La présence des Cathares dans les royaumes








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La présence des Cathares dans les royaumes

De l’Espagne médiévale

Jordi Bibia

Ecrivain médieviste, CAOC Barcelone

Traduit de l'Espagnol par Maguy Chapot-Blanquet

Colloque HCL du 3 octobre 2009 à Clermont l'Hérault

Avant tout, je voudrais remercier les organisateurs de ces journées et plus particulièrement Madame Maguy Chapot-Blanquet qui m’a témoigné sa confiance pour parler des grandes lignes du catharisme dans les anciens royaumes de l’Espagne médiévale.
Il y a quelques années, je me pris d’amitié pour un historien local, Jaume Cobero de Tosa de Riubregos, un petit village de la Segarra de Lleida. Il n’avait pas beaucoup d’éléments sur les Cathares mais, au fur et à mesure de nos rencontres, son intérêt se manifesta au point, qu’un jour, il me rapporta un fait ancien qu’il lui était arrivé et il voulu me le conter. A la fin de la guerre civile espagnole, le jeune Jaume, âgé de 15 ans, fut appelé sur le front de l’Ebre. En partant, dans la matinée, sa grand-mère lui imposa les mains sur la tête lui disant : « que Dieu fasse de toi un bon homme ». Curieusement, sa maison s’appelait « Cal Tolosa », ou Maison Tolosa….

Cal Tolosa se trouve à Massoteres, dans un autre petit village d’où est originaire la famille de Jaume Cobero. Massoteres a dans l’écusson municipal, une salamandre qui échappe au feu. A mon avis, échappa aussi au feu la tradition ancestrale de l’imposition des mains que lui fit sa grand-mère, tout comme la bénédiction dans le but qu’il devienne un « bon homme ». Echappa aussi au feu de l’histoire le souvenir de sa maison Tolosa. Cette imposition des mains et ce vœu fait à son petit fils ne correspondraient-t-ils pas à un legs cathare ? Pour ma part, avec cette origine familiale, « casa Tolosa », ce n’est pas une théorie à rejeter. En raison de cela, je commençai à avoir le sentiment que le passage des cathares dans notre pays ne fut ni éphémère ni négligeable. Je vis aussi les choses d’une autre manière et je continuai à rechercher ces legs et ses traces, non seulement dans l’histoire, dans les stèles discoïdales, dans la poésie des troubadours mais en nous-mêmes et dans nos traditions.

Un des handicaps majeurs pour ceux qui étudient la catharisme dans la Péninsule est de discerner le catharisme autochtone du catharisme exilé provenant de l’occitanie. Un des pionniers des études du catharisme dans notre pays, fut le regretté Professeur Jordi Ventura Subirats, que j’ai eu la chance de connaître au CAOC et à travers son œuvre. En dépit des dénégations de divers auteurs ou chercheurs « catholiques », à propos du concile de Sant Felix de Caramanch en 1167, qui avait pour but d’attester l’Acte de l’Eglise Cathare en Occitanie, il voit apparaître le nom du « concilium ecclesia Aranensis » et, à sa tête, le nom de l’évêque du Val d’Aran, Ramon de Casals. Pour Jordi Ventura, il n’y avait pas de doute, il l’annonçait en 1995 et l’affirmait avec force peu avant sa mort.

Il est évident que la présence du catharisme dans les royaumes d’Espagne fut moindre qu’en Occitanie et que, à mesure que l’on s’éloigne des Pyrénées, son intensité diminue à quelques surprenantes exceptions comme ce fut le cas particulier de la ville de Leon dont nous parlerons plus tard.

La couronne catalano-aragonaise sera le principal théâtre du catharisme dans la péninsule pour des raisons bien connues mais pas toujours explicitées. Elle fut suivie par le royaume de Navarre et ensuite, quoique moins étudié mais non existante, dans le royaume de Castille et Leon.


Seront déterminants dans la localisation du catharisme, plusieurs facteurs propices à sa diffusion comme :

  • le facteur linguistique et culturel,

  • la proximité géographique,

  • les liens de parenté,

  • les relations féodales,

  • les liens de solidarité,

  • la consolidation des communautés urbaines, leurs marchés et circuits commerciaux en tant que puissants centres d’attraction et d’affaires,

  • les conditions favorables au repeuplement,

  • la participation aux campagnes guerrières de conquête et la sédentarisation des combattants qui s’ensuivit. Ce fut le cas sur les côtes méditerranéennes aux dépens des terres musulmanes comme Majorque, Valence, Murcie ou Séville.

Mais enfin, ne négligeons pas la solidarité fondée sur un anticléricalisme, antérieur aux croisades en Occitanie, partagé par les seigneurs féodaux qui aurait réveillé, peut-être, un courant d’empathie qui ne serait pas étranger à ces migrations. Quoiqu’il en soit, évitons la confusion qui consisterait à associer cet anticléricalisme à un prosélytisme essentiellement cathare.

Il convient aussi de considérer qu’antérieurement à ces facteurs propices à la diffusion du catharisme dans la péninsule, se propagèrent d’autres influences de manière semblable en Occitanie, qui facilitèrent et préparèrent le terrain pour que germe et se répande la foi des Bonshommes qui nous vint d’Occitanie.

Des facteurs très anciens comme la présence et l’influence de la culture celte, qui, en outre, accordèrent à la femme un rôle tout aussi important qu’à l’homme, leur croyance sur la réincarnation et d’autres aspects très voisins de catharisme.

L’arianisme de Prisciliano, né en Galice au milieu du IV° siècle, qui propagea à son tour des idées d’Arius dans le sud de la Gaule et dans la péninsule Ibérique. Ces idées trouvèrent en Hispanie un écho auprès de la noblesse, auprès de certains évêques et des classes populaires d’Andalousie, d’Extremadura, du Portugal, du Léon, des Asturies, d’Avila, de Saragosse et de Catalogne. Unamuno, lui-même, déclara que celui qui est enterré à Saint Jacques n’est pas l’apôtre mais Prisciliano, l’évêque hérétique.

Un autre cas d’évêque hérétique apparaît avec Félix de Urgel, au 8° siècle, à qui l’on doit l’adoptianisme influencé par l’œuvre d’Elipando de Tolède. Imprégné lui aussi d’arianisme, il soutenait que Jésus est seulement fils de Dieu par adoption. Les doctrines adoptianistes perdurèrent jusqu’au XII° siècle. Peu après, le catharisme comparerait Jésus à un ange. De fait, le grand René Nelli, dans son dictionnaire du catharisme et des hérésies méridionales, nous dit à propos de l’implantation et de la diffusion du catharisme en Occitanie :

« Il est possible que l’Occitanie aurait reçu une influence priscillianiste et prépara ainsi le terrain au monomaniqueisme cathare ou mieux à la renaissance de l’esprit évangélique ».

Et pourquoi ne pas appliquer la même possibilité dans la Péninsule Ibérique dont les substrats furent, non pas identiques, du moins similaires, œuvrant comme des vases communicants ? Il y a trop de points communs entre ces substrats et le catharisme pour ne pas les passer sous silence.


Avant de continuer nous savons que nous ne devons pas tomber dans le piège de la généralisation qui consisterait à croire que la totalité des peuples occitans installés dans la Péninsule en raison des flux migratoires volontaires ou forcés durant la croisade contre les Albigeois, sont le résultat d’un catharisme militant. Ce sera presque une tâche policière – je regrette d’utiliser ce mot - de vérifier quel étaient le comportement et la pratique religieuse de l’individu ou de la communauté ; c’est une tâche qui, généralement, nous est révélée par les actes des tribunaux de l’Inquisition soit du point de vue de la pure orthodoxie religieuse.

Bien évidemment, dans un ordre d’idée, nous avons à l’esprit la présence de personnages importants adeptes du catharisme qui participèrent aux campagnes guerrières de la couronne Arago-catalane au cours de la conquête de Majorque. Ce fut le cas de l’irréductible Xacbert de Barbera ou d’Olivier de Termes, Ponç et Arnau de Vernet au coté du Comte de Roussillon, Nunc Sanç, tous notables familiers de l’hérésie et qu’assurément cette conquête fut promue et financée en grande partie par le marseillais Pere Martel. Il faut aussi souligner l’importante participation à cette campagne des villes Occitanes comme Marseille, Montpellier, Nice etc. mais aussi la distribution de terres et le repeuplement de l’ile. Estève Alomar, dans son ouvrage « Cathares et Occitans dans le royaume de Majorque », a dressé l’inventaire d’une longue liste liée au catharisme tels que Gausbert et Guilhem de Servian , Moset, Corvasi, Jorda, Ferriol, Termes, etc. Il y eut aussi dans l’entourage du comte de Béarn, Berenguer Marti qui possédait des terres à Soler et qui était apparenté à l’évêque cathare Bernard Marti, brulé en 1240, et bien d’autres anonymes.

Ces nouveaux venus de population occitane dans les nouveaux territoires de la couronne Catalano-Aragonaise sont-ils en marge de la religion des Bons Hommes ? Nous savons bien que non. Cela affecterait non seulement les campagnes militaires de la conquête de Majorque mais aussi celles de Valence ou Murcie, pourquoi pas ? A Séville, où les Catalans établirent un quartier de commerçants pendant très longtemps et obtinrent du roi de Castille une série de privilèges favorables à leur négoce, peut-être cette activité était-elle interdite aux Cathares ? Nous savons bien que non.

Par ailleurs, nous savons aussi que Jaime I° malgré les interprétations des historiens catholiques, recueillit et protégea un grand nombre de nobles faidits et des personnages étroitement liés au catharisme en dépit de l’interdiction qu’il fit à ses sujets en 1226 de recevoir et de favoriser les « hérétiques albigeois ». Cette mesure fut plus formelle que réelle, de la même façon que le fit son père, Pierre le Catholique et son grand père Alphonse I°. La protection et l’accueil que le Conquérant accorda au jeune vicomte Trencavel et à sa suite à la cour de Barcelone est un des meilleurs exemples.

Rappelons la bataille de Las Navas de Tolosa où la participation de Pierre II fut d’un grand secours et qui lui valut le surnom de Pierre le Catholique et où la coalition des armées chrétiennes remporta une bataille décisive sur les Musulmans en Espagne. On oubliera que la participation des croisés Français, éloignés momentanément de la croisade contre l’Occitanie laissa beaucoup à penser, surtout lors de leur passage à Tolède où, selon l’habitude prise contre les Occitans et avec la machine de la terreur bien huilée, ils assiégèrent et exterminèrent les juifs de cette ville.


Je voudrais profiter de ce moment pour dénoncer la partie quasi inexistante que l’on donne à la plupart des rois hispaniques du Moyen Age, dans les récits de l’épopée cathare. Où est Pierre le Catholique dans ce scénario ? Parfois, il n’est pas mentionné, étonnant, un roi qui mourût à Muret. Certains disent que c’est en défendant les Cathares, ce n’est pas certain, qu’il mourût en défendant ses vassaux qui l’avaient réclamé. Alors on s’appuie sur les lois de la chevalerie et les accords passés avec ses vassaux et avec les territoires de son beau-frère, le comte Raimon VI de Toulouse marié à Elionor, sa sœur. Mais Pierre le Catholique cathare ! En aucun cas. Il mourût en défendant ses vassaux et parents par « paratge et honneur ».

Par ailleurs, je m’interroge : N’a-t-il pas manqué à son obligation féodale quand il n’a pas défendu le vicomte Ramon Rogier Trencavel lors de l’assaut des croisés à Carcassonne en 1209 ? Ou, peut-être, vit-il que défendre la cause du vicomte par les armes était trop risquée et aurait pu le placer dans une position trop critique.

On oublie souvent le rôle de ces monarques de leur vivant, tout comme le vide laissé après la mort de Pierre à Muret. Les nobles et les chevaliers Occitans ont continué à recevoir de l’aide depuis notre partie des Pyrénées, avec la régence du comte Nuno depuis le comté de Pallar où s’organisaient les offensives catalano-aragonaises pour faire front aux croisés et contre-attaquer Montfort qui avait usurpé des terres. Est erronée l’idée que le roi né à Montpellier se désintéressât de ses vassaux et de ses territoires Occitans. Jacques I°, en dépit du traité de Corbeil et de tout ce qui s’est dit à propos de sa non-intervention dans les affaires occitanes, n’abandonna pas l’idée de réclamer ses droits sur lesdits territoires et d’envisager même un affrontement avec la France, ce qui correspondait à attaquer Rome. Mais une telle entreprise était trop risquée.

Le jeune Trencavel et vicomte de Carcassonne, dépossédé de presque tout son patrimoine et des terres de son père, fut aidé par le comte de Toulouse et par d’autres seigneurs occitans et Catalans dans sa tentative pour les récupérer. Avec la campagne de 1240, malgré une série de succès notables, l’offensive de Trencavel échoua avec l’intervention du roi de France. Le 17 octobre 1241, il se mit au service de son ami et protecteur, le roi Jacques I°. Nous verrons le Conquérant, accompagné d’hommes liés par l’hérésie comme le furent Ponç de Vernet, Olivier de Termes, le jeune Trencavel, Xabert de Barbera et bien d’autres, auxquels, en dépit de leur croyance ou de leur passé, il gardait grande estime et confiance.

Deux ans après Corbeil, le monarque, né à Montpellier, prit encore la défense du comte de Foix. Pour cela, il organisa une rencontre à Pamiers pour solliciter la clémence du roi de France Philippe III pour le comte.

Combien fut triste et amer le rôle qui échoua aux Hispaniques d’alors, qui, lorsqu’ils ne moururent pas à Muret, nous les crûmes grands ennemis des Occitans et des Cathares comme dominique de Guzman ou la petite fille d’Elionor, Blanche de Castille, reine régente, fléau des Anglais et des Cathares. Pour la Castille, ces terres lui étaient étrangères ou, de toute évidence, ne lui appartenaient pas, mais, plus lointaines étaient les terres Germaniques auxquelles prétendait Alphonse X de Castille et que Jaime I°, son beau père, le dissuada d’une telle prétention. Quoique qu’il en soit, nous, les Catalano-Aragonais, nous perdîmes un roi qui ne fut pas des moindres et en se chargeant du gouvernement de la couronne, son oncle, Nuno Sanç, comte du Roussillon, lésina sur l’aide aux Occitans.

Montfort atteignit avec cruauté et ambition les lauriers de l’héroïsme propre à l’intégrisme catholique et la France d’alors profita de l’occasion pour agrandir son territoire. Et tout cela sous la volonté de Rome et de ses représentants outre Pyrénées. Que Dieu leur pardonne, parce que le pire des maux est celui qui se fait et que l’on justifie en son nom et sans son autorisation.

Rome demanda pardon pour les crimes commis sous le nom de la « sainte inquisition » dès le XV° siècle, mais du XIII° au XIV°, rien, pas un mot.

S’il vous plait, que l’histoire, ou, du moins, celle-ci, ne s’écrive pas que pour les vainqueurs. Si l’histoire a un sens, c’est qu’elle n’est le patrimoine de personne, elle est un patrimoine commun.

Il n’y a pas de doute, les monarques espagnols du moment furent plus permissifs avec les musulmans, auxquels, après la défaite, ils autorisaient une série d’accords basiques, comme avec les juifs, qui furent d’une aide précieuse sur le plan économique, et qui furent, comme en Languedoc, respectés, leur autorisant leurs propres lois et privilèges.

Certainement, cet esprit de tolérance a influencé aussi le traitement des Cathares, comme le démontre le bon accueil que reçurent les troubadours Occitans en terre de Castille où ils trouvèrent refuge quand ils furent taxés de catharisme ou d’être opposés aux croisades en Occitanie.

Le politique et écrivain, Victor Balaguer, affirmait avoir trouvé, en Avignon, un manuscrit du XIV° siècle dans lequel un roi Castillan, sûrement Alphonse X le Sage, accorda un village franc (non identifié) où les poètes occitans trouvèrent refuge.

Aimerich de Peguilha, connu comme l’ »hérétique » pour sa défense du catharisme, fut un des poètes occitans qui reçut du monarque Castillan asile et protection.

Les jongleurs et les troubadours joueront un rôle au-delà de leurs compositions en tant que véritables agents porteurs de nouvelles. Ils forgeront ainsi l’opinion avec leurs allées et venues depuis les cours européennes où ils étaient accueillis. On déplorera que ces mêmes cours avec leurs seigneurs se soient ruinées et perdirent tous leurs droits à la suite des croisades en Occitanie. En définitive, ils créeront et exciteront les opinions et controverses.

Un exemple de la littérature au service d’un projet de gouvernement ou d’état, nous l’avons dans les anciens états d’Elianor d’Aquitaine qui, justement avec son deuxième époux, Henri II d’Angleterre, refondront les vieux mythes celtes pour construire, avec le socle de la Bretagne, sa propre histoire. Arthur face à Charlemagne. Chrétien de Troyes est un des auteurs qui écrivit des romans, sur commande, pour sa fille, Marie de Flandres. L’exemple, moralisant l’exaltation de l’amour courtois, la figure du chevalier et de la cour, dictera un mode de conduite.

Bien que l’Eglise ait initié un projet parallèle quelques siècles auparavant avec ses assemblées de paix (Toulouges), ne le verra pas d’un bon œil. Le théologien Tusculanus s’exprimait ainsi dans ses sermons : «  Vous insultez Dieu en vous éloignant de sa parole pour écouter les fables et prêter attention sans répit aux exploits du roi Arthur sur Erec et sur Cluges…Vous préférez veiller pour écouter parler Perceval… ».

Les jongleurs qui récitaient et chantaient les compositions à propos de la situation en Occitanie réclamaient l’intervention des rois en faveur de la cause occitane. Laisseraient-ils indifférents les gens qui se réunissaient pour les écouter ?

A Leon, l’hérésie cathare étant reconnue et condamnée, seront accusés des troubadours, jongleurs et comédiens de contaminer l’orthodoxie. Rappelons que pour Rome, les langues d’Oc seront synonymes d’hérésie et seront interdites en 1248 peu après la chute de Montségur.

Bien d’autres furent accueillis à cette même cour, nombre de troubadours comme Galceran de Saint Didier, Bertran Carbonell (ou de Marseille), Bartolomé Giorgi, Ramon de Lator, Paulet de Marsella, Bertran de Rovenhac, Bertran de Born, Aimeric de Belenoi, Nat de Mons (astrologue et poète Toulousain), Guilhem de Montagnagout (qui fut ministre et conseiller du jeune comte de Toulouse) ou le castillan Guilhem de Bergada ami du vicomte de Castellbo (en haut Urgell, Lerida) qui embrassa l’hérésie comme le fera son voisin et parent le comte de Foix. Ou encore le cas du Génois Bonifacio Calvo qui se réfugia à la cour de Castille et qui oeuvra auprès du monarque Alfonse dont il devint l’ami intime pour réclamer ses droits sur les terres d’Aquitaine et de Navarre. Ou bien Guiraud Riquier qui trouva refuge à Tolède et bien d’autres encore qui fuirent l’Occitanie, accusés de répandre et d’adhérer à l’hérésie.

Les relations avec l’Occitanie n’étaient pas rompues. Dans le cartulaire de Jacques I°, le 7 juin 1241 et depuis Montpellier, il appuie les demandes du comte de Toulouse auprès de Rome. Ce monarque ne cessera de maintenir une relation étroite avec le comte de Toulouse et vice versa malgré le triste panorama Occitan en raison des croisades, de la politique d’occupation française et romaine de « deoccitanisation » systématique.

Pour ce qui intéresse la relation entre les deux grandes couronnes hispaniques, celle d’Aragon et celle de Castille, il faut mettre en évidence les bonnes relations que maintinrent Alphonse X le Sage et Jaime I°. Nous voyons les deux monarques visiter et séjourner dans les deux cours. Peut-être, le Castillan n’était-il pas au courant de ces dangereux hérétiques ? Assurément. Dans « les sept parties », le livre des lois rédigé, suppose-t-on sous le règne d’Alphonse X, une partie est consacrée aux hérétiques. En dépit de cela, il semble que, dans ces deux royaumes, l’hérésie pût s’asseoir avec une relative tranquillité. Peut-être nos cathares ont-ils appris à être plus discrets dans la pratique de leur foi eut égard aux évènements en Occitanie voisine et attentifs à éviter les soupçons.

Il est bien évident que tout au long des chemins de Saint Jacques, « autoroute de la foi » de notre Europe médiévale et au-delà de la couronne catalano-aragonaise, nombre de Cathares arrivèrent et s’établirent dans les villes prospères du Leon, de Castille et de Navarre. Ils étaient attirés par le commerce naissant, mais aussi par des conditions favorables au repeuplement, qui dynamiseraient les terres conquises sur les musulmans. Nous les trouvons comme de simples colporteurs mais aussi comme paysans intégrés aux migrations des « francs » et dans la bourgeoisie vigoureuse. Nos cathares arriveront à former des quartiers entiers dans les bourgs sur le Chemin, à Pampelune, à Estella, à Jaca, se regroupant selon l’origine ou l’affinité linguistique. Grégoire IX, en 1238, chargea le supérieur franciscain de Pampelune de découvrir et de châtier les hérétiques. Ces mesures seront étendues à Burgos et Palencia.

Estella semble être une ville créée en raison du chemin de Saint Jacques, à mi chemin entre Pampelune et Logroño. Le roi Sanche Ramirez, de Pampelune et Aragon, promulgua ses privilèges en 1077 en langue occitane. C’est déjà une date très significative sur la provenance de ces « francs ». Ces privilèges attirèrent une grande quantité de migrants. D’autres, les plus infortunés, étaient obligés par le tribunal de l’Inquisition de parcourir ledit chemin pour purger leur erreur d’avoir embrassé le catharisme (ou une autre hérésie) ou simplement pour s’être compromis avec quelques adeptes ou croyants.

Il serait illusoire de penser qu’ils faisaient le voyage comme simples pèlerins ou pour la foi, puisque pour le catharisme, cela n’avait aucun sens. Le chemin de Saint Jacques, connu aussi sous le nom de « camino francès » verra croître sur son passage, un chapelet de villages, de noyaux urbains, de centres religieux au service de l’industrie de la foi. Se créeront des auberges, des hôpitaux, des léproseries, des cimetières. On dressera des églises, des abbayes, des monastères…

Un effort architectural et artistique apparaît qui demandera une main d’œuvre spécialisée, laquelle parviendra pour partie d’au-delà des Pyrénées, et qui atteindra une grande valeur patrimoniale de l’histoire de l’art et de l’humanité.

Dans le célèbre défilé de Roncevaux, épisode épique de la « chanson de Roland », fut fondé, en 1137, un grand hôpital où l’on soignait avec beaucoup d’attention tout type de pèlerins et de voyageurs. « On accueillait des païens, des juifs, des hérétiques, des vagabonds ; on leur lavait les pieds, on leur les cheveux, on les rasait…on raccommodait avec du cuir leurs chaussures…De très honnêtes femmes, auxquelles on ne pouvait reprocher leur manque de propreté ni de sollicitude, s’occupaient des malades… ».

Le « camino francès » parcourut depuis Roncevaux (Navarre) jusqu’à Saint Jacques, 800 Km de pèlerinage, auquel se joindra la voie du Somport (Huesca) avant Puente de la Reina, jusqu’à Logroño. Une troisième voie s’ajoutera depuis Irun se rejoignant à Burgos. Ce trajet sera fréquenté par les Anglais et les Aquitains.

Nous trouverons aussi des dévotions importées par les Occitans tout au long du chemin, c’est le cas de Saint Sernin, Saint Martin de Tours, Notre Dame de Rocamadour, Notre Dame du Puy, etc.

La présence des Cathares à Leon est, à mon avis, un des cas les plus intéressants de la Péninsule durant sa période médiévale. Trois choses furent principalement celles qui attirèrent mon attention.

Premièrement, l’éloignement de sa localisation, bien au-delà des Pyrénées, en cela nous n’étions pas habitués.

Deuxièmement, la rapidité de son implantation dans cet ancien royaume, dès la première décade du XIII° siècle.

Troisièmement, la notoriété, voire, l’intégration dans une population importante et le pouvoir de persuasion.

De ceux-ci et d’autres types d’hérétiques, tels les « clercs philosophes », proches d’Averoes, le chanoine Lucas de Tuy, prit bonne note dans son « de altera vida fideique controversiis », qu’il rédigea à Leon vers 1236. Ce personnage fut chanoine de Saint Isidore de Leon et évêque de Tuy dans les dix dernières années de sa vie (1239-1249). Il semble que le Catharisme pénétra fortement dans cette ville.

Quant aux nouveaux arrivants, venus pour la plupart de l’ancienne Gaule, qui s’installèrent le long de la rue de la Rua, entourant l’ancien rempart, rue dans laquelle ils ouvrirent leurs boutiques et leurs commerces et s’établiront comme des bourgeois et des marchands prospères. « Rua » semble être le nom donné, par déformation du vocable français « rue », par les voyageurs et pèlerins français qui entraient dans la ville.

Nous voyons bien que ces emprunts linguistiques étaient déjà en usage à cette époque. Ainsi, à Oviedo comme ailleurs, on aura une « rua » et, même, à Saint Jacques. Oviedo deviendra un centre de pèlerinage important où l’on trouvera une « rua gasconne ». D’autres villes d’Espagne auront le même développement sur le passage des flux venus de l’ancienne Gaule. Dans l’abside de l’église Saint Pierre de Arrojo, dans la région de Quiros dans les Asturies, une croix de Toulouse témoigne du passage de quelques tailleurs de pierre qui marquèrent leur origine.

Puisse ces exemples être un simple témoignage linguistique qui a perduré jusqu’à nos jours en nous laissant la carte de visite de ces « francos » le long des terres de pèlerinage. Les Cathares aussi trouvèrent refuge dans ces nouveaux paysages. Et bien d’autres personnages ou groupes, non moins énigmatiques, proches des légendes, de la marginalité, comme les « cagots » occitans et les « agotes » castillans. La sorcellerie bien ancrée apparaîtra le long du chemin.

L’orthodoxie nous parle dans ces cas là de contamination, moi, je préfère utiliser le terme d’imprégnation. Lucas de Tuy attribue aux Cathares la construction d’un édifice religieux, bien que les Cathares ne construisent pas de temple. Cet édifice était dédié à un saint supposé du nom de Arnaldo. Cette invention avait pour but de feindre un miracle pour ridiculiser et déprécier l’église catholique. Le fait prit des proportions telles que Lucas de Tuy, alors qu’il était en voyage à Rome vers 1230, dû revenir à Leon précipitamment pour arrêter les troubles, qui, à supposer, furent fomentés par les Cathares dans la ville. A son retour, il ordonna la démolition de l’édifice, faisant la promesse que cette action apporterait la pluie. La ville souffrait de la sècheresse depuis 10 mois. La chance ne lui sourit point et à la place surgit un incendie qui détruisit pour partie la ville de Leon. Cela fut interprété par la population comme un châtiment divin pour avoir attenté aux Cathares.

D’autres actions, tout aussi drôles, des Cathares de Leon attirent notre attention comme les évènements qui arrivèrent à partir de 1235. Il s’est agi de lancer par monts et par vaux, des feuilles de papier avec des textes en odeur de sainteté et qui étaient recueillies par des bergers et apportées au clergé catholique. Cela eut beaucoup de succès en dépit que nombre de clercs en vinrent à abandonner leur confession. Lucas de Tuy décida de vérifier par lui-même. Il trouva un de ces « faiseurs de messages célestes » qui se tordait de douleur à cause de la morsure d’un serpent provoquée au cours de cette campagne. Immédiatement, le colporteur dénonça ses coreligionnaires. Une autre anecdote, non des moindres, fut la présence dans cette ville d’un « parfait » d’origine française qui vint à Leon pour faire du prosélytisme. Ce personnage s’appelait Arnaldo. Il est possible qu’il corresponde au personnage, supposé enterré dans l’église déjà mentionnée. Son travail consistait à être copiste « scriptor velocissimus » et il se consacra à falsifier les opuscules pour tromper les orthodoxes et les dresser contre leur église.

Nous avons également trace d’une communauté de Cathares, pas moins importante, à Burgos et des écrits sur un marchand qui, après avoir abandonné le catharisme, demande à revenir dans l’église catholique.

Et puisque nous parlons de chemins, n’oublions pas ceux de la transhumance. Peut-être des plus anciens avec les allées et venues de troupeaux de part et d’autre des Pyrénées. Et, allant de pair, n’oublions pas l’industrie de la laine. Souvenons-nous comme le métier de tisserand était suspecté de catharisme.

Dans la couronne catalano-aragonaise, avec les invasions françaises de 1283 dans le Val d’Aran et celle de 1285 à Gérone, s’acheva l’approvisionnement en draps de laine qui, pour la plupart, étaient importés de terres occitanes. Ce qui obligea le commerce lainier à se doter de ses propres ateliers, incitant l’arrivée de main d’œuvre spécialisée, qui, pour la plupart, était occitane, installant ainsi sa propre industrie textile. Barcelone, Perpignan, Lérida apparurent comme de grands centres producteurs de la couronne ; plus tard, favorisés par les chemins de transhumance, s’ajoutèrent Puigcerda, Berga, Ripoll et Sant Juan de las Abadessas, les deux premières avec une forte présence du catharisme. Puigcerda sera une des principales portes d’accès à tous types d’hérésies. Berg, par exemple, aura une notable communauté de Cathares.

L’industrie lainière dans le reste de l’Espagne médiévale qui s’approvisionnait en drap des Flandres arrivés par le Cantabrique, fut concentrée à partir du XII° siècle dans les villes de Zamora, Palencia, Soria, Ségovie et Tolède principalement.

Lleida est la ville catalane où nous avons la majeure présence occitane et sera aussi un foyer du catharisme, comme l’écrivit Jordi Ventura. Nous devons mentionner l’importance de gens venus du Languedoc, de Gascogne, de Provence, de Poitiers, de Montpellier et d’autres endroits d’Occitanie, lesquels contribuèrent d’une manière si importante au le développement industriel et commercial à l’échelle de la ville. Les noms de Tolosa, Blumat, Pictavi, Clavell, Comenges, Tolsa, Tarasco et bien d’autres en sont la preuve. Jordi Ventura nous parle du catharisme local et nous renvoie, entre autre, à Bernat de Lleida, un marchand à qui l’on confisqua ses biens dans cette ville et ceux qu’il possédait dans la ville de Béziers. Il exerça les métiers de berger et de tisserand, d’abord à Lleida puis à Tarragone.

Une autre ville de Castille devrait faire l’objet d’études en raison de sa haute spécialisation lainière du XI° au XIII° siècle et qui fait ombre à Zamora, ce fut Ségovie, centre important d’affluence des routes de la transhumance, du commerce de la laine et de ses manufactures de textiles. Comme souvenir de cette activité, existe toujours la rue des cardeurs de draps, forme castillane d’origine catalane, dérivée de « paraire ». Nous devrions jeter un œil cathare à cette ville emblématique, proche de Madrid, puisque sa population chrétienne provint aussi de nord de l’Espagne et d’au-delà des Pyrénées. Je suis sûr que nous aurions quelques surprises. Ne négligeons pas, ne minimisons pas le rôle très important du pâturage et de sa capacité à transmettre des traditions dans son rude travail. Juan de Contreras et Lopez de Ayala Lozoya nous racontent, dans leur intéressante « Histoire des corporations artisanes à Ségovie » que « peut-être les premières corporations ou confréries qui se formèrent au travail de la laine, furent des bergers…ils formaient, au XIII° siècle, certaines corporations avec leurs propres juges et leurs procureurs qui protégeaient les troupeaux des méfaits qui leur étaient occasionnés. » Comme nous voyons, la profession et son industrie était une chose sérieuse. Nous savons, par exemple, qu’il en était de même pour les tout puissants Templiers.

Je voudrais faire une place particulière aux terres de Lleida qui ont été fortement liées aux routes pyrénéennes. Ce fait mis à part, je voudrais aborder un autre sujet qui souvent passe inaperçu pour la plupart de nos historiens : les influences à travers l’architecture avec le dénommé « style occitan » et surtout dans la sculpture. C’est dans la région de Lleida avec les nouvelles terres de l’actuelle Tarragone (Conca de Barbera) où nous trouvons la présence la plus importante des Croix de Toulouse et un vaste échantillonnage, telles des pierres tombales comme des stèles funéraires discoïdales. Des lieux remplis de croix du comté des Raimon comme on trouve dans le monastère de Notre Dame des Anges de Aviganyu, près de Lleida (ville fondée en remerciements au provençal, Juan de Mata, qui créa l’ordre trinitaire avec Saint Félix de Valois). On en trouve également dans les villages de la région de Segarra, dans le monastère de Poblet et dans d’autres villages de la Conca de Barbera (Tarragone), en Agrammont (la Noguera) et dans bien d’autres lieux. Nous pouvons ajouter aussi une symbolique dans ces lieux à cheval avec le manichéisme, l’antique christianisme et le catharisme assurément.

Nous savons que le catharisme en Occitanie ne fut pas en marge d’une symbolique, pas plus que ne le furent les iconoclastes, comme on l’a souvent dit. Nous trouvons, dans ces lieux, de grandes similitudes d’interprétation. Je vous épargnerai ma théorie mais je veux aborder un thème au sujet de ces croix.

Quelqu’un me dit qu’elles pouvaient correspondre à une mode. Mais une mode est éphémère, elle n’imprime pas la mémoire, ni la vie que laisse derrière lui un défunt et encore moins une stèle discoïdale ou une pierre tombale. Je le regrette, mais, moi, je l’interprète ainsi. Quand je vois une croix de Toulouse clairement sculptée, je vois en elle que le défunt ou sa famille voulurent laisser bien clairement son origine et sa provenance. Sinon, pourquoi s’embéter avec cela ? De toute façon, il n’est pas étonnant que non loin d’une croix de Toulouse ou de quelque symbole attribué au catharisme, qui souvent n’est pas remarqué, nous trouvions pas très loin la présence de « bons hommes » ou, au moins, quelques faits qui ont une relation avec eux. Mais cette histoire qui nous parait si lointaine, peut-être sommes-nous plus proches que nous croyons d’un passé qui nous fut commun, que nous forgeâmes entre tous et dont nous sommes aujourd’hui les héritiers.





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