Quelques mots au lecteur








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Conclusion


Vous comprenez tout maintenant, mon ami, n’est-ce pas ? Edmée, à la suite d’un vomissement de sang qui avait provoqué en elle une violente secousse physique, avait été atteinte d’une attaque de catalepsie pareille à celle qu’elle avait éprouvée le jour de sa première communion, à la suite d’une émotion morale.

Les médecins appelés avaient reconnu tous les signes de la mort et avaient constaté le décès.

M. de Chamblay, qui avait reçu une lettre de M. Loubon lui disant qu’il tenait à sa disposition cent mille francs, avait eu hâte de quitter le château, et, par bonheur, n’avait pas, pour l’inhumation, suivi la règle des quarante-huit heures de délai.

De son côté, Edmée, dans ses hallucinations magnétiques, s’était vue couchée sur son lit, enfermée dans son cercueil, descendue dans son tombeau ; elle avait dû croire ou plutôt faire croire à la mort.

C’était là ce danger terrible dont elle avait un vague pressentiment et dont je devais la sauver.

Les cheveux qu’elle m’avait recommandé de venir couper sur sa tête au cas où elle n’aurait pas le temps de les couper elle-même et de me les envoyer, furent le moyen dont la Providence se servit.

Maintenant, morte au monde et pour le monde, Edmée vivait pour trois personnes seulement.

Elle était sûre de la discrétion de Gratien et de Zoé.

Notre bonheur était entre nos mains ; c’était à nous de ne pas le laisser échapper.

Partir, Edmée et moi, quitter la France.

Tout était préparé pour cela ; j’avais mon passeport écrit de ma main, et, après ces mots : « M. Max de Villiers », je n’avais qu’à ajouter ceux-ci : « Voyageant avec sa femme. »

À minuit, un coupé tout attelé en poste, attendait à la porte extérieure de la maison du jardinier.

Dans la chambre de Zoé était un cachemire dont Edmée avait fait mon couvre-pieds.

Zoé donnerait à la comtesse une paire de souliers à elle, au lieu des souliers de satin blanc dont elle l’avait chaussée pour la coucher dans son cercueil. La toilette de voyage serait complétée ainsi sans qu’on eût besoin de rentrer au château.

Gratien garderait la clef du caveau et se chargerait de reclouer la bière, afin que, si quelqu’un y descendait à l’aide de la seconde clef, on ne s’aperçût pas que la bière était vide.

Zoé courut chercher chez elle les souliers, le cachemire et un manteau. J’enveloppai Edmée du cachemire et mis le manteau par-dessus, tandis que Zoé la chaussait et que Gratien, encore tout abasourdi de ce qui venait de se passer, nous regardait faire.

Puis, après une fervente prière de remerciement à notre petite Vierge protectrice, Gratien et Zoé s’étant assurés que le cimetière et ses environs étaient solitaires, nous sortîmes.

Ce ne fut que le pied sur la dernière marche et baignés, pour ainsi dire, dans l’air de la vie, que nous respirâmes. Edmée se pendit à mon cou ; je la pressai sur mon cœur.

– Tu m’as sauvé la vie, me dit-elle, ma vie est à toi, prends-la.

Gratien enleva les étais et abaissa la pierre, tandis que j’entraînais Edmée loin de ce domaine de la mort qui semblait me la rendre à regret.

Cinq minutes après, nous étions dans cette petite chambre de la serre où, quelques heures auparavant, j’avais éprouvé tant d’angoisses mortelles.

Là, au lieu de cette robe blanche des noces, que Zoé se chargea de reporter à Juvigny dans la chambre verte où elle devait attendre notre retour, Edmée passa la robe de satin noir encore tout humide de mes larmes.

Puis le bruit d’une voiture et les grelots des chevaux de poste nous firent tressaillir.

L’heure était venue de partir.

Nous embrassâmes Zoé et Gratien, qui, du rang de serviteurs, étaient montés à celui d’amis, et qui, au lieu de nous quitter en pleurant comme ils eussent fait en une autre circonstance, nous quittèrent en riant ; tant les événements prennent, selon la situation, un aspect triste ou joyeux !

Trois heures après, nous étions à Villiers ; nous prîmes une barque qui nous conduisit au Havre ; au Havre, le paquebot qui fait la traversée de Londres.

Il va sans dire que, sur mon passeport, à ces mots : « M. Max de Villiers », j’avais ajouté : « Et sa femme. »

À Londres, nous étions hors de toute poursuite ; d’ailleurs, personne n’avait intérêt à nous poursuivre.

De Londres, nous partîmes pour la Martinique, où nous achetâmes une charmante habitation, et où nous vécûmes dans le double paradis de la nature et de l’amour.

Gratien et Zoé seuls savaient où nous étions ; nous avions laissé la pauvre Joséphine dans son ignorance ; nous nous défiions de l’indiscrétion de la bonne femme ; d’ailleurs, la vieillesse est égoïste ; elle pleura quelque temps sa chère petiote, puis les larmes s’arrêtèrent, et quand, par hasard, elle parlait d’elle, elle se contentait d’essuyer par habitude le coin de ses yeux avec son mouchoir à carreaux rouges.

Un jour, nous reçûmes une lettre de Zoé ; elle nous annonçait la mort du comte. Après une ruine complète, il s’était jeté dans les basses orgies et était mort du delirium tremens.

C’est en recevant cette nouvelle que je résolus, cher ami, de faire, pour l’homme du drame, un simple récit tout d’analyse, dans lequel le cœur est l’agent principal, et où les événements ne sont que des agents secondaires.

Probablement suivrons-nous ce manuscrit d’aussi près qu’un paquebot suit l’autre, c’est-à-dire qu’un mois après lui, si rien ne retarde notre départ, nous serons en France.

Donc, au revoir et à bientôt, cher ami ! Vous êtes poète, vous verrez quelle femme est Edmée ; vous êtes chasseur, vous verrez quelle chasse il y a à Chamblay.

Puis je vous ferai faire connaissance avec Alfred de Senonches, qui est tout ce que l’on peut être quand on ne sait pas être heureux, grand-croix, conseiller d’État, sénateur, etc., etc.

Votre bien dévoué,

Max De Villiers.

 

Mais, par le paquebot qui suivit le manuscrit, je reçus la lettre suivante :

 

« Mon cher ami,

» Au moment de partir, Edmée se trouve si heureuse ici, que nous avons résolu de ne jamais retourner en France.

» Comme je présume que vous mourez d’envie de publier mon manuscrit, je vous y autorise de grand cœur.

» Ex imo corde.

Max De Villiers.

 

De peur que mon ami Max de Villiers ne se repentît de la permission donnée, j’ai laissé s’écouler quatre ans.

Au bout de quatre ans, n’ayant point reçu contrordre, j’envoie son manuscrit à l’imprimeur, en écrivant sur la première page les trois mots, symbole de résignation si souvent répétés dans le récit :

Ainsi soit-il !

Alex. Dumas.

Naples, 19 juin 1861.

Cet ouvrage est le 1350e publié

dans la collection À tous les vents

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

1 Parle de mes péchés, nymphe, dans tes prières.

1 Le Bon-Sauveur, maison de fous à Caen.

1 Nom persan du rossignol.

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