Surtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’








télécharger 435.57 Kb.
titreSurtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’
page10/10
date de publication11.07.2017
taille435.57 Kb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > histoire > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10
Les comédiens sans le savoir’’

(1846)
Nouvelle de 60 pages

_________________________________________________________________________________
La cousine Bette

(1846)
Roman de 435 pages
À Paris, en 1840, Lisbeth Fischer, peu gratifiée par la nature et humiliée par ses proches, est demeurée une vieille fille, jalouse de sa soeur, Adeline, qui a épousé le baron Hulot. Soldat de Napoléon devenu haut fonctionnaire au ministère de la Guerre, il la délaisse pour des maîtresses, au point de compromettre la situation de la famille. Lisbeth protège un exilé polonais, le comte Wenceslas Steinbock, qu'elle pousse à devenir un artiste ; il séduit ainsi et épouse Hortense, la fille d'Adeline. La haine inavouée de Lisbeth étant alors exacerbée, elle commence à se venger en faisant tomber dans les filets de Mme Marneffe, une femme légère, et le baron Hulot et Wenceslas, l'habile séductrice recevant encore les hommages d'un aristocrate brésilien et du commerçant Crevel qu'à la mort de son mari elle épouse. Le baron Hulot, vieillard alors complètement ruiné, disparaît dans les bas-fonds de Paris où, sous une fausse identité, il s'unit successivement à plusieurs très jeunes filles. Mme Marneffe et Crevel meurent victimes d'un sortilège dispensé par le Brésilien. La fortune de la famille Hulot est rétablie et le baron est retrouvé grâce aux oeuvres de charité d'Adeline. Pourtant, le vieillard la trahit encore, tandis que la cousine Bette, qui a mis toute son énergie refoulée à salir l’honneur et à troubler la paix des deux couples sans jamais se trahir auprès d’eux, passe pour une bienfaitrice.
Commentaire
La jalousie forme la base de ce caractère plein d’excentricité dont Balzac avait annoncé qu’il serait « un composé de ma mère, de Mme Valmore et de ta tante Rosalie

Le roman fut, avec “Le cousin Pons”, sous le titre “Les parents pauvres”, intégré aux “Scènes de la vie parisienne” de “La comédie humaine”.

_________________________________________________________________________________
Le 10 octobre 1846, fut publié le douzième volume de ‘’La comédie humaine’’, le tome IV des ‘’Scènes de la vie parisienne’’ contenant la troisième partie de ‘’Splendeurs et misères des courtisanes’’ : ‘’Où mènent les mauvais chemins’’.

Le 1er décembre, Mme Hanska fit une fausse couche, ce qui causa un profond désespoir chez Balzac.

En février 1847, il alla la chercher à Francfort et revint avec elle à Paris où elle resta jusqu’en mai.

Il publia :

_________________________________________________________________________________
‘’Le cousin Pons’’

(1847)
Roman de 311 pages
Pons est un vieil homme qui est méprisé, considéré comme un pique-assiette par les siens jusqu’à ce qu’apparaisse la valeur de ce qu’il détient, car il collectionne les objets d’art. Dès lors, alors qu’il est malade, se trament les manoeuvres de comparses sinistres qui dépouillent également son compagnon et héritier, Schmucke, musicien à l’âme délicate et ingénue.
Commentaire
Le personnage donne l’image de la candeur vaincue par le mal.

Le roman fut, avec ‘’La cousine Bette’’, sous le titre ‘’Les parents pauvres’’, intégré aux ‘’Scènes de la vie parisienne’’ de ‘’La comédie humaine’’.

_________________________________________________________________________________
En mars 1847, Balzac s’installa rue Fortunée.

Le 28 juin, il rédigea son testament.

Il publia ‘’Un drame dans les prisons’’, troisième partie de ‘’Splendeurs et misères des courtisanes’’.

En septembre, il partit pour Wierzschownia, en Ukraine, où il passa l’hiver avec Mme Hanska.

Au printemps 1848, il fut, pour la cinquième fois, victime d’un accès de diplopie inquiétant. Le docteur Nacquart, qui reconnaissait là les signes avant-coureurs de l’attaque cérébrale, s’efforça de traiter son patient par un régime, des purgations et des sangsues.

Il publia ‘’La dernière incarnation de Vautrin’’, quatrième partie de ‘’Splendeurs et misères des courtisanes’’.

Le 15 février 1848, il fut de retour à Paris.

Il réagit négativement aux révolutions de 1848.

Le 25 mai eut lieu, au Théâtre Historique, la première représentation de :

_________________________________________________________________________________
‘’La marâtre’’

(1848)
Drame intime en cinq actes et huit tableaux
Le général de Grandchamp fut un général de Napoléon qui éprouve une haine meurtrière pour ceux qui ont trahi la cause. Cette haine provoque indirectement la mort de sa fille et de son amant, Ferdinand, le fils d’un soldat de l’Empire traître à Napoléon, et de ce fait condamné par le général. La situation est compliquée par la passion coupable de Gertrude, la femme du général et la belle-mère de Pauline, pour l’amant de celle-ci. Les deux femmes s’affrontent. Pauline et Ferdinand meurent empoisonnés et Gertrude se repent.
Commentaire
Le principal intérêt de la pièce réside dans la lutte entre les deux femmes, qui est dépeinte avec le la vivacité et la perspicacité propres à Balzac. On souhaite voir la vertu triompher, et Pauline unie à l’excellent Ferdinand. Le dénouement n’est pas satisfaisant. La jalousie de Gertrude et la haine du général n’ont pas été proprement fusionnées.

La pièce obtint un franc succès. La presse ne put que s’incliner : Balzac avait bel et bien obtenu la «rénovation» dramatique qu’il souhaitait. «Le théâtre a vieilli de cinquante ans en deux mois, écrivit Gautier. Les vieilles formes en usage sous le régime constitutionnel ne peuvent plus suffire aujourd’hui. Sous un gouvernement nouveau, il faut du neuf, et il n’y a plus rien de neuf au monde que le vrai.» Et il rattachait ‘’La marâtre’’ «à cette école du drame vrai, inaugurée brillamment le siècle dernier, par Diderot, Mercier et Beaumarchais», ce qui fit sans aucun doute le plus grand plaisir à Balzac, grand admirateur de Beaumarchais depuis sa jeunesse.

Les événements politiques, hélas, vidaient les salles de théâtre, et la pièce dut être retirée après vingt-six représentations. Ce fut la dernière œuvre dramatique de Balzac représentée de son vivant.

_________________________________________________________________________________
À la fin juin 1848, Balzac fit son dernier séjour à Saché.

Le 17 août fut lu devant le comité de la Comédie-Française :

_________________________________________________________________________________
‘’Mercadet, le faiseur’’

(1848)
Comédie en cinq actes
Si Mercadet est bien le personnage principal, c'est cependant autour de l'argent que tourne l'intrigue. Pour lui, ce n'est plus un but, mais une passion. C'est autour de l’argent que s'organise la vie de cet homme d'affaires ruiné, qui jongle avec des millions imaginaires pour croire encore à sa fortune. C'est à cause de lui qu’il sacrifie sa fille, Julie. Des scènes de surprises ridicules se succèdent jusqu’au retour du fugitif avec une grande fortune, les créanciers avides étant à la fin complètement remboursés et la justice satisfaite par le mariage de Julie à l’homme pauvre qu’elle a choisi.
Commentaire
Le comique de la pièce a quelque chose de celui de Molière. La situation en est une dont Balzac pouvait avoir fait l’expérience, mais qu’il avait appris à considérer avec une touche d’humour grâce à la maturité que lui donnait son précoce vieil âge. Dans ses romans, il avait fait de l’argent le plus puissant facteur de la vie sociale. Il décrivit la pauvreté comme le mal suprême et la richesse comme l’objet des aspirations de tous. C’est dans cette perspective que se placent Mercadet et ses manigances.

La pièce fut écrite de 1838 à 1840. Après l'avoir offerte à plusieurs théâtres, Balzac la présenta à la Comédie Française. Le 17 août 1848, le comité, présidé par M. Lockroy, la reçut à l'unanimité. Mais, les 14 et 15 décembre de la même année, le comité, présidé par M. Bazennerye, assista à une nouvelle lecture : cette fois, la pièce ne fut reçue qu'à correction, ou, pour mieux dire, refusée. Balzac allait mourir sans avoir pu réaliser son rêve, sans avoir connu cette gloire du théâtre qu'il avait passionnément désirée, et que lui aurait donnée sa dernière œuvre dramatique qui est la meilleure qu’il ait écrite. On peut penser que, s’il avait vécu plus longtemps, il serait devenu un excellent auteur dramatique. Après sa mort de Balzac, ses héritiers s'entendirent avec d'Ennery, lui confièrent le manuscrit ; et un an après, ‘’Mercadet le faiseur’’, réduit de cinq à trois actes, fut représenté sur la scène du Gymnase, le 24 août 1851. Elle n'eut pas le succès espéré, même si la première représentation fut admirable. Ce fut les larmes aux yeux que Geoffroy, qui tenait le rôle principal, jeta au public le nom de Balzac.

La Comédie Française la mit à son répertoire le 22 octobre 1868. Elle ne la reprit ensuite que le jour du centenaire de Balzac, au mois de mai 1899, en la faisant précéder d'un extrait d'une comédie qui aurait été une suite du ‘’Tartuffe’’ de Molière.

_________________________________________________________________________________
‘’L'envers de l’histoire contemporaine’’

(1848)
Roman de 213 pages
Première partie : ‘’Madame de La Chanterie’’
En 1836, à Paris, le jeune Godefroid, en proie au « mal du siècle », choisit de redonner « un sens à sa vie » en s'imposant de « vivre à l'écart ». La lecture d'une petite annonce fait de lui, par hasard, le pensionnaire, rue Chanoinesse, dans l'île de la Cité, de la baronne de La Chanterie. Il réalise alors sa fortune, paie ses dettes et place le reste de ses capitaux chez Frédéric Mongenod, qui se trouve être aussi le banquier de la baronne. Sa nouvelle vie est marquée par la rencontre des autres pensionnaires. Il obtient de « M. Alain » qu'il lui raconte son « aventure ». Celui-ci ne se pardonne pas d'avoir longtemps douté de l'honnêteté d'un ami, père de Frédéric Mongenod. Le « repentir » décida de son affiliation à la société charitable des Frères de la Consolation, établie rue Chanoinesse et fondée, sous la Restauration, par le juge Popinot et Mme de La Chanterie. Un mot malheureux de Godefroid en faveur de la peine de mort et l'effet qu'il produit sur la baronne rendent nécessaire une explication, qui fait l'objet d'un deuxième récit de M. Alain. Impliquées, sous l'Empire, dans le procès dit des « chauffeurs de Mortagne », Mme de La Chanterie et sa fille avaient été respectivement condamnées à la prison et à la peine de mort, à la suite d'un réquisitoire féroce du procureur de Caen, le baron Bourlac. Les progrès accomplis par Godefroid le rendent digne d'une « initiation ».
Deuxième partie : ‘’L'initié’’
Godefroid est chargé d'enquêter sur un certain « M. Bernard », qui vit misérablement, rue Notre-Dame-des-Champs, avec sa fille, Vanda de Mergi, qui est atteinte d'une mystérieuse maladie (« la plique polonaise »), et son petit-fils, Auguste. M. Bernard n’est autre que le baron Bourlac. Les Frères de la Consolation ne lui refuseront pas leur aide. Cependant qu'appelé par Godefroid, le docteur Halpersohn guérit Vanda, leur intervention permet l'édition de son grand ouvrage de jurisprudence, ‘’L'esprit des lois modernes’’, qui lui vaut une chaire en Sorbonne. Une indiscrétion de Godefroid lui révèle l'identité sinon l'adresse de sa bienfaitrice et ancienne victime. Bourlac fait suivre Godefroid par Auguste, son petit-fils. Il se rend alors rue Chanoinesse, où on lui accorde son pardon. Il lui appartiendra, après son « initiation » de tenir les comptes des Frères de la Consolation.
Commentaire
‘’L'envers de l'histoire contemporaine’’ doit beaucoup à son titre : l'oeuvre est plus souvent citée que lue, et sans doute parfois à contresens, puisque l'envers est ici le bien, tout autant que la détresse morale et la misère matérielle, déjà fort présentes à l'endroit. Mais le roman était à contre-siècle : au coeur de l'ancien Paris, à l'ombre de la cathédrale, dans l'île de la Cité ; l'histoire est arrêtée dans la remémoration du passé. C'est un peu le passé fictif de ‘’La comédie humaine’’ puisque les Chouans sont de retour, et la « ténébreuse affaire » des années impériales. On voudrait ne pas voir quelque malice satirique dans l'évocation d'un rituel de la sainteté. Certes, l'opposition de la philanthropie et de la charité (comme de la « loi » et des « moeurs ») constitue bien une des idées-forces du roman. Et c'est à un frère de l'Ordre de la Consolation que l'avenir appartient. Est-ce un congé définitif donné à la société, décidément irrécupérable? On ne peut s'empêcher de penser que Balzac en fait exprès un peu trop, au moins dans la seconde partie, et il est difficile de ne pas soupçonner quelque malice parodique dans la scène finale du pardon, avec ses effets mélodramatiques et son angélisme sulpicien. La première partie, par récits rétrospectifs, introduit à l'action principale : l'« initiation » d'un jeune bourgeois à «la vivante image de la Charité ».

Ce roman à thèse, roman de la résignation, de l'expiation, de la mémoire légitimiste, de la pathologie nerveuse, roman de la nuit qui ne dédaigne pas les ressources du secret, n'a pas suscité de nombreux commentaires et son interprétation demeure aujourd'hui hésitante pour le genre et controversée pour le sens.

_________________________________________________________________________________
Balzac passa l’année 1849 en Ukraine auprès de Mme Hanska. Sa santé se détériorait.

Le 14 mars 1850, il épousa Ève Hanska à l’église Sainte-Barbe de Berditchev.

Le 20 mai, ils arrivèrent à Paris. La santé de Balzac déclinait rapidement : à la fin de juin, il ne pouvait plus écrire.

Alors que Victor Hugo l’avait visité dans l’après-midi, il mourut dans la nuit du 17 au 18 août 1850, à l’âge de cinquante et un ans. Sa mère seule était à son chevet ; son épouse s’était retirée depuis longtemps. Son mariage ne l’a-t-il pas achevé alors qu’il était déjà épuisé par son grand œuvre? À moins que, malade, il aurait, selon Patrick Besson, préféré mourir quand il comprit que Bianchon, le médecin de “La comédie humaine”, ne viendrait pas à son chevet, car il n’avait pas confiance dans les médecins qu’il n’avait pas inventés !

Sur sa tombe, au Père-Lachaise, le 21 août 1850, Victor Hugo déclara : « À son insu, qu’il le veuille ou non, qu’il y consente ou non, l’auteur de cette œuvre immense et étrange est de la forte race des écrivains révolutionnaires. Balzac va droit au but. Il saisit corps à corps la Société moderne ».

_________________________________________________________________________________
‘’Les petits bourgeois’’

(posthume, 1854)
Roman de 190 pages
Commentaire
Balzac y travailla en 1844 à son retour de Russie, mais il l’abandonna pour se consacrer à ‘’Modeste Mignon’’ dont le sujet offrait d’ailleurs, à l’origine, quelques analogies avec le sien, et il est resté inachevé.

_________________________________________________________________________________
‘’Le député d’Arcis’’

(posthume, 1854)
Nouvelle de 105 pages
Commentaire
Ce premier épisode d’un ensemble resté inachevé a pour thème une élection en province, placée en 1839, dans le système censitaire de l’époque. Certains lecteurs du XXIe siècle ne manqueront pas de faire des rapprochements avec l’atmosphère des collèges de grands électeurs de certaines élections sénatoriales contemporaines.

_________________________________________________________________________________
‘’Les paysans’’

(posthume, 1855)
Roman de 330 pages
Une rivalité oppose le général de Montcornet, qui veut mettre en friche la terre de sa propriété des Aigues, et les paysans dirigés par Gaubertin. La violente lutte aboutit à la vente du domaine. Mais les paysans n’y gagnent rien car les nouveaux propriétaires le dépècent pour assurer leurs profits.
Commentaire
Balzac laissa inachevé ce roman qui fut terminé et arrangé par Mme Hanska. Il fut placé dans les ‘’Scènes de la vie de campagne’’.

_________________________________________________________________________________
Balzac mourut à Paris, le 18 août 1850.
Dans sa vie, Balzac, homme expansif et même extravagant, manifesta toujours le goût pour la tragédie vécue au quotidien. Ainsi, put-il, sur le mode pathétique, écrire d’une de ses amantes : «J’abhorre Mme de Castries, car elle a brisé ma vie sans m’en redonner une. » Il transposa sans cesse sa vie en une vie romancée, ne fut jamais véridique quand il se dépeignit lui-même. Le témoignage de ses oeuvres a plus de valeur que ses paroles et que ses lettres.

La blessure de son enfance mal aimée fit de lui un ambitieux, un travailleur acharné à l'esprit aventureux, qui échafauda toute sa vie des plans pour faire fortune, par des moyens parmi lesquels figurait la littérature vers laquelle il fut rejeté quand ses tracas financiers l’y contraignirent. Il avait la conscience d’appartenir à la première génération d’écrivains qui allaient pouvoir, devoir, vivre de leur plume, se trouver dans une situation de marché et il fut le premier à s'adresser au grand public, ce qui impliquait la soumission à des patrons de presse, des éditeurs, des commerçants qui, indifférent aux affres de la création, imposaient un rythme de production.

Cette création, qui fut pour lui une forme de catharsis, lui fit, en vingt ans, bâtir une impressionnante cathédrale de papier de quelque quatre-vingt-dix romans et nouvelles, trente contes, cinq pièces de théâtre, riche de deux mille personnages par lesquels, selon sa formule, il fit « concurrence à l’état-civil », tableau de la société française de 1789 à 1848.
‘’La comédie humaine’’ est caractérisée par trois éléments : le sens de l’observation, l’imagination et la construction.
Balzac avait constaté que penser et écrire le monde impliquent une même méthode : I'observation, une esthétique qui est le réalisme. Il fut le premier écrivain à vouloir rendre compte du réel avec précision et même avec une rigueur scientifique, déclarant : «L'auteur croit fermement que les détails constitueront désormais le mérite des ouvrages improprement appelés romans». D'où le soin minutieux qu’il donna aux descriptions et aux portraits. Son réalisme consista à aborder les personnages de l’extérieur, à nous en faire d’abord des portraits physiques détaillés, vigoureusement accusés et colorés, fondés sur des observations physiologiques de leurs visages, de leurs statures, de leurs comportements pour lesquels il introduisit la médecine dans le roman, évoquant le magnétisme, la physiognomonie de Lavater, la phrénologie de Gall, la pathologie nerveuse explorant les tréfonds les plus troubles de l’âme. Les vêtements révèlent les caractères, les vices ou les passions. Vulgaire ou distingué, leur nom même est significatif, est déjà un portrait. Ils sont insérés dans leur milieu où ils se mesurent à des forces hostiles avec lesquelles il faut compter. Il suscita ainsi une humanité tout entière si vraisemblable que tout le monde y crut, qu’elle devint vraie, qu’elle envahit la société, s’imposa et passa du rêve dans la réalité.

Il se livra à une peinture de la société qui lui parut soumise à ces trois passions que sont l’or, la gloire et le plaisir, qui, pour lui, réglaient le comportement de ses contemporains. Il ne voulait pas tant dénoncer telle injustice, mais montrer l'importance de certains rouages. Le principal est l’argent dont il souligna la prédominance dans toutes les décisions humaines, car, instrument des puissances de la Bourse, de la politique et du journalisme, il est le moteur dans cette «réunion de dupes et de fripons» qu’est chacune des classes sociales. Il inventa le terme même de «modernité» pour désigner son époque, qu’il considérait comme radicalement neuve, différente de celle de la Révolution, avec ses figures emblématiques : celle du jeune homme qui cherche sa voie dans la société ; celle du provincial qui monte vers Paris où se concentre la « méritocratie » tandis que les campagnes pauvres se désertifient ; celle de la femme dont les droits ne sont pas reconnus ; celle de l’individu qui se détache de la médiocrité ambiante parce qu’il est doué d’une volonté de puissance servie par l'énergie. À son insu, à ainsi l’observer, le conservateur qu’il était devint le contempteur de sa société. Il constata que le dynamisme de la poussée sociale du début du XIXe siècle laissait des victimes, que l'aristocratie était divisée en corsaires qui accédaient au pouvoir politique mais n’étairent que des parasites condamnés à disparaître tôt ou tard, et en « émigrés de l'intérieur », les meilleurs parmi les aristocrates que sont les hobereaux de province, qui se tenaient soigneusement à l'écart des moyens de production, marquaient avec ostentation leur mépris pour la bourgeoisie laborieuse et étaient voués à la stérilité conservatrice. D’ailleurs, la politique sous-tend l’ensemble de ‘’La comédie humaine’’, donnant lieu cependant aux interprétations les plus contrastées : fut-il un contre-révolutionnaire, attaché à « la religion et à la monarchie », voulant consolider la société dans ses structures traditionnelles, ou un progressiste qui eut conscience d’un profond déséquilibre économique et social, qui souhaita une amélioration du sort des classes pauvres mais sans proposer des remèdes bien définis? En tout cas, il ne fut pas un démocrate, mais, héritier de l’idéologie napoléonienne, un théoricien du pouvoir fort.  Enfin, à partir de l'évocation de son époque, il voulut dégager les «principes naturels» régissant les sociétés humaines. Et, en dépit du temps passé, le monde français décrit dans ‘’La comédie humaine’’ reste bien vivant et souvent très actuel.

L'imagination immense de celui qui était, pour Baudelaire, un «visionnaire passionné», l’imagination la plus grande, la plus dense depuis Shakespeare, lui permit de jouer sur plusieurs registres. Ce réaliste, persuadé de l'existence d'interférences constantes entre le matériel et l'immatériel, comme entre le milieu et l’être humain, le physique et le moral, a aussi été un écrivain fantastique, qui reconnut sa dette envers E. T. A. Hoffmann. Il s'attacha notamment à peindre les «ravages de la pensée», lorsqu'elle s’assimile à une passion si extrême qu'elle condamne l'être qui la nourrit avec ses proches. Dans ce monde grouillant de personnages typiques, se détachent des monomanes qui évoluent au sein d'une société qui les suscite et les explique.
La construction, enfin, fut sans doute la pierre de touche de l'édifice balzacien. Le principe du retour des personnages d'une œuvre à l'autre, qu’il conçut dès 1833, fut un véritable coup de génie. L'individu n'est plus un reflet du monde mais son analogie pure et simple ; en réapparaissant régulièrement, il peut incarner tous les comportements susceptibles d’affiner le tableau de la société.
Mais ces trois caractéristiques seraient restées lettre morte si elles n'avaient pas été mises en valeur par un sens aigu de la narration. Conteur avant tout, Balzac a donné ses lettres de noblesse au roman qui, après sa mort, était devenu le premier des genres littéraires. Pour deux raisons majeures : il l’a pris au sérieux, soupçonnant qu’il pouvait être un instrument de connaissance de l’être humain dans toutes ses dimensions ; il eut cette intuition géniale de penser quer la vie quotidienne des gens, toutes conditions confondues, est un sujet digne d’étude, qu’on peut donner une dimension héroïque aux drames intimes. Son influence est, aujourd'hui encore, perceptibIe dans toute réflexion sur le roman, même si on qualifie de « roman balzacien» une œuvre rédigée de façon traditionnelle, qui photographie les choses et les sentiments plutôt que de les suggérer.
Pourtant, ce réaliste fut, par son style, un romantique. Le style étant l’homme, sa tendance au renchérissement, à l’enflure, s’y manifesta. D’où une écriture appuyée, qui manque d’aisance, de pureté, de mesure, de goût, de justesse. Mais il était le premier à s'affliger de ce style bien personnel : il apporta constamment des corrections, des ajouts, qui étaient le fruit d'une volonté tenace et joyeuse, d'une expérimentation toujours en éveil ; il fit des efforts prodigieux pour atteindre ce qu'il croyait être la perfection du style, application qui le plus souvent le gâtait encore plus mais qui était l'expression vigoureuse de son tempérament. Aussi Sainte-Beuve put-il l'opposer aux écrivains du XVIIIe siècle qui « n'écrivaient qu'avec leur pensée » alors qu’il y met « son sang et ses muscles », qu’il n'a pas « le dessin de la phrase pur, simple, net et définitif ; il revient sur ses contours, il surcharge ; il a un vocabulaire incohérent, exubérant, où les mots bouillonnent et sortent comme au hasard, une phraséologie physiologique, des termes de science, et toutes les nuances de bigarrure. » Il recourut en effet à des accumulations, à des métaphores colorées, à des traits saillants, à des mots de nature. Mais sa puissance verbale étant sans égale, il a su varier l'emploi des épithètes, trouver des alliances de mots, créer des mots. Sa phrase, soumise à ce qu’on a pu appeler l’irrésistible cadence balzacienne, donne souvent dans la grandiloquence. Mais le réaliste dut trouver le langage propre à chaque milieu, au point qu’on peut dire qu'il n'y a pas un style de Balzac mais des styles et qu’ils contribuent à nous imposer la présence intense des personnages, à souligner les situations dramatiques.
De cette manière ce grand créateur de vie qui allia une énergie intense au sens de l’architecture la plus ample élabora une œuvre, unique dans la littérature française, qui fait de lui à la fois un historien, un témoin de son époque, un penseur et un maître de la fiction et de l'émotion.


André Durand
Faites-moi part de vos impressions, de vos questions, de vos suggestions !
 Contactez-moi   




1   2   3   4   5   6   7   8   9   10

similaire:

Surtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’ iconActivités Office de Tourisme de la Vallée de la Lys du 3 au 9 septembre

Surtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’ iconSurtout ‘’La peau du tambour’’ et ‘’Le peintre de batailles’’
«J'ai divisé ma vie en deux, avec d'un côté le journalisme et de l'autre la littérature. Je ne voulais pas que ces deux activités...

Surtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’ iconDont certaines (surtout ''Les fleurs du mal'' et ''Petits poèmes...
«Ma vie a été damnée dès le commencement, et elle l’est toujours» [lettre à sa mère du 4 décembre 1854] de cette union mal assortie....

Surtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’ iconDiscours inaugural par le Père Alain guellec, évêché de Quimper
«L’art dans les chapelles» par Bernard delhaye, président de «l’Art dans les chapelles»

Surtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’ iconLa stratification architectonique de Bruxelles dans le sillon de la vallée de la Senne

Surtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’ iconLa stratification architectonique de Bruxelles dans le sillon de la vallée de la Senne

Surtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’ iconNunayak rafting est situé dans la vallée du Giffre

Surtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’ iconUne question suivie d’un astérisque signifie que la réponse est à chercher dans une signalétique
«Aux Couleurs du temps»; Dans le conte de Perrault et dans le film de de Jacques Demy, Peau d’Âne demande une robe couleur du temps,...

Surtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’ iconSiege social tarn et paris 17, passage Hébrard 75010 Paris Tel. /...
«performants» que les entreprises encore en activité dans la vallée ont su développer

Surtout ‘’Les Chouans’’, ‘’Le colonel Chabert’’, ‘’Le lys dans la vallée’’, ‘’Eugénie Grandet’’, ‘’La peau de chagrin’’, ‘’Le père Goriot’’ iconL’etablissement et les collectivites territoriales
«plaines» c'est-à-dire le long du Rhône dans un axe nord-sud, depuis le quartier d'Estressin jusqu'au quartier de l'Isle, mais aussi...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com