Thème : l'initié, est celui qui est admis à la connaissance, à la participation aux mystères : IL est








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date de publication28.04.2018
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QU’EST-CE QU’UN ORDRE INITIATIQUE ?

Cercle Condorcet Brossolette

Conférence du 11 novembre 2006
Tenter de répondre à cette question revient à se tourner vers les significations possibles des termes « Ordre » et « Initiatique », dans le cadre qui anime mes propos d’aujourd’hui, c’est-à-dire celui de la Grande Loge de France travaillant au Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Le mot initiation vient du latin initiatio, adjectif du verbe initier  (latin : initiare), de initium, impliquant l’idée de « commencement, de début », « d’entrée », ce qui la situe comme point de départ d'un mouvement, d'une dyna­mique, d’un chemin d’exil (Louis Trébuchet PVI 141) d'une aventure (Francis Ducluzeau PVI 141)...
Dans toute l'histoire de l'humanité nous rencontrons toujours ce thème : l'initié, est celui qui est admis à la connaissance, à la participation aux mystères : il est celui qui sait. Dans l'antiquité existaient de nombreux cultes dits à « Mystères » tout autour de la Méditerranée. Il y avait des initiations consacrées entre autres à Isis, à Osiris, à Cybèle, Orphée ou à Héraclès, etc. On y célébrait aussi Dionysos (le deux fois né) à travers un ensemble de rites ayant permettant de préparer la personnalité du futur initié à la révélation qu'il allait recevoir au moment de l'initiation.
Depuis les mystères d'Isis en Égypte et ceux de Déméter en Grèce à Éleusis, jusqu'à la Franc-maçonnerie, en passant par les sociétés les plus primitives, chaque espace culturel renferme sa propre initiation. Au XVIII° siècle, le vocable « Initiation », attesté dès le XV° siècle, était compris dans le sens d’admission dans la religion chrétienne ou aux religions anciennes et était considéré comme un accès à une nouvelle vie : initium novae vitae
Aujourd’hui, l’emploi de ce terme s’est généralisé pour signifier le fait de mettre au courant un individu aussi bien d’une science, d’un art que d’une profession, alors qu’il désignait originellement surtout l’ensemble des cérémonies par lesquelles on était admis à la connaissance de certains « mystères ». On comprendra facilement d’ailleurs comment et pourquoi l’on est passé du sens plus ancien au plus moderne, les pratiques de divers métiers étant gardées secrètes par les maîtres qui ne les révélaient que peu à peu à leurs apprentis.
D'une manière générale, l'initié est admis aux activités particulières d'une société, d'une association, le terme qualifiant aussi de nos jours toute procédure, action, passage, épreuve, qui transforme une personne en un autre. A l’heure actuelle, le terme est largement galvaudé : parcours initiatique dans un film, voyage initiatique, délit d’initié…
Selon les traditions, l'initié vivait dans son corps et sa conscience , comme autant de stades de découvertes intérieures et de transformations censées conduire le disciple ou l'élève de son état actuel à un état d'être plus élevé, voire divin.

A cet égard, les écrits néo-platoniciens attribués à Hermès Trismégiste, (une véritable référence en matière d'ésotérisme !) disent bien: « l'homme est un dieu mortel ...Dieu est un homme immortel ».
L'ethnologue Georges Dumézil, dans ses études sur les civili­sations indo-européennes, a montré qu'elles se fondaient sur une vision de la tripartition des fonc­tions sociales, à partir d'une base essentiellement patriarcale. Il distingue la fonction de puissance combattante et de la force physique, celle de la fécondité et de la production de richesses et celle du pouvoir spirituel, de la sagesse. Cette tripartition d'origine va se perpétuer dans toutes les civilisations qui ont essaimé à partir de la souche mère indo­européenne…
Les ethnologues reconnaissent généralement trois types d’initiations : celles qui font entrer les jeunes gens dans la catégorie des adultes (initiations tribales), celles qui font abandonner la condition humaine normale pour accéder à la possession de pouvoirs surnaturels (initiations magiques) et enfin celles qui ouvrent l’accès à des confréries fermées (initiations religieuses).
Dans les « sociétés archaïques », l'initiation comporte généralement une triple révéla­tion : celle du sacré, celle de la mort et celle de la sexualité. L'enfant ignore toutes ces expériences; l'initié les connaît, les assume et les intègre dans sa nouvelle personnalité. De plus, si le néophyte meurt à sa vie infantile, profane, non-régénérée, c’est pour renaître à une nouvelle existence, sanctifié, à un mode d'être qui rend possible la connaissance, la science. L'initié n'est pas seulement un « nouveau-né» ou un « ressuscité», il est un homme qui sait, qui connaît les mystères, qui a eu des révélations d'ordre métaphysique. (Mircea Eliade)
Toute initiation comporte des rites de passage ; que ce soit le passage à la naissance, au mariage et à la mort ou d'une classe d'âge à une autre (de l'enfance ou de l'adolescence à la jeunesse) il s'agit dans chacun de ces cas toujours d'une initiation, car partout intervient un chan­gement radical de régime ontologique et de statut social. Toute existence cosmique est prédestinée au « pas­sage» : l'homme passe de la pré-vie à la vie et finalement à la mort, comme l'Ancêtre mythique est passé de la préexistence à l'existence et le Soleil des ténèbres à la lumière.
Toute forme de « Cosmos », l'Univers, la maison, le corps humain (et le Temple pour le Franc-maçon !) est pourvue d'une «ouverture» supérieure, qui rend possible le passage d'un mode d'être à un autre, d'une situation existentielle à une autre, en répétant rituellement la cosmogonie, c'est-à-dire le passage exemplaire du virtuel au formel. L'initiation équivaut ainsi à une maturation spirituelle.
Au cours d’initiations tribales, existe souvent une cabane initiatique symbolisant le ventre maternel et dans laquelle les candidats sont instruits dans les traditions secrètes de la tribu.

La mort symbolique du néophyte signifie une régression à l'état embryonnaire, mais aussi et surtout dans une acception cosmologique : l'état fœtal équivaut à une régression provisoire au mode virtuel, pré cosmique. Avec l'initiation tout recommence, et le symbolisme de la deuxième naissance s'exprime par des gestes concrets  indiquant que la mort est la condition première de toute régénération mystique.
Dans la plupart des scenarii initiatiques l'accès à la spiritualité se traduit pour les sociétés archaïques, par un symbolisme de la Mort c’est-à-dire le dépassement de la condition profane, de «l’homme naturel», ignorant du sacré, aveugle à l'es­prit. Le mystère de l'initiation laisse découvrir peu à peu au néophyte les vraies dimensions de l'existence…
Scenarii initiatiques

S’il existe des « jeux initiatiques » remontant à la plus haute antiquité ou au Moyen Âge, ceux-ci semblaient s’adresser à l’enfant. Tel est le cas de la marelle, surnommée « Les sept marches du paradis », ou Jeu de l’Oie : il est initiatique pour tous ceux qui admettent que le commencement de tout est une danse du dieu créateur qui, dans son enfance, a produit la ronde des sphères et le jeu de l’univers.

Il s’adresse à ceux que la tradition universelle nomme « hommes nobles », chevaliers ou guerriers, selon les règles d’une guerre sainte dans laquelle l’arme du combattant est l’amour (G. de Sorval)

Symboles, images, archétypes engendrent chez l'enfant des forces qui l'initieront à la vie et à la découverte de lui-même. Cette action double, merveilleuse, inhérente aux contes de fées, combat la tendance au clivage conflictuel que l’homme subit entre spirituel et matériel. La puissance initiatique des archétypes retrouvés dans les contes de fées, a été largement mise en évidence, en particulier par M.-L. von Franz, mais également, et plus récemment, par Dennis Boyes, dans un ouvrage dans lequel mon attention a été particulièrement retenue par le caractère initiatique des quatre éléments, sous un éclairage bien différent des évocations traditionnelles ou alchimiques, ou encore des voyages de nos cérémonies d’initiation maçonnique !
Depuis des temps immémoriaux, les hommes abusent de la terre, de l'eau, de l'air et du feu. Les éléments qui régissent ces domaines, réagissent spontané­ment aux désordres en vue de rétablir l'harmonie, mais lorsque l'abus dépasse les limites, les éléments se déchaînent et deviennent destructeurs. Les événements, les difficultés ou les catastrophes qui surviennent dans les contes de fées témoignent de la cause des destructions dans les courants énergétiques corrompus venant des humains (catastrophe de l'Atlantide, Déluge de l'Ancien Testament, etc), ou par exemple d’un lac s'ouvrant le jour de Noël pour inciter le méchant roi à descendre y chercher son or, puis qui se referme au-dessus de lui pour le noyer. Ainsi :
L’Air : Lorsque l'homme pèche par ses ­désirs pervers, ses pensées confuses et négatives, ses émotions dévastatrices, etc., il agit défavorablement sur les esprits de l'air : tels qu’elfes et sylphes, par exemple. Ceux-ci se vengent en érigeant un mur de vent pour l'empêcher d'avan­cer, ou en créant un tourbillon qui l'enlèvera, ou en provoquant un ouragan qui détruira sa maison et ses bêtes. Les problèmes liés à l'élément Air incitent l'homme à maîtriser ses pensées, sa jalousie, sous peine de tomber, victime d'une sorcière ou d'un dragon. Dans les contes, le héros doit voler, arrêter le souffle du vent, retenir son haleine pour ne pas être entendu.

L’Eau : Les éléments de l'Eau interviennent quand la faute commise, consiste en une utilisa­tion négative du fluide énergétique, par paresse, indifférence, défaitisme, transmission d'ondes néfastes à autrui, etc. : des sirènes font couler un bateau, des ondines emprisonnent quelqu'un au fond d'un lac, des nymphes séduisent et noient l'homme imprudent. Pour apprivoiser l’élément Eau, le héros doit traverser à la nage une rivière dangereuse, calmer une tempête, transformer l'eau en élixir, descendre dans un lac avec une ondine, etc., qui propose aux humains de purifier leur énergie afin de ne pas être engloutis sous les eaux, avalés par un mons­tre marin, ou rendus fous par un amour impossi­ble pour une nymphe irrésistible.
La Terre : Les difficultés dérivant de l'élément Terre, comme l'inertie, le matérialisme, la dégradation corporelle, la maladie, peuvent être éliminées grâce à une utilisation sage du même élément dans le travail. Telle est l'interprétation possible des situations où, dans les contes, quelqu'un est obligé de tra­vailler la terre longuement et humblement, rappelant ainsi le mythe de la Chute et du Paradis perdu. L'homme qui lutte pour surmonter la résistance de la matière, surtout quand il ne s'attache pas aux fruits de son travail, développe des forces morales qui spiritualisent son corps et les substances qu'il manipule, les rendant plus légers, plus clairs et plus aptes à exprimer l'Indivi­dualité profonde.
Le Feu : Le héros les contes de fées doit souvent affronter l'épreuve du Feu, passer à travers un mur de flammes, barrière devant l'orgueilleux, qui brûlent le méchant, calcinent la lan­gue du menteur, incendient les biens du vengeur et rendent fous ou malades les violents … Les esprits du feu exhortent l’homme à dépasser son ego par le dévouement, l'acte désintéressé, et la méditation faute de quoi il tombera, comme le méchant sorcier, dans les griffes du démon. Lorsque l'homme abuse de son ego en faisant le mal froidement et délibérément, il irrite les entités du Feu : salaman­dres et autres. Le feu agit sur les perversions de l'ego, purifié par celui-ci même qui le menaçait.

Toutefois l'aspect nocif des éléments, tel que cela vient d’être évoqué, est provisoire, car dès que l'homme se corrige, les fées, ondines et salamandres cherchent à collaborer avec lui pour construire des œuvres positives qui s'intègrent à la nature au lieu de la détruire.
Dans l’alchimie occidentale, les quatre éléments sont parfois représentés aux quatre extrémités d’une croix, inscrite dans un cercle dénommé cycle de Platon et rendant compte d’un échange périodique continu entre ceux-ci. Mais on décrit aussi un 5ème élément, comme cela est référé dans l’alchimie chinoise, appelé Ether ou Quintessence, qui ouvre des perspectives initiatiques particulièrement fortes ; pourquoi ne pas situer l’Homme au centre d’un tel signe, idée qui n’est pas étrangère à la vocation humaniste de la Franc –maçonnerie ?

L'initiation maçonnique



Pour entrer en Franc-maçonnerie, écrivait récemment José Barthomeuf ( PVI 141), il faut avoir le cœur à l'aventure, le goût de la découverte, le désir de connaissance, le besoin de perfectionnement, la volonté de progrès, l'aptitude au bonheur et la soif de conquête: il faut être un aventurier de l'esprit.

Mais si certaines voies spirituelles peuvent conduire à un mys­ticisme passif, l'initiation maçonnique induit une méthode active im­médiate, une expérience à faire par soi-même. De plus, le « commence­ment» met en lumière, une quête a déjà commencé, bien avant la cérémonie de l'initiation, une recherche consciente ou inconsciente qui révèle un besoin, un manque indéfinissable mais bien réel.



En Franc-maçonnerie, un Degré (ou Grade) détenu par un maçon est en fait une balise qui indique le chemin parcouru dans la progression initiatique: les maçons se considèrent toujours comme des hommes animés du désir de perfectionnement, et pour qui un tel chemin à parcourir reste sans borne. Et c’est la le privilège de ceux que l’on nomme souvent de Grands Initiés : ils sont au début du chemin et ont une vision complète de celui à parcourir…
Nous avons vu que les processus initiatiques de sociétés ou cultures anciennes comportaient un certain nombre d’épreuves, parfois cruelles ou mutilantes. Au cours des cérémonies d’initiation maçonnique, l’impétrant ne subit fort heureusement que des épreuves symboliques.
Le Franc Maçon est un chercheur de vérité : il est généralement admis qu’il existe trois directions pour approcher de la vérité :

  • la voie rationnelle,

  • la voie mystique,

  • la voie initiatique.


La Maçonnerie, sans négliger les deux premières, a choisi de privilégier cette dernière (la voie initiatique), ce qui implique une certaine forme d’esprit. Elle s’appuie donc sur les symboles et le rituel. Bien que le concept de rituel ne soit pas spécifique à la Franc­- Maçonnerie, très vite s’impose le constat que l’initiation est inséparable d’un accomplissement rituellique.
Dans l’initiation maçonnique, le passage n’est plus du statut d’enfant à celui d’adulte mais du domaine profane au domaine sacré : il s’agit de détruire la personnalité ancienne pour accéder à une personnalité nouvelle, supérieure, donc d’une mort et d’une renaissance.

Le processus initiati­que du Maçon comporte trois étapes :


  1. La séparation avec ce que nous avons coutume d’appeler « le monde profane », par le passage de la Mort du vieil homme et la naissance à un monde nouveau, par la venue en Loge de l'initié. Séparer le sacré du profane et en placer l'initié dans une relation avec le cosmos, c'est situer l'homme en médiateur entre le ciel et la terre, c'est-à-dire entre le sacré et le profane à la fois intérieur et extérieur.

  2. L'incorporation dans un nou­veau monde, avec l'expérience initia­tique et le perfectionnement de soi-même.

  3. La substitution qui apporte une nouvelle identité et un nouveau rôle: l'Apprenti devient un être "agissant", un Maçon actif et responsa­ble dans sa Loge. Substituer, c’est faire revivre le mythe et le symbole et, ce faisant, répé­ter les gestes des dieux.


L’initiation maçonnique, qui s’appuie fortement sur la tradition, laquelle s'enracine elle-même dans une culture résultant de la triple rencontre du judaïsme, de l'hellénisme et du christianisme, récuse, même si elle se trouve au carrefour de la raison et de la mystique, toute proposition ou toute réponse dog­matique aux questions fondamentales, que le dogme soit celui du rationalisme extrême ou celui d’un foi aveugle.

Sans doute n’est-il pas inutile ici de se souvenir de ce que l’on entend par Tradition : un savoir immémorial et absolu, auquel l'initié semble relié. Elle est ainsi la chaîne, le maillon qui relie chaque initié à ses prédécesseurs, à ses initiateurs depuis l'origine des temps, le fruit d'un désir de certitudes et de pérennité.
Les termes d'Initiation et de Tradition peuvent être reliés si on les définit par l' « éveil des facultés purement spirituelles », latentes en chaque homme, faisant disparaître les apparentes séparations entre les hommes, les cultures, les religions, et donnant ainsi tout son relief à la Déclaration de Principes du Convent de Lausanne (Sept. 1875) du Rite Écossais Ancien et Accepté : la Franc-maçonnerie est ouverte aux hommes de toute nationalité, de toute race, de toute croyance,elle a pour but de lutter contre l'ignorance sous toutes ses formes.
Si l’on traduit le terme d'« initiation » par l'éveil d'un pouvoir supramental, (du sanscrit: Manas, racine: « man », penser, le terme étant attribué à Shri Aurobindo), c’est-à-dire par les éveils successifs de niveaux de conscience supérieurs au mental humain, ils sont rendus accessibles par un travail intérieur persévérant, (prière, attention, concentration, méditation, contemplation, extase, etc.). Cette « intelligence » supramentale est le « Noûs » dans la tradition hermétique, correspondant aussi aux plans Bouddhique du « Nirvana » ou Atmique Hindouiste, ainsi qu’aux plans dits spirituels ou ciels des Chrétiens.

La Franc maçonnerie, elle, tente de relier en permanence deux énergies antagonistes, constitutives de la psyché: l'énergie de lien et l'énergie de différence. L'énergie de lien rassemble, recherche l'indifférencié, la totalité originelle : elle prendra pour vêtements les symboles

du Grand Architecte de l'Univers, de la Fraternité, de Loge mère, du nom de Frères, des lacs d'amour...

L'énergie de différence qui pousse à la quête prospective, fonde son symbolisme sur les outils de la construction du Temple, sur la séparation, le voyage, le Chef d'Oeuvre (Jacques Fontaine). Les deux énergies sont rapatriées dans le Soi et s'opposent. C'est au “Moi” d'opérer la transmutation, de trouver le troisième point, la conjonction des opposés. Mais cette coïncidentia oppositorum ne peut se faire facilement, car choisir l'une serait renoncer à l'autre.

Ces conflits se jouent aussi sur la scène des "personnalités parcellaires" également rapatriées: conflits avec l'Ombre, l'Animus ou l'Anima, le Double, le Moi lui même, acteur et arbitre. Ce processus s'appelle, pour Carl Jung et son école, l'individuation, phénomène psychique qui est au cœur de la réali­sation initiatique, car «l'individuation n'a d'autre but que de libérer le Soi», c’est-à-dire à la fois des illusions de la Persona et de la force des images inconscientes : qui libère le Soi, libère le Moi, souligne Michel Meunier. Dans ce processus, les contenus inconscients accèdent à la conscience et l'illuminent.(Note 1) Et en Maçonnerie, c’est le rituel qui assume cette fonction : il fait vivre les archétypes par les symboles et les mythes. Ainsi, l’Individuation est l’accomplissement d’un chemin de renaissance.

L'initiation est le moment où l'on sort des bords de la circonfé­rence, de la multiplicité du monde. C'est le cercle: circonférence, surface et centre, le cercle de la roue des êtres, des choses. Après le cercle, le triangle, qui est tellement familier aux Francs-maçons, et signale le moment capital.
En effet, c'est en s'élevant que l'on peut accéder à l'intégration du deux : de l'opposition à la complémentarité, à la conjonction des opposés dont je parlai il y a un instant. Le triangle, par la médiation du 3, transforme le 2 en 1. A partir de ce moment, l'Esprit a compris que le chemin est ouvert vers l'Unité, car l'Homme a dépassé la césure et la brisure du deux, de la contra­diction, la dualité du Bien et du Mal…

La cérémonie d’Initiation maçonnique comporte des ruptures par les rites de passage.

L'incorporation dans un nouveau monde grâce à l'expérience initiatique, c'est la naissance de celui qui commence à vivre dans un monde complètement différent. A quelque degré que ce soit, l'initiation est sensibilisation, émotion et prise de conscience.
Note 1: Tant que l'archétype n'est pas vécu, il reste comme du bois sec». L'initié «cherche la vérité des archétypes sous les mensonges des mythes». Ainsi, l'individuation procure un démantèlement de la domination de l'inconscient. Quand les mythes sont dévoilés à la pleine lumière de la conscience, ils cessent de gouverner insidieusement le Moi. Le but fondamental de la conquête du Moi consiste donc à la venue à la conscience des contenus jusque là projetés. C'est le retrait des projections des personnalités parcellaires qui enrichit le Moi…

Les rituels ini­tiatiques, quels qu'ils soient, sont des ruptures destinées à sensibiliser, à émouvoir ou toucher au cœur et à faire prendre conscience, nous rappelle Jean Erceau.
Quant à ce que nous appelons « voyages initiatiques », ils sont ja­lonnés d’épreuves qui sont des ruptures de parcours, et les rituels proposent de vivre et de partager des ruptures, et sans ce vécu, il n'y a pas de transmission initiatique possi­ble car vivre un rituel initiatique du Rite Ecossais Ancien et Accepté sans en vivre les ruptures, c'est ni plus ni moins que faire du tou­risme », soulignait Jean Erceau.
Ces ruptures sont de trois sortes :

  • Rupture entre le profane et le sa­cré,

  • Rupture du temps et de l'espace,

  • Rupture de causalité (selon le principe que tout effet a une cause)


Mais si ces voyages sont autant de ruptures, les Francs- maçons ne considèrent pas la mort qui « est un voyage et le voyage est une mort » selon l’expression de Bachelard, comme une rupture, mais plutôt comme un changement d’état, car on meurt toujours à quelque chose qui n'était pas essentiel; on meurt surtout à la vie profane.
Génération, mort et régénération, «re-naissance », sont ainsi comprises comme les trois moments d'un même mystère, car in fine « les sombres eaux de la mort deviennent les eaux de la vie, la mort et sa froide étreinte sont le giron maternel tout comme la mer, bien qu'engloutissant le soleil, le réenfante dans ses profondeurs. . . Jamais la Vie n'a pu croire à la Mort! » disait Jung
Et lorsqu'un Maçon meurt, nous disons qu'il passe à l'Orient Éternel, terme provenant d'une expression empruntée à Gen.2 ;8 qui dit en substance: « L'Être éternel qui ne fait qu'un avec les vertus plante un jardin de délices, l'Orient (migedem) ». Pour le Franc-maçon, «passer à l'Orient Éternel», c'est revenir au commencement (gedem), dans le Principe, « l'Être éternel» qui ne fait qu'un avec les vertus (élohîm) dans l'Unité Première.
L'invincible solidarité qui unit tous les hommes vivants entre eux et aux défunts, est symbolisée par la chaîne d'union dans « cette Humanité constituée par une chaîne de tous ceux passés, présents et à venir ». Cette double union transcende les individualités et les divers particularismes qui leur sont attachés.

Un Ordre Initiatique, Symbolique, Traditionnel et Spirituel …(et Chevaleresque)
La Franc-maçonnerie est une démarche Initiatique par la Voie proposée, Symbolique par son enseignement, Traditionnelle par son incontestable historicité et sa référence au Rite, au Mythe et à l’Histoire des Hommes, Spirituelle par son invocation au Grand Architecte de L’Univers qui renvoie l’Homme à ses origines comme vers son destin. 
Afin d’éviter le célèbre « traduire c’est trahir » la meilleure définition sera peut-être de s’attacher à l'Article 1er de la Constitution de la Grande Loge de France, qui nous dit : « La Franc- maçonnerie est un ordre initiatique traditionnel et universel, fondé sur la fraternité. Elle constitue une alliance d'hommes libres et de bonnes mœurs, de toutes origines, de toutes nationalités et de toutes croyances ».

Ainsi, la Franc-maçonnerie, société de pensée de nature initiatique, à caractère fraternel et philanthropique, ne peut être assimilée ni à une secte, ni à une Église, ni à un parti politique, car elle n’est pas doctrinaire, elle n’impose aucune croyance, et elle ne cherche pas à conquérir le pouvoir.
La démarche initiatique représente la spécificité majeure du Rite Écossais Ancien et Accepté (Claude Collin). La première spécificité de ce rite, sur lequel s’entendent tous les Frères de la Grande Loge de France est la notion de Spiritualité, c'est-à-dire :



  • Qu’il prône la primauté de l’esprit sur la matière ;

  • Qu’il croit en la perfectibilité de l’homme et met à sa disposition une méthode de perfectionnement individuel

  • Que la progression initiatique qu’il propose, apporte à l’initié une Connaissance spirituelle de plus en plus élevée, avec la conscience d’appartenir à un « Tout » ordonné, cohérent, en évolution permanente, tout en participant personnellement à l’amélioration constante de l’humanité.


Ainsi, le fondement de l'initiation se situe dans un accès à la transcendance par une communication des mys­tères traditionnels et qu'il ne peut avoir d'initiation en dehors d'une transmission dans le cadre d'une institution traditionnelle, gar­dienne des secrets et mystères qu'elle transmet à ceux qu'elle juge dignes de les recevoir.

L'effort de gnose auquel appelle l'initiation consiste à d'abord faire triom­pher en soi, puis dans sa communauté, puis dans le monde, ces forces de la lumière

Si nous nous reportons à une définition générale du rite : « C’est un ensemble de pratiques, au sein d’une même institution, destiné à rassembler ses membres, autour d’une même Tradition, orientés vers le même objectif : à savoir, l’accès à la notion de sacré et le perfectionnement de l’homme. », encore convient-t-il de préciser que tout rite est initiatique (Jean Erceau), lorsque ses rituels d'initiation mettent l'impétrant dans une ou plusieurs situations suc­cessives favorables à une prise de conscience mais surtout parce qu’ils sont des rituels de travail, lorsqu'il s'agit de présenter un nouveau corpus mythique ou symbolique ou d'appliquer la méthode de travail et d'exploiter les capacités et les connaissances du nouvel homme qu'est devenu l'initié, soulignait récemment José Barthomeuf.
Le Franc­- maçon de Rite Écossais Ancien et Accepté, tout en gardant sa totale liberté, est appelé à percevoir qu'il existe quelque chose qui dépasse la simple matérialité, une Transcendance et une Immanence qui s'expriment dans la Grande Architecture de l'Univers et dans la perception de l'amour entre les Humains.(Louis Trébuchet PVI 141)
Naturellement dans la mesure où la Franc-maçonnerie est une organisation initiatique, symbolique traditionnelle et spirituelle, en quoi était-elle un Ordre ?
Il y a Ordre et ordre ! Ce vocable recouvre de multiples significations : disposition méthodique, utile, harmonieuse, règle établie par la nature ou l’usage, tranquillité, obéissance aux lois, nature, classe, catégorie, commandement d’une autorité supérieure, compagnies d’honneur, association professionnelle, sans oublier naturellement les ordres architecturaux, religieux, politique, administratifs, sociaux… (Michel Barat)
Rappelons-nous que le mouvement des Lumières a énoncé une critique vigoureuse des principes de la fiscalité d’Ancien Régime. Le système des trois ordres , la noblesse, le clergé et le tiers Etat, décline à la fois par l’ascension contrariée des élites roturières, par la déchéance de la légitimité de la noblesse et par la division croissante au sein du clergé.
Ordre et Obédience sont des termes largement utilisés en Maçonnerie et jugés souvent interchangeables ou homonymiques ; le terme « ordre » n’existait pas en maçonnerie anglo-saxonne, où l’on disait simplement « craft » (métier), mot médiéval corporatif que l’on retrouve dans craftmanship, « savoir faire », connaissance du métier, tandis que les premiers textes français parlent uniquement de « société ». C’est le chevalier de Ramsay qui popularise le concept d’Ordre par analogie avec les Ordres de chevalerie ou religieux.
En Europe, soulignait Jacques Fontaine, l'alchimie garde ésotériquement la dis­tinction entre :


  • L'Œuvre au Noir, c’est-à-dire le travail de la Materia Prima qui s'enracine dans la matière, le corps.

  • L'Œuvre au Blanc qui vise à obtenir que l'âme devienne un miroir pur et immobile.

  • Enfin l'Œuvre au Rouge célébrant le triomphe de l'esprit.


L'alchimie reproduit, de façon occulte, la tripartition de l'ordre social médiéval: les clercs et les moines, la chevalerie, le peuple, tripartition que l'on retrouvera jusqu'à la Révolution avec le clergé, la noblesse et le Tiers Etat.

Chacune de ces fonctions a un aspect exotérique (droits et devoirs dans la société, règles et valeurs, modes de transmis­sion. . .) et un aspect ésotérique qui génère des types d'initia­tions:


  • L'initiation artisanale, celle des artisans, des commer­çants, des artistes aussi.




  • L'initiation chevaleresque qui prône la quête et le combat, la guerre sainte, celle dans laquelle l'Homme s'affronte aux forces hostiles du corps et de l'âme. La force en est l'emblème mais le sacrifice également, et la générosité. L' « honneur » cornélien en est la trace.




  • L'initiation sacerdotale, celle des prêtres qui blasonne le Verbe et la Sagesse.


La Franc-maçonnerie a recueilli ces trois types d'initiation, peut-être à cause d'une déperdition inévitable du message initial, d'un oubli progressif, ou plutôt à cause d'un refus de se lais­ser enfermer dans des « cases », elle a préféré mêler ces trois types d'initiations dans son programme de recherche spirituelle.
Le Rite Écossais Ancien et Accepté, par ses spécifi­cités, offre à chacun une voie initiatique pour que ses efforts contri­buent à conserver la primauté de l'ordre sur le chaos conformément au Plan du Grand Architecte.
Il s'agit pour lui de découvrir et de respecter les grandes lois universelles et de s'efforcer de déchiffrer le Plan et d'en respecter l'harmonie universelle afin d'éviter les erreurs fatales. Ainsi, le franc-maçon doit-il prend conscience de ce Plan, du temps et de l'éter­nité.
L'éveil initiatique : une remise en « Ordre»
L'exemple de l'Ordre macro cosmique doit inspirer l'initié pour une remise en ordre intérieure, mentionne J.-E. Bianchi : le che­min passe par une meilleure connaissance de soi et une sensibilisation élevée au niveau requis pour découvrir, comprendre et s'approprier les symboles propres à chaque degré et l'enseignement que trans­mettent les mythes et les légendes du grade.
Le Rite nous sensibilise à l'existence de lois supérieures auxquelles nous sommes tous sou­mis, lois qui semblent elles-mêmes soumises à une « intelligence ordonnatrice suprême » : il est en effet difficile de croire que le hasard est le moteur de tout cela. En fait le hasard est toujours le masque de l'ignorance dont se pare l'orgueil humain mais dont l'initié est toujours conscient.
Si l’on suit les remarquables analyses de René Nelli et que l’on assimile le Désordre au Hasard, et l’Ordre à l’Anti-hasard, il est possible de risquer l'hypothèse que l'Ordre découle (par hasard ou par nécessité ?) d'une infinité de désordres qui s'annulent. Mais quand même cela serait, il faudrait encore constater la présence, à côté du Hasard, d'un Anti-hasard qui engloberait, réduirait, limiterait les désordres contingents.
Si, dans ce monde le hasard est aux prises avec la nécessité, l'existence d’un Principe Créateur se confond avec celle de l'Anti hasard. A moins de donner dans des fantasmagories, il n'y a peut être pas d'autre façon de concevoir le Grand Architecte de L’Univers car l'ordre ne serait qu'un cas particulier du chaos, s'il ne correspondait pas à une exigence stable et même éternellement stable. II y a un ordre qui peut sortir du hasard et un autre qui empêche l'ordre de sortir du hasard.
Travailler au Rite Écossais Ancien et Accepté à la Grande Loge de France, c’est prendre conscience de « l'existence du Plan » et que la nature, l'évolution et l'existence humaines ont une finalité.

Et le cheminement de notre Ordre est authentiquement initiatique, puisque adossé à la Tradition, mais nous respectons tous les chercheurs de lumière sincères, quelle que puisse être leur voie…

Toute démarche initiatique comporte des étapes, des degrés, dont la succession invite à une descente puis une remontée, dessinant une verticale, équilibrés par des rencontres qui se référent à l'horizontale. Fichée au coeur de l'Humanité, la succession et l’alternance des uns et des autres semble tracer un signe, et dessiner une croix, un symbole de gloire et de splendeur symbole de toutes les traditions…

Mais je voudrais donner le mot de la fin à José Barthomeuf (PVI 141) « On ne connaît que ce que l'on a vécu. » C'est pourquoi l'initiation ne se reçoit pas, comme un sacrement; ne s'explique pas, comme une équation; ne se démontre pas, comme un théorème; ne se raconte pas, comme une histoire. Elle se vit. Comme une aventure…
Jacques van Assche

Hôtel de la Grande Loge de France

Paris

11 novembre 2006

Bibliographie :
Points de Vue Initiatiques n° 141 L’aventure initiatique sept.2006

Mircea Eliade, Le profane et le Sacré. Gallimard

G.de Sorval, La marelle. Dervy- Livres

M.-L. von Franz L’interprétation des contes de fées. Albin Michel

Dennis Boyer, Initiation et sagesse des contes de fées. Albin Michel

De l’Initiation, ORDO AB CHAO, n° 41

Jean Erceau, Les Surveillants et la transmission initiatique, Comte-rendu de l’U.V.R.E., 11 décembre 2004

Claude Colin, Les modernes, les Anciens et le Rite Ecossais Ancien Accepté. ORDO AB CHAO n° 48-49

Michel Barat, La conversion du regard. Paroles Vives, Albin Michel

José Barthomeuf, Le Rite Ecossais Ancien et Accepté : Un rite spiritualiste pour des obédiences traditionnelles. Journée d’Etudes Régionale du Nord-Picardie, Ronchin, le 27 Mars 2004

Jacques Fontaine, L’essor. Editions Montorgueil

J.-E. Bianchi, Sur l’esprit du Rite Ecossais Ancien Accepté. ORDO AB CHAO n° 48-49

René Nelli, Les grands arcanes de l’hermétisme occidental. Editions du Rocher





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