Cours d’Histoire de la pédagogie








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Cours d’Histoire de la pédagogie

Johnson Chéry M. éd., Novembre 2013

CFEF-FDM

De l’Antiquité à la Renaissance : Rupture ou continuité au niveau de la pensée pédagogique

L’actualité pédagogique est pensée par certains auteurs en termes de crise : crise de l’enseignement, crise du système éducatif, crise de l’éducation… Pour d’autres comme Freud, le métier d’éducation serait un métier impossible aujourd’hui (Dupuis, 2005). A lire l’article de Michel Serres paru dans le journal Le monde en 2011 intitulé ‘’Eduquer au XXIe siècle’’, l’auteur fait un état de la question éducative pour un public large. Le philosophe contemporain soulève certaines interrogations à propos de la transmission1 qui fait débat aujourd’hui. Enseigner est-ce transmettre des savoirs ou d’en faire acquérir ?

Il résume son questionnement en trois questions principales : Que transmettre ? A qui le transmettre ? Comment le transmettre ?

Notre objectif dans ce cours n’est pas d’apporter des réponses à ses questions bien que cela vaille la peine mais d’approfondir notre compréhension de la pédagogie à travers son histoire. Toutefois, nous pouvons faire remarquer que : quelle que soit la voie privilégiée, la problématique de l’éducation en 2013 est bien présente et nous renvoie à notre rapport au savoir, à notre rapport à autrui au sein d’un monde en pleine recomposition, en pleine mutation instantanément joignable à partir du téléphone portable. Car le monde d’aujourd’hui est un monde qui est ‘médié’ par le virtuel, relié au moyen des réseaux sociaux et bouleversé par les nouvelles technologies. Prenons un peu de recul dans nos réflexions en faisant un détour historique pour comprendre le progrès de la pédagogie en lien avec les récentes découvertes. A cet effet, convoquons l’ouvrage de Jean Vial sur l’histoire de l’éducation dans l’Antiquité.

L’éducation dans l’antiquité : bref aperçu

Dès l’introduction du chapitre II de son livre, Jean Vial signale les conditions qui ont rendu possible le développement de la pensée éducative dans l’Antiquité. Il reconnaît les possibilités dont ont bénéficié certaines civilisations (Egypte, Chine, Inde, Grèce…) qui se sont succédé à l’ère primitive. Parmi lesquels citons : le développement du commerce, de la navigation, des progrès techniques, de l’agriculture, de l’organisation de la vie urbaine à partir du IVe millénaire. En Egypte tout particulièrement au temps des Pharaons ont été édifiées de fameuses pyramides. L’écriture pictographique (les hiéroglyphes) est inventée. Les hiéroglyphes seront déchiffrés par Champollion.

Sous l’empire des Pharaons, il y avait des scribes, des architectes, des prêtres. Bien que l’éducation à l’époque demeurait totalitaire où seuls les dignitaires qui constituaient une minorité en jouissaient véritablement, il n’est pas moins vrai que cela a facilité l’initiation de quelques méthodes d’enseignement (la mémoire, le par cœur, la répétition, l’imitation, les méthodes d’apprentissage de calcul, de l’écriture et de la lecture, des systèmes de contrôles). Le découpage de certaines disciplines, l’organisation de l’école élémentaire, la différence entre deux grands types d’éducation (intellectuelle, pratique) constituent un progrès.

Les civilisations orientales ont perpétué certaines inégalités sociales et éducatives et ont prôné une pédagogie contemplative. Deux figures sont pourtant remarquables pour la profondeur de leur pensée : Lao Tseu et Confucius.

En Occident, nous pouvons citer deux grandes civilisations parmi trois : la Grèce antique et la Rome hellénistique. La civilisation romaine aura résulté d’une combinaison du courant hébreux et du courant grec qui a donné naissance à la civilisation occidentale. Quant à la civilisation des hébreux, ils ont transmis la culture chrétienne. Le christianisme supplantera à certains égards le Judaïsme et a dominé durant le Moyen-âge. Les influences se font sentir encore aujourd’hui. Entre temps, la pensée grecque incarnée par les philosophes dont Pythagore, Socrate, Platon et Aristote a traversé le monde romain et depuis deux millénaires elle constitue la base de nos conceptions en matière d’éducation littéraire, scientifique et artistique, de la politique (démocratie) etc…

Comment l’histoire de l’Antiquité et son retentissement au cours de la Renaissance permet-elle de dégager les idées pédagogiques qui ont fondé l’éducation en Occident ? C’est ce que nous nous proposons de considérer dans ce cours après ce long cheminement à travers les points suivants :

1-L’héritage de l’Antiquité

2- La pensée Grecque

3-Le courant humaniste de la Renaissance

  1. L’héritage de l’Antiquité

L’un des termes qui nous permet de comprendre l’apport de la pensée pédagogique de l’Antiquité à l’époque moderne est : héritage. Héritage, legs, tribut, donation renvoie aux biens ou à un patrimoine culturel laissé par une descendance un parent à son fils, par un groupe social, par une civilisation aux générations qui vont succéder. En ce qui nous concerne, nous empruntons les termes de René Char pour qui notre héritage n’est précédé d’aucun testament (Arendt, Meirieu)2.

S’il a fallu à un moment donné d’en prendre possession la question se pose au niveau de la légitimité. Comment jouir de ce legs dont on ignore le possesseur légitime. C’est le cas des Occidentaux qui revendiquent l’héritage gréco-romain. Les sources grecques nourrissent la réflexion, servent de cadrage, de point de repère au niveau de la pensée occidentale non seulement en philosophie mais aussi en pédagogie voire dans les autres sciences humaines et même dans les sciences dures3.

La pédagogie est née dans l’Antiquité. Elle est inventée par les Grecs. A cette époque, on retrouve l’éducation physique qui est beaucoup pratiquée lors des Olympiades ou dans les amphithéâtres de Rome. A Athènes sont développés parallèlement l’esprit et le corps contrairement aux spartiates qui minimisent l’éducation intellectuelle au profit de l’éducation physique-militaire.

Les Athéniens pratiquent la gymnastique et la musique, fondent des écoles. Des maîtres itinérants enseignent sur la place publique. Il faut retenir que la finalité de l’éducation antique (gréco-romaine) c’est de former le citoyen plus que l’homme. Cette philosophie, notons le, résulte d’une fusion de nationalités sous l’influence hellénistique. L’empire Romain a conquis la Grèce par la force politique et militaire mais il s’est mis à l’école d’Athènes. Plutarque (46-120) un grec du 1er siècle qui a écrit les vies parallèles des grands hommes de la Grèce et de Rome avancera l’idée d’humanité (qui sera répandue durant la Renaissance), d’une éducation morale universelle.

  1. La pensée grecque

Nous accordons une place de choix dans le cadre de ce cours aux idées des penseurs grecs. Des auteurs influencés par le mouvement hellénistique à Rome comme Sénèque (4e siècle av. J.C- 65 ap. J.C, Quintilien (40-118) ou Plutarque (45-123) ne seront pas étudiés. Qu’en est-il des penseurs grecs ?

    1. Les philosophes grecs

Sur les îles Ioniennes assez abruptes poussent des cités grecques vers 2000 à146. L’espace grec est caractérisé par une civilisation de la mer, un relief tourmenté et la lumière. Dans ce creuset athénien mêlant contraintes et possibilités sont produits des hommes qui ont appris à se gouverner eux-mêmes, à penser et à raisonner librement. En développant l’esthétique, en inventant le théâtre, l’histoire, la science, la philosophie, les Grecs ont posé le fondement de la civilisation occidentale européenne.

Les principaux philosophes grecs connus sont Pythagore (570-480), Socrate (470-399), Platon (427-347) et Aristote (384-322). De Pythagore, on retient son fameux théorème en géométrie ; de Socrate, son célèbre ‘’connais-toi toi-même’’ ; Platon, sa théorie des idées et d’Aristote, les lois du raisonnement, la théorie des causes ou l’idée de matière essence de l’Idée.

La forme pour Aristote c’est ce qui donne l’existence individuelle de l’objet visible. Avec ses 400 ouvrages, Aristote a produit une encyclopédie renfermant différentes disciplines : la physique, la métaphysique, la logique, l’esthétique, la politique, la psychologie, l’astronomie voire la zoologie. Bien qu’il ait été à l’école de Platon, il s’oppose farouchement à la théorie platonicienne des Idées et réfléchit plutôt sur la substance, la matière.

2.2 Quand des philosophes pensent pédagogie : biographie et histoire d’une pensée

Pour étudier les idées pédagogiques de l’Antiquité, Platon et Socrate restent des figures emblématiques indissociables à certains points de vue. Socrate tout comme Pythagore n’a rien écrit. Les idées de Socrate sont connues à travers les œuvres de son disciple Platon. Les œuvres les plus connues consacrées à Socrate sont : l’Apologie de Socrate, le Phédon de Platon qui racontent son procès et sa mort. Les mémorables de Xénophon évoquent différentes épisodes de sa vie4.

Socrate : Qui est Socrate ? Fils d’un sculpteur et d’une femme-sage, Socrate a été condamné par le tribunal athénien qui l’accusait de corrompre la jeunesse puisqu’il remettait en cause certaines pratiques en usage dans la société de son temps. Certains pensent qu’il était un précepteur, chargé d’éduquer les enfants des grandes familles tout en menant une vie itinérante. Il demeure célèbre pour avoir développé une méthode qui est rapportée dans les Dialogues de Platon appelée ‘’la Maïeutique’’ (le fait d’accoucher les esprits). La maïeutique consiste à aider son interlocuteur à découvrir les vérités qu’il a en lui comme la femme sage armée de ses expériences aide une femme en train de mettre au monde un bébé tout en suivant le cours naturel des choses. Education (sens 2) ex-ducere : faire sortir, et l’éducation (forme d’assistance, aide).

Platon : Platon est un idéaliste, un peu comme Thalès qui marche la tête en l’air, qui croit en l’existence des idées pures, éternelles et contingentes (qui peuvent être ou ne pas être). Celui-ci a fondé le lycée ou l’Académie à l’entrée duquel ou de laquelle était inscrit ‘’que nul n’entre ici s’il n’est géomètre’’ suivant la légende. On comprend qu’il fallait remplir les conditions exigées pour faire partie du cercle de Platon.

Platon distingue le monde sensible du monde intelligible. Il pense la connaissance comme moyen de s’élever de la masse confuse des savoirs spontanés, des croyances ordinaires, des opinions courantes pour accéder à des idées abstraites, pures, seules capables d’aider à penser véritablement le monde qui nous entoure. La connaissance nous permet d’accéder à la réalité intangible des choses. (Eduquer : élever, s’élever). A notre avis, Platon, fier de son orgueil, a sans doute pensé qu’il formait une race à part, étant issu d’une élite, d’une famille aristocratique de haut rang. Pour lui, seuls les philosophes sont qualifiés pour faire de la politique (de polis : cité et tiktêin : gouverner) et donc sont apte à gouverner. Ajoutons que, Platon, suite à ce qui est arrivé à son maître Socrate était particulièrement farouche à la démocratie (gouvernement du peuple). On peut se demander si Platon ne faisait pas davantage de la politique que de la pédagogie.

2.3 Quelles sont les idées pédagogiques à retenir chez Socrate et Platon ?

Socrate est reconnu pour avoir inventé la pédagogie de la découverte qui s’appelle également le constructivisme dans l’optique piagétien5. Cette pédagogie consiste à amener l’élève, à guider sa pensée de telle sorte qu’il puisse découvrir de par lui-même la connaissance au lieu de lui transmettre un savoir tout fait, de le remplir comme un tonneau vide, de faire en lui le dépôt du savoir. Son approche pédagogique situe donc l’apprenant au centre de l’intervention éducative. Le maître joue dans ce cas un rôle instrumental. Chez Platon c’est ‘’l’allégorie de la caverne’’ (République, Livre 7) pour évoquer la condition de l’homme par rapport à l’ignorance et à l’instruction qui illustre cette pensée. Les questions du maîtres font surgir les idées à la conscience du disciple qui atteint la connaissance de même que les rayons du soleil font surgir les objets dans la caverne (Boivin, 1997)
« La culture n’est point ce que certains, qui font profession de la donner, disent qu’elle est. Ils prétendent, si je ne me trompe, que dans une âme au-dedans de laquelle n’est pas le savoir, eux, ils l’y déposent, comme si en des yeux aveugles ils déposaient la vision… Or, ce que fait voir justement le présent langage, c’est qu’au dedans de son âme chacun possède la puissance du savoir, ainsi que l’organe au moyen duquel chacun acquiert l’instruction ; et que, pareil à un regard supposé incapable, autrement qu’avec le corps tout entier, d’évoluer de ce qui est obscur vers ce qui est lumineux, de même c’est avec l’âme tout entière que doit s’opérer, à partir de ce qui devient, la conversion de cet organe, jusqu’au moment où il sera enfin capable, dirigé vers le réel, de soutenir la contemplation de ce qu’il y a dans le réel de plus lumineux. Or, c’est cela qu’est, déclarons-nous, le Bien. »

Platon, La République, 518b.

Suivant cette perspective, cette conception de la pédagogie, de l’enseignement est bien grecque puisque pour les philosophes grecs les idées existent de par elles-mêmes en tout homme. Il n’y a qu’à les faire venir à la conscience à l’aide de questions. La méthode du questionnement est donc née

2.3.1 Deux rapports au savoir : éducation et instruction

De la pensée des philosophes grecs dont Platon et Aristote et comme il est souligné dans l’extrait ci-dessus, nous retenons deux notions du rapport au savoir : l’éducation et l’instruction. Ces termes qui apparaissent identiques connaissent pourtant de grandes différences. Cela a été l’objet d’un débat entre Socrate et un autre groupe de maîtres : les sophistes.

L’instruction du latin instruere (construire de l’intérieur) a comme finalité le fait d’acquérir des connaissances, d’accroître ses connaissances, de devenir savant à l’image des sophistes. Les sophistes du grec sophistès formaient une catégorie qui, de par leur rhétorique, se croyaient les seuls détenteurs du savoir. Il enseignait l’art de défendre ses intérêts en donnant au discours les apparences de l’objectivité et de la conformité avec le savoir. Le savoir est imposé à l’élève et non pas construit part lui.

Socrate et Platon s’opposaient fortement à eux. Car, même s’il est raisonnable de vouloir s’instruire et de devenir savant on doit par contre éviter tout rapport au savoir où les réponses emporteraient sur les questions. Autrement, l’objectif principal demeurera l’acquisition de connaissances comme un moyen de domination, de la pure jouissance de ses intérêts purement égoïstes en termes d’argent, de réputation, de considérations sociales au détriment d’autrui. Dans ce cas, la réflexion sur les savoirs risque d’être finalement bannie en se laissant guider aveuglement par les savoirs.

L’éducation a comme finalité de rendre meilleur. Elle se fonde sur des valeurs universelles : la recherche du vrai, du beau, du bien. Dans l’éducation, les questions sont plus importantes que les réponses et chaque réponse amène une nouvelle question. Suivant une telle perspective, l’individu-sujet a les moyens de penser le monde, de le questionner, de se questionner lui-même. Socrate pratiquait envers les sophistes l’ironie socratique, ce qu’on pourrait appeler sa deuxième méthode, pour les faire découvrir les failles dans leur raisonnement. Ils les traitaient de ‘’sachants’’ très savants et disait souvent sous un ton ironique, en religion, on dirait peut-être humilité: ‘’Tout ce que je sais, c’est que je sais rien’’6.

Ainsi, nous comprenons la nuance qui existe entre instruction et éducation. Faisons remarquer également à partir de cette réflexion sur la connaissance que la philosophie se confond avec l’éducation et qu’à celle-ci (l’éducation) doit être accordée la plus grande valeur puisqu’elle rend meilleur et dans la vie publique et dans la vie privée. Une telle conception de l’éducation prône (tend vers) une société plus juste, plus équitable, plus humaine. Le rôle, le but, la finalité de toute éducation véritable dans une pédagogie qui se veut humaniste est donc d’aider l’élève, l’apprenant à apprendre à voir, de lui donner les moyens de rompre les chaînes de l’ignorance, de s’ouvrir, de s’émanciper ou mieux de faire l’acquisitions des moyens qui contribuent à son émancipation intellectuelle (Rancière, 2012).
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