Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres








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André Durand présente
Henrik IBSEN
(Norvège)
(1828-1906)

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

qui sont résumées et commentées

(surtout ‘’Peer Gynt’’).

Bonne lecture !
Né à Skien, le 20 mars 1828, fils d’un commerçant aisé atteint par la faillite, il eut une enfance et une adolescence difficiles, abandonna à seize ans ses études pour travailler. Mais, dès l’âge de vingt ans, il écrivit une première pièce de théâtre :

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‘’Catilina’’

(1848)
Drame
Commentaire
On y sentit l’influence de Schiller.

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En 1850, sous le pseudonyme de Bryniolf Byarne, Ibsen parvint à faire représenter :

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‘’Le tertre du guerrier’’

(1850)
Drame
Commentaire
C’était la première d’une série d’œuvres théâtrales qu’Ibsen consacra au passé mythique et historique de la Scandinavie.

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En 1851, Ibsen devint directeur du Théâtre national de Bergen et acquit une familiarité précieuse avec la scène.

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‘’Madame Inger de Östrat’’

(1855)
Drame

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‘’La fête à Solhaug’’

(1856)
Drame

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‘’Olaf Liljekrans’’

(1857)
Drame

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‘’Les guerriers de Helgeland’’

(1858)
Drame

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Le romantisme initial d’Ibsen fit peu à peu place à une précision psychologique et historique toujours plus grande. Ce fut l’ébauche du personnage ibsénien qui se débat dans les rets de ses contradictions puisque les pires ennemis de sa grandeur résident en lui.

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‘’La comédie de l’amour’’

(1862)
Drame

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‘’Les prétendants à la couronne’’

(1863)
Drame
Commentaire
La pièce était encore imprégnée de l'inspiration historique qui fut celle du jeune dramaturge lecteur de sagas.

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En 1864, après la faillite du théâtre de Bergen, muni d’une bourse officielle, Ibsen entreprit un long voyage à l’étranger et finit par se fixer à Rome. Ce séjour italien eut apparemment sur lui un effet libérateur. Délaissant ses écrits ennuyeux consacrés à la glorification de son pays, c’est dans la basilique Saint-Pierre qu’il conçut :

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‘’Brand’’

(1866)

‘’Incendie’’
Drame dialogué en vers
Un prêtre conduit sa famille à la ruine par excès de rigorisme moral.
Commentaire
Ce fut la première pièce d’Ibsen contre les notables, où il exprima des conceptions morales. Elle met en lumière, d’une façon tragique, ce type de « chercheur d’absolu » qu’il allait proposer dans toute son œuvre sous de nombreuses variantes.

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‘’Peer Gynt’’

(1867)
Drame lyrique et satirique
Peer Gynt vit dans le pays des trolls, et, dans le village, on chuchote qu'il avait été un demi-troll. Il habite seul avec sa mère, Aase, dans une petite ferme que son père leur avait laissée. Mais il leur avait aussi laissé des dettes qu’elle peine à rembourser toute seule. Car Peer ne s'occupe pas de la ferme, mais préfère vagabonder à travers les montagnes, les fjords et les forêts et rêve de devenir un homme célèbre. Son rêve préféré est de devenir empereur. Dans son imagination, il se lance dans les aventures les plus insensées et, quand il en parle, il a du mal à distinguer le rêve de la réalité. Un jour, il revient de la chasse en prétendant avoir traversé les airs à dos de renne pour faire la course avec les nuages.

On veut le marier à une promise nommée Solveig, mais ce fanfaron, loin de se contenter de raconter des histoires, enlève en pleine fête nuptiale une jeune épouse qui est une troll, la fille du Vieux de Dovre. Un sanglier arrivant en courant, il l'enfourche d'un bond et prend la femme troll devant lui. Et ils partent vers le château des trolls, franchissent le portail et entrent dans la grande salle du roi de la montagne.

Il apprend que, pour les trolls, il n'est qu'une seule devise : « Sois à toi-même », et que cette devise s'oppose à celle des hommes véritables, qui recommande d'« être soi-même ». Pour pouvoir épouser la princesse et avoir biens et honneurs, il renonce à sa condition d'homme. Il ne va pas toutefois jusqu'au bout de la déchéance et parvient à s'enfuir.

Il vagabonde alors dans les montagnes, formant les desseins les plus orgueilleux, projetant les plus mirobolantes entreprises. Après une fugitive rencontre avec Solveig, qui s'est éprise de lui le jour des noces et qui lui restera fidèle toute sa vie, il rentre chez sa mère, sa rude et tendre mère, qui finissait par ajouter foi à ses fanfaronnades. La vieille est sur le point de mourir, mais elle se réjouit de voir que son fils, transformant le trépas tout proche en une grande chevauchée, l'emporte jusqu'au seuil du Paradis et la confie personnellement à saint Pierre.

Il va d'aventure en aventure. Bien des années plus tard, il est, en Afrique, ayant fait fortune comme armateur et trafiquant d'esclaves. Il fait des théories sur la vie et offre la sienne comme exemple d'activité morale. Il médite des projets grandioses, mais le vaisseau sur lequel sont chargées les richesses qu'il a accumulées lui est volé et il se voit contraint de reprendre son existence vagabonde. Après avoir engagé une lutte ridicule avec des bêtes sauvages et des singes, il devient le prophète d'une tribu de Bédouins du désert. Il se fait voler par Anitra, la jeune fille à laquelle il s'était attaché. Il est enfin proclamé empereur des fous dans un asile d'aliénés égyptien.

Au dernier acte, devenu vieux, il est à bord d'un navire qui le ramène dans sa patrie, aux prises avec un mystérieux passager (le diable?) qui lui annonce sa fin prochaine. Il court la forêt pour échapper à son sort. Il rencontre un autre personnage mystérieux, un fondeur de boutons qui est chargé de porter son âme au Maître de toutes choses. N'étant pas à proprement parler un pécheur, Peer doit être en effet replongé dans ce grand chaudron où les boutons mal réussis sont refondus. Mais les choses ne sont pas si simples : il n'admet pas d'être un bouton raté de la robe merveilleuse qui revêt l'univers. Il est certain de pouvoir prouver sa perfection de bouton puisque, durant toute a vie, il a toujours été lui-même. C’est alors que le Vieux de Dovre vient lui enlever toutes ses illusions : « Tu vivais en troll, mais le cachais toujours. La formule apprise de moi t’a permis ton élévation à la grande fortune […] et tu viens ici dénigrer la formule et moi-même, à qui tu en es redevable ! » Peer a vécu en troll, croyant vivre en homme. Pour lui désormais, il n’est plus de salut sinon entre les bras de Solveig, qui a vieilli en attendant son retour, qu’il retrouve dans sa cabane, au milieu des montagnes et que maintenant il bénit d’avoir fait de sa vie un chant d’amour. Car, depuis toujours, on l'entendait chanter ce refrain : «Moi, je t'attends ici, cher et doux fiancé. Jusqu'à mon jour dernier. Je t'ai gardé mon coeur, plein de fidélité et il ne saurait changer


Commentaire
La figure du protagoniste est tirée d'un conte populaire norvégien qu'Ibsen lut probablement dans le recueil d'Asbjornsen. Dans les premières scènes du drame, Peer est exactement le fanfaron du conte. Et on retrouve dans cette fantaisie poétique toute la vie populaire de la Norvège, son folklore avec les trolls et autres êtres fantastiques, la brumeuse mythologie nordique.

Peer, qui est primesautier, chimérique, entreprenant, qui se caractérise par son manque de volonté, vit dans l’anarchie, cédant à toutes ses impulsions, découvre le fin mot de la sagesse humaine en acceptant d’être lui-même et, à la fin de la pièce, est récompensé par la découverte de l’amour, seul l’amour de la droite et pure Solveig pouvant le sauver.

Pour Ibsen, qui représenta satiriquement un type d’homme contraire à celui qui répondait à son idéal, Peer Gynt étant exactement l’opposé des personnages dans lesquels il incarna son tourment, il symbolise également les imperfections du caractère national. Aussi a-t-il été diversement jugé en Norvège, lui a valu hostilité et dérision, ses compatriotes refusant de s’identifier à son immaturité.

Aujourd’hui encore, les avis sont partagés. Le côté caricatural du personnage n’est pas sans gêner. Mais la fraîcheur du drame, la beauté de quelques-unes de ses scènes, sa singulière saveur, sont reconnus même par ceux qui se refusent à le considérer comme le chef-d’œuvre d’Ibsen.

Ibsen demanda à Edvar Grieg de composer la musique de scène pour le drame fantastique et allégorique qu’il venait de terminer. En 1876, la représentation de ‘’Peer Gynt’’ à Oslo obtint un succès exceptionnel auquel ne furent pas étrangers les vingt-deux morceaux symphoniques composés par Grieg et qui en sont une admirable transposition lyruique. Seules huit pièces sont demeurées dans les « suites » de concert (opus 46 et opus 55), qui ont le même titre.

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‘’Empereur et Galiléen’’

(1873)
Drame
Il s’agit de Julien l’Apostat.
Commentaire
Ibsen mit dix ans à écrire cette pièce où il tenta de brosser une fresque grandiose de la civilisation classique au moment du passage du paganisme au christianisme.

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L’échec relatif de ces trois grandes compositions conduisit Ibsen à une crise très grave.

Comme un des critiques de ‘’Peer Gynt’’ prétendait que la pièce n’a rien de poétique, il écrivit dans une lettre à Bjørnstjerne Bjørnson, envoyée de Rome, le 9 décembre 1867 : « S'il faut la guerre, il y aura la guerre ! Si je ne suis pas poète, je n'aurai rien à perdre. Je m'essaierai à la photographie. Je m'en vais m'occuper de mon époque, telle qu'elle se présente par là-haut, point par point, une personne après l'autre. » L'idée de voir Ibsen se muer en photographe n'était certes pas à prendre à la lettre. Mais ce propos n'en indiquait pas moins que du nouveau se préparait, et que cette nouveauté était le drame réaliste contemporain.

Comme Bjørnson lui avait conseilé de tâter de la comédie satirique, qui, selon lui, répondait à son « vrai talent ».

Au printemps 1868, il quitta Rome pour s'installer à Berchtesgaden, dans les Alpes bavaroises. C'est là qu'il commença à forger le projet. Le travail d'écriture proprement dit commença à Dresde, où la famille Ibsen emménagea au mois d'octobre suivant. Il y tint une chronique traitant des petits faits de la vie quotidienne, dans une phase de transition qui le conduisit à un scientisme positiviste qui se manifesta dans :

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‘’L’union des jeunes’’

(1869)
Drame
L'avocat Stensgaard est un jeune homme ambitieux, qui aspire à une carrière politique dans une petite ville de Norvège. Le 17 mai, jour de la fête nationale, il prononce un discours politique enflammé dans lequel il attaque le maître de forges du lieu, le chambellan Bratsberg. Il se déclare disposé à fonder un nouveau parti aux idées radicales, ‘’L'Union des jeunes’’. Cependant, Bratsberg croit que les attaques contenues dans le discours sont dirigées contre son concurrent et ennemi, le propriétaire terrien Monsen. Aussi Stensgaard est-il d'abord le bienvenu dans la maison du chambellan.

Stensgaard, qui a auparavant demandé la main de la fille de Monsen, Ragna, décide de lui préférer la fille de Bratsberg, Thora. Il adresse à Bratsberg de grandiloquentes excuses publiques, mais le chambellan, furieux, le met à la porte.

Lorsque Stensgaard apprend que le fils de Bratsberg, Erik, a imité la signature de son père sur un billet à ordre, en vue d'obtenir de l'argent pour des affaires financières à risque dans lesquelles il est impliqué avec Monsen, il s'intéresse de nouveau à Ragna, et projette un temps de demander sa main. Mais Monsen risquant d'être scandalisé par lesdites affaires, Stensgaard cherche une solution plus sûre, et demande plutôt en mariage une riche veuve, Madame Rundholmen.

Or il s'avère que seul Monsen, et non Bratsberg, est impliqué dans la falsification du billet à ordre : l'attention et les voeux de Stensgaard se reportent alors sur Thora. Mais celle-ci ne veut plus de l'avocat. De son côté, Madame Rundholmen, offensée à la lecture d'une lettre qui est arrivée par mégarde entre ses mains, choisit de se fiancer au fils de Monsen, Bastian. Stensgaard, qui se retrouve ainsi privé de perspectives matrimoniales, doit plier bagages. La vie retrouve son cours ordinaire, à ceci près que la ville compte une série de jeunes couples heureux.
Commentaire
La première ébauche avait été commencée le 21 octobre. Elle était alors intitulée "L'Union des jeunes ou Vorherre & Cie.", mais l'éditeur Frederik Hegel obtint la suppression du sous-titre, dont il craignit qu'il ne donne lieu à des accusations de blasphème («Vorherre» signifiant «Notre Seigneur»).

Avant de s'estimer satisfait, Ibsen écrivit trois versions de la pièce (dont la première est perdue). Le travail de base fut terminé le 28 février 1869, et il lui fallut encore neuf semaines pour recopier le manuscrit.

La pièce parut le 30 septembre 1869 à Copenhague.

La première eut lieu le 18 octobre 1869 au Christiania Theater. La représentation déboucha sur un tohu-bohu sans précédent. La pièce avait été comprise comme exprimant une prise de position politique, en la totale défaveur de la gauche libérale qui s'estima offensée. Une cabale de siffleurs et des manifestants avait été recrutée. Au cours de la deuxième séance, le chahut atteignit un tel niveau d'intensité (une moitié de l'assistance s'époumonait en sifflets et huées, l'autre applaudissait à tout rompre) que le metteur en scène dut paraître sur scène et demander le silence pour que la représentation puisse se poursuivre.

Les échanges furent tout aussi houleux dans la presse.

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Ibsen, pendant ce temps, se trouvait en Égypte. Il n'eut vent du tumulte qu'environ un mois plus tard, lorsqu'il reçut une lettre de sa femme, Suzannah, en abordant à Port Saïd. Le poème ‘’Port Saïd’’ dépeint l'état d'esprit dans lequel le plongea cette lettre.

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‘’Les soutiens de la société’’

(1877)
Drame

Le consul Karsten Bernick, riche propriétaire d'un chantier naval et homme d'affaires en vue dans une petite ville portuaire de Norvège, est respecté comme un homme de haute valeur morale, bien qu'il ait bâti sa réussite sur des marchés plus ou moins scrupuleux. Sa femme, Betty, et lui-même ont un fils, Olaf, âgé de treize ans. En épousant Betty, il a trahi son amour de jeunesse, Lona Hessel, au profit de sa demi-soeur, héritière d'une plus grosse fortune. Quinze ans avant le début de la pièce, alors qu'il était fiancé à Betty, Bernick a été pris en flagrant délit dans la chambre d'une maîtresse, et cet épisode a eu des conséquences dramatiques. Pour échapper au scandale, Bernick a fait porter la faute de son acte au frère de Betty, Johan, qui était sur le point d'émigrer aux États-Unis. Il en a profité pour répandre la rumeur selon laquelle Johan se serait en outre rendu coupable de vol. Cette histoire, inventée de toutes pièces par ses soins, visait à expliquer pourquoi les caisses de sa propre société, à ce moment précis, étaient vides.

Quand le rideau se lève, Bernick est en discussion avec d'autres personnalités importantes du lieu, avec lesquelles il projette de faire construire un chemin de fer desservant la ville. Il a acheté en secret des terrains sur lesquels doit passer la ligne. Mais survient Johan, de retour des États-Unis avec sa demi-sœur, Lona. Il menace Bernick de dévoiler les secrets de son passé, ce qui place le consul dans une situation délicate, ses projets d'affaires dépendant du caractère irréprochable de sa réputation en tant que pilier de la communauté locale. Bernick fait mettre à flots un navire qu'il sait trop délabré pour prendre la mer, et se rend compte, une fois qu'il a levé l'ancre, que son propre fils a quitté la maison familiale et se trouve à bord. Sur ce même bateau se trouve Johan. Quand celui-ci a découvert que Bernick l'avait utilisé comme bouc émissaire et avait abusé de sa loyauté, il a proféré des menaces à son encontre. Johan a emmené Dina Dorf, fille de l'ancienne maîtresse de Bernick, qu'il veut épouser en Amérique, avant de revenir se venger. Le consul est donc certain que trois de ses proches vont périr sur l'épave flottante. Mais il s'avère finalement que le bâtiment n'a pas pris la mer. Sous la pression et les encouragements de Lona Hessel, son amour d'antan, Bernick confesse ses péchés dans un discours adressé aux habitants de la ville, qui sont venus l'acclamer dans son rôle de soutien de la société. Il exhorte l'assistance à juger, en toute liberté d'esprit, des fautes qu'il a commises, et à entamer une vie nouvelle et meilleure, délivrée des hypocrisies que l'on a jusqu'ici cultivées dans la petite communauté.

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‘’Maison de poupée’’

(1879)
Drame
Dans l’intention de hâter la guérison de son mari, malade et sans ressources, Nora Helmer a secrètement contracté une dette, mais a obtenu par un faux la garantie de ce crédit. Lorsque Torvald, le mari, découvre la vérité, il décide de traiter sa femme comme une esclave infidèle. Il se rassure pourtant quand il apprend que le créancier est disposé à restituer le reçu du crédit, et est prêt à pardonner. Comprenant qu’elle n’a, jusqu’alors, été qu’une poupée futile et charmante dans la maison de Torvald, Nora voit s’imposer à elle la nécessité de vivre selon une nouvelle autonomiese révolte et quitte le foyer conjugal.
Commentaire
La pièce, illustration de revendications féminines, dénonciation de l’égoïsme masculin, entend aussi justifier la légitime aspiration de tout être humain à la liberté.

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‘’Maison de poupée’’, d’un coup, fit d’un écrivain confidentiel une figure centrale du théâtre européen.

La pièce suscita, en Suède, un grand mouvement d'opinions et même une polémique à laquelle participa August Strindberg qui la considérait comme «une œuvre galante et romantique, à la manière d’autrefois, pleine d'une fragilité tout idéale» et se plaignait de que, à sa suite «toutes les femmes ne voyaient plus dans leurs maris que des tyrans, et se considéraient, à tort ou à raison, comme des poupées».

À partir de là, Ibsen allait fournir une série de chefs-d’œuvre :

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‘’Les revenants’’

(1881)
Drame
Mme Helene Alving, qui vit au manoir de Rosenvold, est la veuve du capitaine et chambellan Alving, homme respecté dans la communauté locale. Bien que son mariage ait été malheureux, elle s'applique de toutes ses forces à dissimuler le fait que son mari, alcoolique, s'adonnait en réalité à une vie de débauche au manoir. Alving a eu une fille du nom de Regine avec une domestique de la maison, et un fils, Osvald, avec sa femme légitime. Regine travaille elle-même aujourd'hui comme domestique chez Mme Alving, tandis qu'Osvald, que l'on souhaitait éloigner du milieu familial, a été envoyé dès l'enfance à l'étranger. Regine croit que son père est le menuisier Engstrand. Celui-ci est en train de terminer la construction d'un orphelinat qui doit être inauguré le jour suivant, à la mémoire du chambellan. Une fois ce travail achevé, il a prévu d'emmener Regine à la ville, et d'y fonder un établissement de restauration pour les marins. Regine et Mme Alving s'opposent l'une et l'autre à ce projet. Regine s'imagine partant pour Paris avec Osvald, qui a quitté un temps sa vie de peintre afin d'assister à l'inauguration de l'orphelinat.

Rosenvold reçoit également la visite du pasteur Manders, qui gère le financement de l'orphelinat. Dans sa jeunesse, Mme Alving a été amoureuse de Manders, et s'est vue prête à quitter Alving pour lui. Mais le pasteur l'a repoussée et renvoyée à son époux.

Au cours de la nuit qui précède l'inauguration, l'hommage à la « mémoire du capitaine Alving » est détruit par un incendie. Le pasteur Manders, qui a obtenu que le bâtiment ne soit pas assuré, craint à la fois pour son renom de pasteur et sa crédibilité de gérant. Au cours d'une conversation inavouable avec Engstrand, il demande au menuisier d'assumer la responsabilité de l'incendie, en échange de quoi les finances destinées à l'orphelinat seront investies dans son projet de foyer pour marins à la ville.

Osvald apprend à sa mère qu'il est atteint de syphilis. Il impute la responsabilité de sa maladie à la vie de bohême qu'il a menée à Paris. Il a peur de devenir grabataire. Il espère que Regine acceptera de l'aider à mourir en lui procurant de la morphine, quand la maladie sera parvenue à son dernier stade. Mais, lorsqu’elle comprend qu'Osvald est malade et découvre en outre qu'il est son demi-frère, elle quitte Rosenvold pour mener sa propre vie. Mme Alving dévoile à Osvald la vraie personnalité de son père, et lui apprend qu'il a hérité de lui sa maladie. Elle devra assumer seule la question de savoir si elle accepte d'aider son fils comme il le demande, en lui donnant de la morphine. La pièce s'achève sur un lever de soleil, alors qu'Osvald a atteint le stade ultime de sa maladie.
Commentaire
L’angoisse est, comme chez Maupassant, associée à la syphilis et débouche directement sur la folie.

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‘’Un ennemi du peuple’’

(1882)
Drame
Un homme isolé, un médecin, lutte jusqu’à la folie contre une administration et une cité acharnées à maintenir en activité des thermes insalubres. Événements, commissions, compromissions font écho à une actualité si présente que la pièce s’en trouve dopée.
Commentaire
Cette pièce à thèse « soumet un problème à la discussion », ouvre de nombreux débats politiques et moraux. Mais reste la question majeure : où Ibsen a-t-il voulu en venir? Son distinguo entre la plèbe, la foule faite d’imbéciles inutilisables, et la partie du peuple qu’on doit associer à la gestion de la cité, demeure ambiguë. Bizarrement, de ce flottement idéologique la pièce trouve un surplus d’énergie, de vérité. Si la mise en scène accrédite la folie du médecin, son discours s’en trouve discrédité.

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‘’Le canard sauvage’’

(1884)
Drame
Dans une maison où un canard sauvage est prisonnier au grenier, des marginaux, ratés et pauvres, vivent soit, comme le photographe Hjalmar Ekdal, dans l’illusion de pouvoirs qu’ils seront incapables de saisir au moment où on les leur offrira, soit, comme la petite Hedvige, dans des rêves qui les mèneront au suicide, les beaux parleurs, comme Gregers Werle, se montrant incapables de dépasser leurs propos.
Commentaire
C’est peut-être l’œuvre la plus complexe et la plus originale d’Ibsen. Il y dénonça les mirages trompeurs sans lesquels l’être commun est incapable de résister aux pressions du milieu et des conditionnements sociaux. Le canard sauvage prisonnier au grenier est un parfait symbole de la décadence des fausses valeurs laissées à l’homme libre.

Cette pièce marqua un tournant dans la production de l’écrivain qui, pour la première fois, laissa éclater ici ce doute essentiel qui assombrit toute la fin de son oeuvre.

Dans ‘’Le plaidoyer d’un fou’’, August Strindberg allait interpréter la pièce comme un drame à clé, identifiant le photographe Hjalmar Ekdal et sa femme, Gina, au couple qu’il formait avec Siri von Essen.

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‘’Rosmerholm’’

(1886)
Drame
Johannes Rosmer, propriétaire du manoir de Rosmersholm, est le dernier représentant d'une famille ancienne et respectée, qui comptait en son sein force ecclésiastiques, militaires et fonctionnaires. Lui-même exerçait auparavant les fonctions de pasteur, mais s'est retiré de la charge. Avant le début de la pièce, son épouse, Beate, s'est noyée dans la cascade Møllefossen, geste de folie qu'on attribue au chagrin de ne pouvoir avoir d'enfant pour perpétuer la lignée des Rosmer.

Dans sa jeunesse, Rosmer a été très marqué par son précepteur, Ulrik Brendel, libre-penseur et idéaliste. Une jeune femme du nom de Rebekka West a réussi à s'introduire à Rosmersholm par l'intermédiaire de Kroll, frère de Beate. Elle voit en Rosmer des possibilités latentes, croit pouvoir l'aider à mettre en oeuvre son idée d'un monde d’« hommes nobles et heureux ». Rosmer, sans vouloir se l'avouer, s'éprend de Rebekka. Les conversations qu'il a avec elle ont une forte influence sur sa vision de la vie. Durant un certain temps, il se croit prêt à quitter Rosmersholm pour s'engager activement dans la vie politique, aux côtés de la gauche. Il en résulte un conflit ouvert entre lui-même et le conservatisme de Kroll. Le directeur d'école s'applique de toutes ses forces à le sauver des griffes des « renégats ».

Au fil de la pièce, Rosmer découvre que Rebekka a manipulé Beate, en lui faisant croire qu'elle-même était enceinte des oeuvres de Rosmer. Comprenant à présent la raison de son suicide, il est rongé de doute et de remords.

De son côté, Rebekka découvre, au cours d'une confrontation avec Kroll, qu'elle est réellement la fille du docteur West, qu'elle croyait être son père adoptif. À la suite de cette découverte, elle avoue avoir été indirectement à l'origine du suicide de Beate, en désirant prendre sa place à Rosmersholm. Mais, lorsque Rosmer lui demande de l'épouser, elle refuse. Les deux protagonistes se jettent dans la cascade, à l'endroit même où Beate s'est noyée.
Commentaire
C’est le drame des intellectuels progressistes qui n’arrivent pas à concilier la lumière de l’intelligence avec les raisons sombres et souterraines de l’instinct.

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‘’La dame de la mer’’

(1888)
Drame
Le Docteur Wangel est médecin dans une petite ville de la côte ouest de la Norvège. Il a deux filles d'un premier mariage, Bolette et Hilde. Après la mort de sa première femme, il a épousé Ellida, qui est beaucoup plus jeune que lui. Fille d'un gardien de phare, elle a passé son enfance au large des côtes. Wangel et sa deuxième épouse ont eu un fils, qui est mort en bas âge. Ce drame a marqué une rupture dans la vie du couple, et Wangel craint pour la santé mentale de sa femme. Il a écrit à l'ancien précepteur de Bolette, pour l'inviter à leur rendre visite, espérant que cette diversion aurait un heureux effet sur Ellida. Mais Arnholm, par un malentendu, croit que Bolette soupire après son retour, et demande la main de la jeune fille. Elle accepte à contrecœur, convaincue que ce mariage avec son ancien professeur est sa seule chance de quitter la maison familiale et d'ouvrir ses horizons sur le monde.

Dix ans auparavant, Ellida était fiancée à un marin. Coupable du meurtre d'un capitaine de vaisseau, il a dû fuir, mais il lui a demandé d'attendre son retour. C'est en vain qu'elle a voulu rompre ses fiançailles. L'homme exerce sur elle un pouvoir de fascination. Lorsqu'après de longues années, il ressurgit et prétend l'emmener, Wangel comprend qu'il doit la laisser libre de son choix : rester avec lui ou partir avec l'étranger. Ellida choisit de rester. La pièce s'achève sur le départ de l'étranger, tandis qu'Ellida et Wangel prennent pied dans une nouvelle vie commune.



Commentaire
C’était l’affirmation victorieuse d’une idée du couple et de la famille en plein contraste avec toutes les conventions.

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‘’Hedda Gabler’’

(1890)
Drame

Hedda Tesman est la fille du général Gabler, qui est mort sans lui laisser de fortune. Elle approche désormais de la trentaine. Après avoir fréquenté activement la bonne société, elle a épousé Jørgen Tesman, un universitaire féru d'histoire culturelle. Il a été élevé par ses deux tantes, Julle et Rina. Il vit à présent dans l'espoir de se voir attribuer un poste de professeur à l'université. Au moment où commence la pièce, Hedda et Jørgen rentrent d'un voyage de noces qui s'est prolongé durant six mois. Tandis qu’il profitait du voyage pour poursuivre ses recherches en explorant des archives, elle s'est ennuyée ; elle en fait la confidence au juge Brack, un ami de la famille. Malgré l'aversion manifeste qu'elle éprouve à l'égard de son époux, elle est enceinte, fait qu'elle n'a jusqu'ici pas voulu reconnaître. À son retour, Jørgen a appris une mauvaise nouvelle : il sera concurrencé dans sa course au poste de professeur par un ancien admirateur d'Hedda, Eilert Løvborg, dont les talents, mais aussi la vie de bohême et le penchant pour l'alcool, sont de notoriété publique. Au cours des dernières années, cependant, Løvborg a mené une existence sobre et retirée. Il est l'auteur de deux études, écrites avec l'aide d'une certaine Thea Elvsted, devenue son inspiratrice.

Au moment où commence la pièce, Løvborg vient d'arriver en ville, muni de l'une de ces deux études. Thea, dans sa passion pour lui, a quitté son mari pour le suivre. En l'espace de deux jours, Hedda met en scène une série d'événements aux conséquences dramatiques. Elle pousse Løvborg à s'enivrer et à participer à une soirée entre hommes, chez le juge Brack. Au cours des agapes, Løvborg perd son manuscrit. Jørgen Tesman, l'ayant découvert, le confie à Hedda. Elle s'abstient de dire à Løvborg que le manuscrit est entre ses mains. Elle lui donne un des pistolets de son père pour qu'il puisse mettre fin à ses jours en beauté, et brûle le manuscrit. Mais c'est d'une balle perdue que Løvborg est finalement destiné à mourir, de surcroît dans une maison close. Brack, qui sait d'où vient l'arme, en profite pour essayer de forcer Hedda à devenir sa maîtresse. Thea et Tesman trouvent le chemin qui les mène l'un vers l'autre, en reconstituant le travail de Løvborg à partir des notes que Thea a conservées. Hedda, qui se voit prisonnière des griffes de Brack et d'une vie dénuée de sens, fait usage contre elle-même du deuxième pistolet du général Gabler.
Commentaire
Représentation grotesque d’une femme supérieure qui met en pratique de la manière bourgeoise la plus absurde le message de Nietzsche, révoltée par la médiocrité de son milieu provincial autant que par celle des hommes qui l’entourent, Hedda Gabler est une Bovary du Nord, mais lucide, sans illusions, jusqu’à la méchanceté qui permet un peu de vaincre l’ennui de vivre. Le ridicule inhérent à l’existence même l’empêche d’être une épouse convenable.

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‘’Solness le constructeur’’

(1892)
Drame
Halvard Solness, entrepreneur en bâtiment et architecte autodidacte, est marié à Aline, dont l'origine sociale est supérieure à la sienne. À force d'ambition professionnelle, il est lui-même devenu un personnage puissant dans sa ville natale. Le bruit court que son succès serait né d'un épisode au cours duquel son épouse a vu la maison de son enfance disparaître dans les flammes, perte dont elle ne s'est jamais remise, comme elle ne s’est pas remise de la mort de ses jumeaux nouveaux-nés, intervenue peu de temps après. Elle s'inquiète aussi pour la santé mentale de son mari, ainsi qu'elle en fait la confidence à leur ami et médecin de famille, le docteur Herdal. Solness emploie trois personnes : Ragnar Brovik, son père, Knut Brovik, auprès de qui Solness a autrefois appris son métier, et qui est aujourd'hui un vieil homme malade et pétri d'amertume, et Kaja Fosli, qui, bien que fiancée à Ragnar, nourrit en secret une passion malheureuse pour Solness. Le jour où celui-ci découvre que Ragnar souhaite s'établir à son propre compte, il se refuse à l'y aider, et tente de pousser Kaja à épouser son employé, de façon à pouvoir les garder tous deux à son service. Survient une visite inattendue, celle d'une jeune femme, nommée Hilde Wangel, qui a rencontré Solness dix ans auparavant, lors de la cérémonie d'inauguration d'un clocher construit par ses soins dans le village où elle habite. Solness, rappelle-t-elle, l'avait embrassée, et lui avait promis de revenir dix ans plus tard pour lui offrir « un royaume » ; elle vient aujourd'hui réclamer son dû.

Solness vient justement de faire construire, pour Aline et lui-même, une nouvelle maison agrémentée d'une tourelle. Hilde l'incite à y grimper pour orner le faîte d'une couronne, comme il le fit autrefois sur l'église, et ce bien qu'il soit manifestement sujet au vertige. Solness s'incline. Au moment où il atteint le faîte, Hilde agite triomphalement un foulard blanc en lançant des cris de victoire, mais le constructeur tombe et se tue.
Commentaire
Dans cette œuvre d’une grande densité symbolique, les dernières traces de naturalisme disparurent de l’écriture d’Ibsen qui retrouva la manière des grands contemporains comme Tchekhov, Strindberg, Maeterlinck.

C’est une autre de ces pièces qui ont marqué la dramaturgie universelle mais qui sont rarement, voire jamais, à l'affiche. La troupe se mesure cette fois à Solness le constructeur, un drame d'Henrik Ibsen créé en 1893.

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‘’Le petit Eyolf’’

(1894)
Drame
La pièce se déroule en l'espace d'un jour et demi, dans la propriété de Rita et Alfred Allmers, qui se situe non loin d'un fjord, à quelques dizaines de kilomètres de la ville la plus proche. Le couple a un fils de neuf ans, du nom d'Eyolf, qui est partiellement paralysé. Ce handicap, l'enfant le doit à une chute qu'il a faite alors qu'il était encore nourrisson. Ses parents l'avaient couché sur une table, et l'y avaient laissé sans surveillance pendant qu'ils s'adonnaient à des ébats passionnés. Après l'accident, Alfred Allmers semble s'être éloigné de sa femme aussi bien physiquement que sentimentalement, se terrant dans le travail de rédaction d'un traité philosophique sur « la responsabilité humaine », qu'il considère comme l'oeuvre et le sens de sa vie. Rita, qui se sent rejetée par son mari, exprime ce sentiment sous la forme d'une violente jalousie à l'égard de son fils et de la demi-soeur d'Alfred, Asta, auxquels il est très lié.

L'action de la pièce commence alors qu'Alfred revient d'une promenade en montagne, au cours de laquelle il a décidé d'abandonner son travail, pour tout consacrer au bonheur et au devenir d'Eyolf. Une vieille femme, qu'on nomme la Demoiselle aux rats, sonne à la porte et demande s'il n'y aurait pas, dans la maison « quelque chose qui ronge ». Elle propose d'attirer hors du logis, jusqu'au fjord où il se noieront, les indésirables rongeurs. Mais personne, dans la maison, ne voit de quelle vermine rongeante il y aurait à se débarrasser. Cependant, le petit Eyolf, fasciné par cette effrayante apparition, la suit jusqu'au bord de l'eau et se noie. La mort de l'enfant déclenche les crises latentes chez ceux qui lui survivent. Il s'avère qu'Alfred est amoureux d'Asta, qui, de son côté, vient de découvrir dans des lettres laissées par sa mère, qu'il n'existe en fait aucun lien de parenté entre eux. Asta part avec l'ingénieur Borgheim, qui souhaite l'épouser.

Après avoir réglé leurs comptes et fait leur examen de conscience, Rita et Alfred décident, malgré tout, de rester ensemble. Ils entameront une nouvelle vie en s'occupant des enfants pauvres de la contrée. Le sentiment de culpabilité, le deuil d'Eyolf et le manque qu'il laisse derrière lui seront reconvertis en conscience sociale.

Commentaire
La pièce a pour thème le passage de l’amour conjugal et maternel à une mission humanitaire de rachat, dans un décor de brume où les personnages sont comme étourdis par les échos de la nature. Un sentiment tragique de culpabilité confère à l’œuvre une note de désespoir.

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En 1895, Ibsen rentra à Christiana, où il reçut une consécration nationale. Il y écrivit ses dernières œuvres.

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‘’John Gabriel Borkman’’

(1896)
Drame
Seize ans avant le début de l'intrigue, l'ancien banquier John Gabriel Borkman a purgé une peine de prison pour abus de confiance. Il estime avoir été condamné à tort. Ayant utilisé l'argent de ses clients pour investir dans un empire industriel, il a été dénoncé, avant d'avoir pu rembourser tous ces « emprunts », par son ami Hinkel, qui était alors épris d'Ella Rentheim, l'amour de jeunesse de Borkman.

Huit ans se sont écoulés depuis sa sortie de prison. Depuis lors, Borkman habite le premier étage de la maison d'Ella, et sa femme, Gunhild, le rez-de-chaussée, sans qu'aucun contact se soit rétabli entre eux. Leur fils, Erhart, âgé d'une vingtaine d'années, fait ses études en ville.

Borkman ne sort jamais, mais il reçoit de temps à autre la visite de Vilhelm Foldal, l'une des victimes de ses spéculations financières, qui a tout perdu dans l'affaire. Foldal entretient Borkman dans sa conviction qu'on finira par rappeler l'ancien directeur de la banque à son poste antérieur.

Dans sa jeunesse, Borkman a trahi Ella, son grand amour, et épousé à sa place sa jumelle, Gunhild, en échange du poste de directeur de banque. Après son incarcération, Ella s'est occupée d'Erhart, auquel elle est désormais très attachée. Erhart, de son côté, a fait la connaissance d'une femme divorcée, Fanny Wilton. Il finira par partir à l'étranger avec elle et avec la fille de Foldal, Frida.

Au début de la pièce, Ella vient prier les parents d'Erhart de permettre au jeune homme d'habiter chez elle et de prendre son nom. Elle se sait depuis peu atteinte d'une maladie incurable. Borkman accepte, mais Gunhild refuse de laisser la charge de son fils à sa jumelle, avec qui elle n'entretient plus de relations depuis des années. Les soeurs en viennent à un amer règlement de comptes. Erhart lui-même entre en scène, pour leur déclarer que sa destinée ne peut être liée à aucune des deux femmes, ni davantage à son père. John Gabriel Borkman quitte la maison. En compagnie d'Ella, il s'enfonce dans la nuit hivernale, où il trouvera la mort.
Commentaire
C’était la représentation de la vieillesse et le pressentiment de la mort.

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‘’Quand nous nous réveillerons d’entre les morts’’

(1899)
Drame
Arnold, sculpteur vieillissant et fêté, est parvenu à la renommée internationale avec une oeuvre baptisée "Le jour de la résurrection". Irène, qui lui a servi de modèle pour cette sculpture, s'est jadis crue investie d'une mission : suivre et aider Rubek dans son travail d'artiste. Il semble que tous deux, à cette époque, aient eu l'un pour l'autre des sentiments forts, mais Rubek s'est toujours refusé à voir en Irène plus qu'un modèle, et celle-ci l'a quitté dans l'amertume. Depuis ce jour, les capacités créatrices de Rubek ont décliné. Il se sent désormais incapable de produire une oeuvre d'importance, et sait que la clef de sa création est entre les mains d'Irène. Il a entre-temps épousé une femme beaucoup plus jeune que lui, Maja, et avec elle, a vécu à l'étranger. Leur relation conjugale a peu à peu perdu de son ardeur.

Lorsque le rideau se lève, Rubek et Maja sont en villégiature en Norvège, dans un hôtel thermal. Ils y font la connaissance du propriétaire terrien Ulfheim, chasseur d'ours, qui invite Maja à le suivre dans ses expéditions en montagne. Parmi les clients de l'hôtel se trouve également une mystérieuse femme vêtue de blanc, accompagnée d'une diaconesse. Cette femme s'avère être Irène, qui a derrière elle deux mariages et un séjour en asile psychiatrique. Elle apparaît telle une « morte vivante », et accuse Rubek, lors d'un douloureux affrontement, d'avoir détruit sa vie et de lui avoir volé son âme. De son côté, Rubek prie Irène de lui revenir, pour qu'il puisse retrouver sa puissance créatrice. Rubek et Irène se rendent ensemble dans les montagnes pour des retrouvailles amoureuses. En approchant des hauteurs, ils rencontrent Maja et Ulfheim. Un vent de tempête commence à souffler. Tandis que Maja et Ulfheim cherchent le chemin de la vallée pour se mettre à l'abri, Irène et Rubek continuent leur ascension vers le sommet, où les attend la mort dans une avalanche.
Commentaire
La pièce, qu’Ibsen considérait comme l'épilogue de toute son oeuvre, semblait exprimer, à l’aube du nouveau siècle, le crépuscule définitif du XIXe siècle bourgeois.

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Le 23 mai 1906, Henrik Ibsen mourut à Christiana (Oslo).
Pionnier du théâtre moderne avec ces tragédies du quotidien qui ont jeté les bases du théâtre réaliste, il a donné, d’une part, des tableaux très caustiques d’une bourgeoisie à chapeaux hauts de forme où règne la sauvagerie et le silence des couples, où on se méfie de l’émancipation de petites épouses turbulentes ; et, d’autre part, de grands drames d’hommes isolés, asphyxiés par le conformisme, l’argent roi, les traditions. Il y a toujours dans ses pièces quelqu’un qui crie d’ouvrir les rideaux pour faire entrer la lumière, car l’intérieur de chaque maison a tendance à devenir un sarcophage. On assiste à des sursauts de la sensibilité vive, à des éclats de violence, à des élans vers la liberté, à des éruptions de révolte. Il avait le génie de construire ses pièces autour de questions existentielles, des dilemmes si intrinsèquement humains que rien ne saurait rendre désuètes les oeuvres qui en découlent. Il y a, d'un bout à l'autre de son théâtre, une sorte d'aspiration plus ou moins consciente à un état de société sans conventions étouffantes, sans idées reçues inviolables, sans relations contraignantes entre fortune et rang social. Chez ses personnages, il y a cette volonté de remédier à son sort, ce désir subversif de rompre les liens moraux, familiaux, sociaux ou conjugaux qui nous retiennent cruellement au sol. C'est cette soif de liberté qui a traversé les années. Ce qui nous attache à ce théâtre, ce n'est pas tellement, en fin de compte, l'intrigue située et datée, ce sont les personnages, ces hommes et ces femmes de chair et de sang qui tentent éperdument de dire, de se dire, de s'entendre, parce que telle est la condition de leur survie. Ils savent ce que nous savons tous, mais eux s'efforcent de le formuler, de le représenter. Il fit preuve d’une écoute fine du monde émotif féminin.
Dans ce théâtre, que certains diront «de salon», le mystère du paysage scandinave est pourtant palpable, la puissance du fjord se fait constamment entendre.
S’il est évidemment le plus grand dramaturge norvégien, il est aussi l’un des plus grands du théâtre mondial. Pirandello le plaçait tout juste derrière Shakespeare.

Ce théâtre, qui n'a rien perdu de sa pertinence et qui est même d'une grande actualité, jouit toujours d'un statut exceptionnel. Les fondements de sa dramaturgie, exploration sans concession des plus vives contradictions de la nature humaine, appartiennent indéniablement à notre époque. Il est mort depuis cent ans, et nous sommes toujours de plain-pied avec son univers : personnages, décors, action, tout cela nous est familier, les adaptations sont à peine nécessaires. Chaque saison, en France comme ailleurs, on monte assidûment ses pièces. Chaque génération, depuis plus d'un siècle, les reprend, les adapte, les refaçonne, proposant de nouvelles figurations, choisissant des décors inattendus, bouleversant les habitudes acquises.

Au Québec, au cours des dernières années, des metteurs en scène aussi divers que Lorraine Pintal, Peter Batakliev et Chris Abraham ont revisité sa dramaturgie. En 1996, sur la scène du T.N.M., Sylvie Drapeau fut une mémorable Hedda Gabler. En France, Emmanuelle Seigner et Isabelle Huppert ont eu la chance d'endosser le même rôle mythique. Quant à Patrice Chéreau et Stéphane Braunschweig, ils ont su faire mentir ceux qui disaient que ‘’Peer Gynt’’ et ‘’Brand’’ étaient des pièces impossibles à mettre en scène.
Le cinéaste suédois Ingmar Bergman s’est inspiré de cette architecture dramatique parfaite.
Étant sans aucun doute un classique, le seul véritable classique, peut-être, que nous ait donné le Nord, il est entré dans la Bibliothèque de la Pléiade.
André Durand
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