Première partie Le tigre blanc








télécharger 2.03 Mb.
titrePremière partie Le tigre blanc
page3/46
date de publication03.02.2018
taille2.03 Mb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   46

III


Le vampire. – Le lépreux de la vallée sans nom. – L’Éden du déshérité. – La compassion d’un malheureux. – Accès de fièvre pernicieuse. – Remèdes de bonne femme. – Concurrence à la cantharide et à la quinine. – Les fourmis-flamandes. – Au nom de la loi !... – Ce qu’un Peau-Rouge peut faire pour une bouteille de tafia. – Le serpent aye-aye. – Les gardes du corps du lépreux. – La force armée en déroute. – Désagréable entrevue d’un garde-chiourme et d’un trigonocéphale. – Le charmeur de serpents. – Lavage sans lessive.

Robin, hors d’haleine, affolé par la course, brisé par la fatigue, congestionné par la chaleur, avait roulé comme foudroyé sur le sol.

Son corps disparut dans les hautes herbes, qui l’enveloppèrent ainsi que d’un linceul de verdure. Étant données les circonstances accompagnant cette chute, la mort devait arriver à courte échéance.

L’infortuné expirerait sans même avoir repris connaissance.

Eh quoi ! se pouvait-il qu’un nouveau nom s’ajoutât au martyrologe de la déportation ! qu’un nouveau squelette blanchit dans le lugubre ossuaire de l’équateur !

L’épais tapis de végétaux amortit le choc, et le corps, semblable à un cadavre, resta de longues heures allongé sur les tiges flexibles. Nul jaguar en quête ne passa et les fourmis-manioc ne se montrèrent pas. Ce fut un hasard miraculeux.

Le fugitif s’éveilla lentement, après un temps dont il lui fut impossible d’apprécier la durée. Il était en proie à une prostration dont il ne put tout d’abord s’expliquer la cause, quoique les idées lui revinssent bientôt avec une rapidité singulière.

Phénomène incroyable, il ne sentait plus aucune pesanteur dans la tête, l’étau qui lui serrait le crâne semblait desserré, ses oreilles ne tintaient plus, et percevaient distinctement le glapissement aigu de l’oiseau-moqueur, ses yeux s’ouvraient à la lumière, son pouls battait régulièrement, une respiration facile gonflait sa poitrine ; la fièvre avait disparu.

Mais telle était sa faiblesse, qu’il ne put tout d’abord se lever. Il lui semblait être de plomb. Il se sentait en outre comme inondé par un liquide tiède, exhalant une odeur fade et bien caractéristique.

Un regard jeté sur sa chemise la lui fit voir rouge écarlate.

– Mais je suis dans un bain de sang, murmura-t-il. Où suis-je ? Que s’est-il donc passé ?...

Il se tâta partout et finit par se dresser sur les genoux.

– Je ne suis pourtant pas blessé... mais ce sang... oh ! que je suis faible !

Il se trouvait dans une large vallée, encaissée par des collines boisées dont la hauteur ne dépassait pas cent cinquante mètres et qu’arrosait une crique peu profonde aux eaux claires et délicieusement fraîches.

Ces criques, abondantes en Guyane, sont d’ailleurs la seule compensation offerte par la nature aux tourments que l’on endure dans cet enfer.

Robin s’y traîna, but avidement, se dépouilla de ses habits lacérés, se plongea dans les eaux, et enleva les épais caillots souillant sa face et sa poitrine.

Ses ablutions terminées, il allait sortir du lit du petit ruisseau, quand la même sensation d’écoulement d’un liquide tiède vint l’intriguer de nouveau, non sans l’inquiéter. Il porta la main à son front et la retira rougie.

C’est en vain qu’il tâta de nouveau. Nulle plaie ne déchirait son épiderme. Il fallait pourtant se rendre compte de la cause de cette effusion de sang...

– Mon Dieu ! que l’homme dit civilisé est donc emprunté ici.

« Depuis cinq minutes un nègre ou un Peau-Rouge aurait déjà un miroir. Faisons comme eux. »

Il dit, et, malgré sa faiblesse qui allait toujours en augmentant, il avisa quelques larges feuilles vert brun appartenant à une variété de nénuphar très commun en Guyane.

Couper une de ces feuilles, l’enfoncer horizontalement dans l’eau et la maintenir à quelques centimètres de la surface fut pour lui l’affaire d’un moment.

Son image, réfléchie comme par un verre doublé d’une feuille d’étain, lui apparut aussi distinctement que s’il eut possédé la meilleure glace.

– Tiens, dit-il, après un moment d’attentives recherches et en apercevant au-dessus de son sourcil gauche, près de la tempe, une petite cicatrice. J’ai été visité par un vampire.

Puis, se rappelant enfin sa rencontre avec l’Indien, sa fuite vertigineuse, son délire et sa chute finale :

– Quelle étrange destinée est la mienne ! Poursuivi par les fauves, traqué par les hommes, il faut que la vorace gloutonnerie d’une hideuse bête me sauve la vie !

Robin ne se trompait pas. Il était perdu sans la bizarre intervention du vampire, qui l’avait littéralement saigné à blanc.

L’on sait que la chauve-souris vampire fait sa nourriture presque exclusive du sang des mammifères qu’elle surprend endormis, et qu’elle suce avec avidité.

Elle est pourvue à cet effet d’un suçoir, ou plutôt sa bouche se termine en un petit cornet formant ventouse et armé de papilles cornées à l’aide desquelles elle perfore lentement et sans douleur l’épiderme du bétail, des singes, des grands mammifères et de l’homme lui-même.

Elle s’approche de sa victime en agitant doucement ses longues ailes membraneuses, dont le mouvement continu procure un sentiment d’exquise fraîcheur et ajoute encore à son engourdissement. Puis, sa bouche répugnante se colle lentement au point qui lui semble propice, ses ailes papillotent toujours, la peau est bientôt percée et l’horrible goule se remplit peu à peu comme une ventouse vivante, puis s’envole repue en laissant la plaie ouverte.

Si les désordres causés par le vampire s’arrêtaient là, il n’y aurait que demi-mal. Les deux cents ou deux cent cinquante grammes prélevés pour son repas ne seraient pas absolument préjudiciables au « sujet », bien qu’il soit ordinairement affaibli par l’anémie.

Mais comme le réveil ne vient presque jamais après cette saignée, et que le sang coule une nuit entière par cette minuscule ouverture, le malheureux, pâle, livide, exsangue, a perdu toutes ses forces, sa vie est en péril si un régime exceptionnellement tonique et fortifiant ne répare pas au plus vite les ravages occasionnés par cette perte.

Combien de voyageurs, surpris dans leur hamac, sans avoir eu la précaution d’envelopper leurs pieds, leur gorge, ou leur tête, s’éveillent au jour dans un bain rouge et tiède !

Combien ont payé de leur existence ou tout au moins de cruelles maladies cet instant d’oubli ! Car bien peu possèdent, au milieu des bois, les ressources suffisantes pour restaurer leur organisme appauvri ; ils deviennent alors une proie trop facile sur laquelle viennent fondre ces terribles affections équatoriales auxquelles on ne peut résister qu’en étant dans un parfait équilibre.

Mais, à quelque chose malheur est bon parfois. Notre héros vient d’en faire l’expérience. Cette énorme saignée l’a sauvé pour le moment.

Il se rhabille lentement. Telle est sa faiblesse, qu’il peut à peine couper un bâton sur lequel il s’appuie péniblement. N’importe, pas plus aujourd’hui qu’hier son énergie de fer ne l’abandonne.

Puisqu’il faut marcher. Eh bien, en avant !

Tant de constance doit enfin avoir sa récompense.

– Voyons, dit-il bientôt... Est-ce que je rêve ? Mais non. C’est impossible... Quoi ! Un bananier !... Mais cette clairière... C’est un abatis.

« Cette herbe drue qui court sur la terre, couverte de feuilles triangulaires... C’est la patate !

« Voici des cocotiers... des ananas... des calaloups... du manioc !

« Oh ! Je veux manger ! je meurs de faim. Suis-je donc dans un village d’Indiens ? Quels que soient les propriétaires, il faut les trouver. Advienne que pourra ! »

Et, obéissant à un mouvement plus prompt que la pensée, il sabra une tige d’ananas, arracha la pulpe écailleuse du fruit, le mordit à pleine bouche, le pressura, le tordit, le but.

Puis, rafraîchi, un peu restauré par l’absorption de ce beau fruit, il saisit le bouquet feuillu qui le surmonte, pratiqua un trou dans le sol, l’y planta1, rabattit la terre et se dirigea vers un petit carbet qu’il aperçut à cent mètres à peine.

Cette habitation solitaire était plutôt une case très confortable, couverte en feuilles de « waïe », un palmier presque indestructible formant une toiture pouvant durer une quinzaine d’années. Les murailles, formées de gaulettes entrelacées, étaient impénétrables à la pluie. La porte était hermétiquement close.

– C’est une case de noir, pensa Robin, en reconnaissant la forme spéciale des habitations de la race nègre. Le propriétaire ne doit pas être loin. Qui sait, c’est peut-être un fugitif comme moi !

« Cet abatis est merveilleusement tenu. »

Il frappa à la porte et n’obtint pas de réponse.

Il frappa plus fort.

– Que çâ oulez ? (que voulez-vous) ? fit une voix cassée.

– Je suis blessé et j’ai faim.

– Ah ! pauv’ moun à bon Gué ! (Ah ! pauvre homme du bon Dieu !) Ou cé pas pouvé entré dans case là non. (Vous ne pouvez pas entrer dans ma case.)

– Je vous en prie ! ouvrez-moi... Je vais mourir... articula péniblement le déporté qu’une subite faiblesse envahit soudain.

– Mo pas pouvé !... Mo pas pouvé (Je ne peux pas), articula la voix, comme entrecoupée par un sanglot. Ou prend’ tout çà que oulé (Prenez ce que vous voudrez). Ou qu’à pas touché rien di mo la case (Ne touchez à rien dans ma maison) ; ou qu’à mouri ! (vous mourriez !)

– À moi !... au secours !... râla l’infortuné en s’affaissant.

La voix cassée – une voix de vieillard sans doute – sanglotait toujours.

– Oh ! pauv’ mouché blanc ! Oh !... saint bon Gué mo !... Oh !... Mo pas pouvé laissé mouri li, non.

La porte s’ouvrit enfin toute grande, et Robin, incapable de faire un mouvement, aperçut comme dans un cauchemar l’être le plus épouvantable dont jamais la vue ait hanté le cerveau d’un fiévreux.

Sur un front bossue de pustules luisantes, végétait une chevelure d’un blanc de neige, touffue par places comme la broussaille des bois, ou pelée comme une savane. Ici des verrues, avaient en se chevauchant bizarrement, creusé des sillons livides, étage des mamelons inclinés, étalé des zones inflammatoires du plus hideux aspect.

Un œil bleuâtre, décomposé, sans regard, sortait de son orbite, comme un œuf de sa coque. La joue gauche n’était qu’une plaie, les cartilages des oreilles, se montraient comme des chairs blanches sous le haillon noir de l’épiderme en lambeaux.

La bouche tordue n’avait plus de dents, et les mains sans ongles, aux doigts pleins de rugosités, restaient crispées et rigides comme celles d’un mort.

Enfin, l’une des deux jambes, aussi grosse que le corps, informe, luisante, ronde comme un poteau, semblait près d’éclater sous l’effort de l’œdème qui la gonflait.

Le vieux nègre, en dépit de la lèpre qui le rongeait, de l’éléphantiasis qui immobilisait sa jambe comme celle d’un forçat rivée à un boulet, avait l’air triste et bon des déshérités.

Il allait, venait, tournait, en claudiquant sur sa jambe mutilée, levait ses doigts crochus, et n’osant pas toucher le moribond, poussait des cris désespérés...

– Mi maman !... oh !... Mi dédé !... To pas pouvé prend’ li, pauv’ « kokobé... » Li mouri caba !... (Oh ! ma mère... Je suis mort ! Tu ne peux pas le toucher, toi, pauvre lépreux ; il en mourrait.)

« Mouché... criait-il anxieusement, Mouché... allons, bon mouché... ou vini coté gran’ z’arb’ là... à l’omb’ li. (Venez à l’ombre de cet arbre.)

Robin reprenait ses sens. La vue de l’infortuné lui produisit une impression d’immense pitié, mais, et il est inutile de le dire, exempte de dégoût.

– Merci, mon brave, dit-il d’une voix mal assurée, merci de toutes vos bontés, je me sens mieux. Je vais continuer ma route.

– Oh ! mouché... ou pas parti caba... mo baïé ou morceau di l’eau, ou morceau cassave, morceau poisson... vie Casimir avé gain tout ça côté la case. (Oh ! monsieur, ne partez pas encore. Je vous donnerai un peu d’eau, de la cassave, du poisson. Le vieux Casimir a tout cela dans sa case.)

– J’accepte, mon brave homme, j’accepte, murmura-t-il attendri. Pauvre créature déshéritée, dans laquelle se trouve une âme compatissante, comme une perle d’une incomparable pureté enfouie sous la fange.

Le vieux noir ne se sentait plus de joie. Il se démenait comme quatre, tout en prenant d’infinies précautions pour éviter à son hôte un contact qu’il croyait contagieux.

Il rentra dans sa case et en sortit bientôt, tenant un coui (moitié de calebasse) tout neuf, et qu’il portait au bout d’un morceau de bois fendu. Il passa le coui à la flamme de son feu, se rendit en trottinant à la crique, le rapporta plein d’eau et le tendit au malade qui but avidement.

Pendant ce temps, une bonne odeur de poisson grillé s’exhalait à travers le gauletage de la case. Casimir avait mis sur les charbons un morceau de koumarou boucané, et la chair de ce magnifique poisson fondait en grésillant, emplissant le réduit de succulentes effluves culinaires.

Partant de cet axiome que le feu purifie tout, Robin put se repaître sans crainte de contracter la lèpre. Le noir semblait ravi de la façon dont le nouveau venu faisait honneur à son hospitalité.

Loquace comme ceux de sa couleur, jaseur comme les gens habitués à vivre seuls, il se dédommageait amplement du silence imposé par sa solitude et des monologues d’antan.

Il n’avait pas été longtemps avant de s’apercevoir de la position sociale du nouveau venu. Peu lui importait, d’ailleurs. Le brave homme voyait un malheureux, cela lui suffisait. Ce malheureux frappait à sa porte, il lui devenait plus cher encore.

Puis, il aimait les blancs de tout son pauvre cœur. Les blancs avaient été si bons pour lui. Il était vieux !... mais vieux à ne pas savoir son âge. Il était né esclave, sur l’habitation de la Gabrielle, appartenant jadis à M. Favart et située sur la rivière de Roura.

– Oui, mouché, disait-il non sans orgueil, mô, neg’ bitation. Mo savé cuisine, condui chival, planté girof’ soigner roucou. (Oui, monsieur, je suis nègre d’habitation. Je sais la cuisine, conduire un cheval, soigner les plantations de girofle et de roucou.)

M. Favart était un bon maître. On ignorait à la Gabrielle ce que c’était que le fouet. Les noirs étaient les enfants de la maison. Ils étaient bien traités, on les regardait comme des hommes.

Casimir vécut là de longues années. Il y vieillit. Peu de temps avant 1840, il sentit les premières atteintes de la lèpre, ce mal terrible qui a désolé l’Europe au Moyen Âge et qui est encore à ce point fréquent en Guyane que l’administration a dû fonder la léproserie d’Acarouany.

Le malade fut isolé. On lui bâtit une case non loin de l’habitation, on pourvut à ses besoins.

Puis, sonna l’heure mémorable où s’accomplit le grand acte de réparation qui s’appelle l’abolition de l’esclavage ! Tous les noirs furent enfin libres... Tous les hommes furent égaux. Il n’y eut plus d’autre supériorité que celle du mérite et de l’intelligence.

L’industrie coloniale reçut un rude coup. Sa prospérité, injustement basée sur le travail non rétribué, sur l’exploitation gratuite des forces humaines, fut irrémédiablement atteinte. Les planteurs, habitués à de folles dépenses, se trouvaient la plupart sans avances et vivaient au jour le jour, une année poussant l’autre.

La plupart ne purent, de la veille au lendemain, faire face aux exigences du labeur salarié. Et quel salaire pour tant de peines !

Les noirs pourtant ne demandaient pas mieux que de travailler. Leurs forces n’étaient-elles pas décuplées par ce mot magique de liberté !

Quoi qu’il en soit, et faute de savoir s’organiser, les colons laissèrent aller en débâcle leurs habitations. Les noirs se retirèrent, reçurent des concessions, défrichèrent, plantèrent, travaillèrent pour eux et vécurent libres. Ce sont aujourd’hui des citoyens !

Mais, dès le début, un grand nombre restèrent attachés à la fortune de leurs maîtres, et travaillèrent comme par le passé, donnant gratuitement et de grand cœur leurs fatigues et leurs sueurs.

Tels furent ceux de la Gabrielle. Mais un jour vint où le maître partit. Le lien de commune affection et de communs besoins était rompu. Les noirs s’éparpillèrent. Casimir resta seul. Pour comble de malheur, son abattis fut ravagé par l’inondation. Dénué de ressources, incapable de vivre dans les villages, envahi par la lèpre, devenu pour tous un objet d’horreur, il partit, marcha longtemps, bien longtemps, et finit par arriver au point où il se trouvait présentement.

Le lieu était admirablement fertile. Il s’y installa, travailla comme quatre, attendant sans se plaindre le moment où son âme quitterait sa misérable enveloppe.

Il était le lépreux de la vallée sans nom.

Son labeur le rendait heureux.

Robin écoutait sans interrompre le récit du bonhomme. Pour la première fois depuis son départ de France il savourait, sans amertume, un instant de bonheur. Ses yeux ravis contemplaient l’Éden du déshérité. La voix cassée du vieillard résonnait avec des intonations affectueuses. Plus de bagne, plus de geôle, plus de blasphèmes...

Ah ! qu’il eût voulu presser dans ses bras cet être humain dont une infortune plus cruelle encore que la sienne l’avait rapproché !...

– Qu’il ferait bon vivre ici, murmurait-il... Mais suis-je assez loin ? N’importe je resterai... Je veux demeurer près de ce vieillard, l’aider dans ses travaux... l’aimer !

– Ami, dit-il au lépreux, le mal te ronge, tu souffres, tu es seul. Bientôt ton bras n’aura plus la force de soulever la pioche et de fouiller la terre. Tu auras faim ; si la mort vient, nul ne veillera près de toi, nul ne fermera tes yeux.

« Je suis, moi aussi, un déshérité. Je n’ai plus de patrie ; ai-je encore une famille ? Veux-tu que je vive près de toi ? Veux-tu que je m’associe, de corps et d’esprit, à tes joies comme à tes peines, comme à tes travaux ?

« Dis, le veux-tu ? »

Le vieillard, ravi, transporté, ne sachant s’il rêvait tout éveillé, riait et sanglotait en même temps.

– Ah ! mouché ! Ah ! maître ! Ah ! bon fils blanc à mo !

Puis, le sentiment de sa hideur l’envahissant tout à coup, il cacha sa face ravagée dans ses doigts crispés et tomba sur les genoux, la poitrine agitée de convulsifs soubresauts.

Robin s’endormit sous un bananier. Son sommeil fut hanté par le cauchemar. À son réveil, la fièvre le reprit avec violence. Le délire survint.

Casimir ne perdit pas la tête. Il fallait à tout prix un abri pour son nouvel ami. Sa case était contaminée, croyait-il. Il fallait au plus vite l’approprier à sa nouvelle destination, et la rendre habitable pour le malade. Il saisit sa pioche, gratta profondément le sol, emporta au loin la terre, éparpilla sur le plancher des charbons ardents, puis recouvrit ce plancher de belles frondaisons de macoupi, qu’il coupa sans y loucher, et étala avec son sabre.

La couche du malade étant purifiée, il fit lever celui-ci en lui disant doucement :

– Allons, compé, ou vini couché là.

Robin obéit comme un enfant, entra dans la case, s’allongea sur le lit de verdure, et s’endormit d’un sommeil de plomb.

– Pauv’ mouché, disait pendant ce temps le noir. Li bien mala... Li mouri si pas vini coté mo... Ah ! mais non, Casimir li pas oulé.

L’accès de fièvre arrivait rapide, presque foudroyant. Le blessé délira bientôt. Il éprouvait à l’occiput d’intolérables douleurs ; d’effroyables visions obsédaient sa vue ; sur ses yeux s’étendait comme un voile sanglant où se tordaient des milliers de reptiles plus hideux les uns que les autres.

Le noir connaissait heureusement de longue date l’accès pernicieux et aussi les remèdes indigènes employés souvent par les « bonnes femmes » du pays.

Son abattis, cultivé avec amour, contenait non seulement les plantes et les arbres utiles à l’alimentation, mais encore les végétaux dont la médecine créole fait un si fréquent et si salutaire usage.

Là, se trouvait le « calaloup » dont le fruit coupé en tranches est l’élément indispensable de la boisson rafraîchissante dite « rafraîchi » et qui, écrasé en bouillie, forme le plus émollient des cataplasmes. Puis, l’« yapana » ou thé de la Guyane, tonique et sudorifique, le « batôto », un arbuste aux feuilles atrocement amères, contenant un principe fébrifuge et antipériodique, analogue à la quinine ou la salicine, le « tamarin » purgatif, le « ricin », le « calaloup-diable », dont les graines, infusées dans le tafia, sont un spécifique contre la morsure du serpent, etc.

Mais le cas de Robin nécessitait l’usage immédiat d’une médication plus énergique. Casimir le comprit bien. En dépit de la saignée copieuse à laquelle le vampire avait soumis son compagnon, l’accès affectait la forme congestive. L’application d’un vésicatoire était urgente.

Un vésicatoire !... Par cinq degrés de latitude nord ! Le noir n’avait ni cantharides, ni ammoniaque, ni aucune substance pouvant produire la vésication.

Le vieux docteur in partibus ne semblait pourtant pas embarrassé.

– Pitit’ minute... mouché. Mo allé... pis, vini.

Il prit son sabre, son coui, s’en alla claudiquant, et explora minutieusement les abords de la crique.

– Ah ! Ça bien bon, dit-il en se baissant. Oui... oui, ça même...

Il se courba, ramassa quelque chose, mit ce quelque chose dans son vase végétal, et recommença à huit ou dix reprises. Puis il revint.

Son absence avait duré dix minutes.

Debout près du malade, l’air grave et recueilli, il saisit avec d’infinies précautions un insecte long d’un centimètre et demi, noir d’ébène, luisant, au fin corselet, à l’abdomen renflé et mobile. Tenant alors l’animal par la tête, il applique son autre extrémité derrière l’oreille du malade.

Un dard court et rigide surgit, s’implantant profondément dans l’épiderme.

– ... Hein ! hein !... dit-il en nasonnant... ça bien bon...

Il jeta l’insecte, en prit un second, et lui fit opérer la même manœuvre derrière l’autre oreille. Puis un troisième, deux centimètres plus bas... puis un quatrième, un cinquième, puis un sixième...

Le malade hurlait, tant cette minuscule ponction le faisait souffrir.

– ... Hein ! hein ! disait toujours le noir... Ça même. Ça michant bête là, bon bon pou mouché. (Cette mauvaise bête est très bonne pour le monsieur.)

Excellente en effet. Un quart d’heure ne s’était pas écoulé, que deux énormes cloques, remplies de sérosité jaunâtre, soulevaient l’épiderme qu’elles bossuaient, produisant une vésication analogue à celle qui eût résulté au bout de douze heures de l’application du meilleur vésicatoire.

Le malade semblait renaître ; sa respiration rauque s’adoucissait. Ses pommettes enfiévrées pâlissaient. Un miracle, auquel la thérapeutique civilisée était étrangère s’accomplissait.

– Ça fourmi-flamand, bon bon, dit alors Casimir, qui, sans plus tarder, saisit une longue épine de « counanan » et perça les cloques, d’où jaillit un jet d’un liquide citrin. Il eût bien voulu appliquer sur la plaie une poignée de coton imbibée d’huile tirée du fruit du « bâche », mais il n’osa pas, dans la crainte de communiquer sa lèpre.

– Ça bon... bon... même !

Robin reprit connaissance, ou plutôt, une douce somnolence succéda rapidement à son état comateux. Il put à peine balbutier un remerciement et s’endormit.

Le bon nègre avait opéré un véritable miracle. Les éléments de cette cure merveilleuse, dont le résultat avait été immédiat, étaient bien simples pourtant. Un vulgaire remède de bonne femme. La piqûre des fourmis-flamandes est horriblement douloureuse. Telle est en outre la propriété particulière du venin dont leur aiguillon est le véhicule, qu’elle amène séance tenante la vésication. Tel est aussi le résultat produit par la fourmi-eau-bouillante de l’Afrique équatoriale. L’épiderme se soulève instantanément comme sous une compresse d’eau à cent degrés. Les phénomènes sont absolument identiques à ceux qui résultent de l’application de cantharides.

Au réveil, une bonne infusion de feuilles de batoto, compléta cette médication tropicale dont l’effet fut à ce point satisfaisant, que vingt-quatre heures après, le malade, bien que horriblement faible, se trouvait hors de danger.

Qui donc avait enseigné au vieux nègre cette médecine qui se rapproche si singulièrement de celle qu’emploient nos praticiens, les dérivatifs et les antipériodiques ? car, en somme, un vésicatoire produit par une fourmi, est-il inférieur à celui qui est formé par des cantharides, et l’absorption d’infusion de batoto, n’a-t-elle pas souvent guéri les coureurs des bois, aussi bien que la quinine ?

N’est-ce pas là un merveilleux rapprochement à établir entre un résultat obtenu par des sauvages qui ont étudié le livre de la nature, et des savants qui ont pâli sur les ouvrages de pathologie !...

Le fugitif, enfin soustrait à l’influence de la malaria équatoriale, était sauvé. L’inclémence de la nature était vaincue, mais la haine des hommes veillait.

Quatre jours s’étaient à peine écoulés, que Casimir, absent depuis quelques heures, rentrait effaré en s’écriant :

– Compé mo !... Là-bas, michants mouns blancs qu’à vini côté nous...

– Ah !... dit Robin, dans l’œil duquel surgit comme un éclair... Des blancs... Des ennemis... N’y a-t-il pas un Indien avec eux ?

– Ça même. Kalina qu’à vini.

– Bien ! Je suis horriblement faible, mais je me défendrai. Ils n’auront que mon cadavre. Tu entends.

– Ça même. Mo pas oulé eux tué ou. Ou pas bougé... Ou resté là... sous feuilles macoupi. Vie Casimir joué oune bon tour à michants blancs.

Le fugitif s’arma de son sabre, trop lourd, hélas ! pour son bras débilité ; puis, connaissant les ressources que tenait en réserve son vieux compagnon, il se blottit sous les feuilles vertes et attendit.

Des pas rapides se firent bientôt entendre. Puis une voix rude retentit accompagnée du craquement bien connu d’un chien de fusil.

La formule employée par les arrivants, sinistre en pays civilisé, était à la fois lugubre et grotesque en pareil lieu :

– Au nom de la loi ! ouvrez.

Le noir, sans attendre une seconde sommation, ouvrit doucement la porte, et montra sa face hideuse !

Sa vue produisit sur les blancs l’effet d’une tête de trigonocéphale. Quant à l’Indien, qui ne s’attendait pas à pareille rencontre, il resta un moment parfaitement ahuri.

Il y eut un silence.

– Entrez, dit Casimir en donnant à ses traits l’expression de la plus avenante cordialité, vaine tentative d’ailleurs qui aboutit à la plus atroce grimace.

– C’est un lépreux, dit un des nouveaux venus qui portait le costume des surveillants militaires. Plus souvent que j’entrerai dans la cabane, pour attraper des chiques, des tiques, et risquer de pincer le « pian » qui le ronge.

– Eh ! bé ou qu’à pas vini ?

– Jamais de la vie. Tout doit être pourri, là-dedans, ça suinte la lèpre. Jamais le « fagot » ne se serait réfugié là.

– Qui sait, reprit le second surveillant. Nous ne sommes pas venus ici pour retourner bredouille... En prenant quelques précautions... Voyons, nous ne sommes pas des enfants.

– À ton aise... moi, je bats en retraite... avec ça que j’ai les jambes encore trouées par les « malingres ». L’air seul de ce poulailler suffirait à les envenimer.

– Mo qu’allé, fit l’Indien en pensant à la prime et aux innombrables verres de tafia qui en seraient la conséquence.

– Moi aussi, parbleu, reprit le surveillant. Je n’en mourrai pas, après tout.

– Ça même, fit le noir radieux.

L’argousin, le sabre d’abattis à la main, pénétra le premier dans l’humble réduit à peine éclairé par quelques minces, rayons filtrant à travers le gauletage.

Le Peau-Rouge suivit en marchant sur la pointe des orteils. Un hamac tendu en travers était le seul « meuble » de la case. À terre, quelques ustensiles grossiers, des couis, des gargoulettes, un grage à manioc, une couleuvre à passer la pulpe râpée, un mortier, un long pilon de bois noir, et une plaque circulaire en tôle.

Sur le sol, un lit épais de feuilles en macoupi ; dans un coin, plusieurs brassées d’épis de maïs et quelques galettes de cassave.

C’était tout.

– Et là-dessous, grogna le surveillant en désignant de la pointe de son sabre la litière de frondaisons, y a-t-il quelque chose ?

– Mo pas savé, fit le noir d’un air idiot.

– Ah ! to pas savé, eh bien, je vais voir.

Il dit, et leva le bras comme pour planter la pointe de son sabre à travers les folioles.

Un sifflement aigu, bien que peu intense, retentit, et le surveillant, terrifié, resta la main haute, la pointe basse, la jambe allongée, dans la position d’un maître d’armes qui porte un coup de seconde.

Il semblait pétrifié. L’Indien était déjà dehors. Il était épouvanté, lui aussi, le digne Peau-Rouge, et paraissait avoir absolument oublié les rasades de l’avenir.

– Aye-aye !... beuglait-il, aye-aye !... et son accent indiquait une folle terreur.

Le surveillant fut près d’une demi-minute avant de reprendre ses esprits. Le lépreux, immobile aussi, le regardait avec une expression diabolique.

– Pourquoi ou qu’a pas sersé. (cherché).

Le son d’une voix humaine le fit sursauter.

– Aye-aye !... murmura-t-il d’une voix étranglée, c’est un aye-aye !... et son regard ne quittait pas deux points qui luisaient au milieu d’un petit paquet noirâtre, enroulé comme un bout de filin.

« Un brusque mouvement, et je suis mort.

« Allons, en retraite. »

Et doucement, bien doucement, avec d’infinies précautions, il ramena la jambe droite, retira la gauche, se cambra en arrière et chercha à gagner la porte.

Un second sifflement se fit entendre au-dessus de sa tête, au moment où il poussait un soupir de soulagement. Ses cheveux se dressèrent. Il lui sembla que la racine de chacun d’eux était une pointe rougie.

Puis, un objet long, mince, de la grosseur du col d’une carafe, glissa lentement d’une poutrelle, avec un susurrement d’écailles froissées.

Il leva la tête, et faillit tomber à la renverse, en voyant à quelques pouces de sa figure un serpent, la gueule béante, qui, accroché par la queue, allait se laisser tomber et lui planter en plein visage ses crocs empoisonnés.

Fou de terreur, il bondit en arrière, en envoyant à toute volée un coup de sabre sur le terrible ophidien. Heureusement pour lui, sa lame porta d’aplomb, et décapita net l’animal, qui s’abattit sur le sol.

– Un grage !... hurla-t-il... Un grage !

La porte était, derrière lui, grande ouverte. Il la franchit avec la prestesse d’un clown traversant un cerceau de papier, non sans butter sur un troisième serpent qui rampait en agitant les anneaux cornés de sa queue.

Cette scène n’avait pas duré une minute. Le second surveillant, alarmé par les cris de l’Indien, restait interdit à la vue de son compagnon qui, pâle, trempé de sueur, la face contractée par la terreur, semblait près de tomber en défaillance.

– Eh bien ! interrogea-t-il brièvement, qu’y a-t-il ? allons, parle.

– C’est plein... de serpents... là-dedans, articula-t-il faiblement.

Le noir sortait en même temps de la case, avec autant de rapidité que pouvait le lui permettre sa jambe atteinte d’éléphantiasis.

Il paraissait également terrifié.

– Ah ! mouché. Serpents... là trop beaucoup. Plein mo la case.

– Mais tu ne l’habites donc pas, ta case ?

– Si mouché, tit morceau (un peu).

– Comment se fait-il qu’elle pullule de serpents. Ordinairement, ils ne nichent que dans les carbets abandonnés.

– Mo pas savé.

– To pas savé !... To pas savé... Il me semble qu’il y a bien des choses que tu sais et que tu feins d’ignorer.

– Mo qu’a pas mis serpents là, non.

– Ça, je veux bien te croire. Aussi, pour qu’il ne t’arrive pas malheur pendant la nuit, je m’en vais flanquer le feu à ta niche. La garnison est trop dangereuse.

Le vieux nègre frémit. Si sa cabane brûlait, c’en était fait de son hôte. Aussi fût-ce avec un réel accent de douleur, qu’il implora la pitié des deux argousins. Il n’était qu’un pauvre homme, bien vieux, bien malade. Jamais il n’avait fait de mal à personne, sa case était son seul bien. Comment trouverait-il un abri désormais ? Ses bras débiles ne pourraient plus en construire une autre.

– Après tout, il a raison, reprit celui qui était entré dans la case, et qui, ravi de la fin de son aventure, ne demandait pas mieux que de s’en aller.

« Il y a gros à parier que notre homme n’est pas caché avec de pareils camarades de lit. L’Indien s’est moqué de nous et, de deux choses l’une : ou Robin est bien loin à l’heure présente, ou il est mort. »

– Ma foi, cela me paraît juste, et nous avons raisonnablement fait notre possible.

– Si tu veux m’en croire, nous ne prendrons pas racine ici.

– C’est mon avis. Laissons le moricaud se débrouiller comme il l’entendra avec ses locataires, et filons.

– Tiens, mais, à propos, et l’Indien ?...

– L’Indien, il nous a mis dedans comme des fantassins de deuxième classe il s’est donné de l’air.

– Si jamais il me tombe sous la main, il peut être bien sûr d’empoigner une de ces roulées...

Les surveillants, acceptant philosophiquement leur bredouille, reprirent leur trace et disparurent.

Casimir les regardait s’en aller en riant d’un rire de démon.

– Ah !... ah !... ah !... serpent « aye-aye », serpent « grage », « boïcinenga !... tout ça bons pitits bêtes à mo.

Puis, il rentra dans la case en sifflotant doucement. Quelques frémissements imperceptibles agitèrent pendant quelques minutes la litière, puis tout bruit cessa.

Il n’y avait plus d’autre indice de la présence des reptiles qu’une forte odeur de musc bien caractéristique.

– Eh ! compé, dit-il joyeusement... Comment ou fika ? (Comment vous portez-vous ?)

La tête pâle du fugitif émergea lentement, puis le corps tout entier s’arracha péniblement du trou au fond duquel Robin venait d’endurer un quart d’heure de mortelle angoisse.

– Ils sont donc partis ?

– Oui, compé, eux partis... pas contents, li gain la peur... oh ! la peur ! (Ils ont eu peur, mais une peur !)

– Mais comment as-tu donc fait pour les mettre en fuite, je les ai entendus hurler de terreur... Puis, cette odeur de musc.

Le lépreux raconta alors à son hôte qu’il était charmeur de serpents. Il savait les appeler, les faire venir ; non seulement il pouvait impunément les toucher, mais encore il n’avait rien à craindre de leur morsure, au cas où ces sauvages visiteurs commettraient quelque écart de mâchoire.

Non seulement le boïcinenga, ou serpent à sonnettes, mais encore le redoutable grage et le terrible aye-aye, ainsi nommé parce que la personne mordue n’a que le temps de jeter ce cri entre le moment de la morsure et celui de la mort.

Quant à l’immunité de Casimir, elle s’expliquait parce qu’il avait été « lavé » pour le serpent par « mouché » Oleta, un blanc bien connu en Guyane, qui, au moyen de breuvages et d’inoculations, savait rendre absolument inoffensive la morsure de tous les reptiles.

– Mo qu’appelé serpents, quand blancs vini côté nous. Ça blancs là, pas « lavés ». Li soti qu’é allé. (J’ai appelé les serpents quand les blancs sont venus. Comme les blancs ne sont pas « lavés », ils sont sortis et se sont enfuis.)

– Mais si l’un d’eux m’avait mordu ?

– Oh ! pas danger. Mo qu’avé mis côté ou, z’herbes. Serpents pas contents z’herbes là.1 Li pas vini côté ou.

À présent, ou pas sorti. Kalina parti, allé côté grands bois. Li pas content. Pas gain sous marqués, pas gain tafia... Li ouvri so z’œil côté ou. (Et maintenant, restez ici, l’Indien s’en est allé dans les grands bois. Il est furieux. Il n’aura pas de sous marqués – la prime – il n’aura pas de tafia, et il ouvrira l’œil de votre côté.)

Le bonhomme ne s’était pas trompé. Six heures à peine après l’algarade arrivée aux surveillants, et leur déroute précipitée, Atoucka vint rôder impudemment près de la case.

– Ou michant moun. Empêché mo prend’ tig’ blanc.

– Soti, mauvais Kalina, riposta Casimir en crachant dédaigneusement, chia !... (Va-t-en, mauvais Indien. Rien qui vaille !) Si to vini côté mo la case, to voué ça vie, kokobé, baie to oun piaye... (Tu verras, le vieux lépreux te jettera un sort !)

À ce mot de piaye, l’Indien, superstitieux ainsi que ceux de sa race, s’enfuit éperdu, comme un kariakou poursuivi par le tigre.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   46

similaire:

Première partie Le tigre blanc iconSodome et Gomorrhe Première partie Première apparition des hommes-femmes,...

Première partie Le tigre blanc iconPremière partie

Première partie Le tigre blanc iconPremière partie

Première partie Le tigre blanc iconPremière partie

Première partie Le tigre blanc iconPremière partie

Première partie Le tigre blanc iconPremière partie I le «Franklin»

Première partie Le tigre blanc iconRésumé Première partie

Première partie Le tigre blanc iconPremière partie Combray

Première partie Le tigre blanc iconPremière partie : Principes

Première partie Le tigre blanc iconPremière partie I un message mystérieux








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com