Première partie Le tigre blanc








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titrePremière partie Le tigre blanc
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Pays de l’Or !

– Nous la franchirons, elle et les autres, continua le chef d’un ton bref. Et maintenant, à l’ouvrage.

– Dis-donc, chef, une idée. Nous ne pouvons raisonnablement camper dans la pirogue. D’autre part, il nous est impossible d’accrocher nos hamacs aux arbres qui bordent la savane ; si nous redescendions à la barre ? Nous pourrions décharger les provisions sur la roche, et élever un « patawa ».

– Ton idée est parfaite, mon fils, et nous allons la mettre à exécution. Nous installerons bien gentiment dans un hamac ce brave Peau-Rouge, que nous amarrerons solidement, pour lui enlever toute idée de fuite. Nous sabrerons ensuite à travers ce fouillis, et alors, au petit bonheur.

La pirogue rallia les roches, puis deux des canotiers gagnèrent la rive, abattirent rapidement trois arbres de la grosseur de la jambe, et les ébranchèrent, pendant que leurs compagnons s’empressaient de décharger de nouveau la cargaison.

Ces deux opérations furent achevées en même temps. Les trois arbres furent apportés sur le rocher, on les amarra solidement au sommet, puis, trois hommes en saisirent chacun un, les dressèrent simultanément d’un mouvement rapide en les écartant à la base, de façon à former un triangle isocèle d’environ trois mètres cinquante de côté.

L’appareil resta debout tout naturellement, et trois hamacs en occupèrent bientôt les trois côtés. Cette installation si simple, si commode, et d’un usage fréquent chez les noirs et les Peaux-Rouges de la région équinoxiale, se nomme patawa. Le patawa rend de grands services en ce qu’il procure un coucher parfait dans les lieux humides et dépourvus d’arbres. Car en Guyane, il est impossible de reposer sur la terre, sous peine d’être exposé aux désagréables et souvent dangereuses visites des hôtes de la forêt : scorpions, mille-pattes, araignées-crabes, fourmis, etc.

Le chef, après avoir minutieusement examiné les entraves de l’Indien prisonnier, le déposa comme un enfant dans un hamac. Comme le soleil dardait sur cet étroit espace des rayons brûlants contre lesquels rien ne le défendait, l’aventurier coupa quelques larges feuilles de « barlourou », les attacha ensemble, en fit une sorte d’écran qu’il étala au-dessus de sa tête. Le malheureux n’avait, de cette façon, rien à redouter de l’insolation.

– Une ombrelle... Une ombrelle à cet enfant, ricana le misérable. Je suis un père pour toi, n’est-ce pas, un vrai père.

« Ne t’imagine pas que c’est pour tes beaux yeux, va, mon chérubin, si tu ne représentais pas pour nous un capital, et un sérieux, il y a beau temps que je t’aurais envoyé chez « Gadou1 », le bon Dieu des bonshommes noirs et rouges.

« Au revoir et porte-toi bien ; moi, je m’en vais bûcher. N’oublie pas surtout que j’ai l’œil sur toi.

Les quatre coquins remontèrent incontinent vers le barrage végétal qu’ils attaquèrent avec une sorte d’énergie farouche, à grands coups de sabre et de hache. La besogne était dure, et avançait bien lentement ; mais, en somme, leurs peines n’étaient pas perdues. Ils pouvaient même prévoir qu’après quarante-huit heures d’efforts, ils sortiraient de cette impasse. Ainsi, quand le soleil déclina, ils revinrent au patawa en chantant gaiement comme de braves ouvriers auxquels le labeur du jour a été agréable.

La dernière note du joyeux refrain se perdit dans un hurlement de rage, à la vue du hamac vide. Le Peau-Rouge, si bien ficelé par le chef, avait brisé ses liens. Il avait disparu.

Il n’y avait pourtant rien de mystérieux dans cette absence, bien qu’elle semblât le résultat d’un véritable escamotage. Le jeune Indien, voyant ses bourreaux occupés à se frayer une route, songea à profiter de ce premier moment de répit. Il se mit incontinent à ronger les cordes qui enserraient ses poignets ; ses dents blanches, aiguës comme celles d’un paque, travaillèrent tant et si bien, qu’après une heure d’efforts surhumains il avait pu couper la dure tresse de bitord.

La première partie de la besogne était achevée. C’était malheureusement celle qui offrait le moins de difficultés. Il lui fallait maintenant se débarrasser non seulement des entraves qui bleuissaient ses jarrets, mais encore ses genoux. Il était aussi industrieux que brave et possédait au suprême degré cette inaltérable patience qui, trop souvent chez les siens dégénère en apathie.

Il portait un petit collier en dents de « pâtira1 », de ces dents pointues, à arêtes tranchantes, avec lesquelles ces animaux fouillent à d’incroyables profondeurs, et coupent des racines énormes. Il cassa le fil d’aloès qui les traversait à la base, en saisit une et se mit incontinent à scier, ou plutôt à user fil par fil les brins de bitord.

De temps en temps, il lançait à la dérobée, à travers les tresses du hamac, un regard à ses bourreaux toujours occupés à leur travail de sape. Ceux-ci, de leur côté, avaient à chaque instant l’œil ouvert sur lui, mais il sut si bien, tout en activant l’œuvre de sa libération, conserver une apparente immobilité, qu’ils ne se doutèrent de rien. Il touchait enfin au moment suprême. Ses jambes étaient dégagées. Il s’allongea voluptueusement dans le hamac, se reposa près d’un quart d’heure, frotta doucement ses membres endoloris pour leur rendre l’élasticité, puis, profitant d’un moment ou les quatre hommes avaient le dos tourné, il s’accroupit au bord du hamac, bondit sur le roc, et se précipita la tête la première du haut de la barre au beau milieu du rapide.

Après avoir franchi, sans remonter à la surface de l’eau, l’espace qui le séparait du rivage, vingt-cinq mètres environ, il prit pied au milieu des « Héliconias » aux fleurs de pourpre et disparut dans l’épaisse forêt.

La fureur des aventuriers ne connut plus de bornes. Bien que la poursuite fût une chose folle, impraticable, ils la tentèrent. À droite et à gauche de la crique s’étendaient des savanes noyées ; le terrain solide qui donnait accès à la forêt n’avait pas plus de cent cinquante mètres de large et formait comme une chaussée entre les deux savanes. C’est sur cette partie, bordant la rivière, que les arbres, culbutés par une force mystérieuse, venaient de s’abattre.

Le chef et trois hommes s’élancèrent sur les troncs aux trois quarts submergés, et tentèrent d’aborder, pendant que le quatrième restait à la garde des provisions. Ils étaient près de toucher terre, quand un sifflement aigu retentit, aussitôt suivi d’un cri d’angoisse et de douleur, poussé par celui qui se trouvait le premier.

Une longue flèche, à hampe de gynérium, empennée de noir, et partie du fourré, venait de lui traverser la cuisse de part en part. En dépit de l’atroce douleur qui le terrassait, le blessé essaya, mais vainement, de l’arracher.

– Laisse, fit le chef, puisqu’elle a traversé, je vais casser la pointe de l’autre côté.

L’opération fut bientôt accomplie, et l’aventurier regardait curieusement cette pointe longue de près de cinq centimètres, barbelée d’un côté, et qui, malgré le sang qui la rougissait, lançait de fauves reflets. Il l’essuya, machinalement sur sa manche...

– Mais !... c’est de l’or !... s’écria-t-il stupéfait.

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Depuis la découverte du Nouveau-Monde, une fièvre ardente s’était emparée de l’Europe entière aux récits merveilleux des premiers navigateurs. Après l’illustre Colomb (1492) et ses intrépides successeurs, Jean et Sébastien Cabot (1497-1498), Americ Vespuce (1499), Vincent Pinçon (1500) qui furent eux du moins des conquérants pacifiques, la troupe des aventuriers se rua sur cette terre opulente, comme une bande de vautours à la curée.

Sans parler des Fernand Cortez (1519) ou des François Pizarre (1531), aventuriers de large envergure, et qui savaient « faire grand » en opérant leurs conquêtes, c’est-à-dire en ravageant, le premier, le Mexique, le second, le Pérou, pour la plus grande gloire et le meilleur profit de leur royal maître, arrivons d’emblée à ceux qui, les premiers, explorèrent la partie Est de l’Amérique équatoriale.

François Pizarre avait péri en 1541, assassiné, à Cuzco. Un de ses lieutenants, Orellana, rêvant des pays plus riches encore, et où l’or devait être aussi commun que chez nous les métaux les plus vulgaires, descendit l’Amazone jusqu’à son embouchure, et fouilla la côte depuis l’Équateur jusqu’à l’Orénoque.

Orellana fut-il de bonne foi ? Prit-il pour une réalité sa chimère longtemps caressée ? Entrevit-il un coin de cette terre fortunée dont sa relation trace un tableau si enchanteur ?... Toujours est-il, que vers l’an 1548, le mot magique d’El-Dorado sonnait dans toutes les bouches, comme une opulente onomatopée.

En traversant les mers, en volant de bouche en bouche, le récit s’altéra, se grossit. Le point géographique du Paradis de l’or subit en outre de nombreuses et souvent considérables variations. S’agissait-il de la Guyane ou de la Nouvelle-Grenade, alors si peu connues ? On chercha à travers les solitudes immenses ; du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, la région équatoriale fut fouillée par les assoiffés d’or dont les cadavres jonchèrent la terre. De déception en déception, on tomba enfin d’accord. C’est dans la Guyane que se trouvait l’El-Dorado, le fabuleux trésor des Fils du Soleil. On précisa, et quelques-uns s’en allèrent jusqu’à dire que, après la chute des Incas, le plus jeune frère d’Atabalépa s’empara des trésors, et descendit jusqu’à l’Amazone, non loin des sources de l’Oyapock.

Ce monarque de l’or s’appela le grand Paylité, le grand Moxo, le grand Parou.

On prétendit l’avoir vu. Waller Raleigh, le favori d’Elisabeth, entre autres, poussé sans doute par des motifs personnels ou même d’un ordre plus élevé, attesta à la reine d’Angleterre la réalité de ces fables. L’Espagnol Martinez alla plus loin. Il déclara avoir passé sept mois a Manou, la capitale de ce royaume imaginaire. La description qu’il en donne est trop extraordinaire pour ne pas en fournir un extrait : « La ville est immense, la population innombrable. La rue des Orfèvres ne compte pas moins de trois mille ouvriers. Le palais de l’empereur, construit en marbre blanc, se dresse dans une île verdoyante et se réfléchit dans un lac aux eaux plus transparentes que le cristal. Trois montagnes l’environnent, l’une en or massif, la seconde en argent, la troisième en sel. Il est supporté sur des colonnes d’albâtre et de porphyre, et entouré de galeries d’ébène et de cèdre aux innombrables incrustations de pierreries. Deux tours en gardent l’entrée. Elles sont appuyées chacune sur une colonne de vingt-cinq pieds, et surmontées d’immenses lunes d’argent. Deux lions vivants sont attachés aux futs par des chaînes d’or ; au milieu, se trouve une grande cour carrée, ornée de fontaines aux vasques d’argent et dans lesquelles l’eau s’écoule par quatre tuyaux d’or. Une petite porte de cuivre (pourquoi seulement de cuivre ?) creusée dans le roc cachait l’intérieur du palais dont les splendeurs dépassent toute description.

« Le maître s’appelle El-Dorado, mot à mot, Le Doré, à cause de la splendeur de son costume. Son corps nu était chaque matin frotté d’une gomme précieuse, puis, enduit d’or jusqu’à ce qu’il présentât l’aspect d’une statue d’or », etc. etc.

Sans nous arrêter plus longtemps à ces puérilités, expliquons en deux mots, ce qui, d’après Humboldt, a pu donner lieu à cette dernière fable. On sait que dans la Guyane, la peinture remplace le tatouage. Les indiens de certaines tribus, aujourd’hui décimées par l’alcool, ont conservé l’habitude de s’oindre de graisse de tortue, puis ils se couvrent de paillettes de mica, dont l’éclat métallique a les miroitements de l’or et de l’argent. Cette parure élémentaire semble effectivement les habiller de vêtements tissés en fils d’or et d’argent.

Quel que soit le motif qui l’ait fait agir, Walter Raleigh, fatigué des réalité moroses du vieux monde, n’hésita pas à poursuivre sa chimère au-delà de l’Océan immense, et partit en 1595 à la conquête de l’idéal rêvé. De 1595 à 1597, il ne fit pas moins de quatre voyages, et fouilla, mais inutilement, tous les recoins encore inexplorés. L’El-Dorado fuyait toujours devant lui.

Plus de vingt expéditions tentées dans le même but n’eurent pas plus de succès, et pour cause. Enfin quelque incroyable que paraisse le fait, la dernière fut sérieusement organisée en 1775 ! Tant était robuste la foi en cette région imaginaire.

Bien que fertile en déboires, la fiction d’El-Dorado fut féconde en résultats, comme la recherche de la pierre philosophale. Elle permit de connaître la Guyane et ses véritables richesses. C’est ainsi, qu’en 1604, quelques Français, sous la conduite de la Rivardière, se fixèrent dans l’île de Cayenne.

Chose étonnante et pourtant admissible, la légende d’El-Dorado s’est perpétuée chez les Indiens de la Guyane française entre autres, avec une incroyable intensité. Cette tradition a-t-elle pris naissance grâce aux récits des explorateurs européens, a-t-elle pris cette consistance à la suite des recherches acharnées qui en furent la conséquence, les Indiens avaient-ils rêvé l’El-Dorado avant leurs conquérants ? C’est ce que nul ne saura jamais.

Mais si le fabuleux trésor des Incas n’était pas, ne pouvait pas se trouver en Guyane, il n’en était pas moins vrai que les colonies guyanaises, touchant au Brésil, au Pérou et au Venezuela, devaient, comme ces contrées, renfermer des mines d’or. C’est dans l’espoir de découvrir des gisements, que les Anglais et les Hollandais s’emparèrent de la Guyane au XVIIe siècle. Le fait est constaté par une correspondance déposée aux archives du gouvernement. En 1725, un moine portugais du pays des mines du Brésil vint s’offrir aux autorités de Cayenne, leur promettant de trouver les terres aurifères, mais il fut éconduit.

Enfin, bizarrerie plus étonnante encore peut-être que l’aveugle crédulité des rêveurs d’El-Dorado, les descendants de ces derniers ne voulurent plus entendre parler d’or. On trouvait partout de l’or dans la Guyane française, et on nia même l’évidence ! À l’excessive crédulité, succéda l’extrême scepticisme.

En 1848, la question de l’or eut comme un regain d’actualité. Le gouverneur de la Guyane M. Pariset, contrôleur en chef de la marine, se trouvait en inspection au bourg de Mana. On lui amena un Indien de l’Oyapock qui était venu se fixer depuis quelques années à Mana. C’était un homme actif, intelligent. Il était devenu le chef du village indien. On disait qu’il connaissait un gisement aurifère très riche.

Le gouverneur l’interrogea. Le rusé Peau-Rouge, flairant une bombance de tafia, ne voulut rien dire tout d’abord. Mais sa discrétion ne put tenir devant une bouteille qu’il absorba délibérément. Après de nombreuses circonlocutions et de multiples réticences, il finit par dire :

– Oui, je connais le secret de l’or.

Puis, regrettant tout aussitôt ce premier aveu, il essaya bien vite de le démentir, malgré son ivresse.

– Tu m’as menti, dit alors le gouverneur avec une feinte colère. Il n’y a pas d’or. Et s’il en existe, tu ne sais pas où il est.

L’Indien piqué au jeu riposta :

– Ah ! tu dis que j’ai menti ; eh bien ! attends-moi ici sept jours et tu verras.

Puis, il partit au milieu de la nuit. Le gouverneur patienta une semaine entière. Le chef ne revenait pas. Il resta vingt-quatre heures de plus. De guerre lasse, il était déjà remonté sur la goélette qui devait le ramener à Cayenne, quand le canot fut signalé.

Le Peau-Rouge descendit de sa pirogue, grave, impassible, et s’avança vers M. Pariset. Puis, sans mot dire, il décrocha son calimbé attaché par une liane à sa ceinture. Un petit paquet enveloppé d’une feuille tomba avec un bruit mat sur le pont du bâtiment. C’était une pépite d’or absolument pur, et pouvant peser vingt-cinq à trente grammes.

À toutes les questions que lui posa le gouverneur, relativement à sa découverte, l’Indien répondit ces simples mots :

– Tu as dis que j’étais un menteur. Jamais je ne te révélerai le secret de l’Or.

Les promesses les plus brillantes ne purent le fléchir. Il se retira sans ajouter une parole.

La question fut encore une fois enterrée, jusqu’en 1851, époque où un Indien portugais nommé Manoël Vicente, qui connaissait M. Lagrange, commissaire-commandant du quartier d’Approuague, vint lui affirmer un jour qu’il y avait de l’or dans le haut de la rivière. Il avait travaillé aux mines du Brésil et il avait fabriqué avec du « bâche » des instruments propres à l’exploitation et analogues à ceux dont on se sert dans son pays. Il priait M. Lagrange d’en faire construire de pareils, et de traiter sans plus tarder les alluvions.

M. Lagrange parla de cette révélation à deux propriétaires d’Approuague, MM. Couy et Ursleur père. Ceux-ci lui dirent que l’Indien n’avait d’autre but que d’exploiter sa crédulité, et la déclaration de Vicente demeura sans résultat.

À la fin de l’année 1854, le même Manoël Vicente partit au Brésil. Il y vit M. de Jardin à qui il renouvela la confidence, faite trois années auparavant à M. Lagrange. M. de Jardin fréta aussitôt une goélette montée par six hommes, parmi lesquels l’indien Paoline, réputé comme un excellent chercheur d’or. Il débarqua à Approuague, vit M. Couy à son habitation de la Ressource, et lui cacha le but de son voyage. Il partit bientôt pour le haut de la rivière, et s’installa en plein pays perdu, dans le carbet de l’Indien portugais Juan Patawa, beau-père de Manoël Vicente. M. de Jardin trouva de l’or. Malheureusement il fut atteint de la dysenterie au bout de quelques jours, et il dut rester couché près de trois semaines. Quand il put se lever, son premier soin fut d’aller à son bateau. Il constata avec désespoir que toutes ses provisions et ses marchandises avaient été volées. Il fallait revenir au plus vite sous peine de mourir de faim.

Ses hommes lui ayant dit que le coupable était Paoline, il s’embarqua pour retourner aux provisions, abandonna le voleur et partit en emportant son secret. Sa santé ne lui permettant pas de revenir continuer l’exploitation, il dut rester au Brésil pendant plus de six mois.

Si l’auteur insiste de la sorte sur tous ces détails, c’est qu’ils ont une grande importance, tant au point de vue historique qu’au point de vue philosophique. L’histoire de la découverte de l’or dans notre colonie est à peine connue, et nul ne l’a encore écrite depuis 1848 jusqu’à nos jours1. Quant à la morale que l’on peut en tirer, toutes ces fins de non recevoir opposées il y a trente ans et moins aux plus formelles affirmations, aux plus évidentes certitudes, ne sont-elles pas étranges, comparées à la furie des recherches opérées jadis, alors que la découverte du précieux métal n’existait qu’à l’état d’irréalisable utopie ?

Nous touchons au dénouement. En 1855, le même Paoline s’adjoignit l’Indien portugais Théodose, Nicolas son beau-père, et sa sœur, la femme de ce dernier. Ils remontèrent l’Approuague, jusqu’à un affluent nommé l’Arataye, et lavèrent les terres à l’endroit appelé Aïcoupaïe. Ils trouvèrent quelques grammes d’or, revinrent à Cayenne, et montrèrent leurs échantillons à M. Chaton, consul brésilien. L’analyse démontra que c’était bien de l’or.

M. Chaton douta pourtant encore. Mais M. Couy, averti de cet événement, se rappela les confidences faites antérieurement par M. Lagrange. Il fit un rapport à M. Fayard, directeur de l’Intérieur, obtint un subside de 3000 francs, partit avec dix-sept hommes et trois canots, nomma chef de l’expédition M. Louvrier Saint-Mary, et le 12 avril 1856, la troupe arrivait à cinq heures du soir à Aïcoupaïe. Le lendemain matin Paoline se mettait à l’œuvre et lavait plusieurs battées contenant de la poudre d’or. Le chef de l’expédition essaya de l’imiter, en dépit des protestations de l’Indien qui, appréhendant son inexpérience, lui disait : « Laissé-çà. L’or li parti marron. »

À huit heures du matin, les premiers grains d’or recueillis pour la première fois en Guyane par un Français, se trouvaient au fond de la battée1 de M. Louvrier Saint-Mary.

La Guyane française n’avait plus rien à envier à la Californie et à l’Australie.

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La découverte de l’or en Guyane passa presque inaperçue. L’ancien monde ne ressentit aucun de ces tressaillements qui l’agitèrent quand il apprit que les fleuves de la Californie et de l’Australie charriaient le précieux métal. La fièvre de l’or fut inconnue dans notre colonie, qui végéta comme par le passé. On laissa dormir les opulents gisements de la région équinoxiale. La métropole ne fit rien pour tirer parti de ces richesses dont la majorité du public en France ignora et ignore encore même aujourd’hui l’existence.

Les premiers concessionnaires de terrains exploitèrent bien modestement leurs placers, trop heureux, quand la production atteignait un maximum de quelques kilos d’or par mois. L’apathie de tous fut telle, que cette production totale n’était que de 132 kilos pour l’année 1863. En 1872 elle monta à 725 kilos, et enfin, grâce aux ressources de l’industrie privée, elle atteignait en 1880 le chiffre officiel de 1800 kilos. Comme l’or doit payer à la sortie de la colonie un droit de 8 p. 100, la contrebande est très active. Il convient, en conséquence, d’augmenter d’un quart ce chiffre relevé au budget des recettes de la colonie, soit 2250 kilos d’or représentant la somme brute de six millions sept cents cinquante mille francs. (6 750 000 fr.)

Un mot encore avant de reprendre notre récit. L’or recueilli en Guyane, est l’or alluvionnaire, provenant des lavages ; les filons, nombreux et très riches, ne sont pas encore exploités en 1881 !

En l’an 186., époque où se passe le drame au prologue duquel nous venons d’assister, l’exploitation était limitée aux rivières d’Approuague de Sinnamarie et de Mana. Le bassin du Maroni n’avait pas encore été exploré ; on racontait tout naturellement des choses merveilleuses relativement à sa fécondité. L’El-Dorado semblait s’être déplacé. De vagues rumeurs circulaient dans le public, un événement imprévu vint bientôt leur donner plus de consistance. Vingt-deux ans auparavant, le docteur V..., résidant au bourg de Mana, rencontra au bord de la rivière un Indien tenant entre ses bras un enfant moribond. Il s’approcha et demanda à l’Indien où il allait.

– Je vais, répondit-il, jeter à l’eau cet enfant qui m’embarrasse !...

Et comme le docteur se récriait, l’Indien reprit :

– Sa mère vient de mourir. Je n’ai pas de lait à lui donner, moi. Que veux-tu que j’en fasse ? Il vaut bien mieux lui attacher une pierre au cou. Les aïmaras lui enlèveront les soucis de la vie.

– Veux-tu me le donner ? Je l’élèverai.

– Tiens.

Le Peau-Rouge disparut. Le docteur confia l’enfant à une négresse. Il grandit. Son père adoptif l’instruisit autant que le permit la nature du petit sauvage. Quinze ans après, son père revint, le réclama et l’emmena. Le jeune homme qui adorait son bienfaiteur, mais que le mystérieux besoin de la vie nomade sollicitait depuis longtemps, ne passait jamais plus de trois mois sans revenir à Mana. Il atteignit l’âge de vingt ans, et épousa la fille du chef de sa tribu qui passait aussi pour connaître le secret de l’or. Le docteur V... quitta sur ces entrefaites le bourg de Mana et vint se fixer à Saint-Laurent. Jacques, c’est le nom qu’il avait donné à son fils d’adoption, désirant prouver sa reconnaissance à son bienfaiteur, lui avoua, au cours de sa dernière visite, en 186., qu’il connaissait enfin, lui aussi, ce fameux secret de l’or.

Le docteur accueillit avec réserve cette confidence et voulut, avant d’avoir des détails, en conférer avec son ami le commandant du pénitencier. Il amena un soir Jacques avec lui ; mais le jeune homme, comme jadis l’indien de M. Pariset, chercha à se rétracter. Le commandant le traita de menteur et le mit au défi de rapporter une parcelle d’or.

Alors, Jacques, honteux de voir suspecter sa véracité, s’écria :

– Non ! Je n’ai pas menti. Vous savez, commandant, quelle vénération j’ai pour mon père adoptif. Eh bien ! Je vous le jure sur sa tête, avant un mois, je veux vous conduire là-bas, où se trouve l’or, termina-t-il d’une voix devenue tout à coup tremblante.

– Que crains-tu donc, mon enfant ? demanda affectueusement le docteur.

– C’est que vois-tu, père, mon amour pour toi me rend parjure. J’ai révélé le secret de l’or !... Le secret de l’or est mortel !...

« Il tue ceux qui le révèlent. Le diable me fera mourir !...

Sa voix devenue rauque, ses yeux égarés, ses traits crispés, tout indiquait qu’un violent combat se livrait en lui.

Il reprit peu après d’un ton plus calme :

– Tu m’as sauvé tout petit. Ma vie t’appartient, ô mon père. Et d’ailleurs, je n’irai pas jusque-là. Tu iras, toi, avec le commandant. Le diable des Peaux-Rouges a peur des blancs.

« Nous partirons... dans un mois... Tu emporteras des pioches, des marteaux.

– Des marteaux, et pourquoi ?

– C’est que l’or n’est pas dans la terre, comme celui d’Aïcoupaïe et de Sinnamarie. Il est dans la roche.

– Dans la roche ! s’écrièrent, surpris, le docteur et le commandant. Mais, on n’a pas découvert jusqu’à présent un seul filon en Guyane.

– Je ne sais pas ce que vous appelez un filon, mais il y a des roches, blanchâtres, veinées de bleu, dans lesquelles on trouve de gros grains d’or. Il y a aussi des roches noires, les morceaux d’or reluisent là-dedans comme des yeux de tigres !

« Il y a une grande caverne pleine de bruit. On y entend toujours le tonnerre, on ne voit jamais les éclairs. C’est là que demeure le diable qui tue celui qui révèle le secret de l’or.

– Et il en y a beaucoup ? As-tu pu en recueillir ?

– Quand je t’y aurai conduit, tu pourras avec l’or que tu ramasseras mettre des cercles d’or aux roues de ta voiture, donner des sabres et des fusils en or aux soldats, manger dans la vaisselle d’or, tu pourras convertir en or tout ce qui est en fer.

Les deux Européens écoutaient en souriant ce récit enthousiaste, où l’emphase côtoyait par moments la vérité.

– Et quelle direction prendrons-nous pour arriver là-bas ?

– Je te le dirai à mon retour.

– Tu vas donc nous quitter ?

– Je pars cette nuit. Je veux revoir encore une fois ma femme. Elle est avec son père et ma famille près de la caverne du démon de l’or, j’ai peur pour elle, je la ramènerai ici.

– Le voyage est-il bien long ?

Le jeune Peau-Rouge réfléchit un moment. Il tira ensuite de son calimbé plusieurs petits morceaux de bois d’inégale longueur. Il y en avait six de même dimension. Il compta :

– Six journées de canotage sur le Maroni.

Il en prit deux un peu plus courts et ajouta :

– Deux journées dans la crique.

Il en restait trois, longs à peine comme le doigt. Il les aligna près des autres en disant :

– Trois journées de marche dans la forêt. Puis, on trouve sept montagnes, ce sont les montagnes de l’or...

« Adieu, dit-il sans autre préambule. Je reviendrai dans un mois avec ma femme.

– Attends au moins le jour. Il fait nuit noire.

Jacques sourit.

– L’œil du Peau-Rouge perce les ténèbres. Il ne craint pas la nuit. Le jour est traître, la nuit est discrète. Nul ne pourra suivre ma trace, adieu.

– Au revoir, mon enfant, et à bientôt, dit le docteur en l’embrassant.

Le commandant l’accompagna jusqu’à la guérite du factionnaire qui ne l’eût pas laissé passer sans le mot de ralliement, puis, il disparut dans les ténèbres.

La vaste demeure du commandant du pénitencier était déserte. La retraite était sonnée depuis longtemps, les forçats dormaient au camp, sous la garde des surveillants, du poste d’infanterie de marine et des factionnaires échelonnés, l’arme chargée.

En dépit de ces précautions minutieuses, des rondes et des appels, cette conversation que les deux amis étaient autorisés à regarder comme secrète, avait eu un auditeur. Tapi au milieu d’un splendide bouquet d’ixoras et de rosiers de Chine, un homme dont nul n’eût pu soupçonner la présence, avait avidement écouté les propos échangés entre les deux blancs et l’Indien.

Quand ce dernier sortit accompagné du commandant, le rôdeur profita du moment où s’échangeait le mot de ralliement pour quitter sa cachette et se glisser, en rampant, sans faire plus de bruit qu’un félin à la chasse, hors de l’habitation. Puis, il bondit sur ses pieds nus, passa précipitamment derrière l’avenue de manguiers conduisant au fleuve distant d’environ quatre cents mètres. Il courait à perdre haleine et put dépasser de beaucoup l’Indien qui devait suivre nécessairement ce chemin pour se rendre au dégrad où se trouvait son canot.

Arrivé aux deux tiers à peu près de l’avenue, il s’arrêta soudain, et sifflota doucement entre ses dents. À ce signal que l’oreille exercée d’un sauvage eût pu percevoir à peine à quelques mètres, deux hommes également pieds nus, cachés derrière les manguiers, se détachèrent silencieusement.

– Attention, murmura-t-il d’une voix étouffée. Le voici. Crochons-le sans bruit. Il y va de notre vie.

L’Indien avait dit : « Le regard du Peau-Rouge perce les ténèbres, le jour est traite, la nuit est discrète ». Les paroles du pauvre enfant allaient bientôt recevoir un cruel démenti. Ses yeux encore éblouis par la lumière, n’avaient pas eu le temps de s’habituer à l’obscurité.

En pleine forêt, où le danger multiplie ses formes et augmente sa fréquence, il n’eût pas été pris au dépourvu. Mais pouvait-il soupçonner une embûche, en plein pays civilisé, au milieu d’un pareil déploiement de forces.

Aussi, ne put-il même pas pousser un cri, quand une main de fer, s’abattant à l’improviste sur lui, l’étreignit à la gorge, et étouffa jusqu’à son râle. En moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter, il était bâillonné, garrotté et ficelé au point que tout mouvement lui fut impossible. Un des ravisseurs le chargea sur son épaule, et tous trois, fuyant comme des ombres, enfilèrent en courant le sentier qui remonte le cours du Maroni et se perd dans les bois, près de la crique Balété. Certains de n’être pas poursuivis, – ce rapt avait été opéré avec tant d’audace et d’habileté ! – ils ralentirent leur course, et arrivèrent bientôt à l’embouchure de la crique sans avoir prononcé une parole.

– Le canot ? demanda à voix basse l’homme qui portait l’Indien.

– Le voici, répondit laconiquement un des deux autres, en hâlant sur une liane qui servait d’amarre.

La coque noire d’une pirogue émergea des plantes aquatiques une de ses pointes, recourbée comme celle des gondoles, dépassa la rive de quelques centimètres.

L’Indien, inerte comme un cadavre, fut déposé au milieu du léger esquif.

– Embarque, vous autres,... aux pagayes. C’est paré ?

– Tout est paré.

– Pousse !

Le canot déborda sous l’effort des pagayes manœuvrées silencieusement par les trois inconnus qui semblaient connaître à fond cette « nage » ordinairement ignorée des Européens. Puis, sans plus tarder, ils abandonnèrent le territoire français, s’élancèrent sur le fleuve en se dirigeant obliquement vers la rive Hollandaise. La marée montante les poussait vers le haut du fleuve. Ils dépassèrent bientôt l’habitation Kœppler d’environ un kilomètre, longèrent la rive pendant quelques minutes, puis cessèrent de pagayer.

– Nous y sommes, dit le patron, sans pourtant accoster.

Il lança plusieurs coups de sifflet perçants, modulés et rythmés d’une certaine façon dont la sonorité rappelait les notes aigres du fifre, et qui devaient s’entendre fort loin. Il attendit quelques minutes sans que son signal obtînt de réponse. Il recommença patiemment et attendit encore. Au bout d’un grand quart d’heure, une voix rude, semblant sortir de dessous terre, cria brutalement, « qui vive !... »

– Fagots marrons ! (forçats évadés) répondit-il.

– Accoste.

Il amarra la pirogue, chargea l’Indien sur son épaule, et prit pied sur une petite langue de terre formant débarcadère. Ses deux complices le suivirent sans mot dire.

– Ton nom, reprit la voix, pendant que la faible lueur des étoiles faisait scintiller dans l’ombre le canon d’un fusil.

– C’est moi, Benoît, je suis Tinguy, le domestique du commandant. Je suis avec Bonnet et Mathieu.

– Si tu voulais avaler ta langue et ne pas prononcer mon nom.

– Oui, « chef », tu as raison.

– À la bonne heure. Venez au carbet.

Eh quoi ! ce solitaire, tapi comme un sanglier dans sa bauge, qui échange des signaux avec les forçats, qui entretient avec eux des relations familières, au point d’être tutoyé par eux, ce « Benoît », ce « chef », est-ce le même homme que nous avons vu, il y a dix ans, revêtu de l’uniforme des surveillants militaires ? Benoît, le brutal porte-bâton, le bourreau de Robin ? Est-il assez dégradé pour être aujourd’hui devenu le complice des infâmes prisonniers du pénitencier ?

Depuis quatre ans, Benoît, chassé comme indigne du corps des surveillants militaires, avait dû quitter honteusement Saint-Laurent, honni de ses anciens collègues.

Nous n’avons pas besoin d’insister sur les causes de son renvoi que de nombreuses incartades avaient surabondamment motivé. Il disparut un beau jour en annonçant qu’il allait chercher fortune à Surinam. Il se contenta de traverser le Maroni, s’installa mystérieusement dans la forêt, construisit un carbet, se procura un canot, et se livra à une série d’opérations d’une nature plus que douteuse. Sa moindre peccadille était la contrebande.

Mais, on disait tout bas qu’il favorisait les évasions, que les forçats trouvaient chez lui des armes et des provisions, qu’il était enfin devenu leur pourvoyeur et leur banquier. Que le lecteur ne s’étonne pas de cette appellation de « banquier ». Les forçats ont tous de l’argent. Quelques-uns possèdent même des sommes considérables, produites par des vols antérieurs. Ces sommes leur parviennent mystérieusement, ils les enterrent ou les confient à des libérés qui les font valoir, et qui les restituent fidèlement en temps et lieu. Il est rare d’ailleurs qu’ils se dépouillent entre eux. La profession de banquier des voleurs étant fort lucrative, les affaires de Benoît prospéraient. Telles étaient son habileté, son audace et son énergie, tel était aussi le luxe de précautions dont il entourait son existence, que nul ne put jamais non seulement le prendre en défaut, mais encore l’aborder à portée de la voix, sauf bien entendu ses complices. Il vivait retiré et ne se montrait pas pendant le jour.

L’arrivée des trois fugitifs le combla de joie. Il comprit d’emblée l’importance de la capture de l’Indien, quand il eut appris qui il était, et les circonstances dans lesquelles son enlèvement avait été opéré.

– Mais c’est une trouvaille que vous avez faite là, mes gars, disait-il en riant d’un rire sinistre qui se perdait dans l’épaisse broussaille de sa barbe noire.

« C’est une fortune. Et, c’est toi, Tinguy, qui as fait ce joli coup. Allons, mon fils, un bon coup de sec (tafia). Eh ! vous autres, les endormis, trempez-moi votre nez là-dedans.

– À ta santé, chef.

– À la vôtre, mes petits agneaux.

– Raconte-moi donc comment tu t’y es pris pour le mettre comme ça dedans.

– Voilà l’histoire, répondit Tinguy en prenant une pose de narrateur : c’est bête comme tout, et ça n’est pas long.

« Tu sais que j’étais le domestique du commandant. Ça me permettait d’entrer et de sortir à chaque moment. Comme j’étais libérable dans un an, on ne se défiait pas de moi. De plus, comme je servais à table, je pouvais faire mon profit des histoires, qu’on racontait.

« Je ne me suis pas fait faute d’ouvrir les oreilles, et de loger dans ma cervelle tout ce qui pouvait avoir de l’importance. C’est ainsi que je saisis au vol la confidence faite il y a quelques jours à mon patron par le vieux docteur. Ils ont pris rendez-vous pour aujourd’hui. Quand le dîner fut fini, ils se réunirent dans la galerie. Je m’étais déjà embusqué sous la fenêtre, au milieu des fleurs. Je n’ai pas perdu un mot de leur conversation. Alors quand le Peau-Rouge est sorti, je lui ai mis le grappin dessus, avec Mathieu et Bonnet, que j’avais prévenus la veille, et qui montaient la garde au bout de l’avenue de manguiers.

« Tu vois que c’est simple comme bon jour.

– C’est très bien, dit le chef avec un gros rire. Très bien. Et vous avez pensé à amener votre capture à ce vieux chef qui est homme de bon conseil, et qui possède la mise de fonds nécessaire à l’entreprise ?

– Dame oui, répondit Tinguy, l’orateur de la bande, pendant que ses complices opinaient gravement de la tête.

– Vous avez bien fait, mes gars, et je vous réponds qu’avant peu votre confiance sera justifiée. Nous serons riches, riches à millions... Nulle fantaisie ne sera trop chère. Nous pourrons, le diable m’emporte, nous payer chacun un diplôme d’honnête homme.

– Oui sans doute, mais à une condition :

« Il faut que l’Indien parle.

– Il parlera, reprit le chef d’une voix sourde.

– ... Qu’il nous conduise.

– Il nous conduira, termina-t-il d’un ton plus lugubre encore.
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