Cours d’Histoire de la pédagogie








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2.3.2 Quelle méthode ? Le dialogue ou la maïeutique 

La pédagogie socratique est une pédagogie du dialogue. Selon Doise et Mugny cité par G. Barnier dans le cadre une conférence présentée à un IUFM (institut universitaire de formation des maîtres) en 2003, la méthode socratique (la maïeutique) favorise une dynamique interindividuelle dans la réalisation des tâches cognitives. Ceci fait penser au courant qui sera développé en psychologie, celui du cognitivisme ou du socio-cognitivisme. La pensée de Socrate est beaucoup plus profonde. La maïeutique de Socrate vient mettre au jour une pédagogie interactive qui sert à guider, à orienter l’élève de telle sorte qu’il puisse trouver de son propre fonds, de ses propres réflexions la réponse à ses questions et en soulever d’autres.

« De moi, ils n’ont jamais rien appris, […] c’est de leur propre fond qu’ils ont personnellement, fait nombre de belles découvertes, par eux-mêmes enfantées (Platon, Théétète, 150d) »7

Le dialogue est ce qui déclenche un processus de réflexion et de construction d’un savoir nouveau (Barnier). La vérité pour Socrate serait donc fille de la discussion.

Nous concluons ce deuxième point en avançant l’idée que l’Antiquité ne réunissait pas toutes les conditions nécessaires à la mise en application de ses idées sublimes. Voilà pourquoi, elles étaient d’ordre spéculatif. En dépit des efforts réalisés, l’éducation de l’Antiquité reste une forme de dressage qui se borne à éduquer l’homme pour la société, à former le citoyen plus que l’homme (pour la cité, polis), tout en maintenant certaines inégalités au niveau de l’échelle sociale.

Dix siècles vont s’écouler avant que puissent apparaître les manuels scolaires pour que l’élève ne soit pas dépendant totalement du discours du maître et fonder des écoles pour enfant, créer l’enseignement primaire et penser aux autres couches sociales moins favorisées.

3. Le courant humaniste de la Renaissance

3.1 Une longue période de rupture 

Dans l’histoire des idées pédagogiques, nous ne traitons pas de la période médiévale qui historiquement a suivi l’Antiquité. Cela ne nous empêche pas de faire une brève considération sur cette période de rupture. Le monde était coupé à l’époque du Moyen-âge suite à l’invasion des Turcs, Il a été aussi fortement marqué par une hiérarchisation sociale au sein des groupes féodaux réunissant des seigneurs en possession de leurs domaines et disposant des serfs8. Entre temps le christianisme a profité pour combler le vide créé par cette stagnation de la pensée et s’imposer dès le IVe siècle. D’incessantes guerres théologiques et religieuses ont eu lieu. Des luttes contre les idées du paganisme ont conduit les hommes de ce temps à négliger les lettres et les sciences païennes pour se consacrer davantage à la littérature sainte et sacrée. Les Confessions du moine Saint-Augustin en 400 marquera le passage de l’Antiquité au Moyen-âge (Delory-Momberger, 2004).

Le Moyen-âge par définition est le temps où tout, même l’art, se tourne vers la foi chrétienne, vers la religion en Occident9. C’est une époque de ferveur religieuse où sont édifiées d’immenses cathédrales. Des moines se consacrent à l’étude, à la copie, à la conservation des manuscrits de l’écriture sainte. L’éducation est durant cette période l’apanage des clercs au niveau des monastères et dans les universités (créées au XIIIe siècle)10. L’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur se confondent. On enseigne dans les facultés : la théologie, le droit, la médecine et les arts. Les sept arts libéraux enseignés sont : la grammaire, la rhétorique, la musique, l’arithmétique, la géométrie, et l’astronomie. Les disciplines sont considérées comme des sciences purement abstraites ; l’étude de l’éloquence n’est pas négligée. Est-ce pourquoi l’homme du Moyen âge sera désigné comme un automate dialecticien ? Compayré (in Buisson, 1912) ajoute l’enseignement des sciences réelles et concrètes, la physique, l’histoire naturelle. L’histoire était négligée. Il va falloir attendre le XVIe siècle, dix siècles après l’Antiquité pour redécouvrir les progrès qui vont être réalisés en pédagogie.

La pédagogie commence véritablement au XVIe siècle puisque c’est à cette époque qu’on commence avec ma production des ouvrages scolaires. Les érudits et les lettrés de la Renaissance vont contribuer à la diffusion des ouvrages grâce à l’intervention de Gutenberg : l’imprimerie (1517). De là, il sera plus facile de transmettre par l’enseignement, la vertu, la science, l’art, en résumé tout le patrimoine de l’humanité à l’époque moderne.

3.2 Qu’est-ce que la Renaissance ?

Re-naissance désigne un mouvement intellectuel et artistique au XVIe siècle qui se manifeste en littérature, dans les sciences et les arts. Elle marque un retour aux sources de l’antiquité gréco-romaine pour puiser dans les œuvres oubliées depuis plusieurs siècles afin de promouvoir une éducation plus humaine, plus adaptée à l’évolution du monde moderne de l’époque.

La Renaissance marque une ouverture, une vision d’un humanisme optimiste et triomphant. Montaigne écrit : « Le monde n’est qu’une branloire pérenne11 » pour exprimer que tout bouge : les continents, les planètes, les corps. Les hommes voyagent, les savants multiplient les découvertes et les inventions.

En pédagogie, cette lutte est de plus en plus acharnée pour contrecarrer la routine du Moyen-âge en bravant les hostilités, les rivalités avec l’orthodoxie de l’église catholique et la réforme protestante. On retrouvera les Jésuites12 avec Ignace de Loyola en France d’une part et Luther, Calvin en Allemagne de l’autre. De cet affrontement idéologique résultera un progrès relatif des études en pédagogie. C’est surtout les Lettres qui vont surtout marquer cette période avec les écrits de Rabelais (Gargantua), Montaigne (Ses Essais), Erasme. Sous un autre aspect, les découvertes géographiques en Amérique (Espagne, Portugal, France, Angleterre), l’Extrême-Orient, l’Afrique Méridionale puis les inventions de la boussole de la poudre à canon et l’Imprimerie favoriseront les explorations.

Durant la période de la Renaissance, des congrégations religieuses furent créées comme la société de Jésus. L’enseignement supérieur se développe en Belgique. L’enseignement primaire est né mais par contre est victime de guerres.

3.3 L’éducation durant la Renaissance

L’éducation à l’époque n’était pas affaire de Pédagogues, elle entrait dans la définition même de l’être humain (Delory-Momberger, 52). L’homme était considéré dans la totalité de son être : corps et esprit à la fois, un être réputé perfectible. Rabelais et Montaigne développeront au XVIe siècle leurs conceptions de l’éducation et s’interrogent tant sur le fonctionnement de l’école que sur les contenus ou sur la manière d’en faire l’acquisition. Deux formules couramment employées : la notion de « tête bien pleine » de Rabelais qui vise un savoir encyclopédique comme chez Aristote et celle de « tête bien faite » chez Montaigne qui fait référence à l’éducation du jugement, l’acquisition méthodique des connaissances comme chez Platon et Socrate en réclamant la coopération de l’élève. Ces deux humanistes prônent la pratique de l’exercice physique, le sport.

François Rabelais (1494-1553), érudit, passionné pour les langues grecques latines, est un homme engagé, un pionnier de l’humanisme. Il condamne la contrainte imposée au corps et à l’esprit bien qu’il soit d’accord pour qu’à l’école on pratique de l’exercice physique. Rabelais a confiance dans la nature humaine (l’humanité raisonnable et non corrompue). L’éducation et la religion (prône l’évangélisme) sont les thèmes majeurs de son œuvre. Dans ses ouvrages (Pantagruel, 8 et Gargantua 21, 23-24), Rabelais à première vue semble relever un encyclopédisme défiant les capacités humaines mais c’est pour exprimer surtout la croyance en un savoir qui n’a pas de limites ni dans le temps ni dans l’espace, qui embrasse la totalité, l’entier du monde et de l’homme.

« L’élève doit tout apprendre, dans tous les domaines, sans pour autant négliger l’exercice de son corps ».

Puisque l’espace-monde se résumait à l’espace eurasiatique et l’Afrique, l’Ancien continent ; On n’imaginait pas avant qu’il pourrait exister l’Amérique. Comprenant tous les domaines de l’activité intellectuelle, le programme que Ponocratès laisse suivre Gargantua a un caractère encyclopédique. Il s’agit d’une éducation à la fois intellectuelle, comprenant l’enseignement en 7 langues, l’arithmétique, la musique, l’astronomie, la botanique, la médecine, l’histoire, la cosmographie, la géométrie, la musique, l’astronomie, le droit civil et les sciences naturelles.

Les principes de l’éducation rabelaisienne

Rabelais s’accorde aux nouvelles idées humanistes de l’époque. Pour lui aussi, il s’agit de développer un nouveau type d’homme en assurant la libération de l’homme par la raison.
Rabelais voulait que l’homme soit un abyme de science et proclamait le principe de l’indissociabilité de l’éducation intellectuelle et de l’éducation morale et spirituelle « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait-il dans Pantagruel.
Ce qui oppose Rabelais, et avec lui plusieurs humanistes à l’époque, aux réformés, c’est leur refus du péché originel. Rabelais est d’avis que l’homme de la nature est bon mais ce n’est qu’à travers l’éducation qu’il développe ses dons naturels. Une pensée que l’on peut résumer avec le mot célèbre d’Erasme : ‘’On ne naît pas homme; on le devient13
Cette pensée est commune à la plupart des humanistes du 16ème siècle convaincus que l’éducation a une influence considérable sur l’enfant.

Rabelais, de même que Rousseau plus tard, croit à la bonté naturelle chez l’homme. L’éducation est donc nécessaire.

L’éducation du moyen âge trouve son fondement dans les arts libéraux. L’enseignement des clercs était organisé autour des septem artes liberales: le trivium (grammaire, rhétorique, dialectique), puis le quadrium (arithmétique, géométrie, musique, astronomie).

Ce modèle est appliqué au cours de tout le moyen âge et sert comme inspiration aux nouveaux programmes éducatifs qui apparaissent à la renaissance.

Rabelais ajoute d’autres disciplines au programme éducatif mais son programme s’oppose surtout au programme du moyen âge en ce qui concerne le fait que Rabelais fait alterner les exercises intellectuelles et physiques.

Rabelais n’est donc pas loin du moyen âge en ce qui concerne les disciplines mais il s’en distingue en ce qui concerne la méthode, comme nous le verrons. En ce sens, il y a une certaine continuité.

L’éducation humaniste est avant tout une découverte des capacités de l’homme et du monde et un réveil de la culture antique. Parmi toutes les pensées humanistes à l’époque, Rabelais définit les principes et le programme d’une pédagogie favorable à la nouvelle culture. Le vaste programme d’études du précepteur humaniste.

Pour avoir une bonne éducation, l’enseignement doit être varié et intéressant et sans caractère de contrainte, car l’objectif principal du précepteur est d’éveiller et d’éveiller (exiter) l’intérêt de l’enfant, afin que celui-ci sera capable de et aura envie de poursuivre ses études tout seul plus tard.

Les idées pédagogiques de François Rabelais14

Récapitulons un peu. La méthode rabelaisienne est à la fois très conservatrice et très nouvelle. Ce qui est un véritable paradoxe. Comment faire coexister l’Ancienne Méthode et la Nouvelle Méthode. Rabelais insiste sur les capacités et les possibilités de l’homme. Etant persuadé que l’homme de nature est bon, mais que ce n’est qu’à travers l’éducation qu’il développe ses dons naturels, il propose une union intime de l’éducation intellectuelle, morale, religieuse, artistique et physique. Les disciplines qu’il propose ne se distinguent pas fondamentalement des disciplines proposées au moyen âge, mais sa méthode est nouvelle. Insistant sur un programme encyclopédique comme bonne préparation à la vie et s’éloignant des méthodes contraignantes, Rabelais présente un nouveau système d’éducation basé sur le désir d’apprendre, ”la leçon des choses” et avant tout une méthode qui consiste à alterner les exercices physiques et les exercices intellectuelles afin que l’éducation soit toujours variée. Son éducation vise à une formation intégrale et une culture équilibrée au moyen d’une continuelle activité de toutes les facultés du corps et de l’âme. (Le thème éducatif chez Rabelais, Une analyse de quelques idées pédagogiques dans Gargantua)15

Michel de Montaigne (1533-1592) pour sa part, est considéré comme le tout premier philosophe français pour son sens de la liberté, son goût pour l’analyse de la nature humaine, pour la réflexion morale (Larousse 1994, 204). Il critique l’école de son temps qui dresse les jeunes, les enferme comme dans une prison, les aliène comme dans un asile au lieu de les ouvrir à la réalité de leur milieu. « Je ne veux pas qu’on emprisonne se garçon clame-t-il ». Il condamne également les châtiments physiques à l’école, le gavage de mémoire tout comme Rousseau (Emile). Sa formule que sais-je ? exprime sa libre quête de la connaissance. Dans ses Essais (1582, 1987, 1588, 1592, 1595), il développe une herméneutique de l’écrit, une écriture biographique16. Ses essais se nourrissent d’eux-mêmes et du regard qu’à travers eux Montaigne porte sur lui-même et sur le monde. « Je suis moi-même la matière de mon livre ». Montaigne reconnaît en chaque homme « la forme entière », celle d’un être impliqué, saisi dans toutes les dimensions de l’existence. « Mon âme… est toujours en apprentissage et en épreuve ».

Les idées pédagogiques de Montaigne17

Nous vous proposons la lecture de cet extrait d’un article sur l’éducation selon Montaigne de Compayré18.

La verve de Montaigne est inépuisable lorsqu'il s'agit de raîller le pédantisme des hommes de science et des gens de lettres de son époque. En éducation il importe, dit-il en substance, avant que d'en faire des spécialistes, de former des hommes, c'est-à-dire des êtres complets «qui puissent faire toutes choses et n'ayment à faire que les bonnes». S'il subordonne l'enseignement des sciences à l'éducation morale — «c'est une grande simplesse d'apprendre à nos enfants la science des astres, avant de leur apprendre la science de l'homme» —, il prend cependant parti pour une éducation naturelle, par laquelle l'étude de «mere nature en son entiere majeste» permet d'estimer la juste grandeur des choses. Deux siècles avant Rousseau, il s'insurge contre la dureté et la violence d'une éducation où le fouet tient souvent lieu de maître. Il ne faut pas considérer l'intelligence de l'élève comme un réceptacle vide qu'il importe de remplir. Il faut accorder une certaine indépendance au jeune esprit pour qu'il puisse, par le commerce des hommes, le voyage qui permet de «frotter et limer sa cervelle contre celle d'aultruy», développer l'entendement raisonné des choses. S'il dénonce les méfaits d'une culture livresque, c'est à cette culture où les mots des auteurs anciens, «empennés comme des oracles» tiennent lieu de susbtance en eux-mêmes, qu'il s'en prend.

La thèse de Montaigne peut être résumée ainsi : Que doivent apprendre les enfants? «Ce qu'ils doivent faire étant hommes.» Ce mot emprunté à Plutarque est l’essentiel de toute la pédagogie de Montaigne. Montaigne conseille l'étude des langues étrangères, recommandation remarquable pour l'époque. Il préconise également le voyage pour favoriser les échanges et la découverte d’autres cultures (éducation interculturelle). Cela agit sur les préjugés et facilite la création des liens sociaux et le vivre ensemble.
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