Du jardin à la française au jardin à l'anglaise (1)








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Du jardin à la française au jardin à l'anglaise (1)

Souvenons-nous de ce postulat du Géographe Yves Lacoste : « Toute action politique relève d’un raisonnement géographique ; toute prise de décision s’appuie sur une manière de penser l’espace. »

 

Par définition, un jardin, lorsqu’il n’est pas potager, lorsqu’on n’y cultive pas de façon ordonnée, est un endroit pris sur la nature pour servir aux plaisirs de l’homme. Le jardin est toujours conçu comme une reproduction, une image du monde. Il met en jeu, selon un ordre établi plus ou moins conscient, la terre, le ciel, l’eau les couleurs, toutes sortes de formes, parfois même des animaux. La séparation d’avec la nature commence à l’endroit précis où l’homme impose son ordre aux objets naturels préexistants.

 

L’homme crée les jardins à sa mesure au sens où les formes sont modelées selon des normes et des canons humains. Parfois l’impression dominante est que le jardin obéit aux lois de la nature. Parfois, au contraire, il tend vers une reconstruction totale, stable, voire pétrifiée de la nature. Le végétal se moule alors selon les formes du minéral. Des rideaux d’arbre peuvent ainsi ressembler à des murs, des massifs à des statues, des bordures de fleurs à des bordures de pavés.

 

Comme les cités et comme l’écriture, les premiers jardins sont nés il y a environ 5 000 ans en Mésopotamie. Au début des premières civilisations, les hommes ont décidé de consacrer des espaces pensés, artistiques, symboliques, sacrés. Ils maîtrisaient les techniques de la terre, de l’eau. Ils surent, par la plantation de palmiers, maîtriser les phénomènes d’évaporation. Deux mille ans avant Jésus-Christ, les rois de Mésopotamie donnent des banquets dans leurs jardins. Les cours intérieures de leurs palais sont ombragées. Les temples sont agrémentés de vergers pour honorer les dieux. À la même époque, les Assyriens créent de grands jardins publics en amenant l’eau des montagnes par des canaux. Le roi Sennachérib, grand urbaniste, reconstitue des marécages où des hérons viennent s’ébrouer. Les jardins suspendus de Babylone seront considérés comme l’une des sept merveilles du monde.

  

Comme c’est souvent le cas pour des inventions humaines, les techniques liées aux jardins, de même que la réorganisation de l’espace familier, furent en premier lieu mises au service de l’agrément, du plaisir, sans forcément répondre à la satisfaction à la satisfaction de besoins vitaux. Ces jardins étant le plus fréquemment dédiés aux divinités, ils remplissaient à la fois des fonctions sacrées et profanes.

 

Mille ans plus tard, l’Égypte découvre à son tour les jardins. Grâce au Nil, don de dieu de par la mythologie, les Égyptiens produisirent eux aussi dans ces lieux davantage de fruits que de denrées de subsistance.
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Par la suite, les jardins se répandront progressivement tout autour de la Méditerranée, par la Perse, le monde hellénique (sous l’empereur Alexandre) et Rome.

 

En Europe occidentale, les premiers jardins apparaîtront autour des abbayes au XIe siècle. Ils combineront des fonctions de potager et de lieux de détente. Les conditions monacales ou abbatiales pouvaient être rudes en ce temps-là. Ainsi, à l’abbaye de Clairvaux, la vallée était peut-être claire, mais la terre était si stérile que les religieux  durent d’abord se nourrir avec des feuilles de hêtre. Jusqu’au XVe siècle, les châteaux français et anglais seront quasiment dépourvus de jardins d’agrément. Çà et là, cependant, quelques vergers, quelques jardins d’« enchanteurs » inspirés par la tradition celtique, donc peu ou prou à thème, atténueront la sévérité des grandes bâtisses de l’époque.

 

Le premier jardin « classique », c’est-à-dire celui dont l’agencement fut commandé par des rapports géométriques avec celui de la demeure dont il constituait le cadre et la continuation, fut celui du Belvedère (belvedere : un lieu à partir duquel on voit, à partir duquel on a une belle vue) au Vatican. 23 hectares créés à la renaissance et à la période baroque, décorés de fontaines, de sources et de sculpture. La conception était due à l’architecte Bramante, dont l’art était imprégné de la présence autour de lui des ruines antiques qui parsemaient Rome. Le projet de Bramante comprenait trois terrasses dont la plus élevée s’étendait devant une façade formé d’un portique creusé en son milieu par une abside où abritait une loggia. La terrasse médiane devait être occupée par de grandes pelouses entourées de roseaux. Les trois plans étaient reliés par des escaliers monumentaux. Des statues, généralement d’inspiration antique, ornaient les grottes et les nymphées ménagées dans les murs de soutènement. Ce jardin était destiné à relier deux palais, c’est-à-dire à structurer géométriquement un espace à ciel ouvert.

 
 

Le jardin a aujourd’hui une flore très variée, au point qu’il constitue un biotope. Le site fut réaménagé au début du XVIIe, sous Jules II. Le jardin fut divisé en trois cours intérieures, les Cortili del Belvedere, le Biblioteca della et le della Pigna.

 

Dans le style de l’époque fut créé un labyrinthe rectangulaire, avec des buis, des pins parasols et des cèdres du Liban. Par définition, le labyrinthe est un lieu d’où on ne sort pas, sauf si l’on possède un fil d’Ariane. En fait, il suffit de longer un mur, en laissant sa main sans jamais l’enlever. Datant de la préhistoire, les labyrinthes constituaient un langage avant l’écriture. Il n’y a pas de labyrinthe dans la Bible mais on en trouve dans les cathédrales (Chartres, Lucques). Le plus grand labyrinthe de buis d’Europe est situé au château de Merville, près de Toulouse (XVIe siècle). Il fut conçu d’après des plans de Le Nôtre.

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Aménagée à partir de 1544, la Villa d’Este, à Tivoli, près de Rome, comprenait cinq terrasses. La Villa fut un des premiers « giardini delle meraviglie » (jardin des merveilles) et servit de modèle pour d’autres jardins en Europe. Le cardinal à l’origine de ce projet s’inspira du palais de l’empereur Hadrien tout proche et pilla une grande quantité de marbre pour la construction. Il reprit les techniques d’approvisionnement en eau des Romains de l’Antiquité pour alimenter les fontaines. La villa comprenait cinq terrasses. Le décor végétal y jouait un rôle fondamental : les jeux d’eau, les grottes, les escaliers étant très subtilement intégrés aux cyprès et aux chênes centenaires.

 

 

Au cours de la Renaissance, l’art des jardins italiens sera acclimaté à la France. Dans les châteaux de la Loire, on verra des jardins ressembler à des tapisseries qui auraient été tendues autour des palais. On remarquera une nouvelle utilisation des plans d’eau qui se substitueront aux parterres.

 

Le premier jardin dit « à la française » sera celui du château de Vaux-le-Vicomte, propriété de l’homme à l’époque le plus riche de France, le surintendant des Finances Nicolas Fouquet. Celui-ci chargea Le Nôtre de modifier le jardin d’origine. Il canalisa une rivière, allongea le Parterre de la Couronne, agrandis les trois parterres situés devant le château. Une cascade sera construite et des grottes seront sculptées en 1660. A Vaux-le-Vicomte, la perspective est vertigineuse, les plans sont immenses, la dénivellation très faible. Du château, le regard porte loin, jusqu’à un canal terminé par une statue d’Hercule. Remarquable exemple d’une géométrie très conceptualisée, le jardin fait penser, vu du château – et c’est de là qu’il est censé être contemplé dans sa totalité – à une clairière de raison dans une forêt impénétrable. Vaux fut assurément le premier jardin en France à symboliser, au milieu du XVIIe siècle, le triomphe de l’esprit humain sur la nature.
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Le jardin de Versailles est l’exemple le plus connu et impressionnant du style « français ». Il s’agit d’une immense construction de verdure, d’eau, de marbre et de bronze. Les premières esquisses datent de 1630, sous Louis XIII, à l’ouest du château. En 1662, après la chute de Fouquet et la captation de Vaux-le-Vicomte, Louis XIV se concentre sur Versailles, avec l’aide de l’équipe de Fouquet (Le Vaux, Le Brun, Le Nôtre). Due à Le Vau, l’Orangerie profitait de la pente naturelle de la colline au sud du château. La grotte de Thétis, au nord, participait de la métaphore solaire. À partir de 1665, Louis XIV fit aménager une débauche de fontaines et de bosquets. La symbolique d’Apollon fut également exploitée. En 1668, Louis XIV fit creuser le Grand Canal (longueur 1 500 mètres, largeur 62 mètres). En 1674, il commanda 24 statues, exécutées sous les directives de Le Brun.

 

Sous Louis XVI, les jardins subirent d’importantes transformations. Ils furent totalement replantés en 1774, sous l’inspiration des philosophes rationalistes, l’idée étant de se rapprocher du jardin à l’anglaise.

 

L’art s’est progressivement et positivement substitué à la nature. L’homme a pleinement imposé sa loi. Mais le système a subsisté, le dogmatisme étant atténué par des statues allégoriques et des jeux d’eau inspirés de Byzance, les jardins de Byzance ayant par ailleurs inspiré les jardins d’Islam. Souvenons-nous que les Byzantins étaient des experts dans la  manipulation de l’eau et du feu : ils inventèrent avec le feu grégeois (dont le secret fut gardé pendant des siècles au point que sa composition exacte fut perdue) une préparation inflammable capable de brûler au contact de l’eau.

 

Seule le sculpteur Coysevox prit quelques libertés avec les schémas extrêmement rigoureux de l’architecte Le Brun. Il réalisa des copies de marbres antiques mais les autres artistes se coalisèrent, à la demande de Colbert, responsable des bâtiments nationaux, pour éliminer toute fantaisie italienne.

 

Après Versailles, le style du jardin à la française inspira l’Europe entière, en particulier l’Angleterre et l’Allemagne, comme celui-ci près de Hanovre :

  

Ce faisant, il n’échappa pas au maniérisme, la nature étant mise en coupe réglée de façon de plus en plus artificielle. On en a un bon exemple avec les jardins du château de La Ballue près du Mont-Saint-Michel :
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Les Anglais seront les premiers à régir contre la mode française. Ils iront jusqu’en Chine chercher une conception du jardin leur permettant de prendre le contre-pied du mode de pensée français. 

 

En Chine, les jardins étaient depuis fort longtemps considérés comme des lieux de réflexion., des œuvres humaines en même temps que des dons du ciel, des lieux de vie, de divertissement et des lieux magiques où chacun est en quête d’une nature idéale, symbolique. Alors que les jardins à la française tendaient vers la démesure, l’immensité, le jardin à la chinoise, dans une perspective bouddhiste, vise à donner une expression du monde en miniature, du « monde dans un grain ». Ce qui est petit est beau. Plus la reproduction s’éloigne de la réalité, plus le jardin devient mythique. En concentrant un maximum d’essences dans un minimum d’espace, on s’éloigne de la réalité, surtout si on a réduit ces essences au niveau du quasi nanisme.

 
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Contre la France, l’Angleterre remit en cause la dénaturation de la nature et trouva, grâce au modèle chinois, une nouvelle conception s’inspirant de la nature dans ce qu’elle pensait être sa vérité.

 

Le jardin anglais n’est plus un espace de rupture par rapport à la nature, il cherche à donner l’impression qu’il se fond dans le paysage en respectant les lignes et les harmonies. Les murs de frondaison qui enserraient le jardin à la française et le séparaient nettement de l’espace ambiant son remplacés par des haies basses, enfoncées dans le sol, les fameux « ha-ha » ou sauts de loup :

 

 

 

Les plans d’eau géométriques seront remplacées par des rivières ou des lac sinueux, les « serpentines » – comme celui de Hyde Park – coulant entre des bosquets, des prairies, voire même des champs labourés. 
Ces jardins seront agrémentés de petites constructions, comme des bergeries ou des moulins. Parce qu’il sublime l’eau et le vent, le moulin est un objet absolument positif. Comme il est constitué d’une roue, il symbolise l’éternel recommencement, le cycle des saison, la naissance, la mort, la renaissance.

 

En France, le promeneur Jean-Jacques Rousseau se fera, avec Ermenonville, le défenseur de ce type de jardin. Le philosophe s’y fit inhumer dans l’Île des Peupliers. Ces jardins, créé au milieu du XVIIIe siècle selon une inspiration très anglaise, offraient une transition très douce vers la campagne. La promenade y était ponctuée de constructions romantiques. Rien de rectiligne, mais des surprises, des cascades, un temple de la Philosophie. L’idée du concepteur du château, le marquis de Girardin, était de creuses des marais, de planter des landes, d’améliorer la nature, de « composer des paysages sur le terrain ». Ci-dessous, un des lieux les plus célèbres de ces jardins, le Désert : 

 

On peut dire que dans toute l’Europe le romantisme des jardins a précédé le romantisme littéraire.

Le jardin chinois est un lieu où la méditation est alimentée par la contemplation d’objets silencieux, multiples et divers. Les allées ne sont jamais rectilignes, l’important n’étant pas d’aller d’un point à un autre par le chemin le plus court ou le plus rationnel mais de renouveler perpétuellement une création personnelle par la déambulation grâce à un parcours aux possibilités infinies. La symétrie, exploitée sous toutes ses formes dans le jardin à la française, n’est pas recherchée par les Chinois, qui visent plutôt l’harmonie d’ensemble, la sublimation d’un monde réécrit par l’artiste aux fins de mieux le comprendre. Pas au sens cartésien du terme, mais dans une optique sensorielle, combinatoire, à l’aide d’objets uniques et d’images mythiques. Les formes se font et se défont sous les yeux du contemplateur et s’épuisent d’elles-mêmes.

 

L’eau et la pierre ont un rôle fondamental. Les pierres peuvent être accumulées pour donner une image de montagne. Les rocailles peuvent aider à constituer des perspectives, contribuant ainsi à donner l’illusion d’espaces plus vastes. La beauté des rochers est proportionnelle à leur forme tourmentée. Les formes complexes signifient l’équilibre précaire de la terre, en surface comme en ses profondeurs. Les cavités symbolisent les yeux du dragon qui, lui-même, atteste la vitalité, la force de la terre et de l’univers et n’a aucune connotation négative.. L’eau est le pouls de la terre. Son calme symbolise le calme et aide à la méditation. Bénéfique, l’eau est dotée de vertus supérieures. C’est pourquoi les fontaines ou les sources sont placées au centre des jardins. Pour Lao Tseu, ce qui est mou triomphe de ce qui est dur. Les quatre fleurs idéales sont le chrysanthème, l’orchidée le bambou et le prunier.

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Le jardin “ à l’anglaise ” a au moins autant d’importance que le château ou le manoir. Ainsi, l’une des fonctions des arbres est de masquer les constructions que l’on veut cacher à la vue, comme une ferme ou un cimetière. Le jardin doit paraître illimité. D’où la construction – en trompe-l’œil si possible – de terrasses qui dégagent la vue.

  

 

Et d’où aussi un usage particulier de la végétation qui vise à cacher des espaces trop évidemment ruraux. Mais, comme par jeu,  il est recommandé de faire paître des vaches dans les parties les plus éloignées des jardins afin d’éviter une rupture brutale avec la nature :

 

 

Le jardin doit donc être allusif et illusoire. Parfois on déboise sans vergogne pour dégager des perspectives, parfois on reboise massivement pour rappeler à soi le souvenir d’une nature qu’on a trop domestiquée. A Longleat, Lord Weymouth fera planter 50 000 arbres, dont un fort lot importé des Antilles ou des colonies américaines. 300 hectares furent dessinés par le très célèbre Capability Brown, « le plus grand jardinier anglais ». Les architectes anglais endiguent des rivières (alors que dans les jardins à la française on dessinait des plans d’eau artificiels) pour créer des cascades ou des petits lacs dont la taille est proportionnée à celle du château et non à celle du jardin. Et sur ces petits lacs, on implante parfois des ilots boisés. Le comble de la sophistication dans la recherche pouvant être Wimpole Hall où Lord Hardwicke avait fait ériger (par l’incontournable Capability Brown) un faux château en ruine :

 

 

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Cela dit, au XVIIIe siècle, les jardiniers d’outre-Manche se sont généralement effacés devant la nature afin, selon Michel Baridon, de « plier leur art aux caprices de sa main » (Le jardin paysager anglais au dix-huitième siècle, 2000). On observe que l’âge d’or du jardin à l’anglaise fut aussi celui de la poésie du paysage et de la nuit. En ce siècle, la conception des jardins est une activité esthétique, un art authentique dont le statut est aussi élevé que celui de la peinture ou de la poésie. Selon Baridon, lorsque les jardins anglais apparaissent, « les poètes se servent de plus en plus du mot “ excursion ” et les peintres du mot “ tour ”, tandis que les romanciers recourent au genre dénommé “ novel of the road ”, c’est-à-dire une forme de fiction dans laquelle les personnages quêtent au hasard des chemins qui sont aussi libres que ceux de l’antique campagne anglaise. » La composition du jardin invite à la promenade, sa matière invite au dépaysement. Par ailleurs, les constructions, les ruines qui renvoient à l’Antiquité ou au Moyen-Âge illustrent ce que Foucault appelait une “ hétérotopie universalisante ” (“ Des espaces autres ”, dans Dits et écrits 1954-1988, Gallimard, Paris, 1994). Le jardin devient musée, mémoire – très subjective et sélective – du monde. Dans le jardin anglais, la nature, plus exactement sa reproduction factice, inscrit l’homme dans le temps. Mais un temps destructeur et instable.

  

Par ailleurs, le XVIIIe siècle est une époque où l’Angleterre règne sur le commerce mondial car son industrie et son économie sont déjà en pointe. La classe dirigeante anglaise se sent dominatrice et sûre d’elle-même. Elle chante le nouvel hymne à la puissance de la mère-patrie :

 

Règne Britannia, règne sur les mers

Jamais les Bretons ne seront esclaves.

 

L’hymne affirme que la Grande-Bretagne est un pays béni et qu’elle est maîtresse de la terre et du ciel. Une fois n’est pas coutume, ce sont les continentaux qui vont chercher leurs idées outre-Manche, dans ce pays-phare, auprès de Locke ou de Newton. Hostile à l’innéisme, John Locke prône le primat de l’intuition, des sens, qui nous permettent d’avoir une vraie connaissance de nous-mêmes et de dieu. Isaac Newton, esprit largement aussi religieux que scientifique, croyait en un monde immanent, avec ce que Voltaire appellera un Grand Horloger : « L’admirable uniformité du système planétaire force à y reconnaître les effets d’un choix. » (Principes mathématiques de la philosophie naturelle).

 

Les classes dirigeants, aristocratie traditionnelle et gentry, ne veulent plus de la monarchie absolue depuis la “ Glorieuse Révolution ” de 1688. Sous cette élite, els classes moyennes, fortement marquées par le puritanisme, prônent la liberté religieuse. Au niveau de l’inconscient collectif, l’idée s’insinue que l’Angleterre va devenir une nouvelle Rome.

Dans ce château, Brown avait prévu une véritable maison pour l’usage des domestiques. Une double mise en abyme du prolétariat de l’époque ! La réaction antifrançaise débouchant sur le maniérisme (de tradition plutôt toscane – voir le jardin de la villa Medicis ou celui de la villa Bottini à Lucques), on verra que dans certains jardins anglais prétendument respectueux de la nature tout pouvait être faux : ponts, ruines, rivières, grottes, chaumières, animaux.

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Une autre idée-force traverse les consciences en frôlant le mythe : celle d’une renaissance gothique, c’est-à-dire d’un esprit, d’une tradition inspirés de la forêt des Goths, antérieure à l’invasion normande, donc anti-française. Alors que dans la France du XVIIe siècle l’art gothique était l’art barbare par opposition à l’art de l’Antiquité, au début du XIXe siècle, en Grande-Bretagne, un courant gothique romantique, généralement germanophile, réhabilite le Moyen Âge et son art ogival. On s’intéresse désormais, on s’inspire de l’architecture, de la peinture, de la sculpture gothiques.
Être gothique comme Walter Scott, l’auteur d’Ivanhoe, c’est s’affirmer patriote contre une certaine France. Scott, qui parlait la langue des Lowlands, obtiendra un fort succès en France en inspirant Balzac et Victor Hugo. Son Quentin Durward, vendu chez nous à 30 000 exemplaires, ce qui était considérable, évoque la France du XVe siècle, la lutte entre Louis XI et Charles le Téméraire, par le prisme de l’histoire d’un garde écossais au service du roi.
Bref, les choses bougent, et dans les jardins, des créations “ gothiques ” (comme les temples, les bosquets sombres) vont cohabiter avec des motifs d’inspiration antique (colonnes, statues) avant de les supplanter.
http://us.123rf.com/450wm/mulden/mulden1211/mulden121100041/16548455-tour-gothique-dans-le-bosquet-d-39-arbres-de-buissons-et-l-39-herbe-en-automne-nuageux-wheather.jpg
En outre, posséder un jardin est un acte d’affirmation. La propriété foncière gagne en effet en importance politique. Pour être membre du Parlement, il faut justifier d’un “ estate ”, un domaine, une propriété. Aujourd’hui, l’équivalent de “ bien immobiliers ” est “ real estate ”. Du bon, du vrai, du réel. Il est bon que le domaine comporte des fermes, des bois, sources de revenus. Les parcs, les résidences, les manoirs deviennent le symbole du dynamisme d’une classe dirigeante en plein état de grâce et le conservatoire du génie anglais.
Politiquement parlant, abandonner la géométrie à la française, c’est, après la Glorieuse Révolution de 1688 (http://en.wikipedia.org/wiki/Glorious_Revolution) (encore appelée “ bloodless ”, sans effusion de sang), refuser l’absolutisme, le centralisme à la Colbert, et préférer un plus juste équilibre des pouvoirs entre les Chambres et le roi.
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