Discours de pierre au service de la monarchie








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titreDiscours de pierre au service de la monarchie
date de publication05.07.2017
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Et puis il y eut Chambord, l'exemple le plus extraordinaire sans doute, avec Versailles, d'un discours de pierre au service de la monarchie.
Car l'histoire est bien présente à Chambord — comme elle l'est dans le palais du Roi-Soleil (4).

Cette histoire, celle d'une volonté politique, est visible dans une architecture surprenante, qui manifeste le désir d'un jeune roi d'afficher l'expression d'un pouvoir surpuissant face à l'Europe de Charles Quint et d'Henri VIII d'Angleterre.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Chambord

http://www.photos-france.net/index.php/Les-Chateaux-de-la-Loire/Chambord.html
-> Chambord constitue la première et la plus grande demeure royale édifiée en Europe au début du XVIe siècle.

  • Sa construction reste pourtant entourée de bien des mystères : il n'existe pas de plan d'origine et, faute de documents, on ignore tout — comme c'est le cas pour nombre de châteaux du Val de Loire — de l'identité des architectes(5).


Léonard de Vinci aurait peut-être participé à l'élaboration parce que les dispositions les plus audacieuses du château — le plan en croix du donjon, la position centrale de l'escalier*, le système à double révolution de la vis — y ont toutes des précédents dans ses dessins.


  • Pourtant, si intervention italienne il y eut, elle n'empêche nullement Chambord de demeurer un château très français :

- l'énorme donjon à quatre tours, les parties hautes ornées reprennent, en les développant de manière démesurée, véritablement royale, des motifs traditionnels, qu'on pourrait qualifier de médiévaux ou de « gothiques » . Les idées italiennes les plus novatrices et les formes françaises les plus « nationales » se trouvent ainsi associées, imbriquées dans cette extraordinaire création où s'accomplissent les aspirations de la première Renaissance et les rêves de démesure d'un jeune roi.
Si le ou les architectes (italiens ?) demeurent inconnus, nous savons le nom des maîtres maçons, bien français, qui se sont succédé sur le chantier mais n'ont pas laissé de traces écrites : Jacques Sourdeau, un des bâtisseurs de Blois (de 1519 à 1522), ne savait ni lire ni écrire ; Pierre Trinqueau, dit « neveu » , qualifié de « maître maçon du Roi notre seigneur en son bâtiment de Chambord » , semble avoir conservé jusqu'à sa mort, en 1538, la haute direction de l'oeuvre ; après lui vinrent Antoine de Troyes, qui réalisa peu de chose, et surtout Jacques Coqueau.
A côté d'eux, des agents administratifs chargés de surveiller la bonne conduite des travaux constituaient une sorte de commission, comprenant un surintendant, « commis à faire faire les bâtiments » , un comptable et un contrôleur. Le premier surintendant fut François de Pontbriand, qui en raison de son grand âge — il avait près de soixante-dix ans — délégua bientôt ses pouvoirs à Mathurin Viart et à Pierre du Douet.
Broderies, porcelaines et médailles
Les travaux ont débuté le 6 septembre 1519. Quatre ans furent nécessaires pour creuser les fondations. Le terrain en effet était instable et marécageux : le château est construit sur un ensemble de pilotis de chêne enfoncés d'un seul tenant — parfois jusqu'à quinze mètres de profondeur — qui forment un réseau dense.

http://www.chambord-archeo.org/index.htm
Puis un radier (fondation) de bois a été conçu pour répartir l'énormité du poids du bâtiment. Ensuite, un lit de chaux, étendu sur le radier, a reçu des couches de sable, de graviers, d'argile pour supporter les matériaux plus solides des fondations, le moellon (pierre non taillée), puis la pierre d'assise (calcaire de Beauce) ; en tout cinq mètres de fondation. La pierre d'élévation est du tuffeau, un calcaire tendre et friable. Onze carrières de tuffeau ont été ouvertes spécialement dans la vallée du Cher.
Tout arrivait sous la forme de parpaings par voie d'eau ; on halait les bateaux jusqu'à Saint-Dyé-sur-Loire (à quatre kilomètres de Chambord), dont les grands quais du port aujourd'hui envahis d'herbe folle, à présent inutiles, permettent de concevoir l'ampleur du trafic : blocs de calcaire, ardoises* de Trélazé, bois des fondations, grosses charpentes de chêne venues de Moulins par la Loire (flottage). Les plombs couvrant les lanternons avaient fait un voyage plus long encore, puisqu'ils étaient importés d'Angleterre par la Seine et la Loire.
Il faut donc imaginer, pendant des décennies, un trafic incessant de chariots et de charrettes ; un document établit à 1 800 le nombre des ouvriers occupés à la construction dans les années 1520. Ils seront beaucoup moins cependant à partir de Pavie : la défaite, la captivité du roi, les difficultés financières de l'État royal ont provisoirement interrompu le chantier.
Le plan de l'édifice est celui d'un château fort de plaine, très voisin par exemple de celui de Vincennes, dominé lui aussi par un énorme donjon.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9a/Plan.chateau.Chambord.png


  • A Chambord, ce donjon, de proportions réellement colossales, constitue à lui seul le château presque entier. C'est un écrasant cube de pierre d'environ quarante-cinq mètres de côté (la saillie des tours non comprise), flanqué de quatre puissantes tours d'angle et traversé par deux vestibules au croisement desquels se trouve la double hélice d'un escalier central.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/4/45/Escalier_Chambord.jpg
_> Six niveaux habitables ont été conçus, les niveaux supérieurs de volume plus réduit, et huit appartements par niveau (dont quatre dans les tours d'angle construits à chacun des angles du donjon carré) : ces quarante-huit appartements, à l'usage de la cour, confèrent au château de Chambord la structure d'un immeuble collectif pour gentilshommes.


  • Les proportions de ce plan ont été calculées avec un souci de symétrie et d'harmonie qui n'était pas habituel dans l'architecture française du Moyen Age : un indice, encore, de l'influence italienne.

  • En particulier, l'idée — de Léonard de Vinci ? — de situer au coeur du massif de maçonnerie du donjon une vis formée de deux escaliers enroulés autour d'un puits de lumière, le tout surmonté d'une fleur de lys, se révèle d'une audace sans précédent en France. Les concepteurs se sont aussi sans doute souvenus du modèle romain de Bramante au Belvédère, pour la réalisation de la vis double de Chambord, en logeant celle-ci dans une cage à claire-voie.


A Chambord, l'essentiel du décor se trouve reporté dans les oeuvres hautes ; les combles, fort élevés, sont hérissés de lucarnes à plusieurs étages, de cheminées monumentales, de tourelles d'escalier, le tout orné pour conférer à l'édifice un couronnement d'une incomparable splendeur. Cette richesse exubérante relie Chambord à une tradition française que l'on retrouve dans les châteaux du XIVe siècle finissant, tels que Mehun-sur-Yèvre ou Saumur.
Cheminées, tourelles et clochetons
Cependant, tout dans l'exécution reste fortement imprégné d'italianisme. Ainsi, le donjon offre la particularité d'être couvert de vastes terrasses correspondant aux salles en croix. On ne peut méconnaître l'oeuvre d'un artiste étranger dans la composition de la lanterne et des autres motifs d'architecture des superstructures, dont tous les éléments sont « à l'antique » , et où la pierre blanche est incrustée de losanges et de disques d'ardoise imitant le jeu des marbres polychromes sur les monuments italiens.
A l'opposé de cet italianisme antiquisant, la multiplicité des clochetons, des tourelles, des cheminées accentue le caractère médiéval de la silhouette d'ensemble. Chambord apparaît bien comme la pièce maîtresse d'un mode de collaboration entre artistes italiens et français, propre, semble-t-il, à ce début du XVIe siècle.


  • François Ier a pris une part décisive dans l'élaboration d'ensemble :

comme, plus tard, Louis XIV à Versailles, le roi bâtisseur fut très présent lors des principales étapes de la construction de ce gigantesque relais de chasse — car la fonction première du château était bien de recevoir le souverain et sa cour pour de grandes parties de chasse au cerf avec chiens courants.
Des architectes, parmi lesquels Dominique de Cortone, lui présentaient des maquettes. Cette lettre de sa soeur bien-aimée, Marguerite de Navarre, écrite au début de l'année 1531 où elle évoque précisément Chambord, témoigne du rapport instauré entre le souverain et son château :

« Voir vos édifices sans vous, c'est un corps mort, et regarder vos bâtiments sans ouïr sur cela votre intention, c'est lire l'hébreu. Mais puisque j'aurai ce bien de vous y voir, je fortifierai mes yeux, mon coeur et mon entendement pour voir, sentir et entendre de vous seul contentement que saurait ni pourrait espérer de toute créature. »
Tout ici est conçu en effet pour dire le pouvoir, manifester la puissance, traduire aussi la culture du roi : ce donjon, au milieu d'une forêt giboyeuse, ne rappelait-il pas ce que les romans de chevalerie comme Amadis de Gaule — dont le jeune François Ier se délectait — mettaient en scène (6) ? Le donjon, de dimension inédite, est la tour autour de laquelle tout s'organise. Un escalier à double vis en constitue l'axe central ; deux spirales parallèles s'entourent autour d'un noyau creux, transmettant l'image d'un mouvement incessant, perpétuel, dont le roi serait l'initiateur.


  • Un édifice à la gloire d’un roi qui se vaet le maître du monde


En 1541, Francisco Moraes, ambassadeur du Portugal, expliquait que le donjon avait quatre portes qui s'ouvraient sur les quatre parties du monde.

Il faisait ainsi référence à la Jérusalem céleste, métamorphosant le roi en maître de l'univers.

Depuis longtemps déjà, les lettrés et les érudits proches du souverain présentaient le royaume de France comme le royaume de Dieu, les Français comme le peuple élu de la nouvelle alliance et les rois comme des guerriers de Dieu libérateurs de Constantinople et de la Terre sainte : Charles VIII, qui inaugura le « rêve italien » des rois de France, prit le titre de roi de Naples et de Jérusalem. François Ier lui-même manifesta à plusieurs reprises, notamment auprès du pape, sa volonté de délivrer le tombeau du Christ alors que toute une littérature l'exalte comme un roi promis à un destin messianique.
Bien d'autres signes trahissent les prétentions impériales de François Ier :

les proportions de Chambord, on l'a vu, ont pour but de transmettre cette idée d'un pouvoir surpuissant ;

- la couronne fermée de l'empire se retrouve à de multiples reprises sculptée sur les grandes voûtes à caissons des appartements, tandis que les multiples losanges des portes contiennent soit des « F » couronnés dans des rinceaux, soit des semis de flammes en forme de lys, avec en leur centre une salamandre couronnée à l'impériale.


  • Chambord est bien la traduction visuelle d'une volonté politique, le manifeste de pierre de l'aspiration des rois de France à devenir empereurs :

depuis le XIVe siècle jusqu'à Louis XIV, il n'est guère de souverain qui n'ait songé, plus ou moins sérieusement, à coiffer la prestigieuse couronne impériale (7). Au temps de François Ier, outre la tentative d'élection à l'Empire en 1519 — un défi pour le monopole des Habsbourg sur la couronne impériale depuis le XIIIe siècle —, se sont multipliées les évocations et les représentations des prétentions impériales du roi. Sous son règne fut introduite la couronne à l'impériale, dite « couronne fermée » ou « couronne de Charlemagne » , ainsi que l'usage d'employer le terme de « Majesté » pour s'adresser au roi.
La grande façade de Chambord accentue encore cette apparence d'architecture spectacle d'un pouvoir incomparable. C'est en effet une façade longue de 157 mètres, mise en valeur par une grande allée qui met en scène l'axe de symétrie, la lanterne, avec un réseau d'allées convergentes vers le château.
Un monarque à l'égal de Dieu


  • De part et d'autre du donjon, deux ailes ont été édifiées après le retour de la captivité du souverain à Madrid, en 1526 (après la bataille de Pavie), pour abriter le logis royal (aile orientale) et la chapelle (aile occidentale), terminée bien après le règne de François Ier.

  • Pour la première fois dans une architecture royale on a situé, dans une sorte d'égalité, le logis du monarque et la demeure de Dieu, comme une image frappante de la solidarité des deux pouvoirs. Plus encore, la chapelle n'est pas visible de l'extérieur du château : elle est prise, englobée, dans le bâtiment. Une telle audace architecturale en ce siècle de foi intense exprimerait-elle une volonté affichée de ne pas manifester le pouvoir de l'Église, dans un lieu conçu pour exalter avant tout la puissance d'un souverain symboliquement maître du monde ?


Charles Quint impressionné.
Les 18, 19, 20 décembre 1539, après avoir visité Chenonceau (8), que François Ier tenait depuis peu des héritiers de Thomas Bohier, Charles Quint fut reçu avec faste à Chambord. Émerveillé, il s'écria : « Je vois un abrégé de ce que peut effectuer l'industrie humaine ! » Nul doute qu'il fut surpris quand il vit les multiples références à un roi de France empereur non seulement dans son royaume mais aussi dominateur du monde. A cette date, le donjon, après vingt ans de travaux, était terminé. Les lanternons étaient couverts de feuilles d'or et les façades habillées de bannières azur et fleurdelisées.
Mais la réception de Charles Quint fut aussi l'un des derniers grands événements dans la vie du château à peine édifié. François Ier n'y fit plus ensuite que des séjours rares et de courte durée, lors de deux campagnes de chasse, en 1541, puis en 1545. En fait, la désaffection de Chambord est un signe d'une mutation du pouvoir royal : dès son retour de captivité de Madrid, François Ier avait décidé de quitter le Val de Loire pour faire, comme l'indique l'une de ses lettres, datée du 15 mars 1528, « la plupart de sa demeure et séjour en sa bonne ville et cité de Paris et alentour ».

De fait : de 1515 à 1524, François Ier a passé vingt-huit mois en Val de Loire, soit près d'un quart de son temps ; de 1527 à 1547, vingt-deux mois seulement en Val de Loire, moins du dixième.
Si certains châteaux comme Chenonceau ont eu une vie de cour intense, le destin de Chambord fut différent : tout laisse à penser qu'il était passé de mode avant même d'être achevé. Pourtant, en 1555, le sculpteur et architecte Jacques Dubroeuck fut chargé par Marie, la régente des Pays-Bas, d'exécuter pour Charles Quint deux copies d'un plan de Chambord, qui se trouvait en possession d'Antoine Perrenot de Granvelle, évêque d'Arras.

Ces dessins devaient être pris en compte pour la conception d'un palais destiné à l'empereur à Bruxelles. Le projet ne devait pas aboutir, mais il confirme que Charles Quint, jusqu'à la fin de sa vie, resta vivement impressionné par son séjour de 1539 dans le plus grand palais construit par un roi dans l'Europe de la Renaissance.
Chambord, palais de plaisir et d'intimidation, fut un rêve de pouvoir réalisé : la couronne de pierre d'un monarque chasseur et mécène, glorifié comme un « second César » , maître du monde, reflet terrestre du Roi des cieux.
Archétype des châteaux de la « vallée des rois », Chambord s'offre à nous comme l'architecture parlante de l'État absolu, la part d'imaginaire qui a soutenu pendant de longs siècles la monarchie de droit divin, cet imaginaire de l'autorité et de la puissance dont elle n'a cessé de se nourrir pour pouvoir s'affirmer.

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