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date de publication01.02.2018
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0.7.3. Urbanisme (3). Note du 4/5/02


La proposition que je vais faire ici doit être comprise dans le contexte actuel de l’enseignement de l’architecture dans la partie francophone du pays. Il s’agit d’un contexte particulièrement défavorable. Nos écoles sont actuellement organiquement dépourvues des moyens qui leur permettraient de former des architectes et des urbanistes aptes à répondre aux principaux enjeux de l’aménagement du territoire. Nous l’avons déjà dit et écrit à de nombreuses reprises : privées de cellules de recherche dont les travaux permettraient de nourrir l’enseignement de second cycle, les disciplines de l’aménagement du territoire stagnent, et donc régressent. La multiplication des filières de formation – nouveaux départements universitaires d’architecture, licences en sciences de l’environnement, en « architecture du paysage », etc. - ne fait qu’ajouter à la dissolution organique de l’enseignement. Tout ce mouvement autour de l’ « architecture » et du « territoire » reflète une attente, mais ne crée pas les conditions favorables d’une réponse.

Ces dernières années, je me suis employé très activement, à La Cambre, à développer une série d’initiatives à travers lesquelles notre école a préfiguré et même lancé concrètement une dynamique de recherche et d’innovation en architecture et en urbanisme : nos hypothèses sur la question du projet bruxellois, mais aussi sur les questions de l’urbanisation du territoire wallon, ont montré à quel point une approche qui réintègre l’architecture1 – reconsidérée dans sa dimension pleine et entière – dans l’urbanisme s’annonce prometteuse. Ces hypothèses, nous n’aurions jamais été capables de les formuler sans l’outillage méthodologique que je me suis forgé au cours de mes études en Italie. Elles ont été publiées dans des revues reconnues, diffusées à l’échelle fédérale. Nos études sur Chapelle-lez-Herlaimont, en particulier, nous ont valu une proposition de contrat d’étude, que l’institut n’a pas jugé digne d’accepter. Il y avait là pourtant le ferment d’une cellule de recherche sur les questions territoriales, comparable à celles que les universités mettent sur pied2.

Ces études ont néanmoins rayonné à l’intérieur de l’Institut. Plusieurs enseignants ont assisté à leur premier exposé dans l’Institut (Jean-Paul Pouchous, Jean De Salle, Marcel Pesleux, Patrick Burniat, Yves Rouyet, Hubert Lionnez). Les enseignants et les étudiants de l’option urbanisme s’en sont nourris. Le dernier stage international a continué à en bénéficier. Elles font leur chemin, parfois de façon indirecte et capillaire à travers les ateliers. Cette année encore, Patrice Neirinck nous a invités à les présenter à ses étudiants...

Aujourd’hui, tout semble devoir être repris à zéro. Comme si de rien n’était. Ou est-ce précisément tout ce travail accompli qui embarrasse l’institut ?3

En tout état de cause, la question importante aujourd’hui me semble bien : comment inscrire une telle dynamique à l’intérieur même de la structure régulière de notre enseignement ?

Peut-être la réflexion sur les cours d’urbanisme (tronc commun + option) offre-t-elle une occasion intéressante.

L’urbanisme est devenu, au cours de ces trente dernières années, une discipline à part entière, une « spécialité ». Mais il l’est devenu au prix de l’abandon de ce qui fait sa spécificité : il n’est plus le lieu de rencontre des disciplines du territoire.

En particulier, en Belgique, en tous cas, l’urbanisme est devenu une discipline politico-administrative, je dirais même une discipline asservie aux finalités d’un l’appareil politico-administratif lui même asservi. L’urbanisme est à la fois devenu plus étroitement gestionnaire et plus étroitement dépendant d’une opinion de plus en plus parfaitement contrôlée par le capital, à travers ses médias idéologiques.
Un des aspects les plus saillants de cette « évolution », c’est l’expulsion de la dimension culturelle de l’aménagement du territoire hors du champ de l’urbanisme.

Aussi bien, lorsque nous parlons de restriction du champ de l’architecture4, lorsque nous parlons d’expulsion de la dimension culturelle hors du champ de l’urbanisme, nous découvrons en réalité un seul et même processus : l’élimination de la dimension culturelle hors du champ de la réflexion sur les questions qui concernent la structure de la vie en commun, c’est à dire sa perte en qualité de condition de décision structurelle, au profit de sa promotion dans le champ de la superstructure au titre de moyen idéolgique5.
Alors, comment aujourd’hui pouvons-nous mieux participer à la reconstruction d’un enseignement de l’urbanisme au sein de notre école d’architecture qu’en tentant de recommencer à réfléchir sur la question des liens entre les disciplines de l’aménagement du territoire dans la perspective de la réintroduction dans notre formation de la dimension culturelle entendue comme dimension structurelle de la vie en commun ?
Lorsqu’il est question de culture, et à Bruxelles en particulier, le mot « diversité » est souvent mis en avant. L’année dernière, Umberto Eco a plaidé pour la diversité culturelle bruxelloise au sein du groupe de réflexion mis en place par Romano Prodi et Guy Verhofdstad sur « Bruxelles capitale de l’Europe ». Cette caractéristique est propre à la vie bruxelloise. Elle ne rend pas directement compte de la configuration du phénomène urbain bruxellois. A son propos, on parle plus volontiers de « complexité ». Encore cette complexité n’est-elle presque toujours référée qu’aux caractères stylistiques de ses édifices (les seuls caractères architecturaux qu’intéressent les guides de tourisme). Mais diversité de la vie bruxelloise et complexité stylistique de ses édifices sont aujourd’hui confondus dans les esprits. C’est devenu un leitmotiev. Pour l’essentiel, l’architecture bruxelloise continue d’échapper à l’intelligence. Personne n’étudie ni ne considère sérieusement l’architecture de Bruxelles : sa morphologie, ses types d’édifice, les parties qui la constituent avec leurs caractères bien spécifiques. Et presque toutes les questions qui concernent son projet restent inaperçues et donc irrésolues. Personne ne se soucie de lui préfigurer un avenir. Les modifications de la structure urbaine bruxelloise sont aujourd’hui soumises à l’opportunisme le plus pur. La pure rhétorique de la diversité sert maintenant le n’importe quoi, et la complexité équilibrée cède le pas au déséquilibre banalisé. Une « capitale » de l’Europe oui, mais invisible, et au prix de la disparition progressive, sous son leurre, de la ville capitale authentique !

Et pourtant, durant ces vingt dernières années, Bruxelles n’en finit pas de se doter d’instruments de planification légale et de règlements, dont la mise au point fait l’objet de longs suspenses et auxquels elle donne orgueilleusement force de loi.

Pour ne pas se dissoudre peu à peu dans l’illégitimité la plus flagrante, la planification ne peut se contenter d’imposer à tous une légalité formaliste qui ne profite qu’aux riches et à leurs avocats.

Un axe prioritaire de la réflexion sur l’organisation de l’option pourrait donc être la relation entre légitimité et légalité de l’aménagement du territoire. Á quelles sources l’aménagement du territoire puise sa légitimité ? Á quelles conditions un « projet » peut-il être déclaré légitime ? Lui suffit-il de respecter « l’effet parcellaire » ou de valoir à la ville quelques logements supplémentaires en compensation ? Mais encore, l’équilibre, spécifiquement mesurable, en termes de densité par exemple, mais aussi notamment en termes morphologiques, d’un territoire est-il négligeable ? Le territoire, dans sa configuration actuelle, est-il seulement un résidu, et dans le meilleur des cas une relique ? Sa configuration actuelle (je n’ai pas dit son état de déclin) ne peut-elle pas – au-delà des différences culturelles qui par ailleurs caractérisent ses habitants – être considérée comme une base culturelle commune, quotidienne et effective, une base positive de coexistence, certainement imparfaite, mais réelle et ouverte à une transformation ? Ou bien la ville est-elle seulement le « reflet de la lutte des groupes pour le pouvoir », comme on nous l’enseignait encore à La Cambre il y a quelques années ? Comment participer à la reconstruction d’un propos plus concret et partageable, pour tout dire moins cynique, sur le territoire ?

...

1 C’est-à-dire au-delà de l’acception restrictive, pour ainsi dire privatisée, qui lui est concédée actuellement : l’architecture considérée comme luxe, comme poétique idiosyncrasique d’individus semidélinquants asservis aux fantasmes d’une « société » de riches qui ne sait plus quoi inventer pour s’assurer de s’être définitivement séparée du reste du corps social.

2 Les universités sont dotées d’un cadre organique de recherche et d’étude. Mais cela ne les dispense pas, aujourd’hui, de se trouver les fonds et les occasions d’études sur le marché !

3 Si c’était le cas, il serait bienvenu que ceux qui, dans l’Institut, se sentent embarrassés s’expriment. Comment un enseignant peut-il s’améliorer – à tous points de vue d’ailleurs – et « s’intégrer » dans une communauté enseignante si ses collègues restent muets ou feignent l’indifférence ?

4 L’architecture : des objets dépourvus de rapports, des objets qui ne construisent plus rien ensemble

5 moyen de travestissement, de séduction, de « distinction », c’est-à-dire de ségrégation sociale

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