Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres








télécharger 0.86 Mb.
titreAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres
page9/19
date de publication31.01.2018
taille0.86 Mb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > loi > Documentos
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   19
’Maîtresses de rois’’, fantaisie en treize tableaux qui était le deuxième acte de la revue ‘’Vive Paris’’. Elle eut deux cent quarante-sept représentations, tint l'affiche jusqu'au 25 mai 1934.

Le 6 novembre furent créés, avec, dans les principaux rôles, Jean Périer, Victor Boucher, Huguette Duflos et Germaine Risse, deux pièces :

- ‘’Un tour au paradis’’, comédie en quatre actes qui eut, au Théâtre de la Michodière, quatre-vingt-dix représentations, du 6 novembre 1933 au 21 janvier 1934.

- ‘’Le renard et la grenouille’’, comédie en un acte. Rosy est une femme entretenue que son protecteur, Lucien, a enrichie. Or il est maintenant ruiné, et vient la demander en mariage sous le régime de la communauté de biens, entendant par ce stratagème récupérer une partie de sa fortune envolée. Mais Rosy reste sourde à cet amour devenu soudain sérieux. Dans cette fausse fable de La Fontaine, l’image de la femme comme celle de l’homme sont malmenées. Sacha Guitry n’épargne aucun des deux protagonistes, et son ironie fait mouche. La pièce eut, au Théâtre de la Michodière, quatre-vingt-dix représentations, du 6 novembre 1933 au 21 janvier 1934.

Sacha Guitry fit encore jouer :

_________________________________________________________________________________
‘’Florestan Ier, prince de Monaco’’

(1933)
Opérette en trois actes et six tableaux
Au début du XIXe siècle, Florestan Grimaldi, de la famille des princes de Monaco, se sent invinciblement attiré vers le théâtre… et vers une théâtreuse. Sa mère parvient d’abord à l’arracher à cette double passion, et à le marier. Mais, quoique son épouse soit charmante, il lui échappe pour revenir à ses anciennes amours. Or voilà qui l’affranchira définitivement de son penchant «condamnable» : on lui apprend qu’à la suite d’un décès imprévu, il est appelé à régner sur la principauté de ses ancêtres. Ce nouveau métier le tente : il sera désormais bon époux et bon prince. La troupe des comédiens lui rend visite sur son rocher, et, après des adieux touchants, le quitte à jamais pour reprendre sa vie de pauvreté et d’aventures. Florestan Ier avait trouvé vides les caisses de la principauté, mais un juif parisien lui apporte le moyen de les remplir : il lui présente une invention sublime de Pascal, la roulette.
Commentaire
Sacha Guitry affirma : «Mes personnages sont historiques, et ma pièce l'est presque !», indiqua que l’existence de Florestan lui fut signalée par un certain Sam Barlow qui attira son attention sur un article du ‘’Figaro’’, qu’il fit des recherches sur la famille Grimaldi, Florestan et la principauté de Monaco.

Le spectacle fut créé le 9 décembre au Théâtre des Variétés, les principaux rôles étant tenus par Henri Garat, Pauley, Larquey Henry-Laveme et Jacqueline Francell. Suivirent cent deux représentations, jusqu’au 4 mars 1934.

_________________________________________________________________________________
En 1933, René Benjamin publia ‘’Sacha Guitry, roi du théâtre’’.

Le 11 décembre débuta une tournée avec ‘’L'illusionniste’’, qui partit de La Haye et alla ensuite à Lille, Bruxelles, Luxembourg, Liège, et s'acheva le 28 à Anvers.

Le 20 décembre, à Bruxelles, au Palais des Beaux-Arts, Sacha Guitry, après une conférence consacrée à ses souvenirs, créa, avec Jacqueline Delubac, devant le roi Albert I" qui présidait cette soirée, un «à-propos en un acte», ‘’À l'école des philosophes’’ où Diderot est sous le charme d'une jeune maîtresse, Sylvie, qui a vingt ans de moins que lui. Comment va-t-il se l'attacher? Sur le conseil d'une vieille amie, madame Geoffrin, il lui fait une scène de jalousie.

Le 9 janvier 1934, à la radio, Sacha Guitry parla de l'acteur, particulièrement des instants qui précèdent son entrée en scène.

Il fit jouer :

_________________________________________________________________________________
‘’Son père et lui’’

(1934)
Pièce en quatre tableaux
Elle est consacrée à Laurent Mourguet, créateur du personnage de Guignol et de son compère, Gnafron.
Commentaire
Le premier tableau reconstitue un spectacle sur «une place publique à Lyon, en 1782», et le troisième, une scène entre Guignol et Polichinelle.

La pièce fut créée le 12 mars, à l'Opéra de Lyon, à l'occasion du centenaire de Jacquart. Suivirent deux représentations.

________________________________________________________________________________
‘’Le nouveau testament’’

(1934)
Comédie en quatre actes
Jean Marcellin, médecin réputé, est un homme blessé. Un soir, au cinéma, il a surpris sa femme dans les bras de son amant, qui n'est autre que le fils de son vieil ami, Worms, médecin comme lui. Avec une vague amertume aux lèvres, il imagine un savant subterfuge pour tout déballer de ses propres faiblesses. Il écrit un nouveau testament, se fait passer pour mort, après avoir demandé qu’on rapporte chez lui son veston. Sa femme, Lucie, y trouve dans une poche une enveloppe, et, contre toutes les règles établies, l’ouvre, et découvre le testament. Comme il révèle quelques-uns des secrets de la famille, elle est en proie à la stupeur et à la panique. Or il réapparaît, et la vie reprend, à peine différente, la vérité étant cachée sous un couvercle d'hypocrisie. Magnanime, il la fait ressurgir pendant quelques minutes inoubliables, pour s'insurger contre le mensonge, sans toutefois jamais condamner quiconque, considérant l'adultère comme «le seul moment agréable de toute son existence».
Commentaire
Cette comédie d'intrigue, une des plus habiles de Sacha Guitry, est menée à un rythme incroyable. C’est un autre de ses constats aussi féroces que comiques sur le mariage, sur le triangle amoureux. Il livra sa conclusion visionnaire sur le couple, disant que la vérité est parfois bonne à dire, et que peut-être faut-il, bon gré mal gré, s'en accommoder. À son habitude, il bouscula au passage les conventions sociales et l'hypocrisie, égratigna les méfaits du mariage, et vanta les bienfaits du divorce… S’il se montra cruel et cynique, il fit pourtant preuve aussi d'une certaine compassion envers l'individu.

Ayant endossé le rôle de l'époux, et jouant avec Jacqueline Delubac, qui était de vingt-cinq ans sa cadette, comme Molière qui était le mari de la jeune Armande Béjart, il eut l'honnêteté de tourner en dérision cette différence d'âge. Au sein de la pièce se pose la question : s'agit-il de sa maîtresse ou de sa fille?

La pièce fut donnée en avant-première, le 28 septembre, au Théâtre municipal d’Amiens, puis, à Paris, au Théâtre de la Madeleine à partir du 2 octobre. Suivirent deux cents représentations, jusqu’au 7 avril 1935.

En 1936, Sacha Guitry adapta sa pièce pour l'écran, avec la même distribution et la collaboration d’Alexandre Ryder. Mais, si, au début de la pièce, nous ignorons, à l’instar de Jean Marcellin, l’infidélité de sa femme, dans le film, celui-ci comme le spectateur, la connaissent dès les premières minutes grâce à une trouvaille visuelle amusante : alors qu’il est en voiture, il aperçoit sa femme et son amant dans un taxi ; le couple le reconnaît, et se cache immédiatement les yeux : ils ont vu celui qu’ils ne devaient pas voir, celui par lequel ils ne devaient pas être vus ; ils signalent ainsi l’adultère !

_________________________________________________________________________________
Le 7 novembre 1934, le divorce entre Sacha Guitry et Yvonne Printemps fut prononcé.

Le 20 novembre eut lieu la première diffusion, à ‘’Radio-Paris’’, d’une série d’émissions portant le titre "Un quart d'heure dans la loge de Sacha Guitry", où il traita plusieurs thèmes (le théâtre, l’amour, la haine dans les ménages, la jalousie, les domestiques, la peinture) qui lui permirent de livrer, en quelque sorte, une petite anthologie de son oeuvre. Au sujet du théâtre, il déclara : «Je vous ai si souvent parlé de théâtre que j’ai parfois l’impression qu’à ce sujet, je vous ai tout dit. Ce n’est qu’une impression, d’ailleurs, et je reste parfaitement convaincu que jusqu’à ma dernière heure, y compris celle-ci, il me viendra à l’esprit quelque observation qui me semblera nouvelle au sujet de cet art que j’aurai passionnément aimé et servi de mon mieux

Il publia :

_________________________________________________________________________________
‘’Si j’ai bonne mémoire et autres souvenirs’’

(1934)
Autobiographie
Sacha Guitry avait vraiment «bonne mémoire». Tout le prouve dans ce livre où, avec humour, il raconta sa jeunesse, révélant que nul autre que lui ne s'est fait renvoyer de tant d'écoles, de collèges et de lycées, parcourant un itinéraire de cancre ; que nul autre ne s'en est si bien justifié : «Pourquoi apprendre ce qui est dans les livres, puisque c'est dans les livres?» ; nous apprenant qu’à vingt ans, il se métamorphosa en un auteur dont on acclama la première pièce pour siffler la suivante : «J'ai été applaudi - j'ai été sifflé : je me considère comme un véritable auteur dramatique.»,
Commentaire
L’ouvrage fut illustré de quinze gravures et six dessins de l’auteur.

On y lit :

- «Il y a en Art une catégorie de joies supérieures, si profondes et si hautes que l'on est à jamais l'obligé de celle ou de celui qui vous les ont données

- «On parle beaucoup trop aux enfants du passé et pas assez de l'avenir - c'est-à-dire trop des autres et pas assez d'eux-mêmes

En 1936, l’ouvrage fut traduit en anglais : à New York, sous le titre : ‘’If memory serve’’ ; à Londres, sous le titre : ‘’If I remember right’’.

_________________________________________________________________________________
Le 11 janvier 1935, dans un gala franco-américain donné au Théâtre de l'Opéra-Comique, au bénéfice de l'hôpital Foch fut joué en matinée ‘’Mon ami Pierrot’’, légende musicale en un acte, qui, basée sur la vie de Jean-Baptiste Lully, indique l’origine de la chanson "Au clair de la Lune". La musique fut composée par Sam Barlow, qui fut le premier compositeur américain a être joué à l'Opéra-Comique.

Le 21 février 1935, à la mairie du VIIe arrondissement de Paris, Sacha Guitry épousa Jacqueline Delubac. Comme il était âgé de cinquante ans et elle de vingt-huit, il annonça leur mariage en déclarant : «J'ai le double de son âge, il est donc juste qu'elle soit ma moitié», rajeunissant légèrement et galamment la mariée (et dès lors, pour la beauté du mot et l'exactitude des comptes, Jacqueline allait prétendre être née en 1910 et non en 1907). Cette année-là, il lui adressa une lettre où il lui confiait : «Dès Ia seconde où tu t'éveilles, dès que j'entends ton cri joyeux, je commence à ne pas en croire mes oreilles.» Il lui écrivit un poème d'amour où aucun cynisme ne pointe. Elle allait jouer dans vingt-trois de ses pièces, dont dix créations et treize reprises à Paris et en tournée, et dans onze de ses films.

Le 24 mars, la société "Arts-Sciences-Lettres" remit à un représentant de Sacha Guitry, alors en tournée, la médaille d'or de la société.

Le 7 mai fut donnée la première de la série d'émissions dite "La demi-heure de Paris" au Poste parisien. Trois autres émissions allaient suivre les 14, 21 et 28 mai.

Le 27 mai fut projeté en privé, aux studios de Billancourt, le film ‘’Pasteur’’.

Sacha Guitry tourna un film de cinq minutes : ‘’Dîner de gala aux ‘’Ambassadeurs’’’’.

Le 28 juin, le Comité international pour la diffusion artistique et littéraire par le cinématographe accorda sa médaille d'or au film ‘’Pasteur’’.

Le 29 juin, au Poste parisien, Sacha Guitry prononça une allocution à l'occasion de l'inauguration du buste de Courteline.

Du 20 septembre au 25 octobre furent projetés, en exclusivité au Colisée, deux films, ‘’Pasteur’’ et un autre qui en était un de fiction, Sacha Guitry qui, comme Jouvet, reprochait au cinéma de ne pas avoir la même puissance que le théâtre, ayant cependant compris qu’il permet une survie en fixant les images sur la pellicule, qu’il offrait, aux publics de province ou de l’étranger, la possibilité de voir ses pièces. Sous l'influence de Jacqueline Delubac, il avait donc décidé de commencer à tourner et mettre en boîte certaines de ses pièces de théâtre, parfois sitôt écrites. Mais il traita aussi des sujets directement pour le cinéma, prouvant ainsi qu'il reconnaissait au septième art sa véritable place.

Ce film était :

_________________________________________________________________________________
‘’Bonne chance’’

(1935)
Film de 1h12
À Paris. Claude, un rapin bientôt quinquagénaire, vivant chichement de ses croquis, a pour voisine une jeune et jolie blanchisseuse, Marie Muscat, qui habite un modeste appartement avec sa mère. Celle-ci a hâte de la marier. Un prétendant se présente en la personne de Prosper, un benêt, en instance de départ pour treize jours d'instruction militaire. Mais Marie semble plus attirée par le peintre, en dépit de leur différence d'âge. Alors qu'elle va acheter un billet de loterie, il lui souhaite cordialement «bonne chance». Superstitieuse, elle décide de partager son lot avec lui si elle gagne. Et c'est ce qui arrive : elle touche deux millions ! Claude n'accepte qu'à la condition qu'ils s'offrent ensemble un beau voyage. En tout bien tout honneur, car Marie est à présent fiancée à Prosper. Le mariage doit avoir lieu deux semaines plus tard à Fontenac, petite bourgade du Midi dont la jeune fille est originaire. Claude s'engage à accompagner la promise jusqu'à la porte de la mairie, leur escapade terminée.

Des péripéties diverses et cocasses émaillent ce périple, qui ressemble bientôt à un voyage de noces avant la lettre. Pour commencer, Claude couvre Marie de cadeaux, en puisant largement dans leur pactole. Il lui fait une cour discrète, mais assidue. Ils font chambre à part, mais le hasard les rapproche sans cesse. Au casino de Monte-Carlo, il s'aperçoit qu'elle est son porte-chance : il se ruine en son absence, mais regagne une fortune dès qu'elle réapparaît.

À Fontenac, Claude réserve une surprise à sa protégée : grâce à l'envoi au maire du village d'un important chèque, Marie est accueillie comme une reine. Constatant qu'elle est née de père inconnu, il se propose même de la reconnaître, en secret. Ce qui complique les choses, car entre-temps, Prosper s'est trouvé une autre compagne, de sorte que la place du marié reste vide le jour de la cérémonie. Claude se précipite pour l'occuper, quitte à prendre pour épouse celle dont il faillit devenir le père adoptif ! Et tout le monde sera heureux...
Commentaire
Cette comédie sentimentale est une ode au bonheur et à l'amour, loin des tracasseries petites-bourgeoises. Ce scénario original permit à Sacha Guitry de jouer d'une structure complexe en désignant la technique cinématographique pendant le cours du film, et en la faisant analyser par les protagonistes.

Il tint le rôle de Claude, Jacqueline Delubac (dont ce fut le premier rôle), celui de Marie, Pauline Carton, celui de sa mère de Marie, André Numès Fils, celui de Prosper.

_________________________________________________________________________________
Sacha Guitry fit jouer au théâtre :

_________________________________________________________________________________
‘’Quand jouons-nous la comédie?’’

(1935)
Comédie en trois actes, précédée d'un prologue et suivie d'un épilogue
Un couple de chanteurs d’opéra au sommet de leur gloire chante pour la dernière fois ‘’Werther’’, et décide de quitter la scène pour se consacrer entièrement à un amour qui fait l’admiration générale. Malgré les efforts de la duchesse de Touzac, qui commandite le Théâtre Lyrique, de ceux du directeur et d’un grand journaliste, malgré les supplications du public, leur décision est irrévocable, car ils sentent approcher le jour où l’un des deux risque de perdre sa voix. «Ah ! Si nous étions des acteurs de théâtre parlé, ce ne serait sans doute pas la même chose !», disent-ils à leur ami intime. Ce dernier, qui est auteur dramatique, leur propose d’écrire une pièce spécialement à leur intention. Voici donc cette comédie nouvelle :

Constance, qui adore son époux, Bernard, est convaincue qu’il a une autre femme dans sa vie. En effet, elle a cru apercevoir une photo suspecte dans son portefeuille. Elle interroge sans détours son amie, Marie-Thérèse, qui s’amuse de son trouble, et lui jure qu’elle n’est pas coupable. Constance a alors le courage d’arracher le portefeuille des mains de Bernard. Elle contemple la fameuse photo : c’est son propre portrait, pris il y a dix ans !

Bernard veut s’enfuir. Très amer, il avoue à son ami, Jacques, qu’il est obsédé par le souvenir de Constance, telle qu’elle était autrefois. Leur vie actuelle est devenue un enfer. Ils n’ont plus qu’à se séparer ! Jacques n’en revient pas : quelle surprise ce sera pour leur entourage, qui les considère comme des amoureux de légende ! Constance et Bernard ont prévu depuis longtemps l’éventualité d’une telle situation : ils doivent alors glisser un petit mot dans un livre. Mais, quand Bernard l’ouvre, Constance l’a déjà utilisé ! Il pousse un cri : «Pourvu qu’elle ne se soit pas tuée !» Et il se lance à sa recherche.

Constance revient, tout aussi inquiète que son compagnon. Mais, dès qu’ils se revoient, leur exaltation retombe. Pourtant, ils ne se quitteront pas et feindront même de s’aimer toujours, pour donner aux autres le bon exemple. D’ailleurs, seront-ils jamais infidèles l’un à l’autre? Ils devront vivre désormais avec cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête. Peut-être se laisseront-ils prendre à ce jeu : «Quand jouons-nous la comédie? Le savons-nous? Et qui nous dit que depuis quinze années nous ne nous mentons pas sans nous en rendre compte ! […] C’était peut-être anormal de vivre comme nous vivions… Nous n’en pouvons plus de l’autre… et nous reconnaissons qu’il ne va plus nous être possible de nous séparer. C’est tout de même une preuve importante de quelque chose […] Nous devenons des gens normaux…»

Le rideau tombe. En coulisses, les deux anciens chanteurs, devenus comédiens, se félicitent et s’embrassent. Ils s’aiment toujours autant.
Commentaire
Au début de 1932, dans l’espoir de convaincre Yvonne Printemps, qui se détachait de lui irrémédiablement, Sacha Guitry avait commencé une pièce intitulée ‘’L’épée de Damoclès’’, qui exposait le problème d’un couple désuni, et dont la conclusion était celle-ci : «Il faut que nous restions ensemble, même si nous ne nous aimons plus… pour ne pas décevoir trop cruellement notre entourage, qui nous considère comme le couple idéal !» Mais il était trop tard, et cet essai resta dans un tiroir.

Cependant, Sacha Guitry eut l’étrange idée de reprendre cette ‘’Épée de Damoclès’’ pour l’imbriquer dans cette peinture des coulisses de l’Opéra !

Bel exemple de «théâtre dans le théâtre», la seconde pièce, la plus longue, nous est présentée comme un pur produit de l’imagination d’un auteur dramatique, puisqu’elle est interprétée par des chanteurs qui jouent à jouer, incarnés eux-mêmes par d’excellents comédiens, qui jouent. On n’en finirait pas de disserter dans le vide sur le faux pirandellisme de la situation ! Or c’est bien cette seconde pièce, d’ailleurs purement dramatique, qui, seule, présente quelque intérêt puisqu’elle constitue en fait la solution imaginée par Sacha Guitry en 1932 pour conjurer la crise qui allait le séparer d’Yvonne Printemps.

Cette pièce est un divertissement de la finesse psychologique la plus railleuse et la plus mélancolique à la fois. Elle pose ces questions :

- Qu’est-ce que l’amour si l’amitié et la tendresse ne réparent point, le jour voulu, l’ennui de l’accoutumance et les désillusions de l’âge mûr?

- Quelle est la part de comédie que les amants se jouent à eux-mêmes et vis-à-vis des autres? Vis-à-vis aussi l’un de l’autre?

- Quand on cesse de s’aimer, après avoir été profondément unis, non seulement dans le secret de ses sentiments et de son existence, mais en face d’un public qui a les yeux fixés sur vous avec étonnement, envie et désir aussi de vous voir défaillir en ce si périlleux exercice qui consiste à continuer à s’aimer en dépit de tout et de tous, que peut-on faire, que doit-on décider?

Cette comédie involontaire, celle que les oiseaux commencent lorsque le mâle parade et fait le beau devant la femelle séduite ou récalcitrante, ce jeu de l’instinct et aussi de la vanité, combien peu de couples ont su s’en libérer pour le remplacer par la vérité du cœur, et l’attachement de l’esprit ! Sacha Guitry, avec sa connaissance adroite et vive des pantins que sont les femmes et les hommes, s’amusa à nous montrer les ficelles sentimentales qui les font, en ce cas, agir, rire et pleurer. Il choisit, dans la série des amoureux et des amoureuses, ceux-là que leur art et leur métier, c’est-à-dire leurs dons et leurs habitudes d’émotion, de sensibilité et de culte de l’apparence, rendent les plus aptes à la démonstration qu’il méditait. Il voulut que ces personnages tourmentés soient interprétés par un couple d’acteurs, pour mieux souligner encore l’analogie entre le duo Sacha Guitry / Yvonne Printemps et le couple Bernard / Constance, et ne laisser subsister aucun doute sur le fait qu’il n’a cessé de jouer avec son épouse, pendant plusieurs années, des scènes tirées de leur vie privée !

Ceci étant établi, on peut penser que, lui qui connaissait si bien le théâtre et en parla maintes fois si joliment, a volontairement poussé jusqu’à une bouffonnerie totalement invraisemblable les séquences de coulisses, afin d’établir nettement où se situait le vrai débat.

Le fait que le personnage principal soit un ténor qui chante ‘’Werther’’ constitue encore un signe évident puisque cet opéra était l’un des rôles les plus fameux du ténor Francell, avec lequel Charlotte Lysès avait jadis trompé Sacha Guitry. Mais tout cela n’était pas très clair pour le public.

Comme cette création intervenait trois ans après la rupture entre Sacha Guitry et Yvonne Printemps, il ne pouvait évidemment être question que le nouveau couple Sacha Guitry /Jacqueline Delubac en soit l’interprète ! Aussi la pièce fut-elle créée le 20 septembre 1935, au Théâtre de Paris, avec Suzy Prim (Elle du prologue et Constance), André Luguet (Lui du prologue et Bernard), Henri Crémieux (l’auteur dramatique du prologue et Jacques), Marguerite Moreno (la duchesse de Touzac). Elle n’eut que vingt-trois représentations, la dernière étant donnée le 9 octobre.

Parfaitement conscient, comme toujours, des scories anecdotiques qui entachaient ‘’Quand jouons-nous la comédie?’’, Sacha Guitry publia en 1950 son aimable comédie ‘’Constance’’, qui en était débarrassée.

_________________________________________________________________________________
‘’
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   19

similaire:

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de leur biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres
Fille de paysans, elle avait été si bonne écolière que ses parents l'avaient laissée aller jusqu'au brevet supérieur

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres
«ardeur juvénile» revenues, IL poursuivit et termina ses études de droit à Strasbourg (1770-1771) où, devant la cathédrale, IL eut...

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres
«les principaux personnages d’un poème, ce sont toujours la douceur et la vigueur des vers»








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com