Classes de ptsi et pt








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LYCEE POLYVALENT LANGEVIN-WALLON REUNION PREPARATOIRE

Champigny-sur-Marne 2 juillet 2015

CLASSES DE PTSI ET PT

Année scolaire 2015-2016


Français

Le programme 2015-2016 des classes préparatoires scientifiques se compose des œuvres suivantes :

LE MONDE DES PASSIONS


  1. Jean Racine : Andromaque, GF n°1555, Livre de poche n° 6180 ou autres éditions.

  2. David Hume : Dissertation sur les passions (Quatre dissertations, livre II, 1757). traduction Jean-Pierre Cléro, GF n° 557, édition obligatoire.

  3. Honoré de Balzac: La Cousine Bette, éd. Livre de poche n° 952 ou GF n°1556.

Bibliographie :

  • Alain, Les passions et la sagesse (recueil Pléiade, Gallimard, 1960)

  • André Glucksmann, Cynisme et passions, Hachette Littératures, 1982

  • Michel Meyer, Le philosophe et les passions : esquisse d’une histoire de la nature humaine, LGF, 1991

  • Erich Auerbach, Le culte des passions, Macula, 1999

  • Gisèle Mathieu-Castellani, La Rhétorique des passions, PUF, 2000

  • Clément Rosset, Le régime des passions, Minuit, 2001

  • Jacques Hassoun, Les passions intraitables, Champs Flammarion, 2001

  • Albert Hirschman, Les passions et les intérêts

La lecture des œuvres pendant les vacances est IMPERATIVE. Pour diverses raisons :

  • Une année en classe préparatoire passe très vite (la première pour se mettre au rythme, la seconde à cause de la proximité des concours, la troisième…) et demande une quantité de travail importante dans toutes les matières. Vous n’aurez guère le temps après la rentrée de septembre, de lire en détail des œuvres assez conséquentes et vous vous trouverez (malheureusement pour cette matière !) toujours d’autres priorités de travail ou de distraction.

  • L’efficacité dans les matières littéraires demande une maturation, une réflexion, un recul que vous n’aurez pas si vous découvrez les textes au dernier moment. Vous devez avoir à votre disposition un matériau de travail qui favorisera votre RE-lecture des œuvres.

  • Le temps que vous « perdrez » pendant les vacances, vous le gagnerez pendant l’année en retrouvant aisément et rapidement les références utiles à vos dissertations et à vos colles.

  • Et enfin le plaisir de la lecture sera d’autant plus vrai qu’il ne sera pas perturbé par la précipitation et d’autres préoccupations mentales.

*

Lire une œuvre pour une classe préparatoire n’a cependant rien de commun avec une lecture banale, de pure distraction ou d’obligation lycéenne. Si tant est que vous lisiez volontiers et attentivement les livres mentionnés, vous risquez malgré tout d’avoir oublié l’essentiel et l’accessoire au moment des concours, huit mois plus tard. Lisez-donc chaque œuvre à votre table de travail avec feuille de papier, stylos de couleurs et règle. Faites l’effort pour chaque page de relever les idées importantes, de recopier les citations marquantes, les indices spatio-temporels, les personnages, les situations… Vous trouverez ci-après les premières pages d’Andromaque de Racine (1672), de Dissertation sur les passions (quatre dissertations, livre II, 1757) de David Hume, de La Cousine Bette de Balzac (1846). Après cette lecture exhaustive et méthodique, efforcez-vous de faire le plan du livre et d’étudier la biographie des auteurs concernés en rapport avec ces textes. Vous tirerez alors profit des ouvrages critiques complémentaires et notamment des manuels spécifiques prévus par les éditeurs spécialisés dans les classes préparatoires comme : Le monde des passions, l’épreuve de français prépas scientifiques, Bréal (ou l’équivalent chez Garnier-Flammarion, Ellipses, Sedes ou Belin).
Vous trouverez dans le commerce une multitude de publications générales ou spécialisées pour approfondir la connaissance des œuvres. Mais ne vous précipitez pas sur ces ouvrages. L’essentiel sera repris dans le cours. Et il vaut mieux vous concentrer, pendant ces vacances, sur les œuvres. Dès la rentrée de septembre, je m’assurerai par un contrôle que vous avez lu ces trois livres. Essayez cependant de ne pas procéder à cette lecture pour « faire plaisir au professeur » (et aux parents) et pour cette première interrogation. Le français en classe préparatoire peut être un atout et un équilibre.
Vous avez fait le choix d’une préparation scientifique parce que vous étiez fort en maths ou motivé par la science et la technique. Et vous avez pu en déduire ou croire à la subsidiarité pour ne pas dire à l’inutilité des matières littéraires. Il faudrait pourtant vous convaincre rapidement du contraire en vous rappelant d’abord des coefficients des principaux concours et de l’importance de la culture générale, de l’esprit d’analyse et de synthèse, de la qualité d’expression dans l’activité professionnelle d’un cadre. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais. L’ingénieur que vous aspirez à devenir doit savoir rapidement cerner une situation nouvelle et y apporter la meilleure solution en prenant en compte tous les paramètres. Le cours de français en classe préparatoire ne diffère pas de ces objectifs : acquérir des méthodes, des outils d’analyse, des référents pour répondre avec efficacité et personnalité à une problématique particulière. Le français n’est, en définitive, qu’une variante des autres enseignements scientifiques qui vous sont dispensés.
Soyez donc pragmatique, lucide et ouvert. On n’attend pas d’un étudiant de classe préparatoire scientifique qu’il soit particulièrement doué pour l’écriture ou exceptionnellement cultivé dans le domaine de la littérature. La réussite aux épreuves académiques est accessible à quiconque fait preuve d’un minimum d’intelligence des enjeux et des principes. Quelles que soient vos dispositions initiales, abordez chaque matière avec un souci pragmatique d’efficacité et de profit intellectuel. Pour cela méfiez-vous des états d’âme circonstanciels qui vous font faire l’impasse sur tel cours, telle œuvre, tel exercice ou telle pédagogie. Vous feriez le jeu, sans y prendre garde, de ce darwinisme latent qui prévaut inévitablement dans ces classes sélectives. Ne perdez pas de vue que les matières littéraires permettent souvent de faire la différence au concours et que le succès se construit dès l’entrée en première année de classe préparatoire et non à la veille de l’épreuve.
Si la séduction, la conviction, la compréhension, la révélation… ne sont pas au rendez-vous de votre première lecture, considérez la difficulté comme un défi et non comme un ennui. A votre capacité de triompher des résistances se jugera votre véritable compétence. Et méditez ces propos que Marguerite Yourcenar prête à Hadrien : « Je choisissais ce que j’avais, m’obligeant seulement à l’avoir totalement et à le goûter le mieux possible. Les plus mornes travaux s’exécutaient sans peine pour peu qu’il me plût de m’en éprendre. Dès qu’un objet me répugnait, j’en faisais un sujet d’étude ; je me forçais adroitement à en tirer un motif de joie. En face d’une occurrence imprévue… je m’appliquais à faire fête au hasard, à jouir de tout ce qu’il m’apportait d’inattendu ». Vous apprendrez peut-être ainsi que le plaisir vient aussi du dépassement de soi et de la découverte.
Je mettrai sur mon site http://lecasnard.free.fr/ (rubriques « Littérature classique » et « Citations à comparaître »), et sur mon blog http://potethiquealentstics.over-blog.com/ (rubrique CPGE), aux environs de la mi-août, un certain nombre de notes de lecture des œuvres au programme. Merci aux étudiants rejoignant la PTSI et la PT à la rentrée de m’envoyer un mail avec leurs nom et prénom.

Bernard Martial (bernard.martial@cegetel.net)

LE MONDE DES PASSIONS


« Suivant la définition des Stoïciens, la sagesse consiste à prendre la raison pour guide; la folie, au contraire, à obéir à ses passions;
mais pour que la vie des hommes ne soit pas tout à fait triste et maussade, Jupiter leur a donné bien plus de passions que de raison. » 
ÉRASME, Éloge de la folie.

 

  Qu'à l'intitulé classique de ce non moins classique sujet sur La passion, les concepteurs de notre programme aient préféré le titre de "monde des passions" n'est sans doute pas indifférent. On peut se demander, en effet, si l’ensemble discordant des passions peut se ranger dans l’unité d'un concept. N’est-il pas plus légitime d'évoquer les passions dans leur diversité et leur interaction, plutôt que dans une représentation unifiante qui nous condamnerait à faire subir le même sort à des passions que tout oppose, voire à ignorer les versants où chacune vient prêter à l'autre quelque chose de son énergie ? Il s'agit bien d'un monde en effet par ces échanges au cours desquels l'amour devient haine, la colère pitié, l'orgueil honte. Diderot propose ainsi d'établir entre elles une juste harmonie : Si l’espérance est balancée par la crainte, le point d’honneur par l’amour de la vie, le penchant au plaisir par l’intérêt de la santé, vous ne verrez ni libertins, ni téméraires, ni lâches (Pensées philosophiques). D'où ces tentatives variées dans l'histoire de la philosophie de réduire cette diversité à quelques passions génériques. Les onze passions primitives sont par exemple fédérées en deux catégories dans la perspective platonicienne et thomiste : le concupiscible (l’amour, la haine, le désir, l’aversion, la joie et la tristesse) et l’irascible (l’espoir, le désespoir, la crainte, l’audace et la colère). A partir de là, d'autres classements ont pu être proposés qu'Émile Durkheim évoque dans son Cours de philosophie :
 On a entendu par ce mot [passion] des phénomènes sensibles bien différents les uns des autres. Bossuet dans le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, mélange, sous le titre de passions, les inclinations et les émotions. Selon lui, il y a onze passions dont dix s'opposent deux à deux : l'amour, la haine - le désir, l'aversion - la joie, la tristesse - l'audace, la crainte - l'espérance, le désespoir - enfin, la colère. Toutes peuvent d'ailleurs, selon lui, se ramener à l'amour et à la haine, et la haine d'un objet n'étant que l'amour de son contraire, il n'y a pour lui qu'une seule passion : l'amour.

  Descartes a fait de son côté un Traité des passions. Il les ramène toutes lui aussi à une seule, l'admiration. [...]
  Spinoza, dans son Éthique, a consacré un livre à l'étude des passions; mais de même que Bossuet il mélange aux passions proprement dites les inclinations et les émotions. Il y a pour lui deux passions primitives, la joie et l'amour.
  À quoi on pourrait ajouter la perspective sexualiste de Schopenhauer qui affirme que « toute passion, quelque apparence éthérée qu'elle se donne, a sa racine dans l'instinct sexuel, ou même n'est pas autre chose qu'un instinct sexuel plus nettement déterminé, spécialisé ou, au sens exact du mot, individualisé » (Métaphysique de l'amour). Propos que Freud n'a pas déniés, on s'en doute. Commençons donc par un travail définitionnel.

  Le mot passion provient du latin patior via le grec pathos. Ces deux radicaux nous renvoient à la souffrance (patience), et aussi à la passivité. Au sens classique, en effet, la passion désigne tous les phénomènes dans lesquels la volonté est devenue inopérante. C'est une affection violente et durable de la conscience, qui s'y installe et subordonne à sa loi toutes les autres inclinations. Descartes, dans Les Passions de l'âme, situe son origine dans un déséquilibre au sein des quatre humeurs qui vient perturber l'activité libre de la pensée. La passion regroupe ainsi pour lui « toutes les pensées [...] qui sont excitées dans l'âme sans le concours de sa volonté, et, par conséquent, sans aucune action qui vienne d’elle, par les seules impressions qui sont dans le cerveau, car tout ce qui n’est point action est passion » (Lettres à Elizabeth). Selon lui, des « esprits animaux », fluides qui parcourent les nerfs et transmettent les impressions sensorielles, font naître dans le cerveau, par leur agitation excessive, les impressions qui produisent des pensées involontaires, autrement dit des passions. L'enjeu est donc de maîtriser ces emportements qui constituent une entrave à la liberté humaine et entraînent tous les manquements au comportement moral. On se souvient comment chez Homère, c'est bien la colère d'Achille qui constitue l'enjeu de l'Iliade : quand le héros sait la dissiper en pleurant avec Priam, cette victoire seule sur sa passion révèle son vrai courage et sa liberté.
  La passion est pour cela une souffrance. « Il y a du supplice dans la passion, le mot l'indique » remarque Alain (Les arts et les dieux). L'individu peut se voir entraîner malgré lui dans des extrémités condamnables dont il a souvent une conscience très claire : en ce sens la raison elle-même est partie prenante, mobilisée dans tous les prétextes et les arguties qui sont de son ressort pour légitimer le trouble ravageur. La passion poursuit sa propre intensité comme une fin en soi et sait bien que sa condition de possibilité réside dans son ascèse. La tragédie grecque a vu ici le piège tendu aux humains par les dieux et mis en scène cette collusion de la faiblesse et de la volonté dans un entraînement inexorable subi en toute lucidité par le sujet : « Je vois le bien, je le convoite et c'est au mal que je m'abandonne », constate la Médée d'Ovide, comme le font Phèdre ou Oreste dans les tragédies de Racine : «  Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne » (Andromaque, I, 1). Cette souffrance librement consentie n'est pas loin de faire du passionné la victime héroïque de quelque prédestination, comme on le voit par exemple dans Manon Lescaut où Prévost offre de quoi excuser les dérèglements de Des Grieux : « S'il est vrai que les secours célestes sont à tous moments d'une force égale à celle des passions, qu'on m'explique donc par quel funeste ascendant on se trouve emporté tout d'un coup loin de son devoir, sans se trouver capable de la moindre résistance, et sans ressentir le moindre remords. » Les romans de Zola eux-mêmes, remplaçant ce fatum par le déterminisme du sang ou celui du milieu, ont conservé quelque chose de cette déculpabilisation.
  On parle à ce titre de crime passionnel et nous entendons aujourd'hui cette expression dans le seul domaine amoureux. Au sens moderne, depuis Ronsard, le terme de passion prend en effet le sens plus précis de "souffrance torturante provoquée par l'amour". C'est une inclination exclusive vers un objet, un état affectif durable et violent qui envahit l'esprit et peut pousser au crime. Cet objet peut être l'or, bien sûr, ou le pouvoir (libido dominandi), ou même la connaissance (libido sciendi), mais plus couramment, dans le domaine qui nous occupe en tout cas, il s'agit du désir de fusion qui nous pousse vers les créatures (libido sentiendi). Cette faim de possession charnelle, les Classiques l'ont analysée sous le nom de concupiscence : « N’entendez par ce mot aucune passion particulière, dit Bossuet, mais plutôt toutes les passions assemblées, que l’Écriture a coutume d’appeler d’un nom général la concupiscence et la chair. Mais définissons en un mot la concupiscence, et disons avec le grand Augustin : la concupiscence, c’est un attrait qui nous fait incliner à la créature au préjudice du Créateur, qui nous pousse aux choses sensibles au préjudice des biens éternels » (Sermon de Pâques, 1654). L'amour-passion trouve pourtant à se sublimer, par exemple dans celui que célèbrent le platonisme et la tradition courtoise, dont l'objet dépasse la satisfaction charnelle pour ne plus viser que l'élan de l'âme vers son accomplissement spirituel. Du  Roman de Tristan à L'Amour fou, la littérature magnifie l'ascèse douloureuse de l'abolition de soi dans le culte de l'être aimé. Tous les feux dévorants de la passion portent alors à l'incandescence cette forme suprême de l'amour dont la mesure a été donnée pour les mystiques par Bernard de Clairvaux : « La mesure de l'amour de Dieu, c'est de l'aimer sans mesure ».

    Les excès de la passion, dans leurs dangers comme dans leur noblesse, n'ont cessé de diviser les moralistes et il nous sera difficile d'échapper à cette dichotomie. Dans sa quête de la sagesse, toute faite de tempérance, la philosophie antique considère d'abord la passion comme l’une des grandes maladies de l’âme. Dans son allégorie de l'âme en  attelage ailé, Platon en fait le mauvais cheval, dominé par l'épithumia, siège des désirs matériels et charnels. Cicéron rappelle de son côté cette définition de Zénon : la passion est un ébranlement de l’âme opposé à la droite raison et contre la nature. « Voilà, renchérit Epictète, ce qui amène les troubles, les agitations, les infortunes, les calamités, les chagrins, les lamentations, la malignité; ce qui rend envieux, jaloux, passions qui empêchent même de prêter l’oreille à la raison. » (Entretiens). Les Stoïciens voient en effet dans la passion une perversion de la raison qui incite à la démesure (hybris), et asservit l'âme aux biens fallacieux qui nous viennent de l'extérieur : la crainte de la maladie ou de la mort, la soif de l'argent ou du pouvoir, le désir de chair et de gloire. La sage apprendra donc à se méfier de ces mensonges et se contenter de l'indispensable (meden agan : rien de trop). Chez les Épicuriens, la critique des passions porte sur les mêmes griefs : le bien suprême étant l'absence de troubles (ataraxie), la passion se trouve mise au rang des grandes perturbatrices :

  Il est doux d’assister aux grandes luttes de la guerre, de suivre les batailles rangées dans les plaines, sans prendre sa part du danger. Mais la plus grande douceur est d’occuper les hauts lieux fortifiés par la pensée des sages, ces régions sereines d’où s’aperçoit au loin le reste des hommes, qui errent çà et là en cherchant au hasard le chemin de la vie, qui luttent de génie ou se disputent la gloire de la naissance, qui s’épuisent en efforts de jour et de nuit pour s’élever au faîte des richesses ou s’emparer du pouvoir. O misérables esprits des hommes, ô cœurs aveugles ! Dans quelles ténèbres, parmi quels dangers, se consume ce peu d’instants qu’est la vie ! Comment ne pas entendre le cri de la nature, qui ne réclame rien d’autre qu’un corps exempt de douleur, un esprit heureux, libre d’inquiétude et de crainte ? (Lucrèce, De Natura rerum, II).

   Les penseurs classiques ont dénoncé aussi les égarements de la passion. Ils l'opposent de manière systématique à la Raison, remède souverain assurant mesure et maîtrise de soi. Ils s'emploient, comme Malebranche, à instruire une véritable pathologie de l'imagination enflammée par la passion, ou se résignent, comme Pascal, à en observer les excès comme autant de preuves de la faiblesse de l'homme et de son discours. Chez Spinoza, dans les relations entre les trois passions fondamentales - le désir, la joie et la tristesse - ce n'est pas la volonté, mais la connaissance qui assurera leur maîtrise. Ainsi comprise, la passion perd de son empire sur l'individu : « Une affection qui est une passion cesse d’être une passion, sitôt que nous nous en formons une idée claire et distincte. [...] Une affection est d’autant plus en notre pouvoir, et l’âme en pâtit d’autant moins, que cette affection nous est plus connue » (Éthique). Imprégnés des leçons de la Bible, les Classiques retiennent surtout son caractère exclusif, ce signe évident de la malédiction dans laquelle nous a plongés la Faute originelle :

 En un mot, la mortalité introduite par le péché a attiré sur le genre humain cette inondation de maux, cette suite infinie de misères d’où naissent les agitations et les troubles des passions qui nous tourmentent, nous trompent, nous aveuglent. Nous qui dans notre innocence devions être semblables aux anges de Dieu, sommes devenus comme les bêtes, et, comme disait David, nous avons perdu le premier honneur de notre nature. [...] Répétons une et deux fois ce verset avec le Psalmiste. Nous ne saurions trop déplorer les misères et les passions insensées où nous jette notre corps mortel ; et tout ce qui y attache, comme fait l’amour du plaisir des sens, nous fait aimer la source de nos maux et nous attache à l’état de servitude où nous sommes. (Bossuet, Traité de la concupiscence, III, 1694).

  Plus tard, l'esprit des Lumières, entonnant l'éloge du philosophe, exalte à son tour les vertus qui font l'honnête homme, modèle de mesure et de sociabilité. Dumarsais peut conclure ainsi son article "Philosophe" de l'Encyclopédie : « Plus vous trouverez de raison dans un homme, plus vous trouverez en lui de probité. Au contraire, où règnent le fanatisme et la superstition, règnent les passions et l’emportement. Le tempérament du philosophe, c’est d’agir par esprit d’ordre ou par raison. » Voltaire ne dit pas autre chose dans sa lutte passionnée contre la passion du fanatisme, dont il traque les signes cliniques afin de « rogner les griffes et limer les dents du monstre ». Mais lui-même donne autant de raisons de se déprendre de toute conviction, tant son esprit de tolérance s'anime d'intolérance : chaque idée ne menace-t-elle pas de devenir une passion, pour peu qu'on y mette un peu de flamme sinon d'hystérie ? Peut-on donc uniformément condamner toute passion sous prétexte qu'elle peut nous égarer ? Le bon cheval de l'attelage de Platon est lui-même mû par l'énergie du thumos, principe vital de l'âme capable d'insuffler son énergie aux plus nobles causes. Devançant la pensée de Hegel, Helvétius voit déjà dans la passion le moteur même de l'Histoire et le caractère des grands hommes : « Détruisez dans un homme la passion qui l’anime, vous le privez au même instant de toutes les lumières. Il semble que la chevelure de Samson soit à cet égard l’emblème des passions : cette chevelure est-elle coupée, Samson n’est plus qu’un homme ordinaire.» (De l'Esprit).
  Il appartenait aux Romantiques de poursuivre cette œuvre de réhabilitation pour faire de la passion la grande auxiliaire du génie. Dans ce vague des passions qui caractérise le premier Romantisme, l'énergie qui anime l'être est le signe de sa différence, voire de son élection, dans une société ventrue assise sur son conformisme. Apôtre de ce qu'il nomme l'attraction passionnelle, Charles Fourier, comme en écho au Calliclès du Gorgias, considère que le bonheur consiste à avoir le plus de passions possibles et à les satisfaire toutes :

 Étudions donc les moyens de développer et non de réprimer les passions. Trois mille ans ont été sottement perdus à des essais de théories répressives, il est temps de faire volte-face en politique sociale, et de reconnaître que le créateur des passions en savait plus sur cette matière que Platon ou Caton ; que Dieu fit bien tout ce qu’il fit; que s’il avait cru nos passions nuisibles et non susceptibles d’équilibre général, il ne les aurait pas créées, et que la raison humaine, au lieu de critiquer ces puissances invincibles qu’on nomme passions, aurait fait plus sagement d’en étudier les lois dans la synthèse de l’Attraction. (Traité de l'Harmonie universelle, III).

  Cette reconnaissance de la passion comme motrice d'action s'accomplit dans la pensée de Hegel. Loin de  s'accompagner de passivité, la passion telle qu'il l'entend est une tension spirituelle absorbant le sujet tout entier. Telle est la caractéristique de l'homme historique, que la Raison universelle a choisi pour se réaliser dans le monde : « L’homme qui produit quelque chose de valable y met toute son énergie. Il n’est pas assez sobre pour vouloir ceci ou cela ; il ne se disperse pas dans une multitude d’objectifs, mais il est totalement dévoué à la fin qui est sa véritable grande fin. La passion est l’énergie de cette fin et la détermination de cette volonté. C’est un penchant presque animal qui pousse l’homme à concentrer son énergie sur un seul objet. Cette passion est aussi ce que nous appelons enthousiasme » (La Raison dans l’histoire). Avec Hegel, puis Nietzsche, la passion change donc de camp sur le territoire de la morale et, débarrassée des préventions que le rationalisme ou la morale chrétienne faisaient peser sur elle, elle peut signaler les personnalités d'exception. Si, comme le dit Hegel, « rien de grand ne s’est accompli sans passion », celle-ci peut et doit être utilisée.

  L'absence de passion serait peut-être même plus condamnable, comme le soutient Hannah Arendt, selon qui, en face d’événements insupportables, « ce ne sont pas la fureur et la violence, mais leur absence évidente, qui devient le signe le plus clair de la déshumanisation ». Dans de telles circonstances, la seule réponse appropriée serait celle de la révolte et de l’indignation : alors « la fureur, et la violence dont elle s'accompagne parfois – mais pas toujours -, font partie des émotions humaines « naturelles », et vouloir en guérir l'homme n'aboutirait qu'à le déshumaniser ou le déviriliser. [...] Pour réagir de façon raisonnable, il faut en premier lieu avoir été touché par l'émotion ; et ce qui s'oppose à l’émotionnel, ce n'est en aucune façon le rationnel, quel que soit le sens du terme, mais bien l'insensibilité, qui est fréquemment un phénomène pathologique, ou encore la sentimentalité, qui représente une perversion du sentiment. La fureur et la violence ne deviennent irrationnelles qu'à l'instant où elles s'en prennent à des leurres.» (Sur la violence).
  Ce sont ces leurres qu'il faudra donc examiner avant de déterminer la nocivité de telle ou telle passion, c'est-à-dire son objet et la nature de la ferveur qu'elle engendre. Mais, comme le dit Durkheim, pour qu'une activité soit vraiment productrice, il faut qu'elle soit émue par la passion. Pour faire une œuvre vivante, il faut se passionner pour elle : artistes, écrivains ne réussissent qu'en se passionnant pour leur objet. Passionné jusqu'à la névrose, l'infatigable architecte de La Comédie humaine fait reposer son édifice sur une peinture lucide et complice de toutes les passions qui animent les hommes. Que notre programme le fasse voisiner avec cet autre analyste qu'est Racine nous permettra peut-être de décider à quelles conditions la passion est ce ferment indispensable sans lequel on ne fait rien de grand.

Philippe Lavergne



Andromaque et Pyrrhus de Pierre Narcisse Baron, Guérin, 1810.

Andromaque de Jean Racine

NOTES DE LECTURE
La scène est à Buthrote, ville d’Epire, dans une salle du palais de Pyrrhus

Pyrrhus : fils d’Achille, roi d’Epire

Pylade : ami d’Oreste

Oreste : fils d’Agamemnon et de Clytemnestre, frère d’Iphigénie et d’Electre


Pylade est le grand ami d’enfance d’Oreste. Il l’a accompagné dans toutes ses épreuves. Les deux amis avaient été séparés six mois plus tôt, lors d’une tempête qui avait éloigné leurs bateaux, tout près des côtes de l’Epire

Amitié entre Oreste et Pylade. Pylade est le cousin d’Oreste. Il est le fils d’Anaxibie, sœur d’Agamemnon et l’un des instigateurs du meurtre de Clytemnestre.


Mélancolie d’Oreste


Oreste n’a accepté de mener cette ambassade en Epire que pour une seule raison : revoir Hermione qu’il n’a jamais pu cesser d’aimer malgré ses constants refus

Mais Hermione, fille du roi de Sparte Ménélas et d’Hélène, aime Pyrrhus qui, lui, aime Andromaque
Oreste => Hermione => Pyrrhus => Andromaque => souvenir d’Hector et avenir d’Astyanax



Tragédie
ACTE premier
Scène I

Oreste, Pylade.
Oreste
Oui, puisque je retrouve un ami si fidèle,

Ma fortune va prendre une face nouvelle ;

Et déjà son courroux semble s’être adouci

Depuis qu’elle a pris soin de nous rejoindre ici.

Qui l’eût dit, qu’un rivage à mes vœux si funeste

Présenterait d’abord Pylade aux yeux d’Oreste ?

Qu’après plus de six mois que je t’avais perdu,

À la cour de Pyrrhus tu me serais rendu ?
Pylade
J’en rends grâces au ciel qui, m’arrêtant sans cesse,

Semblait m’avoir fermé le chemin de la Grèce,

Depuis le jour fatal que la fureur des eaux

Presque aux yeux de l’Épire écarta nos vaisseaux.

Combien, dans cet exil, ai-je souffert d’alarmes !

Combien à vos malheurs ai-je donné de larmes,

Craignant toujours pour vous quelque nouveau danger

Que ma triste amitié ne pouvait partager !

Surtout je redoutais cette mélancolie

Où j’ai vu si longtemps votre âme ensevelie.

Je craignais que le ciel, par un cruel secours,

Ne vous offrît la mort que vous cherchiez toujours.

Mais je vous vois, Seigneur ; et si j’ose le dire,

Un destin plus heureux vous conduit en Épire :

Le pompeux appareil qui suit ici vos pas

N’est point d’un malheureux qui cherche le trépas.
Oreste
Hélas ! qui peut savoir le destin qui m’amène ?

L’amour me fait ici chercher une inhumaine.

Mais qui sait ce qu’il doit ordonner de mon sort,

Et si je viens chercher ou la vie ou la mort ?
Pylade
Quoi ? votre âme à l’amour en esclave asservie

Se repose sur lui du soin de votre vie ?

Par quel charme, oubliant tant de tourments soufferts,

Pouvez-vous consentir à rentrer dans ses fers ?

Pensez-vous qu’Hermione, à Sparte inexorable,

Vous prépare en Épire un sort plus favorable ?

Honteux d’avoir poussé tant de vœux superflus,

Vous l’abhorriez ; enfin vous ne m’en parliez plus.

Vous me trompiez, Seigneur.
Oreste
 Je me trompais moi-même !

Ami, n’accable point un malheureux qui t’aime.

T’ai-je jamais caché mon cœur et mes désirs ?

Tu vis naître ma flamme et mes premiers soupirs.

Enfin, quand Ménélas disposa de sa fille

DISSERTATION SUR LES PASSIONS de David HUME

NOTES DE LECTURE
Biens : sensation agréable produite par un objet

Maux : sensation désagréable


Biens : conformité naturelle à une passion (châtiment d’un adversaire)

Maux : contrariété naturelle à une passion (maladie d’un ami)


Tout bien ou tout mal crée diverses passions et affections

Bien : certain=joie

incertain = crainte/espoir

désir

Mal : certain= chagrin/ tristesse

Incertain= crainte/ espoir

Aversion

Volonté : se procurer un bien

Se débarrasser d’un mal


Espoir et crainte : passions mixtes (bien/mal)

    • impossibilité pour l’esprit de se fixer sur un objet


Si objet du doute=

Désir -> joie/satisfaction

Aversion -> tristesse/malaise

    • cœur se divise entre deux émotions opposées


Esprit humain ≠ instrument à vent

= instrument à cordes (vibrations rémanentes)

Imagination : preste et agile

Passions : lentes et rétives

    • passions mêlées : chagrin (mal)

joie (bien)

-vues contraires de l’imagination => passions de l’espoir et de la crainte



SECTION I

1. Quelques objets, par la structure originale de nos organes, produisent immédiatement une sensation agréable et sont, pour cette raison, dénommés des « BIENS » ; tandis que d’autres, à cause de leur sensation immédiatement désagréable, reçoivent l’appellation de « MAUX ». Ainsi la chaleur modérée est-elle agréable et bonne ; la chaleur excessive, pénible et mauvaise.

Il existe encore d’autres objets qui, par leur conformité ou leur contrariété naturelles à une passion, suscitent une sensation agréable ou pénible ; ils sont appelés pour cette raison des biens ou des maux. Le châtiment d’un adversaire, qui satisfait notre désir de revanche, est un bien ; la maladie d’un ami, parce qu’elle porte atteinte à notre amitié, est un mal.
2. Tout bien ou tout mal, en quelque lieu qu’il survienne, produit diverses passions et affections, selon l’éclairage sous lequel on le considère.

Lorsqu’un bien est certain ou très probable, il produit de la JOIE ; lorsqu’un mal se trouve dans la même situation, survient le CHAGRIN ou la TRISTESSE.

Lorsqu’un bien ou un mal est incertain, il suscite la CRAINTE ou l’ESPOIR, selon le degré d’incertitude existant d’un côté ou de l’autre.

Le DÉSIR naît d’un bien considéré tout simplement et l’AVERSION, d’un mal. La VOLONTÉ intervient à chaque fois que l’on peut se procurer la présence d’un bien ou se débarrasser d’un mal par une action quelconque de l’esprit ou du corps.
3. De toutes les passions précédentes, aucune ne paraît rien contenir de curieux ni de remarquable, hormis l’espoir et la crainte ; ceux-ci, dérivant de la probabilité de quelque bien ou de quelque mal, sont des passions mixtes qui méritent notre attention.

La probabilité résulte d’une opposition de chances ou de causes contraires qui ne permet à l’esprit de se fixer, mais qui, le ballotant sans cesse d’un côté à l’autre, le détermine, à considérer un objet tantôt comme existant, tantôt comme inexistant. L’imagination ou l’entendement, comme il vous plaira de l’appeler, fluctue entre des vues opposées ; et quoique, peut-être, elle (ou il) se tourne plus souvent d’un côté que d’un autre, il lui est impossible, en raison de l’opposition des causes ou des chances, de se reposer en l’un plutôt qu’en l’autre. Le pour et le contre prévalent alternativement ; et l’esprit, qui considère les objets résultant de causes opposées, trouve une contrariété telle qu’elle détruit en lui toute certitude ou toute opinion ferme.

Supposez alors que l’objet, à propos duquel nous sommes dans le doute, produise soit du désir, soit de l’aversion ; selon que l’esprit se tourne d’un côté ou de l’autre, il est évident qu’il doit sentir une impression momentanée de joie ou de tristesse. Un objet dont nous désirons l’existence nous donne satisfaction lorsque nous pensons aux causes qui le produisent ; et, pour la même raison, il suscite du chagrin ou du malaise par la considération opposée (des causes qui l’entravent). De sorte que, comme l’entendement, dans les questions de probabilité, se divise entre des points de vue contraires, le cœur doit, de la même façon, se diviser entre des émotions opposées.

Or, si nous considérons l’esprit humain, nous observerons que, pour ce qui est des passions, il ne ressemble pas à un instrument à vent, qui, tandis qu’on en parcourt les touches, laisse retomber le son dès que l’on cesse de souffler ; il ressemble plutôt à un instrument à cordes qui, à chaque attaque, en conserve les vibrations encore quelque temps, pendant que le son décline par degrés insensibles. L’imagination est extrêmement preste et agile ; les passions sont, en comparaison, lentes et rétives. Pour cette raison, quand un objet se présente qui offre une diversité de vues à l’une d’entre elles en donnant le branle à l’autre, la fantaisie peut bien changer ses vues avec une grande célérité, chaque attaque ne produira pas une note claire et distincte de passion : l’une des passions sera toujours mêlée et confondue avec l’autre. Selon que la probabilité penche vers le bien ou vers le mal, la passion du chagrin ou celle de la joie prédomine dans la composition ; et ces passions, entremêlées par les vues contraires de l’imagination, produisent, par leur union, les passions de l’espoir et de la crainte.
4. Puisque cette théorie semble enfermer sa propre évidence, nous serons plus

La Cousine Bette d’ Honoré de Balzac

NOTES DE LECTURE
Milieu du mois de juillet 1838, rue de l’Université, à Paris-> dans une voiture (milord), un capitaine de la garde nationale (gros, taille moyenne)


Les femmes impressionnées par l’uniforme militaire ?

La voiture s’arrête à la porte d’une grande maison entre la rue de Bellechasse et la rue de Bourgogne (nouvellement construite dans la cour)


Le capitaine (quinquagénaire) descend et se dirige vers le perron de l’hôtel

RDC occupé par M. le baron Hulot d’Ervy (titres…)
Frère du général Hulot, colonel des grenadiers de la garde impériale, comte de Forzheim

(le frère a aidé le baron à obtenir les faveurs de Napoléon)
Le capitaine entre et le domestique annonce M. Crevel !

Emotion de la baronne Adeline Hulot qui demande à sa fille Hortense de sortir dans le jardin avec sa cousine Bette (vieille fille sèche qui paraît plus âgée que la baronne bien qu’elle ait 5 ans de moins)

« Il s’agit de ton mariage », dit la cousine Bette à Hortense


I. Où la passion va-t-elle se nicher ?

Vers le milieu du mois de juillet de l’année 1838, une de ces voitures nouvellement mises en circulation sur les places de Paris et nommées des milords cheminait, rue de l’Université, portant un gros homme de taille moyenne, en uniforme de capitaine de la garde nationale.

Dans le nombre de ces Parisiens accusés d’être si spirituels, il s’en trouve qui se croient infiniment mieux en uniforme que dans leurs habits ordinaires, et qui supposent chez les femmes des goûts assez dépravés pour imaginer qu’elles seront favorablement impressionnées à l’aspect d’un bonnet à poil et par le harnais militaire.

La physionomie de ce capitaine appartenant à la 2e légion respirait un contentement de lui-même qui faisait resplendir son teint rougeaud et sa figure passablement joufflue. À cette auréole que la richesse acquise dans le commerce met au front des boutiquiers retirés, on devinait l’un des élus de Paris, au moins ancien adjoint de son arrondissement. Aussi, croyez que le ruban de la Légion d’honneur ne manquait pas sur la poitrine, crânement bombée à la prussienne. Campé fièrement dans le coin du milord, cet homme décoré laissait errer son regard sur les passants, qui souvent, à Paris, recueillent ainsi d’agréables sourires adressés à de beaux yeux absents.

Le milord arrêta dans la partie de la rue comprise entre la rue de Bellechasse et la rue de Bourgogne, à la porte d’une grande maison nouvellement bâtie sur une portion de la cour d’un vieil hôtel à jardin. On avait respecté l’hôtel, qui demeurait dans sa forme primitive au fond de la cour diminuée de moitié.

À la manière seulement dont le capitaine accepta les services du cocher pour descendre du milord, on eût reconnu le quinquagénaire. Il y a des gestes dont la franche lourdeur a toute l’indiscrétion d’un acte de naissance. Le capitaine remit son gant jaune à sa main droite, et, sans rien demander au concierge, se dirigea vers le perron du rez-de-chaussée de l’hôtel d’un air qui disait : « Elle est à moi ! » Les portiers de Paris ont le coup d’œil savant, ils n’arrêtent point les gens décorés, vêtus de bleu, à démarche pesante ; enfin ils connaissent les riches.

Ce rez-de-chaussée était occupé tout entier par M. le baron Hulot d’Ervy, commissaire ordonnateur sous la République, ancien intendant général d’armée, et alors directeur d’une des plus importantes administrations du ministère de la guerre, conseiller d’État, grand officier de la Légion d’honneur, etc., etc.

Ce baron Hulot s’était nommé lui-même d’Ervy, lieu de sa naissance, pour se distinguer de son frère, le célèbre général Hulot, colonel des grenadiers de la garde impériale, que l’empereur avait créé comte de Forzheim, après la campagne de 1809. Le frère aîné, le comte, chargé de prendre soin de son frère cadet, l’avait, par prudence paternelle, placé dans l’administration militaire où, grâce à leurs doubles services, le baron obtint et mérita la faveur de Napoléon. Dès 1807, le baron Hulot était intendant général des armées en Espagne.

Après avoir sonné, le capitaine bourgeois fit de grands efforts pour remettre en place son habit, qui s’était autant retroussé par derrière que par devant, poussé par l’action d’un ventre piriforme. Admis aussitôt qu’un domestique en livrée l’eut aperçu, cet homme important et imposant suivit le domestique, qui dit en ouvrant la porte du salon :

M. Crevel !

En entendant ce nom, admirablement approprié à la tournure de celui qui le portait, une grande femme blonde, très bien conservée, parut avoir reçu comme une commotion électrique et se leva.

Hortense, mon ange, va dans le jardin avec ta cousine Bette, dit-elle vivement à sa fille, qui brodait à quelques pas d’elle.

Après avoir gracieusement salué le capitaine, Mlle Hortense Hulot sortit par une porte-fenêtre, en emmenant avec elle une vieille fille sèche qui paraissait plus âgée que la baronne, quoiqu’elle eût cinq ans de moins.

— Il s’agit de ton mariage, dit la cousine Bette à l’oreille de sa petite cousine Hortense, sans paraître offensée de la façon dont la baronne s’y prenait pour les

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