Est- ce- que la modernité, en art, est un rejet de la tradition?








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Anya Fliegner - - Décembre 2005

Est- ce- que la modernité, en art, est un rejet de la tradition?
Pour pouvoir discuter la question si la modernité, en art, est un rejet de la tradition, il est nécessaire de définir premièrement le mot « modernité » et le mot « tradition ».

D’après les encyclopédies la modernité s’oppose à la tradition. La modernité connote une évolution historique et un changement de mentalité, un changement radical qui est en même temps une crise car tous ce qui est nouveau est difficile à admettre pour l’être humain. « Elle fait de la crise une valeur » (J. Baudrillard) (Encyclopaedia Universalis, page 139). La modernité se trouve à la fin d’un passage, d’un développement. Contrairement à la modernité, la tradition se trouve au début du passage, mais aussi dans le développement car chaque tradition, en transmettant le savoir des expériences nouvelles, ouvre les portes pour inventer et pour créer à la suite de nouvelles traditions.

La « modernité » est un mot très souvent utilisé, notamment dans le vocabulaire artistique. Dans les livres d’histoire de l’art on commence à parler de la modernité, une notion qui semble d’être intemporel (à voir plus tard dans le texte), à partir du 19ème siècle.

C’est à partir de ce moment là que le public ne trouve plus un lien avec l’art moderne et l’art nommé « classique », tellement il change dans leur regard. Il est naturel qu’en regardant un Pablo Picasso ou un Piet Mondrian dans leurs phases tardives, pour citer que deux des artistes de la modernité les plus connus, un spectateur puisse se poser les questions très triviales mais quand même importantes si ce qu’il voit est de l’art, si ce peintre sait dessiner dans le sens classique, si il y a une relation avec les traditions dans l’art? Et, pour retourner à notre question initiale : est-ce que la modernité, en art, est un rejet de la tradition ?

Ce qu’on ne prend pas en considération est le fait que déjà vers 1600, et d’ailleurs aussi avant, ces questions existaient. Quand l’artiste italien Le Caravage, un peintre qui a révolutionné l’art italien en réalisant des peintures très réalistes et naturalistes pendant la renaissance, a reçu la mission de peindre le Saint Matthieu pour une église romaine, il a répondu avec une représentation de la réalité la plus proche possible. Le Saint Matthieu a ressemblé à un pauvre vieux aux pieds sales (« Saint Matthieu », 1602, détruite). Avec cette façon de représenter un saint il a fait scandale. On lui a reproché qu’il a manqué de respect pour l’évangélisme.

Nicolas Poussin, peintre français au 17ème siècle disait de Le Caravage qu’ « il était venu pour détruire la peinture ».

C’est une expression assez récente qu’on entend souvent en parlant de l’art moderne ou contemporain. Chaque nouveauté, chaque inauguration d’une nouvelle époque engendre des critiques fortes qui parlent d’une fin de l’art. L’art comme il a existé, l’art comme il a été enseigné dans les grandes académies, n’existe plus. Mais pourquoi n’existe-il plus ? Pourquoi les artistes d’aujourd’hui semblent-ils s’éloigner d’une simple nature morte ou d’un portrait ? Pourquoi une peinture contemporaine semble-t-elle être plus proche d’une décoration de nappe, que d’une peinture, d’après l’avis de certaines professionnels?

Avec l’industrialisation, l’art a dû s’adapter au progrès et au changement de la société. Avec l’invention de la photographie par exemple, l’artiste n’a plus été obligé de suivre un art qui a représenté ce que peut capturer la photographie beaucoup mieux, encore plus tard le cinéma. Mais il a utilisé cette invention pour progresser dans son domaine. Marcel Duchamp, peintre et sculpteur au début du 20ème siècle, a réalisé à partir de photos du mouvement d’une femme nu, une peinture qui tombe plutôt dans le genre cubiste (« Nu descendant un escalier », 1912, Philadelphia Museum of Art). Il a fait scandale en rompant avec la peinture traditionnelle qui s’est basée sur l’idée d’immobilité d’un nu, debout ou couché, il « posait » avec un certain érotisme. Duchamp par contre a voulu figurer le mouvement, le « vite » de ce nu bougeant. On ne peut que soupçonner le corps de la femme. Plus tard, et c’est une des raisons pour lesquelles Marcel Duchamp est un des artistes les plus célèbres dans l’art moderne, il a inventé le « ready-made », une œuvre d’art qui n’a pas été réalisé par l’artiste et qui n’intervient que pour le sélectionner et changer son contexte (p. ex. « Fontaine », Marcel Duchamp, 1917, Centre Georges Pompidou). Beaucoup de voies disent que son œuvre constitue une rupture radicale avec toutes les formes d’art traditionnel. Le même cas pour l’architecte Frank Lloyd Wright qui a rompu avec des traditions millénaires en développant l’ « architecture organique », une architecture qui a mis en avant les pièces d’une maison et non sa façade, ce qui était impensable jusqu’à cette époque. Et oui, on pourrait dire qu’une telle modification dans le domaine de l’art, ou de l’architecture, est une certaine forme de rejet de la tradition. Il a fallu repartir à zéro pour se débarrasser des préoccupations de style et d’ornement. Et à la recherche de la « vraie » nature, par exemple dans le cubisme, les artistes sont retournés aux racines de notre culture. Ils se sont servis entre autre de la sculpture africaine pour retrouver l’intensité d’expression, la clarté de la structure, la simplicité de la technique, pour ne pas se perdre dans quelque chose de faux.

Mais dans ces exemples où on parle d’un rejet de la tradition, la société a fini par accepter la nouveauté et de ne plus la mettre en doute ; Bien que cela ait été difficile pour la société d’accepter un art qui s’est voulu être le plus proche possible de la réalité, de la nature, et qui l’a finalement métamorphosé. Mais la nature comme on la connaît aujourd’hui, notre image de la nature, est-elle réelle ? Veut-on dire que « La mère de l’artiste » d’Albrecht Dürer (1514, Kupferstich-Kabinett Berlin), qu’il a représenté avec tous ses défauts physiques, est un dessin faux, et la « Course de chevaux à Epsom » de Théodore Géricault (1821, Louvre), représente la vraie nature d’un cheval galopant ? Ça serait faux !

Et, en revenant sur le mot « tradition » et son sens de transmettre le savoir des expériences nouvelles pour inventer et pour créer à la suite des nouvelles traditions, est-ce qu’on ne peut pas aussi parler d’un développement en art et non d’un rejet de la tradition ?

En art, tous ce qui a été nouveau a fini par être accepté par la société et d’être utilisé pour encore créer de nouveaux mouvements. La photographie a aidé l’art à trouver de nouveaux sujets à exploiter, dans le cas de Marcel Duchamp le mouvement qu’il a encore modifié pour arriver aux bases du dessin, des cubes, des cônes et des cylindres, bref, la géométrie, transmis à travers des siècles par la tradition..

Est-ce que cette tradition de la « beauté idéale », qui a été demandé à Le Caravage, n’est-elle pas une contrainte différente à la nature, un manque d’honnêté ? Est-ce que les artistes d’aujourd’hui n’ont pas raison en disant qu’il faut rejeter tous ce qu’on sait pour s’approcher le plus proche possible de la nature ? Et où est le plus proche ? Est-ce que c’est Gérard Gasiorowski qui peint avec ses excréments ?

Je crois que dans toute évolution d’art il y a des moments où des artistes ont été vrai ou faux, proche ou éloignés de la nature et de la vie. Il n’y a pas qu’un moment proprement dit pour une époque qui s’appelle modernité.

Albrecht Dürer a représenté sa mère d’une façon réaliste en 1514, Le Caravage le Saint Matthieu aux pieds sales en 1602. Le groupe de peintres allemands « Die Brücke » a travaillé à la façon de Dürer dans son dessin de la mère quatre siècles plus tard (Kokoschka « Enfants jouant », 1909, Kunstmuseum Duisburg). Et est-ce que le « Christ en croix » du Maître Toscan en 1270 n’a-t-il pas la même forte expression que l’œuvre « Le cri » du peintre expressionniste Edvard Munch en 1893 ?

Et est-ce qu’on peut vraiment rejeter la tradition ? Est-ce que c’est vraiment possible ?

La tradition se trouve à l’intérieur de nous et à l’extérieur. Toute invention existe grâce à la tradition qui transmet cette invention, si non, elle serait réinventée. Sans transmission on se trouverait encore au stade du Moyen Age ou avant. La tradition a simplement été transformée, a connu une progression pour finalement être considérée à nouveau comme une tradition.

Anya Fliegner

Sources :

- « L’art moderne », Joseph- Emile Muller

- « Histoire de l’art », E. H. Gombrich

- Encyclopédie Thématique Weber, « Kitsch », « Modernisme », « Maniérisme »

- Encyclopaedia Universalis, « Tradition », « Modernité »

- « Duchamp et la photographie », Jean Clair

- « Histoire de l’art », Larousse

- Le petit Larousse, 100ème Edition

- « Ecrits sur l’art », Baudelaire

- « Epochen der Kunst 5», Kammerlohr

- « Picasso war kein Scharlatan », Ephraim Kishon

- www.wikipedia.de, www.wikipedia.fr

- www.humanite.presse.fr


2ème année à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts de Besançon

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