Sociologie du travail elsevier sociologie du travail 44 (2002) 457-460 Renaud Sainsaulieu








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SOCIOLOGIE


DU TRAVAIL


ELSEVIER

Sociologie du travail 44 (2002) 457-460

Renaud Sainsaulieu




Françoise Piotet *



Laboratoire Georges - Friedmann, Université de Paris-1 Panthéon - Sorbonne, CNRS, 16, boulevard Carnot, 92340 Bourg-la-Reine, France

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Renaud Sainsaulieu qui devait prendre sa retraite à la fin de l'année 2002 au sommet d'une carrière académique accomplie nous a quittés bien trop tôt. Professeur des universités à l'Institut d'études politiques de Paris, il avait en charge l'enseignement de la sociologie de l'entreprise. Il dirigeait à Sciences Pô le DESS « Management et politiques d'entreprise. Ressources humaines, développement social et emploi » qu'il y avait créé voilà vingt ans. Sur les thèmes liés au « développement social d'entreprise », il a également ouvert à Sciences Pô un cycle de formation continue réservé aux cadres d'entreprises. Longtemps directeur du Laboratoire de sociologie du changement des institutions (LSCI) dont il avait été le créateur, il dirigeait toujours en son sein une équipe fortement investie dans des enquêtes de terrain. Président honoraire de l'Association internationale des sociologues de langue française (AISLF), il a su, lors de sa présidence, donner force et vie à une association qui cherchait les moyens de se structurer pour développer son action. Cette énumération certainement non exhaustive des fonctions qu'occupait R. Sainsaulieu et de ses titres au moment où il nous a quittés témoigne, plus encore que de la plénitude et de la réussite d'une carrière universitaire, de l'esprit d'entreprendre qui l'a animé tout au long de sa vie.
«Issu de deux familles bourgeoises, l'une industrielle et l'autre d'architectes» (Sainsaulieu, 1977, p. 17)1, R. Sainsaulieu fera une licence de droit puis des études à l'Institut de psychologie de la Sorbonne d'où il sortira avec un diplôme de psychologue industriel. Après son service militaire en Algérie en 1961 comme sous-lieutenant et comme psychologue, comme psychologue, il effectuera un séjour d'un an à l'université Cornell aux Etats – Unis où il approfondira sa connaissance des travaux américains de psychologie industrielle. C'est lors de ce séjour qu'il traduisit et adapta l'ouvrage de J. Tiffin et C. McCormick sur la Psychologie industrielle (Tiffin et McCormick, 1967). En 1963, il rejoint Michel Crozier au Centre de sociologie européenne et participera en 1966 à la création du Groupe de sociologie des organisations (GSO) rattaché au CNRS. Pendant cette première période, il conduira une enquête sur la formation à EDF, et assurera la coordination d'une recherche sur l'audience de la télévision auprès des classes sociales défavorisées (Sainsaulieu, 1966). Cette participation aux travaux collectifs de l'équipe alors installée rue Geoffroy-Saint-Hilaire ne détourne cependant pas R. Sainsaulieu de son intérêt premier pour le monde du travail. Au début de la création du GSO, il entreprend une observation participante dont il rendra compte dans le premier chapitre de L'identité au travail : «... Je trouvais le moyen de me faire embaucher, à quelques mois d'intervalle dans deux entreprises, l'une de petite mécanique où j'étais OS sur une chaîne de polissage, et l'autre d'alimentation où j'ai d'abord été manœuvre dans une chaîne de fours, et ensuite opérateur conducteur spécialisé d'un grand four à biscuits dans une autre usine » (Sainsaulieu, 1977, p. 18). Au-delà de la qualité de la narration de ce qu'il a pu vivre et observer, on trouve dans ce chapitre les raisons qui vont motiver tout au long de sa vie, son travail de recherche et la conception qu'il forge alors de son métier de sociologue : comprendre la manière dont le travail est conçu et organisé et en cerner les effets sur l'identité des salariés ; donner ensuite les moyens aux acteurs d'acquérir « le pouvoir d'être eux-mêmes » (Sainsaulieu, 1977, p. 30). Il s'engage alors dans un important travail de recherche qui doit aboutir à la grande thèse qui fait toujours référence, thèse soutenue à la Sorbonne en 1976 et publiée en 1977 sous le titre L'identité au travail et dont le sous-titre spécifie l'objet : Les effets culturels de l'organisation. Avant même son achèvement, il publiera sous le titre Les relations de travail à l'usine (Sainsaulieu, 1972) les résultats d'une première enquête où sont déjà testés les principales hypothèses développées dans sa thèse.
Le GSO devient en 1975 le Centre de sociologie des organisations (CSO). Au sein du laboratoire, il crée avec Pierre Grémion et Jean-Pierre Worms une équipe dont il assurera la direction et dont le titre est révélateur des objectifs qu'il poursuit : « Mode d'action et de création institutionnelle » (MACI). Élu professeur à Sciences Politiques en 1977, il se verra confier, en 1979 par Edmond Lille une mission visant à impulser une dynamique nouvelle au Centre d'études sociologiques. Il crée alors le LSCI, qui sera reconnu laboratoire propre du CNRS.
Cette reconnaissance institutionnelle semble stimuler son désir de transmission des connaissances aux acteurs de terrain afin de rendre leur action plus efficace. À l'occasion de deux recherches, l'une avec des travailleurs sociaux (Chevreuse, 1979), l'autre avec des formateurs du CESI (Sainsaulieu et CESI, 1981), il élabore une méthode de recherche conjointe avec les acteurs. Il s'agit de former et d'informer suffisamment les acteurs concernés pour les rendre capables de participer au travail de recherche et de diagnostic sociologique et leur permettre d'acquérir la distance nécessaire pour se transformer en véritables agents du changement dans les institutions au sein desquelles ils travaillent. Pour R. Sainsaulieu, l'enjeu est essentiel : « On a souvent l'impression » écrit-il en introduction de l'ouvrage rédigé en collaboration avec les formateurs du CESI « que le raffinement des analyses de système ou de processus d'évolution culturelle débouche sur une sorte d'impasse imaginative, comme s'il était plus facile, et même presque fascinant, de démontrer les mécanismes sociaux de la reproduction et de la résistance des forces installées, que de percevoir les voies, par ailleurs désirées, d'une action concrète menant aux changements. La sociologie ne servirait-elle donc qu'à se faire une raison, une sorte de conscience malheureuse, face aux complexités des dominations et des contraintes, tout juste mieux connues ? ».
Le rôle joué par l'entreprise dans la société tiendra dès lors une place prépondérante dans sa réflexion. Cette orientation est déjà sensible dans le cours qu'il dispense à Sciences Pô (Sainsaulieu, 1987)2 intitulé « Sociologie de l'organisation et de l'entreprise ». En 1985, avec l'appui du Pirttem, il fonde et anime un groupe de travail rassemblant des sociologues « marqués par l'entreprise » qui travaillera quatre années durant à « l'élaboration d'une définition sociologique de l'entreprise ». Avant même l'achèvement de ce travail, R. Sainsaulieu et Denis Segrestin proposeront une communication aux Journées de Sociologie du travail qui suscitera un vrai débat dans le milieu des sociologues du travail (Sainsaulieu et Segrestin, 1986). La question de l'éventuelle nature institutionnelle de l'entreprise est désormais ouverte, elle est loin d'être tranchée même si s'opère un consensus autour de l'idée que l'entreprise est bien une « affaire de société » (Sainsaulieu, 1990).

Parallèlement à cette réflexion conduite avec des collègues, il poursuit avec les membres de son laboratoire une longue enquête de terrain (une centaine de monographies d'entreprises ou d'établissements) visant à élaborer une typologie des « mondes sociaux de l'entreprise » (Francfort et al., 1995) et il rédige avec l'auteur de ces lignes un ouvrage dont l'objectif est de mettre à la disposition du plus grand nombre et en particulier des acteurs au sein de l'entreprise, les instruments d'analyse permettant l'élaboration de diagnostics sociologiques mais aussi le soutien et l'évaluation de l'action (Piotet et Sainsaulieu, 1994). Avec Jean-Louis Laville, il s'intéressera à la sociologie des associations (Laville et Sainsaulieu, 1999), mais l'entreprise restera jusqu'à la fin de sa vie au centre de ses préoccupations comme en témoigne son dernier ouvrage présentant les réflexions sur « l'éthique et la gestion d'entreprise » (Olivier et Sainsaulieu, 2001) d'hommes et de femmes d'entreprises réunis au sein du groupe « Confrontations »3.


Dans notre univers académique, R. Sainsaulieu occupe une place à part. Lors du colloque organisé en son honneur 4, P. Grémion le définissait comme « un militant entrepreneur ». Tout ce qui vient d'être dit témoigne de ses qualités d'entrepreneur. Son militantisme avait une cause singulière que l'on découvre parfaitement exprimée dans sa thèse si l'on prend la peine de relire le chapitre consacre aux « Identités collectives et reconnaissance de soi dans le travail ». La relecture du schéma hégélien de la reconnaissance de soi à laquelle il se livre et que reprend aujourd'hui Axel Honneth (Honneth, 2000), sa confrontation avec les travaux des psychologues et l'approche psychanalytique lui font concevoir une anthropologie de l'acteur fort éloignée de celle de M. Crozier. Son engagement intellectuel et militant se centrera alors sur la formation initiale et continue de celles et de ceux qui auront pour mission de se consacrer à « l'action transformatrice » de l'entreprise afin que chacun puisse découvrir, au moins dans le travail, « le pouvoir d'être soi ».
L'identité au travail est et restera une contribution majeure à la sociologie du travail. Le charisme de R. Sainsaulieu, son imagination débordante et sa personnalité si généreuse ont profondément marqué des générations d'étudiants, de chercheurs français et étrangers, en particulier ceux des pays de l'Est et de l'Afrique francophone. Les formateurs, les consultants, les syndicalistes, les cadres qui ont croisé son chemin savent combien il a influencé leur vision du monde. Sa disparition douloureuse nous prive d'un guide entreprenant et, bien au-delà, d'un ami si fidèle.


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* Auteur correspondant.

Adresse e-mail : francoise.piotet@wanadoo.fr (F. Piotet).

1 Cet ouvrage sera réédité trois fois, la dernière édition (1988) figurant désormais dans la collection « Références » des Presses de la FNSP ».

2 La seconde édition de ce cours publié en 1997 a pour titre : Sociologie de l'entreprise et mentionne en sous-titre : Organisation, culture et développement.

3 « Confrontations » est une association d'intellectuels chrétiens fondée en 1978 à la suite du CCIF.

4 « Construction d'identités, construction de sociétés », colloque en l'honneur de Renaud Sainsaulieu, Abbaye de Royaumont, 4-5 juin 2002.
Références :
Chevreuse, C., 1979. Pratiques inventives du travail social. Éditions ouvrières, coll « Politique sociale » Paris.

Francfort, I., Osty, F., Sainsaulieu, R., Uhalde, M., 1995. Les mondes sociaux de l'entreprise. Desclée de Brouwer, Paris.

Honneth, A., 2000. La lutte pour la reconnaissance. Le Cerf, Paris (1" édition en 1992).

Laville, J.L., Sainsaulieu, R. (Eds.), 1999. Sociologie de l'association. Desclée de Brouwer, Paris.

Olivier, B., Sainsaulieu, R., 2001. L'entreprise en débat. Presses de la FNSP, Paris.

Piotet, F., Sainsaulieu, R., 1994. Méthodes pour une sociologie de l'entreprise. Presses de la FNSP, Paris, Prix Albert Costa de Beauregard.

Sainsaulieu, R., 1966. Les classes sociales défavorisées en face de la télévision. Quelques hypothèses. Revue française de sociologie 7 (2), 201-214.

Sainsaulieu, R., 1972. Les relations de travail à l'usine. Les Éditions d'organisation, coll. « Sociologie des organisations » dirigée par M. Crozier, Paris.

Sainsaulieu, R., 1977. L'identité au travail. Les effets culturels de l'organisation. Presses de la FNSP, Paris (1" édition).

Sainsaulieu, R., 1987. Sociologie de l'organisation et de l'entreprise. Presses de la FNSP/DalIoz, Paris.

Sainsaulieu, R. (Ed.), 1990. L'entreprise une affaire de société. Presses de la FNSP, Paris.

Sainsaulieu, R., CESI, 1981. L'effet formation en entreprise. Préface de G. Lajoinie. Dunod, Paris.

Sainsaulieu, R., Segrestin, D., 1986. Vers une théorie sociologique de l'entreprise. Sociologie du travail 3 (28) 335-352.

Tiffin, J., McCormick, C., 1967. Psychologie industrielle. Puf, Paris (traduction et adaptation française de R. Sainsaulieu).
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