement d’être venu, pour ainsi dire, jusqu’à la porte de son château sans le visiter.

Je lui répondis que, ne l’ayant pas vu à la noce de Gratien lorsque sa femme y était, je l’avais cru absent ; que je n’avais connu sa présence que le soir, de la bouche même de la comtesse, et que, partant le lendemain au point du jour, je n’avais pu me présenter chez lui.

Alors, Alfred entama l’affaire de la candidature et raconta comme quoi, pour que je pusse lui être utile en temps et lieu, il m’avait fait acheter, bien contre mon gré, la terre de Juvigny, que M. de Chamblay venait de faire vendre ; j’avais même poussé le dévouement à l’amitié jusqu’à payer cette terre, que je n’avais pas vue, que je ne connaissais pas, vingt mille francs de plus que le premier acquéreur ne l’avait achetée de M. de Chamblay.

Le comte parut un peu embarrassé, rougit légèrement, balbutia quelques mots où il se félicitait de ce que cette terre de famille, dont certaines considérations l’avaient poussé à se défaire, fût entre les mains d’un ami, au lieu d’être entre celles d’un étranger ; puis il ajouta avec un sourire :

– Ce sera, je l’espère, une raison de plus, cher concitoyen, pour que vous veniez ouvrir la chasse dans la terre que j’ai conservée.

Je lui renouvelai la promesse de ne pas manquer au rendez-vous. La conversation sauta de ce sujet hasardeux à des considérations générales, et, comme lors de la première entrevue que nous avions eue ensemble, le comte me fit l’effet d’un homme non seulement distingué, mais encore instruit, presque savant.

À sept heures un quart, le tilbury s’arrêta devant le perron ; le comte nous fit ses adieux en remerciant Alfred, s’assit près du cocher et lui prit les rênes des mains.

Le cocher, qui connaissait le cheval pour très difficile à conduire, hésitait à les lui remettre.

– Donne ! donne ! lui dit Alfred ; si Bab-Ali fait le méchant, le comte lui montrera comment on met les mauvais sujets à la raison.

Georges, qui tenait Bab-Ali au mors, le lâcha.

Le cheval se cabra et essaya de se jeter à droite, puis à gauche.

Mais, à l’aide des rênes et du fouet savamment combinés, le comte remit Bab-Ali dans le bon chemin ; de sorte que, lorsqu’il sortit de la grille, il paraissait aussi décidé à être sage que s’il eût été aux mains du cocher ou d’Alfred lui-même.

– Sur ma parole, lui dis-je, j’ai cru un instant que tu avais l’intention de faire de madame de Chamblay une veuve !

– Aide-toi et le ciel t’aidera ! répondit Alfred. Les proverbes sont la sagesse des nations.

Puis, se tournant vers son groom :

– Georges, lui dit-il, M. le baron quitte demain Reuilly pour deux ou trois jours ; veillez à ce qu’Antrim soit en état de le porter où il va.

– Ah çà ! demandai-je à Alfred, qui t’a dit que je partais ?

– Oh ! je m’en doute bien, répondit-il, et tu conviendras qu’il ne faut pas être sorcier pour cela.

– Si tu avais l’intention d’espionner, comme la dernière fois, je te dirais tout de suite où je vais ; ce serait toujours un peu de peine de moins pour ton homme.

Alfred secoua la tête en souriant.

– Non, me dit-il, ce n’est pas de toi que je m’occupe cette fois.

– Et de qui donc ?

– De lui.

– Qui appelles-tu lui ?

– Eh ! pardieu ! M. de Chamblay.

Je fis un mouvement.

– Que veux-tu ! c’est une manie, me dit-il ; mais je tiens à ce qu’il ne t’arrive pas malheur.

Le soir, en montant à ma chambre, je trouvai sur la table de nuit une charmante petite paire de pistolets de poche à canons superposés.

Les pistolets étaient tout chargés et reposaient sur un papier où étaient écrits ces mots de la main d’Alfred :

« À tout hasard. »
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