Roman de Marie-Claire blais








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présente
‘’Vision d’Anna’’

(1982)
roman de Marie-Claire BLAIS
(176 pages)
pour lequel on trouve un résumé
puis successivement l’examen de :
l’intérêt de l’action (page 2)
l’intérêt littéraire (page 5)
l’intérêt documentaire (page 12)
l’intérêt psychologique (page 17)
l’intérêt philosophique (page 33).


Bonne lecture !


Dans le Québec des années 80, à Montréal vraisemblablement, on suit d’abord et le plus souvent Anna, une jeune fille «taciturne et fermée» sur elle-même qui, après une longue fugue dans le Sud, à Paris, etc., a décidé de revenir chez sa mère. Mais, toujours «dressée, vindicative», elle reste dans sa chambre, où elle laisse se dérouler sur le mur «la majesté de ces silencieuses visions», tandis que sa mère, Raymonde, une criminologue qui tente de rééduquer des délinquants, et se voue à leur défense, reçoit des collègues de l’Institut Correctionnel.

Anna se dresse contre sa mère, contre son père, Peter (un chorégraphe américain qui, d’objecteur de conscience drogué est devenu un directeur de troupe satisfait, à l’esprit conservateur et conformiste), contre l’insensibilité des bourgeois, contre la violence des États, contre la dégradation de l’âme humaine, contre la destruction de la Terre, contre le temps et la mort. Cette révolte l’a conduite à chercher refuge dans la drogue, à se joindre à des «gangs de filles», de «drifters runaway children» comme Tommy (un jeune Noir rejeté par des parents adoptifs blancs) et Manon, qui vivent de prostitution et de vols, à vivre auprès de Philippe, un architecte français soumis à la drogue à laquelle il aurait voulu qu’elle échappe. Elle apprécia aussi Alexandre, le nouveau compagnon de sa mère, écrivain soucieux du sort de l’humanité qui est parti à la rencontre de miséreux, rencontrant alors une «femme qui venait d’Asbestos» qui, avec ses deux fils, fuyait un mari ivrogne.

Anna est proche des deux filles d’une amie de sa mère, Guislaine : Michelle et Liliane. Michelle, la plus jeune, est, elle aussi, en plein désarroi : elle, qui reproche à sa mère de l’avoir conçue sans l’aimer, qui pourrait devenir une musicienne, est droguée, alcoolique, anorexique, suicidaire, tourmentée par la peur de catastrophes. Liliane, au contraire, est forte, dotée d’une inépuisable vitalité, d’une générosité qui la pousse vers l’enseignement et le souci des autres et de la planète, d’une chaude sensualité qui la porte vers les femmes, ce qui scandalise ses parents : Guislaine, médecin qui, découragée par ses deux filles, et révulsée par la sécheresse du froid sociologue qu’est son mari, Paul, comme par la hautaine bourgeoise qu’est la mère de celui-ci, envisage d’aller exercer bénévolement au Brésil.

Alors que Raymonde reçoit ses collègues qui veulent ouvrir «d’autres Centres Sécuritaires», Anna l’entend s’y soustraire et ouvre sa porte. Sa mère, qui n’avait jamais cessé de l’espérer, en la serrant contre son coeur, se dit : «Je pense que cette fois elle est de retour».
Analyse
Intérêt de l’action

Dans “Visions d’Anna”, Marie-Claire Blais a poussé plus loin la technique très particulière qu’elle avait adoptée dans “Le sourd dans la ville”. La structure du texte, qui n’est pas commandée par la dynamique interne d’une véritable action mais par une démarche intellectuelle qui lui est extérieure et dont il n’est que la démonstration, qui est écrit presque exclusivement sur le mode de la pensée plutôt que de l'action, suit le mouvement d'une méditation. Le nombre des situations est limité ; mais elles sont ressassées, le même message étant répété à intervalles réguliers, à travers non seulement le personnage qui lui donne son titre mais plusieurs personnages adjuvants. D’ailleurs, le titre, ‘’Visions d’Anna’’, ne rend pas bien compte de la nature du texte, car la focalisation n’est pas toujours sur Anna : elle se déplace sur les différents personnages qu’a isolés le résumé (Anna, Raymonde, Peter, Tommy et Manon, Alexandre, Rita, «la femme qui venait d’Asbestos», Philippe, Michelle, Liliane, Guislaine, Paul, la mère de celui-ci), certains de ces personnages ou certaines situations ne pouvant d’ailleurs être connus d’elle. Ses visions sont des souvenirs («elle voyait passer Tommy, Manon», page 132), des rêves (comme celui de la page 66), des hantises, des jugements sur le monde actuel : «Les visions d’autrefois seraient dissipées au loin, s’affolant seules dans la mémoire d’Anna, dans sa conscience, courant, galopant seule [sic]» (page 92). On découvre aussi celles d’Alexandre (pages 24, 27-28), celle de Raymonde (page 25 : elle s’exprime à la première personne), celles de Tommy (pages 55, 60), celles de Peter (page 91), etc..

Le résumé, lui aussi, ne rend donc pas bien compte du texte, car celui-ci, divisé en trois chapitres (pages 9-34 ; 35-128 ; 129-169), sans qu’on puisse en déterminer la raison (les deuxième et troisième permettent un «rembrayage» pour un autre tour), eux-mêmes coupés en très longs paragraphes (pages 9-23 ; 23-27 ; 27-28 ; 28-30 ; 30-34 ; 35-37 ; 37-41 ; 42-42 ; 42-44 ; 44-52 ; 52-57 ; 57-70 ; 70-75 ; 76-77 ; 78-80 ; 80-85 ; 85-90 ; 91-124 ; 125-128 ; 129-130 ; 130-137 ; 137-139 ; 139-142 ; 142-144 ; 144-147 ; 147-154 ; 155-158 ; 159-160 ; 161-165 ; 165-167 ; 168-169), est très dense, très compact, se déroulant presque sans points, étant porté par le rythme de longues phrases incessantes qui roulent dans des tourbillons de mots, de voix et de pensées. De sa plume qui jamais ne se pose, ou à peine, Marie-Claire Blais capte avec une intensité poignante la fugacité des êtres, fait apparaître un personnage, l’éclaire un temps plus ou moins long, puis le fait disparaître, quitte à le retrouver plus loin. On passe sans aucune transition, on glisse plutôt, d’un personnage à l’autre :

- parfois avec la présence d’une virgule (exemple, page 122, de Guislaine à la grand-mère) ;

- parfois avec la présence d’un point (exemples : page 64, de Tommy et Manon à Anna ; page 73, de la bicyclette d’autrefois à celle d’aujourd’hui ; page 82, de Tommy et Manon à Anna et Peter ; page 135, d’Anna et Peter à Guislaine et Michelle) ;

- parfois sans aucune ponctuation (exemples : page 46, de la vieille dame à Peter ; page 47, de Sylvie à Michelle ; page 52, de l’autobus d’Alexandre et Rita à Michelle ; page 57, de Michelle à Anna ; page 74, d’Anna à Michelle ; page 82, d’Anna et Peter à Tommy et Manon ; page 97 de «pensait Anna» à «et Michelle s’arrêtait» ; page 105, de Liliane à Guislaine ; page 119, de Raymonde à Liliane).

D'ailleurs, la ponctuation est souvent incorrecte sinon aberrante, du fait de son absence («cette évidence morne on vit, on meurt» [page 150] - «ils ne savaient rien non plus se persécutant les uns les autres de sons hostiles» [page 33]) ou de sa présence intempestive («tout ce qui était humain, donc, cause de souffrances» [page 76]).

Dans la troisième partie cependant, différentes séquences focalisées chacune sur un autre personnage sont simplement juxtaposées.
Le texte ne se soumet pas aux prescriptions temporelles : les sentiments, Ies souvenirs, l'évocation des êtres surviennent au gré des affinités affectives. Cela donne l’impression que tout se passe dans un même instant. Ainsi est tissé un réseau si serré que le fil qui unit ces pièces, et qui paraît parfois se briser continue néanmoins de courir sans interruption. Dans ce courant sont de temps en temps saisis et emportés de simples silhouettes, de courtes scènes, qui peuvent sembler parfois incongrues, intempestives, même si les romans sont souvent constitués d’un tel agglomérat :

- La «violoniste racontant sa vie musicale» (page 16).

- Le garçon blond et «les ailes lisses de ses cheveux» (pages16-17).

- «La petite prostituée de chez Johnson […] la chaîne de restaurants identiques qui hantaient les villes surpeuplées […] qui n’était qu’une existence, parmi d’autres.» (page 18).

- La «chevrette» de la «taverne grecque de la ville», «proie encore libre du vendredi saint» qui va être sacrifiée et à laquelle ressemble Michelle (pages 19-20).

- «La veste de daim crasseuse» abandonnée et qui devient «symbole d’un deuil qui répugnait à chacun, lorsqu’il aimait la vie» (page 27).

- Le vieux regardant la vieille interrogée par des policiers (page 29).

- La reproduction du tableau de Boudin qui apparaît pages 30-31 puis réapparaît à de nombreuses reprises.

- La violoncelliste bâillant (page 33).

- Le «grand-père ivrogne ramenant chez lui son petit-fils en pleurs» (page 50).

- Le «mathématicien génial de 17 ans» qui s’est suicidé (page 58).

- Le repas avec de jeunes morts, en fait des «punks», que fait Tommy (page 60).

- Les jeux des trois frères observés sur la plage par Tommy (page 61).

- L’hymne à la bicyclette qui «métamorphosait Tommy», lui donnait «la liberté du ‘’drifter’’», lui permettait d’aller, «rayonnant et libre, comme cet objet volatil [sic] qui le portait si haut, si loin», elle et lui «coupant le silence de la nuit de leurs tintements de fêtes» (page 68).

- La femme remarquée par Tommy et Manon «s’efforçant de lire son journal, dans un aéroport, et dont les mains tremblaient» et qui «reconnaissent ce visage et cette transparence qu’ils auraient demain» (page 70).

- Les «deux garçons déguisés en ballerines» (page 72).

- Les «scènes […] chargées du même anéantissement, de la même torpeur inorganique» saisies par Tommy et Manon et dont la juxtaposition est un collage quasi surréaliste (page 81).

- Le «jeune ouvrier rentrant chez son père» qui ne le reconnaît pas et dont Tommy, qui le voit comme «un esclave», se dit que «ce brave garçon perd sa vie dans le travail».

- Le «garçon noir dégingandé» que voit Rita et qui est «l’incarnation d’une folie vagabonde, disloquée et solitaire» (page 139).

- Ces vacanciers qu’observe Rita : cette «jeune femme vêtue d’un maillot blanc démodé», sa «petite fille qui larmoyait», son «mari obèse» (pages 141-142) - «une femme drapée dans un fichu de soie effilochée, assise toute la journée sous son parasol» et son «mari sédentaire» (pages 142-144) - le «couple qui faisait l’amour, sous ce soleil cuisant» (page 146-147).

- Ce «minuscule enfant africain» (page 149) et ce «garçon d’une douzaine d’années» qui «jouait avec des poupées» (page 150) qu’Anna a remarqué à l’aéroport de Miami.

- L’histoire de Janet et John que Michelle a notée dans un album, celui-ci victime de la drogue, ayant fait avec elle un pacte de suicide qu’elle n’a pas respecté (page 157).
Même si on assiste à la comédie familiale, presque vaudevillesque, de la famille de Guislaine et de Paul, même si on trouve bien quelques marques d’humour («sa crise du Biafra», disaient les parents de Michelle quand elle souffrait d’inanition [page 89] - Liliane aurait essayé de «séduire sa gardienne quand elle n’avait que douze ans» [page 100] - Rita pense que «les gens qui font des écritures toute la journée n’ont pas la tête en ordre» [page 146]), le long déroulement des visions n’est qu’accumulation de protestations, de révoltes, de craintes, de drames, de menaces, de cruautés, d’annonces de catastrophes et de cataclysmes. La même sombre vision est si forte et si présente chez la plupart des personnages que chacun peut prendre, sans l'interrompre, la parole de l'autre et ainsi exprimer à sa manière, dans la simultanéité, la même peur, la même horreur, la même désespérance.

L’écriture étant donc «drifting away» elle aussi, s’opèrent des glissements de la parole de l'un à la parole de l’autre, comme celui entre Alexandre voyant des jeunes gens arrêtés à la frontière et Anna qui pensait «drifters, runaway children» (page 44), celui entre Anna et Michelle (page 48), celui entre Anna et Tommy (page 55 ), le passage d’un personnage à l’autre étant plus suggéré qu’indiqué. L’essentiel du livre n’est que monologue intérieur à la troisième personne, d’où les fréquents «pensait Anna», «pensait-elle». La voix de l’autrice se fait aussi parfois entendre : «Paul avait raison, sa mère était réticente... le visage d’une mère qui disait à son fils...» (page 124). Ce puzzle exige évidemment du lecteur une attention soutenue. Il faut accepter de se perdre dans cette prose labyrinthique et désordonnée dont on sort étourdi et épuisé.

Il faut, en effet, en sortir, bien qu’elle pourrait continuer ainsi à rouler longtemps en s’enroulant sans cesse sur elle-même. Mais cette sortie se fait abruptement, même si, dès la première page, sont évoqués «les invités» de la mère d’Anna, ses collègues à «l’Institut Correctionnel» et qu’ils réapparaissent à quelques occasions, même si, à l’avant-dernière page (page 168), il est indiqué que les visions d’Anna sont «finissantes», qu’elles «achevaient» [sic], il reste quelques lignes seulement pour qu’ait lieu la réunion de Raymonde et de ses collègues, pour qu’il y soit question de l’ouverture «d’autres Centres Sécuritaires, d’autres prisons», pour que Raymonde se contente d’abord de «regarder ces justiciers» avant de leur dire «soudain qu’elle avait besoin de repos, de réflexion, ‘’une longue année de réflexion’’», pour qu’Anna «ouvre la porte de sa chambre, quitte son île», et que Raymonde puisse penser  «que cette fois elle est de retour», fin qui semble donc être un «happy end» plaqué artificiellement et hâtivement, pour que le livre se termine tout de même sur une timide note d'espoir.


Intérêt littéraire

Dans “Visions d’Anna”, comme dans “Le sourd dans la ville”, la phrase, protéiforme, presque jamais close par un point, ponctuée seulement de virgules, s'étire souvent sur plusieurs pages. Ces virgules furent placées de façon bizarre, irrégulière ou carrément incorrecte ou même aberrante, étant le plus souvent négligées avant les incises et placées seulement après. Cette ponctuation donne à ces longues phrases un rythme syncopé, qui est souvent celui d’une parole exaltée, haletante, frénétique, qui atteint, dans les meilleurs moments, une réelle puissance incantatoire, comme dans celle-ci qui met en scène Tommy et Manon, qui est déroulée avec une magnifique maîtrise au-delà encore de ce qui est ici cité : «La veille encore, ne s’étaient-ils pas livrés ensemble à la prostitution en un seul enlacement fantaisiste, cette fois sans perfidie, en raccompagnant à son hôtel une vieille femme riche et déchue qui, disait-elle, en les embrassant tour à tour, n’exigeait d’eux, qu’un peu de leur jeunesse, se confondre un instant à leur extase, à leurs jeux lascifs, c’était là son seul espoir, oui, disait-elle, suspendre ce regard qui serait bientôt éteint à la beauté sauvage, énergique de leurs jeunesses, et eux, ces proscrits, pensait Anna, avaient consenti, sans calcul, sans vice, qui sait, refusant l’argent qu’on leur offrait si tel était leur caprice de gratuité, ce soir-là, ils avaient consenti à ce partage, ou à ce don de la décrépitude, parce que cette image de la vieillesse les avait d’abord émus, conquis, sous ces doigts arthritiques qui lissaient les plumes de corbeaux dont ils paraient leurs tempes, les nuits de fêtes, si bien, pensait Anna, que dans ces dédales puants où les menait la faim, ils préservaient souvent, avec leurs têtes qui s’érigeaient au-dessus du gouffre, leur dignité d’oiseaux de proie» (page 133).

Mais, dans la dérive perpétuelle de cette écriture vertigineuse (le sous-titre du roman est : «
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