Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres








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Quand je me suis vu à l’écran, j’ai tout de suite compris pourquoi j’étais antipathique à tant de gens.» Mais il proclama aussi : «Du jour où j'ai compris quels étaient les gens que j'exaspérais, j'avoue que j'ai tout fait pour les exaspérer

Réputé pour son langage coloré, il avait la verve facile et le goût du bon mot, forgeant sans cesse des saillies avec un petit air désabusé. Monument de l'esprit français, incarnant à lui seul le typique esprit parisien d’avant-guerre, brillant et caustique, faisant mot de tout bois, il avait le sens de la formule et du bon mot, lançait en tir serré des répliques acérées, prononcées avec un grand art de mise en valeur du verbe. Ce jongleur de mots, chaque matin au petit déjeuner, pondait des aphorismes comme un pommier fait des pommes («J'ai pris mon rhume en grippe.» !)

Il eut un franc-parler qui ne lui attira pas toujours des louanges et des sympathies. Lançant des réflexions pleines d’ironie, il manifesta constamment un humour grinçant, mais qui n’excluait toutefois pas la gravité. Car on peut distinguer Sacha, qui est désinvolte, dont la légèreté est affichée, et Guitry qui est plus sombre, qui est un moraliste qui exprima une philosophie lucide et désabusée mais surtout indulgente.
Sa vie sentimentale fut agitée, car il fut un obsédé de l'amour, montrant une tendresse hyperactive, presque hystérique pour les êtres. Son amour était puissant et entier, et son désamour caustique et parfois cruellement lucide.

Il entretint avec son père des rapports passionnels faits d'admiration, d’affection et de grandes fâcheries, qui l’amenèrent à parler joliment de la relation père-fils dans des comédies tendres. Même physiquement, ils en étaient arrivés à se ressembler, même si Lucien avait une carrure de bûcheron, car, tous deux, lorsqu'ils vieillirent mirent des bretelles à tendeur pour effacer le ventre. Toute leur vie, ils arborèrent des feutres qui accentuaient leur genre «artiste», et ils le portaient de travers avec un chic incomparable. On retrouvait dans les moindres plaisanteries de Sacha le reflet, l'ombre de ce qu'était son père. Sur scène, le jeu immobile que Lucien Guitry ramena de Russie et qui se propagea à tout le théâtre de cette époque se retrouva dans les pièces de son fils où l'on ne bougeait que si l'action le commandait. Que de fois, entendant Sacha jouer ses pièces, on croyait entendre son père !
Les femmes furent la passion et le tourment de Sacha Guitry. Il affirma souvent sa prédilection pour elles, affirmant : «La vie sans femme me paraît impossible ; je n'ai jamais été seul, la solitude c'est être loin des femmes.», reconnaissant : «Il y a deux sortes de femmes : celles qui sont jeunes et jolies et celles qui me trouvent encore bien.», ou faisant remarquer, travers qu’il avait mais qu’il attribuait à tous les mâles : «Chaque fois que vous dites d'une femme qu'elle est jolie, c'est toujours d'une femme extrêmement mince que vous parlez?» Il indiqua que, s’il était «contre les femmes», il était «tout contre», ce qui montrait que sa sulfureuse réputation de misogyne, qu’il exploita plaisamment, que bien des répliques et des «bons mots» de ses pièces ou de ses causeries semblent confirmer, qu’il s’est amusé à pousser jusqu’à la caricature, n’était pas fondée. Il les célébra tout en les écornant, les aima autant qu’il les désaima, étant capable de déclarer parfois de jolies choses à une femme aimée comme de proférer ses fameuses «vacheries» sur les femmes en général car, selon lui, «On met la femme au singulier quand on a du bien à en dire, et on en parle au pluriel sitôt qu'elle vous a fait quelque méchanceté

En fait, aucun témoignage ne donne d'exemple de propos, de gestes ou d'attitudes sexistes qu’il aurait eus dans l'intimité, les femmes qui l’ont connu lui ayant reproché bien des choses, mais jamais le mépris de leur sexe ; elles indiquèrent au contraire son amour pour elles, sa séduction et sa finesse. On constate que, dans ses lettres d'amour, le sentiment est là, en continu, même si les interlocutrices changent.
On lui connaît de nombreuses liaisons avec des comédiennes et artistes, parmi lesquelles la danseuse de la Belle Époque Jane Avril, la comédienne Arletty, qui refusa de l'épouser («J'allais pas épouser Sacha Guitry, il s'était déjà épousé lui-même !», confia-t-elle), les actrices Simone Paris (qui consacra un chapitre de ses mémoires, ‘’Paris sur l'oreiller’’, au récit détaillé de leur relation), Mona Goya, Yvette Lebon, etc.. Surtout, il partagea officiellement la vie de cinq femmes qui, son œuvre se confondant avec sa vie, nourrirent son inspiration, et furent ses co-interprètes. En fait, ces cinq actrices (encore que les deux dernières ne le soient devenues qu'à son contact) partagèrent plutôt leur vie avec lui, car le rôle qu’il leur donna fut toujours le même : elles devaient écouter, donner la réplique, l’accompagner, préparer de petits dîners, rendre compte à chaque instant de leur emploi du temps. Car il s’opposa la revendication de ces femmes qui veulent «vivre leur vie».

Et il était trop pris par le travail pour bien se consacrer à elles, qui avaient le sentiment de n’exister pour lui qu’à travers son théâtre. Toutes, à ce régime, furent vite excédées, finirent par quitter leur Pygmalion. Dans ‘’Faut-il épouser Sacha Guitry?’’, Jacqueline Delubac écrivit d’une part : «À la femme il refuse la logique de l'esprit, pas celle du sexe ! Traduction : il ne suffit pas que la femme dispose, il faut qu'elle propose. C'est le caprice de Sacha de tout attendre du caprice des femmes» ; mais, plus loin, elle s’écria : «Sacha, tu es un diable électrique ! Tu connais les escaliers cachotiers du cœur ! Les drôles de coin !» Geneviève de Séréville, dans ‘’Sacha Guitry mon mari’’, évoqua ses causeries sur l'amour et les femmes, et avança une hypothèse : «Parler des femmes et de l'amour n'est-il pas devenu, pour lui, une sorte de jonglerie dans laquelle son cœur ne joue aucun rôle, mais seulement son aisance dans l'ironie, son goût excessif du paradoxe». Dominique Desanti, dans la biographie qu'elle lui consacra, remarqua à propos de ‘’N'écoutez pas, Mesdames’’, pièce tissée de railleries contre les femmes : «Sous les répliques spirituelles court l'angoisse de l'homme vieillissant face à une femme trop jeune qui lui échappe… ce qu'il trouve à la fois insupportable et naturel». Francis Huster, fin connaisseur du «maître», prit sa défense : «On dit souvent que Guitry est misogyne ; c'est n'importe quoi. Dans ses pièces, c'est l'homme qui trompe, pas la femme. Il était fou des femmes. Elles n'ont malheureusement jamais été folles de lui. Peut-être parce qu'il n'a jamais su les entendre, même s'il savait leur parler.» (‘’Journal du dimanche’’, 10 janvier 2008).

Lui-même se justifia en affirmant : «Tout ce mal que je pense et que je dis des femmes, je le pense et je le dis, mais je ne le pense et je ne le dis que des personnes qui me plaisent ou qui m'ont plu». Ce n'est d'ailleurs pas tant avec les femmes qu'il eut un problème, qu'avec le mariage : «Le mariage, c’est l’art de ne pas résoudre à deux les problèmes qu’on ne se posait pas quand on était célibataire.» La séduction eut certainement pour lui plus de charme que le quotidien à deux. Mais étant peut-être perpétuellement incertain de ses capacités, il écrivit : «Il faut courtiser sa femme comme si jamais on ne l'avait eue… il faut se la prendre à soi-même.», Et, s’il a dit des femmes beaucoup de mal, c’est aussi qu’il a douloureusement souffert à cause d'elles.
Et, de cette souffrance, naquit une grande partie de son œuvre. Lui qui confia : «Tout ce que je fais tourne en littérature. Tout ce qui m'arrive, je le note», puisa son inspiration dans son expérience personnelle, commenta ses successives relations conjugales pour un public complice et ravi, à l’égard duquel il n’eut à l’évidence qu’un souci : le divertir, le faire sourire. «Quand un homme a l’honneur d’être un délassement pour ses contemporains, il doit y consacrer le plus clair de sa vie», déclara-t-il. De ses histoires de coeur, de ses infortunes sentimentales, de tous les malheurs qui lui sont arrivés, de ses fours («Des fours, il en faut, sinon on ronronne.»), et de toutes les calomnies dont il fut abreuvé («Songez qu’on est allé jusqu’à m’accuser d’être pédéraste, ce qui, j’ose le dire, est une accusation sans fondement»), il fit donc, à la fois en satisfaisant son goût du masque et du funambulisme, et en se mettant en scène sans pudeur, des pièces à succès, poursuivant sur scène le dialogue avec son épouse du moment, voyant ses différentes amours comme les différents actes d'un même vaudeville. Et, inversement, le personnage qu'il s'était fabriqué pour la scène se prolongea à la ville. Chez lui, la vie et l'oeuvre s'imbriquèrent étroitement.

Doué de multiples talents, il fut un touche-à-tout très occupé, un extravagant polyvalent, un artiste multidisciplinaire qui s'illustra non seulement dans l'écriture, étant l’auteur de pièces, de romans, de Mémoires, de poèmes, d’articles de journaux, de chroniques à la radio, de scénarios, mais aussi dans le dessin (il excella dans la caricature, laissa des livres de dessins, et, attachant toujours une importance très légitime à la publicité, traça lui-même les maquettes de ses affiches-textes, tandis que, pour ses films, il choisit les affichistes les plus talentueux), la peinture, la sculpture, surtout le jeu théâtral et la réalisation cinématographique. On le vit même, laissant son esprit cavalcader en toute liberté, inventer des slogans publicitaires. Il envoya encore des articles, donna des conférences, organisa des galas, étant prêt à relever à peu près n'importe quel défi, cette trop grande facilité agaçant d’ailleurs ses contemporains. Amateur avisé d’œuvres d’art, il en possédait une splendide collection dont il souhaita faire, à sa mort, un musée ; malheureusement, elles furent alors peu à peu dispersées, et son projet ne vit jamais le jour.

Ces talents, il sut les faire fructifier, car ce fantaisiste éblouissant fut un travailleur acharné, infatigable. À force de l'avoir vu en smoking, on oubliait qu'il écrivait en pyjama, entouré de fumée de cigarette, dans le capharnaüm monstre de son bureau, et que c’est ainsi qu’il produisit une œuvre immense et éblouissante.

Cependant, si ses multiples activités lui apportèrent la gloire, celle-ci éclipsa son travail, ses pièces furent effacées par ses films, qui furent supplantés par ses superproductions, et il fut ainsi victime de son succès lui-même !
L’homme de théâtre
Fils d’un couple de comédiens et mari de comédiennes, Sacha Guitry fut un homme de théâtre complet, un homme-orchestre qui écrivit lui-même ses pièces, en assura la mise en scène et l'interprétation, fut aussi un directeur de théâtre. Il pouvait à la fois écrire une future pièce, en faire répéter une autre, et, le soir, en jouer sur scène une troisième. Sa carrière, qui dura un demi-siècle, est absolument hors-norme.

Il proclama : «Il ne faut pas être amoureux du théâtre… il faut l’adorer. Ce n’est pas un métier, le théâtre, c’est une passion !» Il se plut à peindre le milieu dans lequel il avait été plongé dès sa naissance, et dont il connaissait tous les secrets. S’il s’amusa de ce paradoxe : «Tous les hommes naissent comédiens, sauf quelques acteurs», s’il retrouva même «le paradoxe du comédien» de Diderot («Tout le talent de l’acteur consiste à faire éprouver aux spectateurs des émotions qu’il ne ressent pas lui-même.»), tout au long de son œuvre, il se fit le chantre du comédien, de son père en particulier qu’il considérait, avec Sarah Bernhardt, comme l’un des plus grands acteurs du monde, auquel il rendit hommage dans ses pièces ‘’Le comédien’’ et ‘’Mon père avait raison’’, dans de nombreux articles qu'il signa. Il fit sentir admirablement la grandeur du métier de comédien, «le plus beau métier du monde», qu’il glorifia en particulier dans ‘’Deburau’’. Il se livra si intimement et si complètement dans ses pièces sur le théâtre qu'il faut remettre en question le classement de ses priorités : pour lui, la vie c'était le théâtre, le théâtre se nourrissait de sa vie, et il en parla si merveilleusement qu'il laissa entendre que, finalement, là était son vrai grand amour. Cet auteur prodigieux, cet acteur étonnant, cet écrivain prolifique ne vivait que pour imaginer, écrire, mettre en scène. Il était «le» théâtre. En lui, la «bête de théâtre» n’était jamais assoupie, au point que, même en voiture ou dans le train, il emmenait une mallette emplie de blocs de papier et de crayons bien taillés, pour «noter des idées». Dans ‘’La revue de Paris’’, il confia : «Tout ce que je fais tourne en littérature, tout ce qui m'arrive, je le note... [...] des pièces, j'en ferai sur n'importe quoi... j'en ferai même sur rien du tout... je ne peux pas m'empêcher d'en faire».
Auteur d'une fécondité rarement égalée, et avant tout homme de théâtre, il a, entre 1902 et 1953, produit cent trente-quatre pièces, certaines en vers, certaines, et des meilleures, rédigées en moins de trois jours et presque sans ratures, avec une élégance, une finesse, une parfaite maîtrise de la désinvolture, une légèreté, qu’il défendit : «Mes pièces sont des croquis, des esquisses que la crainte de mentir m’empêche souvent de fignoler, de terminer. J’ai le goût des choses inachevées parce que rien ne finit jamais. Et puis c’est adorable, une ébauche, c’est une chose qui vient de naître, qui viendra toujours de naître, c’est la Genèse, la jeunesse d’une œuvre avec ce que cela comporte de désordonné, d’imparfait, parce que c’était urgent...». Si, dans cette abondante et foisonnante production, toutes ses pièces ne sont pas de la même qualité, si on décèle bien des scories, des redites, des facilités, des derniers actes bâclés avec une excessive désinvolture, aucune ne manque d'esprit, de talent, et beaucoup furent de grands succès.

Le 1er décembre 1937, au reporter de ‘’Cinémonde’’ venu l’interroger au moment où il tournait ‘’Quadrille’’, il donna quelques indictions extrêmement précieuses sur sa manière de travailler : «Je fais une pièce, comme je fais toute chose dans la vie : pour mon plaisir d’abord, et sans préméditation, sans aucun plan, sans la moindre arrière-pensée, avec le secret espoir de réussir ce que j’entreprends. Espoir souvent déçu dès le premier abord, car si j’ai fait jouer déjà cent pièces, j’en ai bien commencé trois cents depuis trente ans. Et si j’ai pu réaliser déjà douze films, j’en ai certainement projeté plus de vingt-cinq, que l’on ne projettera jamais ! […] Il est notoire que l’on doit établir avec précision son scénario, son découpage et même aussi la mise en scène, et cette méthode doit avoir certainement de très grands avantages. Même, il m’est arrivé d’envier parfois pendant quelques instants ceux qui sont capables de travailler ainsi. Mais je dois convenir, pour ma modeste part, que j’ai toujours fui les règles, redouté les barrières et les obligations. C’est se priver de l’imprévu que de décréter à l’avance que les choses se passeront de telle ou telle manière. […] Contrairement à la majorité des auteurs dramatiques, il ne me vient jamais de ‘’sujet’’ de pièces, et, quand il me vient quelque chose, c’est une ‘’idée’’ de pièce. En vérité, n’osant pas me vanter d’être peintre, je crois que je suis un dessinateur et, parfois, un caricaturiste. Je le constate sans regret, convaincu que le sujet d’une œuvre est peu de chose, que l’auteur le plus honnête et le plus libre en devient l’esclave dans la seconde partie de son ouvrage, et qu’il en est généralement la victime dans la dernière partie. Il ne m’a jamais été possible de me raconter à moi-même un sujet de pièce, pour la raison toute simple que je n’ai aucune des qualités qui font qu’un écrivain est un romancier. […] Une pièce est un ouvrage littéraire composé de répliques dites par des personnages, et elles sont dictées à l’auteur par les personnages. Nous ne devons pas les imposer, car nous risquerions de les faire mentir, ou bien nous les empêcherions de mentir à leur aise, ce qui serait aussi grave. Si nous ne voulons pas que nos personnages soient des marionnettes, nous ne devons pas les faire agir avant de les connaître intimement. Or, pour les bien connaître, il faut qu’ils soient vivants, et tant qu’ils n’auront pas parlé, ils n’auront pas vécu.»
Du théâtre, il aborda tous les genres : comédie, drame, opéra-bouffe, comédie musicale (dont il fut un précurseur), revue, comédie-bouffe, biographie, tableau historique, féerie à grand spectacle, «à-propos», prétexte musical, légende musicale, fantaisie, impromptu, baisser de rideau, revue publicitaire, divertissement.

Tout au long d'une carrière d'auteur dramatique d'une cinquantaine d'année, il s'adonna notamment à l'art des pièces courtes en un acte, se révélant un maître d’un genre qui est au théâtre ce que la nouvelle est au roman, un exercice difficile où il faut exposer, développer et conclure une situation avec le maximum de concision en donnant constamment l'impression d'improviser. On pourrait même dire qu'il arriva à faire de l'excellent théâtre, sans avoir à tout prix besoin d'une pièce ! Avec tout, avec rien, avec une situation, un incident, un vol d'impondérables, un éclair sentimental ou une observation narquoise, il échafauda instantanément des oeuvres qui n’étaient ni des comédies, ni des tragédies, ni des pantomimes, ni des opérettes, ni des ballets, ni des vaudevilles, qui étaient tout cela à la fois et mieux que tout cela, qui étaient «du théâtre», cette chose féérique et mystérieuse qui échappe à toute définition et à toute description, mais qui ne trompe pas le connaisseur.

En fait, marchant sur les traces de maîtres humoristes comme Jules Renard, Alphonse Allais, Georges Feydeau, Octave Mirbeau, Tristan Bernard, Courteline, Capus ou Anatole France, il fut surtout un virtuose de la comédie, qui connaissait bien une «mécanique» (vivacité, verve, habiles quiproquos) dont le bon fonctionnement est jouissif, nous plongea surtout dans le rire, tantôt un rire fin et délicat où l'esprit domine, où les mots font mouche, tantôt un humour futé, insolent, impertinent, décapant, provocateur, sinon cynique, des répliques moqueuses, brillamment audacieuses, fusant et rebondissant à merveille. À l’ironie il sut joindre la grâce, la délicatesse pour exprimer des choses graves et réalistes de la vie. Il dissimula souvent un soupçon d’âpreté sous une apparence de gaieté pour parler de choses cruelles et douloureuses.

On peut considérer aussi qu’il fit souvent du théâtre de boulevard puisqu’il montra essentiellement des rapports entre hommes et femmes, qui forment des figures triangulaires ou quadrangulaires, dans un milieu bourgeois nanti, valets et femmes de chambre étant omniprésents (il donna toujours de l'importance au personnel domestique et subalterne, engageant fréquemment, que ce soit pour ses pièces ou pour ses films, Pauline Carton ou Jeanne Fusier-Gir, deux comédiennes spécialisées dans ce genre de personnage), leurs relations avec leurs maîtres constituant un élément dramaturgique important, les uns et les autres emportés dans des dialogues percutants fabriqués à base de pirouettes bien envoyées et bien déclamées. Mais, de ce genre, il s'appropria les règles, les codes, pour les détourner et les plier à son propre style, le sauva de sa fragilité par le mordant qu’il lui donna. Ne suivant pas la tradition puisque sa seule loi fut de mettre en scène son personnage d’auteur-acteur, d’imposer sa personnalité pendant quarante ans. Cette originalité lui valut ses premiers succès. Si, aux yeux de certains critiques, l’âge, le contentement de soi et la réussite l’enfermèrent dans la même formule, plus fausse à mesure qu’il vieillissait, pour d’autres il renouvela la comédie de mœurs, l’allégea de ses règles bourgeoises d’alors, créa des personnages plus proches de la réalité, introduisit le quotidien, trouva une spontanéité de ton et de verbe très novatrice. Il est curieux de penser que, pour beaucoup aujourd’hui, il est un auteur bourgeois, alors qu’il a balayé toutes les règles, qu’il n’en a toujours fait qu’à sa tête, qu’il a sans cesse inventé, qu’il ne s’est jamais enfermé dans un genre, et que ses morales n’ont jamais rien de conventionnel.

Son originalité fut telle, sa marque si personnelle, que les contrefacteurs ont bien du mal à l’imiter, qu’il est inimitable. On peut insinuer qu'il s’est parfois imité lui-même, mais c’est le cas de ceux à qui il est donné de poursuivre longtemps leur oeuvre. La pire erreur de la critique est de demander à un écrivain de se renouveler ; un écrivain de valeur ne se renouvelle pas. Il entretint avec les critiques des relations conflictuelles, et ce dès son début. C’est que, d’une part, il avait inventé un style qui lui était propre ; que, d’autre part, son statut de comédien et d'auteur complet, son apparente facilité et le succès constant qu'il obtint pendant plus de vingt ans le rendaient insupportable à leurs yeux. Du reste, il se vengea en ne cessant, tout au long de son œuvre, de railler cette profession qui n'a jamais voulu faire l'effort de le comprendre : «Les critiques sont des eunuques. Ils savent comment ça se fait mais ils ne peuvent pas le faire.»
Ce théâtre, qu’il écrivit sans méthode, avec facilité, il l’écrivit d’abord pour son plaisir car, à l’exemple de Molière, qui se réservait ses premiers rôles, il fut souvent le principal interprète de ses pièces, pouvant se rajeunir ou se vieillir à loisir ; mais il était de toute façon difficile de lui donner un âge : à vingt ans il en paraissait trente-cinq, à cinquante il n'en paraissait pas plus. Metteur en scène, il se donna le plaisir d'être vraiment chez lui en scène, s'y installant de plus en plus confortablement, entouré de ses meubles et de ses toiles de maîtres ainsi que de ses différentes épouses.

Il écrivit aussi son théâtre pour le plaisir des acteurs et pour celui du public, en restant fidèle à sa devise : «Illusionniste né, vite il m’est apparu qu’au mépris des coutumes et des conventions, j’avais pour seule mission de plaire à mes contemporains afin d’aider ceux qui m’écoutent à être le moins malheureux possible, à ne se résigner en quelque sorte qu’au bonheur». Il s'amusa à prétendre : «Ce qu'il y a de plus difficile à réussir dans une pièce, c'est l'entracte
Ce théâtre est remarquable par ses trouvailles malicieuses, comme le procédé du «théâtre dans le théâtre». Et il n’y négligea jamais le souci de la qualité littéraire. Il se révéla un magicien des mots, usant d’une langue naturelle, d’une écriture enjouée, d’un style à la limite du classicisme et du modernisme, déroulant toujours des phrases marchant droit et tombant juste. Beaucoup de ses répliques sont d’ailleurs devenues des citations d'anthologie. Il savait, en quelques traits, donner vie à ses personnages. De ce fait, il imposa sur la scène un ton neuf, un style nonchalant et spirituel, où les bons mots («Un bon mot est une chose sacrée, on n’a pas le droit de la garder pour soi.») font oublier dans un éclat de rire les situations les plus scabreuses.
Même si beaucoup de ses pièces sont d'indiscutables chefs-d'œuvre, il demeura incroyablement modeste quant à leur valeur, déclarant : «Aucune de mes pièces ne me satisfait complètement. Et, quant à la situation que j’occupe, elle me surprend bien plus qu’elle ne comble mes vœux».
On a pu dire de celui qui fut l’auteur dramatique le plus joué de son époque qu’il fut le Molière du XXe siècle (Alain Decaux l’appela malicieusement «le Molière d’Albert Lebrun», un des présidents de la Troisième république). Cependant, Alceste, Célimène, Tartuffe sont toujours vivants, tandis que de Sacha Guitry, il ne reste qu’un personnage : lui-même.
Le cinéaste
Sacha Guitry, qui fut longtemps hostile au cinéma, affirmant qu’il n'était bon que pour le documentaire, et réalisant d'ailleurs, en 1914, une suite de portraits filmés (‘’Ceux de chez nous’’), fut finalement le réalisateur de trente-trois films de fiction et de trois documentaires. Surtout, il fut un exceptionnel inventeur dans le septième art.

Si, en 1918, il écrivit le scénario d’‘’Un roman d'amour et d'aventures’’, film que réalisèrent René Hervil et Louis Mercanton, il fallut attendre 1935 pour que, voyant dans le cinéma «une lanterne magique» dont «l'ironie et la grâce ne devraient pas être exclues», ayant découvert toutes les possibilités de renouvellement qu’il lui offrait, il se soit décidé à commencer à s'exprimer avec une caméra. Sans pour autant abandonner le théâtre, il consacra au septième art le meilleur de sa créativité, étant à la fois scénariste, dialoguiste, réalisateur et acteur.
S’étant initié à la technique cinématographique avec une évidente facilité, ayant su s'approprier les règles, les codes, pour les détourner et les plier à son propre style, faire preuve de virtuosité et d’innovation, il traça seul sa voie, en définissant d'autres règles à mesure qu'il tournait. Ainsi, il inventa d’étonnants pré-génériques, fit du générique un défilé des acteurs, créa une distanciation par l'enregistrement frontal des actions, pratiqua une narration en «voix off», peu répandue à l'époque, révéla la mécanique cinématographique (lors du tournage de ‘’Napoléon’’, un technicien, en visionnant les «rushes», lui fit remarquer qu'on voyait une caméra dans le champ, il lui répondit : «Mon ami, le public se doute bien que nous avons utilisé des caméras pour réaliser ce film.»), cassa les stéréotypes, séduisit ainsi un nouveau public, et s'imposa, en un temps où la plupart des réalisateurs baignaient dans l’académisme, comme l'un des grands cinéastes modernes de son époque, qui a peut-être encore plus révolutionné le cinéma que le théâtre.
D’une part, il porta à l'écran dix-sept de ses propres pièces, mettant brillamment en boîte du «théâtre filmé». En effet, il fit souvent venir les décors au studio pendant la nuit ; puis, les acteurs étant arrivés sur le plateau comme au théâtre un soir de générale, texte su, il tourna en ayant le découpage en tête, en une journée, de face, sans varier beaucoup ses angles de prise de vue, mais avec une désinvolture, une élégance, une finesse, un humour et un dynamisme étourdissants, en apposant sa griffe.

D’autre part, il réalisa dix-neuf scénarios originaux, aux sujets variés : psychologiques, sociaux, comiques, policiers, biographiques, surtout historiques culminant dans des superproductions à grands spectacles avec lesquelles la reconnaissance lui vint au point qu’il put presque passer pour le cinéaste officiel de la IVe République, leur charme tenant aux mots d'esprits et aux distributions prestigieuses. Il conçut ces films avant tout pour les acteurs. S’il fut fidèle à des amis, comme Pauline Carton (qui joua souvent pour lui les rôles de femme de chambre) ou Michel Simon, il sut détecter de nouveaux talents : Raimu, Louis de Funès, Darry Cowl, Michel Serrault. S’il tint presque toujours le rôle principal, il sut s'effacer lorsque c’était nécessaire, comme dans le film à sketchs ‘’Ils étaient neuf célibataires’’.
Pourtant, comme dans le cas de ses pièces de théâtre, la critique réserva généralement un accueil assez tiède à ses films, qui furent toutefois appréciés du grand public. Comme Marcel Pagnol, autre auteur dramatique de théâtre et de cinéma, il travailla sous les quolibets des esthètes, des puristes, des intellectuels qui le trouvaient futile. Georges Sadoul ne voulut voir dans son oeuvre de cinéaste que du théâtre boulevardier «mis en conserve», débordant de «fatuité satisfaite». Plus tard, on considéra que, dans ses grandes fresques historiques, il racontait une Histoire de France qui n’était qu’images d'Épinal.

Cependant, il fut réhabilité par ‘’Les cahiers du cinéma’’ (‘’Spécial Guitry-Pagnol’’, décembre 1965), et par les cinéastes de la Nouvelle Vague. Un curieux document de 1974 montre plusieurs de ces cinéastes interrogés au téléphone dans une mise en scène visiblement préparée à l'avance. On y trouve Jacques Rivette, Éric Rohmer et, bien sûr, François Truffaut, cet admirateur de longue date intarissable sur le sujet ; il voyait en Sacha Guitry un auteur complet, comme Charlie Chaplin, et écrivit : «Sacha Guitry fut un vrai cinéaste, plus doué que Duvivier, Grémillon et Feyder, plus drôle et certainement moins solennel que René Clair. Guitry est le frère français de Lubitsch. Il est l’auteur d’une oeuvre qui a trouvé sa forme parfaite et définitive.» (‘’Les films de ma vie’’ [1975]) ; il le compara encore à Jean Renoir, les deux réalisateurs tendant pour lui à donner «une plus claire vision de la vie comme elle est : une ample comédie aux cent actes divers, dont l’écran peut offrir les plus exacts reflets» ; il affirma enfin qu’il était «la figure idéale de l’homme libre, au-dessus des conventions, indifférent aux jugements d’intellectuels méprisants, et aux condamnations de la conscience politique» ; il indiqua encore qu'il aurait aimé adapter à l'écran l’une de ses pièces, à condition qu'elle ne l'ait pas déjà été par lui. Alain Resnais aussi apprécia un style original, une écriture particulière où les trouvailles abondent.
L’amateur d’Histoire de France
Si Sacha Guitry ne s’occupa pas de la chose publique ni des «questions dites sérieuses», si, pas plus dans ses pièces de théâtre que dans ses films, on ne trouve de traces de l’Histoire de la première moitié du XXe siècle qui vit pourtant l’éclosion du communisme dans la Russie tsariste, où il était né, la Première Guerre mondiale, la naissance de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques dont les idées s’étendirent sur le monde, la montée et l’expansion des fascismes, de l’antisémitisme, la Seconde Guerre mondiale, bouleversements qui entraînèrent des millions de morts ; s’il passa donc à côté de l’actualité de son temps, il fut, à l’évidence, plus à l’aise dans le passé, ne suivant donc pas ce conseil qu’il donnait : «Sois de ton temps, jeune homme. Car on n’est pas de tous les temps si l’on n’a pas été d’abord de son époque.» Il consacra à des sujets historiques de nombreuses pièces et films.

Ce passé était celui de son pays dont l’amour illumina sa vie, dont il célébra la grandeur, ses trésors, ses grands hommes, Paris et, au pied de ces magnificences, les rentiers complaisants et les séducteurs débrouillards. Il affirmait que le passé de la France, s’il ne fut pas toujours exemplaire, n’en continuait pas moins de fournir de grands exemples. Il célébra l’Ancien Régime, citant d’ailleurs Talleyrand : «Ceux qui n’auront pas vécu au XVIIIe siècle n’auront pas connu la douceur de vivre». Il estima que, si les rois dépensaient sans compter, avec de «semblables merveilles» (Versailles), ils « mettaient notre argent de côté » (‘’Remontons les Champs-Élysées’’).
Toutefois, s’il fut intéressé par l’Histoire, il manifesta une grande méfiance à l’égard de l’Histoire officielle, celle enseignée dans les écoles, d’autant plus que le vrai historien, respectueux des dates et de la chronologie des événements, doit se soumettre à l’exigence des faits. Il critiqua les livres scolaires après que la fille de son jardinier lui ait prêté un jour son ‘’Histoire de France’’, qu’il l’ait lue d’un bout à l’autre, et qu’outré, il fustigea l’auteur de ce manuel, qui ne mentionnait «que des victoires et des défaites, […] des assassinats, des pillages et des persécutions», précisant : «Si vous croyez devoir apprendre à vos enfants que les Français furent défaits à Pavie, en 1525, faites-le, mais qu’ils sachent aussi qu’en cette même année, Rabelais concevait son ‘’Pantagruel’’ tandis que s’élevait le château de Chambord. Si vous racontez à vos enfants avec tant d’horribles détails le massacre de la Saint-Barthélémy, ne manquez pas de leur apprendre que quelques mois plus tard, Montaigne a fait paraître un immortel chef-d’œuvre.»

Il voulut donc écrire une Histoire bien à lui, être un historien «à la façon d’un peintre» : «Je suis un historien comme le fut Louis David quand il composa son magnifique tableau intitulé ‘’Le sacre de Napoléon’’ où l’on voit, trônant au centre, madame Laetitia, alors que notoirement, la mère de l’Empereur était à Rome ce jour-là. Son absence est un fait et c’est peut-être même un fait historique - ne désapprouvait-elle pas en effet le couronnement de Joséphine par son fils? Quant à moi, je l’ignore, et David, informé, a très bien pu se dire : ‘’La question n’est pas là parce que ce fait n’est pas le sujet du tableau. Je ne peins pas l’absence ou la présence de madame Mère au couronnement de l’Empereur et je ne voudrais précisément pas que cette absence fût un sujet de distraction. Sa présence est normale, elle est logique, et je ne tiens pas à passer dans cent ans pour un peintre distrait.’’»

En fait, ne se prenant jamais au sérieux, il ne songea qu’à amuser. Aussi réécrivit-il l’Histoire à sa manière, la trafiqua-t-il, romança-t-il à sa guise les vies de personnages historiques, de grands artistes de la fin du XIXe siècle qui suscitaient son admiration enthousiaste, choisit-il des événements plaisants, privilégia-t-il les faits divers, se plut-il à montrer le petit côté des grands hommes, car seul comptait l’effet que son texte, pièce ou film, ferait sur le public. Il aima les rencontres insolites qui n’eurent jamais lieu mais qui auraient pu avoir lieu, mêla la réalité et la fantaisie. Si, parfois, on y découvre des propos que ne désavouerait pas un historien sérieux ou un homme politique contemporain, il faut prendre ses œuvres dites historiques comme une approche divertissante et souvent réussie, si parfois inachevée. Il inventa ainsi un genre : la comédie historique, où il fit œuvre d’historien sans cesser de rester lui-même avec son goût des mots et son exquise qualité d’écriture.
L’analyste de l’amour
Sacha Guitry, observateur aigu de la nature humaine doté d’un sens profond de la vie et des réalités, s’intéressa particulièrement à cette mécanique qui fait bouger les couples, de l'extase la plus absolue au désespoir le plus confondant.

La thématique qui resta en première ligne de sa verve acrimonieuse, c'est celle de l'amour, du désir, de la séduction, de l'inconstance, de l'infidélité, de la jalousie, des rapports, qui demeurent fondamentalement les mêmes derrière la façade mouvante des époques, entre les membres du couple, du triangle amoureux, du «quadrille», où les hommes sont voués à la chasse au plaisir, tandis que les femmes, charmantes et fragiles, savent prendre, à l’occasion, leur revanche.

Le jeu des mensonges est à la base des pièces de Sacha Guitry. Elles mettent en scène des hommes et des femmes, dont l’activité principale est de mentir, dont chacun sait que l’autre ment, dans une partie de bluff, dont le public lui-même est un joueur. Il considérait cette mauvaise foi lucide, cette manipulation, comme une maladie incurablement humaine s’il en est. Il montra l’humain dans ses perversités où le désir est trompeur.
Il se révéla la plupart du temps désabusé, parfois indulgent, de l'âme des femmes, auxquelles il donna d’ailleurs les rôles les plus intéressants. Il disséqua cette âme avec la gourmandise d'un misogyne amoureux de l'amour, se plaisant à de plaisants jeux de mots («La femme est un sujet sur lequel j'aime m'étendre.»), à d’amusantes observations («Le meilleur moyen de faire tourner la tête à une femme, c'est de lui dire qu'elle a un joli profil.»), à des méchancetés sexistes :

- «Je conviendrais bien volontiers que les femmes nous sont supérieures, si cela pouvait les dissuader de se prétendre nos égales

- «Elles ont un redoutable avantage sur nous, elles peuvent faire semblant, nous pas

- «Les femmes c'est charmant, mais les chiens c'est tellement plus fidèle

- «Il y a des femmes dont l'infidélité est le seul lien qui les attache encore à leur mari

- «Les honnêtes femmes sont inconsolables des fautes qu'elles n'ont pas commises

- «Une femme doit avoir trois hommes dans sa vie : un de soixante ans pour le chèque ; un de quarante ans pour le chic ; et un de vingt ans pour le choc

- «Les avocats portent des robes pour mentir aussi bien que les femmes.»

- «C'est entre trente et trente et un ans que les femmes vivent les dix meilleures années de leur vie

- «Elles vous ont tout un système philosophique - en vérité sommaire, et qui ne concerne que les hommes - mais qui tient parfaitement debout quand ceux-ci sont couchés

- «Ce qui les inquiète toutes - à leur propre sujet - c'est la facilité avec laquelle je me console du départ de la précédente

- «Une femme ne quitte en général un homme que pour un autre homme - tandis qu'un homme peut très bien quitter une femme à cause d'elle

- «Nous nous imaginons bien à tort qu'en donnant à une femme tout ce que nous avons, nous lui donnons tout ce qu'elle désire

- «On entend sans doute par demi-mondaine une femme qui se donne à un homme sur deux

- «Il faut s'amuser à mentir aux femmes ; on a l'impression qu'on se rembourse !»

- «Combien d'admirables actrices ont été d'excellentes courtisanes !»

- «On dit un galant homme, et on dit une femme galante. Un galant homme, c'est exquis et une femme galante, c'est horrible

- «Abstenez-vous de raconter à votre femme les infamies que vous ont faites celles qui l'ont précédée. Ce n'est pas la peine de lui donner des idées

- «Il y a des femmes dont l'infidélité est le seul lien qui les attache encore à leur mari

- «Si vous voulez que votre femme écoute ce que vous dites, dites-le à une autre femme

- «Patience ! Elles finissent toujours par nous faire une chose qui nous empêche d'avoir de l'estime pour elles

- «C'est une erreur de croire qu'une femme peut garder un secret. Elles le peuvent, mais elles s'y mettent à plusieurs

- «Une femme, sur les genoux, avec laquelle on n'est plus d'accord, c'est lourd !»

- «Pourquoi n'aimerions-nous pas les femmes pour ce qu'elles font de mieux : mentir?»

- «Quand on me parle d'une femme cultivée, je l'imagine avec des carottes dans les oreilles et du cerfeuil entre les doigts de pied

- «Les femmes ne font que des bêtises quand elles réfléchissent !»

- «Elles n'aiment pas qu'on leur dise des choses inexactes - et, ce qu'elles préfèrent, c'est en dire elles-mêmes, sachant parfaitement que personne ne saurait faire mieux...»

- «Deux femmes qui s'embrassent me feront toujours penser à deux boxeurs qui se serrent la main

- «Les femmes croient volontiers que parce qu'elles ont fait le contraire de ce qu'on leur demandait, elles ont pris une initiative

- «Si Ia femme était bonne, Dieu en aurait une

- «Il vaut mieux aimer qu'être aimé. C’est plus sûr
Mais ces traits acerbes ne furent jamais aussi forts, chez lui, que l'enchantement des sentiments. Il parla joliment de l'amour filial, de la relation entre père et fils («N'ayant pas eu d'enfant, je suis toujours un fils»). Il montra un respect affectueux de la jeunesse. Avec une tendresse presque pudique et le charme le plus exquis, il composa et proposa un véritable bréviaire de bonheur. Ses pièces illustrent, avec plus ou moins d'optimisme, cette conviction déjà profondément ancrée en lui : si les êtres humains sont laids, la vie, elle, est magnifique.
Si, du fait de sa fantaisie, de ses boutades, de ses paradoxes, de ses bons mots, on est tellement habitué à ce qu'il soit drôle qu'on rit avant de le lire, il faut constater que, sous une apparence de légèreté, il sut aussi, grâce à son don de fin observateur de la condition humaine et de ses travers, grâce aussi à sa totale liberté d'expression et à sa lucidité, multiplier les aperçus ingénieux ou profonds, car jamais on ne vit autant de lucidité noyée dans autant de passion, le plus souvent conjugale. Et il ne fut pas toujours drôle, et mérite d'être lu sans rire car on peut placer certains de ses ouvrages auprès de ceux des meilleurs moralistes de la tradition française. Comme eux, il émailla ses textes de maximes. On peut en citer quelques-unes, en sachant, comme il l’a si bien dit, que «Citer les pensées des autres, c'est regretter de ne pas les avoir trouvées soi-même.» !
Sur les relations entre hommes et femmes :

- «Je suis en faveur de la coutume qui veut qu’un homme baise la main d’une femme la première fois qu’il la voit. Il faut bien commencer quelque part

- «La lumière, ou, plutôt, l'obscurité joue un grand rôle dans l'amour !»

- «Ne faites jamais l'amour le samedi soir, car, s'il pleut le dimanche, vous ne saurez plus quoi faire

- «Si l'amour vit d'espoir, il périt avec lui ; c'est un feu qui s'éteint, faute de nourriture

- «Flirter avec une femme, c'est courir après elle jusqu'à ce qu'elle vous rattrape

- «Il y a celles qui vous disent qu'elles ne sont pas à vendre, et qui n'accepteraient pas un centime de vous ! Ce sont généralement celles-là qui vous ruinent

- «La réussite, pour un homme, c'est d'être parvenu à gagner plus d'argent que sa femme n'a pu en dépenser

- «Elle s'est donnée à moi, et c'est elle qui m'a eu

- «Pourquoi courir quand elles marchent?»

- «Pour se marier, il faut un témoin, comme pour un accident ou un duel

- «Un mariage risque d'être une erreur, hélas, productive

- «Mariage : c'est une si jolie idée que celle de vouloir faire le voyage à deux !»

- «Mariage de raison - folie. Et je crois aux divorces de raison

- «Que s'aimer modérément soit l'apanage des médiocres

- «Quel ravage un être peut causer par la seule force de sa séduction

- «C’est épouvantable des gens qui s’aiment pour des gens qui ne s’aiment pas».

- «Un moment, nous avons vécu côte à côte. Puis nous fûmes dos à dos. À présent, nous sommes face à face

- «Le divorce est le sacrement de l'adultère

- «Dans un couple, il y a toujours trois personnes.»

- «Certains hommes n'ont que ce qu'ils méritent ; les autres sont célibataires

- «Entre hommes on ne s'acharne jamais sur une seule femme... on n'a pas le temps... Non, la coutume veut seulement qu'on dise du mal de toutes les femmes... en général

- «Il y a des femmes qui se jettent à votre cou comme elles se lancent à la tête d’un cheval... Pour vous faire croire que vous êtes emballé

- «Les femmes sont faites pour être mariées et les hommes pour être célibataires. De là vient tout le mal

- «On les a dans ses bras - puis un jour sur les bras - et bientôt sur le dos

- «Quand une femme est seule, elle se voit seule au monde !»

- «Je crois, moi, que ce qui fait rester les femmes, c'est la peur qu'on soit tout de suite consolé de leur départ !»

- «Le mariage est comme le restaurant, à peine est-on servi que I'on regarde dans l'assiette du voisin

- «Le mariage est soit une corne d'abondance, soit une abondance de cornes

- «Une comédie qui se termine par un mariage, c'est une autre qui commence, ou bien un drame

- «Le célibat? On s'ennuie. Le mariage? On a des ennuis

- «Le divorce est plus sage que le mariage, là on sait ce qu'on fait».

- «Il n'y a de raisonnables que les divorces : on se connaît

- «Je crois aux divorces de raison

- «Le bonheur à deux, ça dure le temps de compter jusqu'à trois

- «Quand on s'aime pour plus d'une raison, c'est qu'on ne s'aime pas vraiment

- «Deux personnes mariées peuvent fort bien s'aimer, à condition de ne pas être mariées ensemble

- «J’ai eu deux drames conjugaux dans ma vie : ma première femme est partie, et la seconde est restée !»

- «Au début d'une aventure, le cocu y est toujours pour quelque chose

- «Ce soir, je vais faire trente cocus d'un coup, je vais coucher avec ma femme...»

- «C'est une grande erreur de croire que, parce qu'on est cocu, on a droit instantanément à toutes les autres femmes !»

- «C'est un cocu, et c'est pour cela que je le trompe

- «Je connaissais une femme très vertueuse. Elle a épousé un cocu. Depuis, elle couche avec tout le monde

- «On ne couche pas avec les femmes de ses amis. Mais alors avec lesquelles?»

- «Combien de gens se croient tout permis dans leur ménage sous prétexte qu'ils sont fidèles

- «Dire à une femme qu’on l’aime, c’est dire à toutes les autres qu’on ne les aime pas

- «Être fidèle, c'est, bien souvent, enchaîner l'autre

- «On n'est jamais trompé par celles qu'on voudrait

- «Je vais donc enfin vivre seul ! Et, déjà, je me demande avec qui

- «Ce qu'on devrait choisir dans la femme d'un autre... ce n'est pas la femme... c'est l'autre !»

- «Une femme qui s'en va avec son amant n'abandonne pas son mari, elle le débarrasse d'une femme infidèle

- «Quand ma femme prend un amant, je trouve inadmissible qu’un monsieur, qu’elle connaît à peine, soit informé de ma disgrâce avant moi

- «Il ne faut jamais épouser que de très jolies femmes si nous voulons qu'un jour on nous en délivre

- «À l'égard de quelqu'un qui vous prend votre femme, la pire vengeance est de la lui laisser

- «Si les femmes savaient combien on les regrette, elles s'en iraient plus vite

- «Une femme sur ses genoux avec laquelle on n'est plus d'accord, comme c'est lourd !»

- «Mesdames, il nous est difficile de revenir aussi vite que vous sur les décisions que vous prenez

- «Oui c'est être constant que d'adorer I'amour, et ce n'est pas changer de goût de changer de femme, puisque les femmes changent

- «Les femmes n'ont pas d'âges... elles sont jeunes... ou elles sont vieilles !... Quand elles sont jeunes, elles nous trompent... Quand elles sont vieilles, elles ne veulent pas être trompées !...»

- «On n'est jamais trompé par celles qu'on voudrait

- «Se séparer, ce n'est pas quitter quelqu'un, c'est se quitter tous les deux
Sur la comédie sociale :

- «Tout le monde est bon comédien, sauf peut-être quelques acteurs

- «À un menteur invétéré, la vérité apparaît comme une espèce de fiction

- «J'ai observé que, d'ordinaire, on se dit “au revoir” quand on espère bien qu'on ne se reverra jamais, tandis qu'en général on se revoit volontiers quand on s'est dit “adieu”.»

- «Le cigare donne à ceux qui sont pauvres l'illusion de la richesse. Il en donne l'assurance à ceux qui sont fortunés

- «Ayez du talent, on vous reconnaîtra peut-être du génie. Ayez du génie, on ne vous reconnaîtra jamais du talent

- «Dans la conversation, gardez-vous bien d'avoir le dernier mot le premier

- «Il est possible, en ce moment, que j'aie raison - mais je me demande si c'est mon intérêt d'avoir raison en ce moment

- «On s'attaque à ta vie privée? C'est que l'on ne trouve rien à redire à tes ouvrages

- «Vos amis qui vous ont prédit des malheurs en arrivent bien vite à vous les souhaiter, et il les provoqueraient au besoin pour garder votre confiance

- «Le jour où l’on vous traitera de parvenu, tenez pour certain le fait que vous serez arrivé

- «Donne-t-il un peu d'argent, il aurait pu en donner plus ! En donne-t-il beaucoup, hein, faut-il qu'il en ait !»

- «Il y a des gens sur qui on peut compter. Ce sont généralement des gens dont on n'a pas besoin

- «C'est très reposant d'être sourd. On ne vous dit que l'essentiel

- «Il ne faut jamais regarder quelqu'un qui dort. C'est comme si on ouvrait une lettre qui ne vous est pas adressée

- «Comment ça va? - Précisément, docteur, je vous ai fait venir pour que vous me le disiez

- «On sourit aux distractions des mathématiciens. On frémit en songeant à celles que pourrait avoir un chirurgien

- «En cherchant bien l’on trouverait à la plupart des bonnes actions des circonstances atténuantes. J’aurai passé ma vie à confirmer la règle

- «En réalité, ce qu'on entend par avoir du coeur, c'est avoir une faiblesse des glandes lacrymales en même temps qu'une légère paralysie du cervelet

- «Que c'est difficile de trouver un véritable ami intime pour partager avec lui son propre égoïsme.»

- «Être léger, visiblement, c’est démasquer les vaniteux, c’est inquiéter les hypocrites, confondre les méchants. C’est opposer la grâce à la mauvaise humeur, et c’est donner en outre un témoignage exquis de pudeur morale

- «Les meilleures leçons sont celles que l'on prend sans que les personnes à qui on les prend en soient informées
Sur le fonctionnement de la société : Si, comme Talleyrand, Sacha Guitry se flatta de n'avoir pas d'opinions, fut à la fois royaliste, bonapartiste et républicain ; si Léautaud le félicita d’avoir «ce mérite, et cette sagesse ! de ne jamais sacrifier à l'actualité, de ne jamais s'occuper de la chose publique, ni de ces questions soi-disant sérieuses dont on nous rebat les oreilles, de ne jamais viser ni au moraliste ni au pédagogue», il ne manqua pas cependant de porter des jugements sur son temps. Aux yeux de certains, il fut le chantre d'une société française établie. En fait, stigmatisant la bêtise, les idées reçues, les conventions et les fausses sentimentalités, il concilia une sorte de transgression, allant jusqu'à l’amoralité, avec le maintien de l’ordre établi, critiquant sans complaisance un siècle voué à ces valeurs surfaites (le modernisme, pour ne pas dire le clinquant) qui animaient toutes les catégories sociales. Il put déclarer :

- «Le luxe est une affaire d'argent. L'élégance est une question d'éducation

- «L'homme qui thésaurise brise la cadence de la vie en interrompant la circulation monétaire

- «Il y a deux choses inadmissibles sur la terre : la mort - et les impôts. Mais j'aurais dû citer en premier les impôts

- «Le cigare donne à ceux qui sont pauvres l'illusion de la richesse. Il en donne l'assurance à ceux qui sont fortunés
Sur le fonctionnement de l’esprit : 

- «Il y a des gens qui parlent, qui parlent... jusqu’à ce qu’ils aient enfin trouvé quelque chose à dire

- «Ce qui probablement fausse tout dans la vie c'est qu'on est convaincu qu'on dit la vérité parce qu'on dit ce qu'on pense

- «On peut faire semblant d’être grave, on ne peut pas faire semblant d’avoir de l’esprit.» Pour Sacha Guitry, un esprit est d’autant plus brillant, qu’il est léger. «Être sérieux, c’est visiblement se prendre au sérieux. C’est attacher beaucoup trop d’importance à soi, à ses opinions, à ses actes. Être léger, visiblement, c’est démasquer les vaniteux, c’est inquiéter les hypocrites, confondre les méchants, c’est opposer la grâce à la mauvaise humeur – et c’est donner en outre un témoignage exquis à la pudeur morale.» Il considérait que la légèreté d’esprit est compatible avec les vertus les plus hautes, avec le génie même. Il avait «quelque méfiance à l’égard de la gravité - car il est fort aisé d’en faire le simulacre. Cela peut être une attitude, un parti pris, tandis qu’on ne peut pas prendre le parti d’être léger. On ne peut pas faire semblant d’avoir de l’esprit. Il faut en avoir. Et n’en a pas qui veut. […] Les gens qui ne peuvent pas admettre l’ironie me donnent de l’inquiétude à leur propre sujet. Et quant à ceux qui ne tolèrent pas la plus inoffensive plaisanterie à l’égard de leurs entreprises et de leurs conceptions, ceux-là me laissent à penser que leurs conceptions, comme leurs entreprises, ne sont peut-être pas raisonnables. Redouter l’ironie, c’est craindre la raison. […] L’esprit vient modérer le zèle intempestif, il tient en respect les médiocres – et intellectuellement il est, si j’ose dire, un excellent thermomètre du climat des individus. Les vertus sont impersonnelles – et la probité d’un coiffeur ressemble à s’y méprendre à celle d’un teinturier. […] Les vertus que nous pouvons avoir nous ont été prêtées – et nous les rendons intactes, afin qu’elles puissent servir à d’autres. La Fantaisie n’est pas un prêt, elle est un don. Elle est, je le répète, un sens. Sens qui, à l’image de nos autres sens, naît, vit et meurt avec nous. Il en va de même de l’humour. Et c’est parce que la plupart des gens en sont dépourvus qu’il est si mal considéré. Il est vrai que, si tout un chacun possédait ce sens, l’humour en souffrirait, car, pour qu’une plaisanterie humoristique ait son plein rendement, il convient d’être trois : celui qui la profère, celui qui la comprend – et celui à qui elle échappe.» (‘’De 1429 à 1942’’).

- «On n'est pas infaillible parce qu'on est sincère

- «Il n'y a pas de gens modestes. Il y a des ratés qui ont la prétention d'être modestes - et qui font les modestes pour faire croire qu'ils ne sont pas des ratés

- «Aimez les choses à double sens, mais assurez-vous bien d'abord qu'elles ont un sens

- «L’intelligence incite à la réflexion, et la réflexion conduit au scepticisme. Le scepticisme, lui, mène à l’ironie

- «Redouter I'ironie, c'est craindre la raison

- «Avoir le sens critique, c'est porter le plus vif intérêt à un ouvrage qui, justement, vous paraît en manquer

- «Il y a en Art une catégorie de joies supérieures, si profondes et si hautes que l'on est à jamais l'obligé de celle ou de celui qui vous les ont données
Sur la conduite à tenir dans la vie :

- «Pourquoi, dans les villes où l'on passe, s'applique-t-on à choisir douze cartes postales différentes, puisqu'elles sont destinées à douze personnes différentes?»

- «On parle beaucoup trop aux enfants du passé et pas assez de l'avenir - c'est-à-dire trop des autres et pas assez d'eux-mêmes.» De son adolescence de cancre et parfait autodidacte, Sacha Guitry garda une grande défiance pour les méthodes sclérosées d’éducation de son temps.

- «Quand on n'a pas commis de faute, on ne peut pas être absolument sûr de soi. Tandis que lorsqu'on a bien vu les conséquences d'une bêtise, on ne s'expose plus à la recommencer !»

- «Quand on s'aime pour plus d'une raison, c'est qu'on ne s'aime pas vraiment

- «Le seul amour garanti fidèle, c’est l’amour-propre».

- «La plus grande des solitudes, c'est de se trouver en face d'une personne qui ne pense pas la même chose que vous

- «Dire le contraire de la vérité, c'est s'en être approché de dos, mais de bien près !»

- «Imitez vos défauts pour vous en corriger. Vous buvez trop d'alcool? Faites semblant d'être ivre, et vous en boirez moins. Vous êtes pointilleux? Froissez-vous sans raison aucune, et vous rirez. Vous êtes coléreux? Simulez la colère, et vous verrez combien c'est bête, la colère

- «Celui qui ne tolère pas la plaisanterie supporte mal la réflexion

- «Je préfère dépenser pendant que je suis jeune l'argent que je gagnerai quand je serai vieux !»

- «L’important, dans la vie, ce n’est pas d’avoir de l’argent, mais que les autres en aient

- «L'argent n'a de valeur que quand il sort de votre poche. Il n'en a pas quand il y rentre

- «Nous devons considérer que tous les événements qui nous arrivent sont des événements heureux

- «Il faut être heureux car, lorsqu’on se met à être heureux, l’existence devient une chose tout à fait inouïe

- «La vie ne se renouvelle pas. On renouvelle sa vie !»

- «Le bonheur exige certaines aptitudes, il y a des gens qui ne sont pas faits pour être heureux !»

- «Chaque accident arrivé à autrui est un accident évité pas vous

- «Le plaisir de mentir est une des grandes voluptés de la vie

- «Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui

- «Tout nous trahit lorsque nous trahissons

- «La vanité, c'est l'orgueil des autres

- «Nous avons beau dire: ‘’Je perds mon temps...je prends mon temps...’’, ce possessif est dérisoire : c'est toujours lui qui nous possède
Sur la métaphysique : On peut relever ces aperçus :

- «Nier Dieu, c'est croire en soi. Comme crédulité, je n'en vois pas de pire

- «Nier Dieu, c'est se priver de l'unique intérêt que présente la mort

- «Sur l'existence de Dieu, la moindre apparition sera la bienvenue

Comme ils se contredisent parfaitement, la conclusion est que Sacha Guitry ne fut guère préoccupé de métaphysique, fut donc vraiment un sage !
Sa postérité
Sacha Guitry avait pu confier au comédien Jean Danet : «Quand je serai mort, on ne jouera plus jamais mes pièces !», et son théâtre connut en effet alors l’habituel purgatoire. On jugea d’abord qu’on ne pouvait plus jouer ses pièces, sous prétexte qu'elles ne pouvaient l’être sans être interprétées par leur auteur ; que leur intérêt avait disparu avec lui ; que son énorme production, plaisir d’un temps, mais trop enfermée dans le carcan boulevardier, écrite sur mesure, était condamnée à un oubli rapide et définitif. Mais on commit une grossière erreur.

À I'occasion d'une reprise de ‘’Mon père avait raison’’ en 1959, Pierre Marcabru publia cette critique : «La comédie qui était très exactement à Ia mesure d'une époque n'est plus à nos mesures. Le talent n'applique plus […]. À la place du metteur en scène, j'aurais replacé I'action en 1918. C'est la seule façon de faire accepter ses rides : en les avouant franchement.» Cependant, vingt ans plus tard, en 1978, le même Marcabru disait de la même pièce qu'on reprenait pour Ia nième fois : «Sacha Guitry, vieux? Vous plaisantez. C'est aujourd'hui tout neuf, tout frais, sans une ride. Bon pied, bon oeil, du vif argent. Quelle leçon !»

Preuve d’un intérêt renouvelé, en 1996, parurent les deux volumes du théâtre de Sacha Guitry, qui n’est pas toutefois complet, car l’éditer est impossible : on n'a conservé que quarante-trois pièces. Ils furent réédités en 2012, avec deux préfaces (l'une de Jean-Claude Brialy, l'autre de Daniel Toscan du Plantier), ce qui permet d’affirmer que, si, bien qu’immense auteur dramatique, il n’a pas eu la chance de Molière ou de Feydeau, il est plus vivant que jamais, ses pièces, sans cesse reprises, étant considérées indémodables. Universellement reconnu par ses pairs et par le public qui le fête, il apparaît surtout aux jeunes générations comme une révélation.

En 2007, cinquante ans après sa mort, un foisonnement de livres, de pièces, d'expositions et de films accompagna cet anniversaire. La Cinémathèque française organisa une grande exposition (‘’Sacha Guitry, une vie d’artiste’’) riche de documents exceptionnels, souvent inédits, car, en 1995, son secrétaire, Henri Jadoux, avait légué à la BNF un fonds comprenant dessins, lettres, bustes, tableaux, livres d'art, signés de sa main ; et d’une rétrospective de ses films.

Les films de Sacha Guitry avaient continué de séduire le public, tout en demeurant toujours, pour la critique, du «théâtre filmé». En 1957, un débat télévisé avait opposé Henri Agel, qui s'échina à enfoncer le cinéaste, le considérant comme un auteur-réalisateur trivial et un amuseur superficiel, tandis que, face à lui, François Truffaut, Robert Lamoureux, Jacques Siclier, s’employèrent à le réhabiliter. En 1965 fut réalisé un émouvant documentaire de près d'une heure, contenant des témoignages de plusieurs personnes ayant travaillé avec Sacha Guitry, notamment Michel Simon, qui ne cacha pas son affection pour lui, le déclarant bien plus humain et modeste que l'image qu'il renvoyait souvent à travers ses rôles et son jeu. Remarquons que, s’il y a pléthore d’ouvrages sur l’homme et son théâtre, il n’existe guère sur l’autre aspect de son œuvre que l’indispensable recueil ‘’Sacha Guitry cinéaste’’ publié, en 1993, par Anne-Marie Faux.

Certes, toutes les oeuvres de Sacha Guitry ne sont pas inoubliables, mais beaucoup de ses pièces sont souvent reprises, tiennent toujours l’affiche avec grand succès, tandis que ses films sont projetés dans les ciné-clubs ou à la télévision, et sont toujours appréciés

André Durand

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