La vie littéraire








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Washington Irving

Contes d’un voyageur



BeQ

Washington Irving

Contes d’un voyageur

Deuxième partie

Traduit par Lebègue d’Auteuil

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 990 : version 1.0

Du même auteur, à la Bibliothèque :

Rip

Contes d’un voyageur I

Contes d’un voyageur

II

Édition de référence :

Chez Boulland et Cie, Libraires, 1825.

Numérisation : Serge Pilon.

Relecture : Jean-Yves Dupuis.

La vie littéraire


Parmi les divers objets qui piquent la curiosité d’un voyageur, j’avais depuis longtemps le plus vif désir de recueillir quelques anecdotes sur la vie des gens de lettres ; et me trouvant à Londres, un des endroits les plus renommés pour la publication des livres, j’étais extrêmement curieux de connaître l’espèce d’animaux qui les produit. Le hasard me mit heureusement en relation avec un littérateur nommé Buckthorne, personnage qui habitait depuis longtemps la métropole, et qui pouvait me tracer l’histoire naturelle de tous les animaux étranges que l’on rencontre dans cette vaste forêt. Il s’empressa de me communiquer quelques renseignements utiles sur l’objet de mes recherches.

« Le monde littéraire, dit-il, est composé de petites confédérations dont chacune regarde ses membres comme les flambeaux de l’univers, et considère les autres comme de simples météores passagers, condamnés à tomber bientôt, et à être oubliés, tandis que ses propres lumières brilleront d’un éclat non interrompu à toute éternité.

– Et comment, s’il vous plaît, lui dis-je s’introduit-on dans ces confédérations dont vous me parlez. Je pense que le commerce entre auteurs est une espèce de troc d’esprit, où chacun doit apporter des marchandises en échange, et où l’on ne donne jamais rien pour rien. »

– Oh ! bah ! comme vous vous trompez, dit Buckthorne en souriant : ne croyez jamais que ce soit en brillant que l’on obtient la faveur des beaux esprits. Ils vont dans la société pour briller eux-mêmes et non pour admirer l’éclat des autres. Je pensais autrefois comme vous, et je ne me rendais jamais dans une réunion littéraire sans avoir étudié d’avance mon rôle. Il en résulta que j’eus bientôt la réputation d’un insupportable discoureur ; et qu’en peu de temps j’eusse été complètement excommunié, si je n’avais changé de système. Non, monsieur, il n’y a point de qualité qui ait plus de succès chez les beaux esprits que celle de savoir écouter ; ou bien, si vous êtes jamais éloquent, soyez-le en tête-à-tête avec un auteur ; louez alors ses ouvrages, ou ce qui lui plaira presque autant, dépréciez les ouvrages de ses contemporains. Quand, même il dirait du bien des productions d’un de ses amis intimes, soutenez hardiment l’opinion contraire ; décidez que son ami est une buse : ne craignez pas de l’offenser ; on parle beaucoup de l’irritabilité des auteurs ; je n’en trouvai jamais un qui se fâchât, de contradictions de ce genre. Non, non, monsieur, les auteurs conviennent des défauts de leurs amis avec une candeur toute particulière. De plus, je dois vous engager à être extrêmement sobre de remarques sur les ouvrages modernes, si ce n’est pour faire des observations satiriques contre les écrivains les plus distingués de notre temps.

– Parbleu, lui dis-je, je ne louerai personne qui ne soit mort depuis un demi-siècle, au moins.

– Même alors, observa M. Buckthorne, je vous conseillerai beaucoup de circonspection ; car vous devez savoir que plusieurs anciens écrivains ont été enrôlés sous les bannières de sectes différentes, et que leur mérite est devenu l’objet de discussions de parti, aussi vives que celles qui concernent le mérite des hommes d’état et des politiques de nos jours. Il y a même dans notre littérature des périodes entières, absolument en état de blocus, ou tabouées, pour me servir d’une expression de la mer du Sud1. Ce serait, par exemple, risquer, dans certains cercles, sa réputation d’homme de goût, que de dire un mot d’éloge sur quelque écrivain du règne de Charles II, ou même de la reine Anne, tous ces auteurs étant déclarés des Français déguisés.

– Comment, lui dis-je, pourrai-je savoir si je parcours une terre sauve, étranger comme je le suis aux bornes littéraires et à la ligne des frontières du goût à la mode.

– Oh ! répondit-il, il y a heureusement dans la littérature un espace qui forme une sorte de terrain neutre, sur lequel tous les gens de lettres se traitent en amis, et se livrent sans contrainte à l’excès de leur humeur bienveillante : c’est le règne d’Elisabeth et celui de Jacques. Ici, vous pouvez louer à tort et à travers ; ici, vous pouvez en prendre à souhait et y revenir encore1. Plus l’auteur est obscur, plus le style est rocailleux et affecté, et plus votre admiration portera le caractère du tact d’un véritable connaisseur, dont le goût, semblable à celui des épicuriens, préfère le gibier qui a le fumet le plus prononcé.

« Mais, continua-t-il, puisque vous paraissez curieux de connaître quelque chose des sociétés littéraires, je saisirai l’occasion de vous introduire dans une coterie où se réunissent les talents du jour. Je ne vous réponds pas, cependant, qu’ils soient tous du premier ordre. Je ne sais pourquoi, mais nos grands génies n’aiment pas à se mettre en bandes : ils ne vont pas en troupeau ; ils s’élancent séparément dans la société. Ils préfèrent se mêler, comme des hommes vulgaires, dans la multitude et ne conservent rien de l’auteur, si ce n’est la gloire. Les classes inférieures seules parquent ensemble, acquièrent de la force et de l’importance par leur réunion, et portent tous les caractères distinctifs de l’espèce. »
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