Centre rhone –alpes d’ingenerie sociale solidaire & territoriale








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Front national : un programme économique et social incohérent et xénophobe

Anne Eydoux Sabina Issehnane Mars 2017 www.atterres.org 2

Résumé : Cette note propose une analyse détaillée du programme économique et social 2017 du Front national (FN). Elle montre que, dans le fouillis des propositions, se dessine un « patriotisme économique » fondé sur le logiciel néolibéral du FN et les mythes et valeurs de l’extrême droite. Si le programme cherche à séduire les classes populaires par quelques propositions sociales comme la retraite à 60 ans, il est avant tout au service du patronat et des riches, s’en prenant très clairement aux syndicats et aux étrangers.

La « France prospère » qu’il promet s’appuie sur une vision magique du souverainisme et d’un protectionnisme « patriote ». Le modèle productif qu’il entend mettre en place repose sur la réindustrialisation, y compris militaire, et s’avère très éloigné de la transition écologique annoncée. Quant aux mesures d’emploi et aux mesures sociales, elles consistent pour l’essentiel à institutionnaliser la discrimination à l’encontre des étrangers, au nom de la « priorité nationale ». Enfin, le programme cherche à donner une image de modernité en se faisant défenseur des « droits des femmes »… Mais son féminisme est de pure façade. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.

Introduction Analyser le programme économique 2017 du Front national (FN) n’est pas une mince affaire.

Il est difficile de trouver une cohérence à cette litanie de 144 propositions. Celles-ci sont présentées dans le désordre, comme un inventaire à la Prévert – mais manquant singulièrement de poésie. L’une des difficultés tient à ce qu’une même proposition peut connecter artificiellement des propositions n’ayant pas vraiment de rapport entre elles… Comme s’il s’agissait de faire passer une mesure impopulaire pour un mal nécessaire1 . Derrière la promesse d’une « France prospère », on trouve des propositions qui servent les intérêts du patronat et des plus riches, souvent au détriment des salariés et des pauvres. Et, bien sûr, la xénophobie et les valeurs conservatrices de l’extrême droite impriment leur marque sur de nombreuses propositions de politique économique et sociale.

Avant d’aborder le détail des propositions, précisons le logiciel du programme : « patriote » et néolibéral, adossé aux mythes et aux valeurs de l’extrême droite.

Derrière les incohérences, le « patriotisme économique » et le logiciel néolibéral du FN S’il y a une cohérence dans le programme économique du FN, elle se loge dans son « patriotisme économique ». Celui-ci est adossé à un souverainisme de conte de fées en vertu duquel la France sortirait sans heurts du carcan économique de l’Europe actuelle, tandis que l’instauration de mesures protectionnistes et la reprise en main de la création monétaire suffiraient à financer bon nombre de propositions du programme.

Mais le patriotisme économique, c’est aussi et surtout le principe xénophobe de « priorité nationale », mobilisé afin de justifier des mesures discriminatoires pour exclure les étrangers de l’emploi et de certaines prestations sociales. Et c’est enfin le natalisme, le programme ne parvenant pas à cacher sa conception conservatrice du rôle des femmes dans la société. Ce « patriotisme économique » est une fausse piste. La question de l’émancipation du carcan économique de l’Europe ne peut être laissée au FN, qui l’instrumentalise au service d’un programme xénophobe et conservateur. Il y a en réalité beaucoup d’incohérence dans le programme de Marine Le Pen2 .

Il est manifestement inspiré du logiciel libéral et poujadiste hérité du passé du parti, et se met au service du patronat et des plus riches. Pourtant, il entend séduire (en les trompant) les catégories populaires qui représentent un électorat sur lequel il veut pouvoir compter. Le FN a mis en valeur en 2017 ses propositions d’inspiration plus 1

Par exemple, la très libérale proposition 45 entend « pour favoriser l’embauche », s’attaquer aux « seuil social de 50 salariés et fusionner les institutions représentatives du personnel ». 2 Nous rejoignons ici les analyses d’un collectif d’économistes,

Ecolinks Petit manuel économique antiFN, Le cavalier bleu, 2017. L’ouvrage a été achevé avant la parution du programme 2017 du FN. 4 sociale (sauf pour les étrangers), gommant certaines propositions de 2012 qui pouvaient faire craindre des mesures d’austérité dans les services publics et l’administration3 .

Se côtoient donc des mesures franchement libérales et d’autres qu’on pourrait considérer comme relevant de politiques de relance de l’activité (politique industrielle, sécuritaire et militaire, notamment) et de soutien aux services publics. L’ambivalence règne pourtant en maître s’agissant des services publics. Le programme prend position contre la libéralisation promue par l’Union européenne, en affirmant que « La Poste et la SNCF resteront des entreprises publiques » (proposition 138).

Mais en matière de santé publique, il veut partir à la chasse à de prétendues « gabegies » dans l’Assurance maladie (proposition 65). Autre exemple, il entend développer les forces de police (proposition 13), mais mettre au pas la Justice, notamment en supprimant l’École nationale de la magistrature, accusée de véhiculer une « culture du laxisme » (proposition 23).

Les mythes et les valeurs de l’extrême droite

Ce programme s’appuie sur des mythes économiques4 qui sont ceux de l’extrême droite, dont il porte également les valeurs.

Le premier mythe veut que les migrants fassent pression sur l’emploi.

Pour certains économistes néoclassiques, l’immigration permettrait de faire face à des besoins de main-d’œuvre (l’insuffisance de « l’offre de travail ») mais pourrait avoir un impact négatif sur les salaires (s’ils sont flexibles, notamment en l’absence de salaire minimum) ou sur l’emploi (si les salaires sont « rigides »). Or les études empiriques peinent à conclure à un effet négatif global sur les salaires ou sur l'emploi5 , sauf peut- être pour les immigrés eux-mêmes.

Elles observent surtout que l’immigration est associée à une hausse du PIB proportionnelle à l'accroissement de la population qu'elle génère… conformément à une vision plutôt keynésienne de l’économie (l’immigration stimule l’activité économique parce que les immigrés contribuent à la vie économique du pays où ils vivent)6 .

Par conséquent, les propositions du FN pour limiter drastiquement l’immigration et l’accès à l’emploi des étrangers ne sont pas de 3 Par exemple, le programme de 2012 proposait de « moderniser et rationaliser le fonctionnement des services publics marchands », de « contrôler l’administration », ou encore de rationaliser les budgets des ministères et de moderniser la fonction publique par le recours généralisé aux nouvelles technologies (page 9).

4 Nous rejoignons les analyses d’E. M. Mouhoub L’immigration en France. Mythes et réalité, Fayard, 2017.

5 Dustmann C., Glitz A., Frattini T. (2008) « The labour market impact of immigration », Oxford Review of Economic Policy, 24/3.

6 L’expérience allemande récente suggère d’ailleurs que l’arrivée des étrangers a stimulé la croissance et l’emploi. 5 nature à améliorer l’emploi et les salaires des Français. Elles entretiennent le fantasme d’une France terre d’immigration massive qui ne pourrait se permettre d’accueillir des immigrés à cause du chômage.

On est loin des réalités (Encadré 1). Encadré 1 – La France n’est pas une terre d’immigration massive Selon l’Insee, chaque année environ 200 000 étrangers d’États tiers immigrent (à peu le même nombre sont admis au séjour). Ils sont 250 000 en incluant les mineurs et les ressortissants de l’UE ou de l’EEE, et même 360 000 en incluant toutes les personnes immigrant en France, françaises comprises7 . Il s’agit en Europe d’une des plus faibles proportions rapportées à la population.

Chaque année, des personnes quittent la France, et les Français sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à partir à l’étranger. Le solde migratoire n’est que de 67 000 en 2015 (arrivées moins départs, selon les données de l’Insee). Les flux d’immigrés représentent annuellement 0,3 % de la population française en moyenne, contre 0,6 % pour les pays de l’OCDE. Les immigrés comptent pour 8,8 % de la population, une proportion stable depuis le début des années 1980. Ils contribuent largement à l’activité économique du pays.

Le second mythe est celui des « pompes aspirantes » de la protection sociale.

Dans l’analyse économique néoclassique des migrations, les migrants sont vus comme des individus rationnels, mus par le gain économique. Ils choisiraient d’émigrer vers les Etats offrant les prestations sociales les plus généreuses, celles-ci agissant comme des « aimants sociaux » (« welfare magnets »). Les travaux empiriques sur les migrations internes aux États-Unis n’ont guère fourni d’éléments pour le confirmer8 . Une étude sur l’Union européenne a conclu que s’il existe un tel effet, il est minime en comparaison de celui exercé par l’emploi9 .

Mais les recherches qui se focalisent sur les comportements individuels ne doivent pas faire oublier que les immigrés contribuent davantage au financement de la protection sociale qu’ils n’en bénéficient10, un constat qui vaut aussi pour la France11.

Les immigrés sont contributeurs nets aux comptes de la protection sociale. Ils bénéficient moins des transferts sociaux, en particulier pour la retraite et la maladie (qui constituent 80 % des dépenses de protection sociale), car ils sont plus fréquemment d’âge actif et moins représentés parmi les plus âgés.

Les valeurs qui transparaissent dans les propositions du FN sont celles de l’extrême droite.

C’est une valorisation de l’identité nationale passant par la réécriture du 7 Voir C. Brutel, 2017, « L’analyse des flux migratoires entre la France et l’étranger entre 2006 et 2015 », Insee focus », n°78. 8 Borjas G. (1999) "Immigration and Welfare Magnets", Journal of Labor Economics, 17/4. 9 De Giorgi G., Pellizzari M. (2009) « Welfare migration in Europe », Labour Economics. n° 16. 10 Voir OCDE (2014), "Is migration good for the economy?", Migration policy debates, Mai. 11 Chojnicki X., Defoort C., Drapier C., Ragot L. (2010) « Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme », Rapport pour la Drees-Mire, juillet. 6

« roman national » et le refus des « repentances d’État qui divisent » (proposition 96).

C’est aussi et surtout le refus du principe républicain d’égalité et de non-discrimination.

Par un retournement de sens dont le FN a le secret, les politiques d’égalité et de lutte contre les discriminations sont balayées… au nom de la « méritocratie » et de « l’égalité réelle ». Le FN fustige en particulier un soi-disant « principe de discrimination positive » (proposition 99) jamais mis en œuvre – sinon pour favoriser la parité femmes-hommes ou l’emploi des personnes handicapées.

Derrière cette attaque de l’égalité républicaine se logent la xénophobie et le conservatisme, qui imprègnent les propositions économiques et (anti-)sociales du FN. Cette note, volontairement détaillée, examinera la « France prospère » promise par le FN.

Elle montrera tout d’abord que le programme, qui est au service du patronat et des riches, s’attaque aux syndicats et aux étrangers (1).

Son modèle productif repose sur un mix de protectionnisme et d’intervention publique, aux antipodes de l’écologie dont il se réclame (2).

Sa ligne directrice en matière d’emploi est d’institutionnaliser une discrimination à l’encontre des travailleurs étrangers (3).

Quant aux politiques sociales, elles reposent sur une discrimination généralisée (4).

Un programme au service du patronat et des riches, qui s’attaque aux syndicats et aux étrangers

Le programme du FN annonce quelques mesures suggérant qu’on pourrait assister à une mise au pas des grands groupes internationaux. Mais il est foncièrement au service du patronat français, et s’en prend au pouvoir et aux protections des salariés. Au nom du pouvoir d’achat et de la solidarité, il prévoit des avantages considérables pour les riches.

La poursuite du programme néolibéral de soutien au patronat

Certaines mesures du programme du FN pourraient presque sembler anticapitalistes. C’est par exemple le cas de la taxation de « l’activité réalisée en France par les grands groupes » (proposition 62), ou le fait de vouloir « priver d’accès aux marchés publics les multinationales qui pratiquent l’évitement fiscal » (proposition 79). Mais ces mesures ne peuvent masquer le fait qu’on a affaire à un programme globalement néolibéral et favorable aux intérêts des capitalistes français.

Le programme ne prévoit pas de mesure de lutte contre la délinquance financière, mais vise uniquement la petite délinquance, celle des banlieues. La désignation des zones à sécuriser (« désarmement des banlieues », proposition 15) et des personnes à neutraliser (notamment par « l’expulsion automatique des criminels et des délinquants étrangers », proposition 21) renvoie la criminalité aux étrangers, aux immigrés et à leurs descendants. Les pauvres, même français, ne sont pas épargnés. Ainsi, la proposition 18 envisage « la suppression du versement des aides sociales 7 aux parents de mineurs récidivistes en cas de carence éducative manifeste ».

Aucune sanction n’est prévue pour les parents riches d’enfants multirécidivistes. Et ce programme apporte tout son soutien, y compris financier, au patronat, en évitant soigneusement d’aller contre ses intérêts économiques.

Le « protectionnisme patriote » (voir plus bas) est mis au service de la compétitivité des entreprises françaises, auxquelles il réserve par ailleurs les commandes publiques. Mais les ambitions du programme écologique s’arrêtent là où elles pourraient nuire aux intérêts du patronat (en obligeant les entreprises à produire autrement ou à se reconvertir dans des activités moins polluantes, par exemple).

Les mesures expressément destinées à soutenir les entreprises sont incontestablement néolibérales, dans la ligne des politiques mises en place depuis les années 1990. Par exemple, les propositions 44 à 51 annoncent un allègement de « la complexité administrative et fiscale » pour les PME-TPE, non seulement par la généralisation du titre emploi service entreprises, mais aussi par l’affaiblissement des règles concernant la représentation des salariés. Il promet surtout d’aller plus loin dans les baisses de l’impôt sur les sociétés et les exonérations de cotisations : il s’agit de réduire les « charges sociales des TPE-PME de façon lisible et significative ». Aucune contrepartie sous forme de création d’emplois n’est prévue, les avantages accordés n’étant conditionnés qu’au seul « maintien de l’emploi ».

Des avantages socio-fiscaux bénéficiant surtout aux riches En matière de fiscalité et de protection sociale, quelques propositions semblent traduire un souci de justice sociale : refus d’augmenter la TVA, maintien de l’Impôt sur la fortune et baisse de 10 % de l’impôt sur le revenu sur les trois premières tranches (propositions 74-75).

Qu’on ne s’y trompe pas, les mesures annoncées vont surtout avantager les gros rentiers.

Par exemple, il s’agit de permettre « à chaque parent de transmettre sans taxation 100 000 euros tous les cinq ans (au lieu de quinze actuellement) » et d’augmenter « le plafond des donations sans taxation aux petits-enfants à 50 000 euros, également tous les cinq ans » (proposition 56). Qui peut donner tous les cinq ans (au lieu de tous les quinze ans) 100 000 euros à ses enfants et 50 000 euros à ses petits-enfants ? Pas grand monde.

N’oublions pas que les inégalités de patrimoine sont très importantes en France : tandis que le patrimoine net médian d’un ménage dont le réfèrent est un ouvrier non qualifié est de 16 400 euros, celui dont le référent occupe une profession libérale atteint 377 900 euros12. Les 10 % des ménages les plus riches disposent d’un patrimoine net moyen de plus de 530 000 euros, contre 3 000 euros pour les 10 % les plus pauvres… En tout cas, au nom de la « solidarité 12 Ferrante A., Guillas D., Solotareff R., 2016, « Entre 2010 et 2015, les inégalités de patrimoine se réduisent légèrement », Insee Première, n°1621, novembre. 8 intergénérationnelle », les taxes sur ces donations sont autant d’argent qui n’ira pas dans les caisses de l’État. Comble de l’ironie, la mesure est absurdement classée dans la section « Garantir la protection sociale » alors qu’elle contribuera au contraire à amoindrir les ressources des budgets publics permettant de financer entre autres la protection sociale.
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