Mémoire présenté par Marieke doremus








télécharger 430.28 Kb.
titreMémoire présenté par Marieke doremus
page2/22
date de publication08.12.2019
taille430.28 Kb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   22

I. Friche ou patrimoine, comment considérer le lieu industriel devenu obsolète ?


Le terme que nous associons au lieu industriel en cessation d’activité énonce l’idée que nous faisons de cet espace. Cette première partie consiste à définir à la fois le terme de friche industrielle  et celui de patrimoine industriel. Le statut du lieu dérive du vocabulaire employé. Ainsi le sens commun attribue souvent une connotation négative à la friche industrielle et positive au patrimoine industriel.

Afin de nous entendre sur l’utilisation d’un vocabulaire aux contours flous, il nous faut définir ces deux expressions. En effet, ceci nous permet d’aborder les représentations que chacun d’entre nous se fait du lieu industriel.

  1. La friche industrielle


La friche est la partie visible de la fin d’une exploitation industrielle sur un territoire. Souvent associé à une image négative, ce terme est soumis aujourd’hui à une ambiguïté d’utilisation, dans la mesure où il est de plus en plus associée à un usage positif.
  • Définition d’une friche


La friche industrielle se définit par des mots aux connotations négatives, tels que crise, désolation, déshérence, dévalorisation, dévitalisation, obsolescence... Une définition générale de la friche serait : “ Une friche industrielle est un espace, bâti ou non, inoccupé ou très sous-utilisé, anciennement tourné vers des activités industrielles, ou d’autres activités en liaison avec l’industrie, dont la réinsertion dans le circuit économique implique nécessairement un nouvel aménagement. ” 1

La friche se définit par ce qu’elle n’est plus. C’est un lieu vacant et vide : elle est en attente d’une suite, et personne ne sait lui en donner. Le principe d’intermédiarité s’impose. Le mot “ friche ” est considéré aussi comme un lieu ou un travail en attente d’autre chose.

L’image principale de la friche industrielle s’attache à son obsolescence et à son absence de vie. Elle est définie uniquement dans son rapport à sa fonction passée. Par exemple, nous parlons des anciens hauts-fourneaux de Uckange, en Moselle, de l’ancienne usine de conditionnement publique à Roubaix ou encore de l’ancien-bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.
Louis Bergeron, historien de l’industrie, définit la friche industrielle selon ses caractéristiques physiques2.

  • La friche mineure : Ce sont les “  friches bâties, dont l’emprise au sol est relativement limitée et dont la visibilité demeure avant tout dans une architecture à étages multiples ou à déploiement horizontal. ”  Ce sont principalement les industries textiles ou la petite métallurgie. Elles se situent en milieu urbain. Roubaix, dans le Nord, possède beaucoup de bâtiments de ce type : l’activité principale était la confection, la concurrence extérieure a mis fin à ces activités et la ville est désormais parsemée de bâtiments construits pour la production textile, mais aujourd’hui dépourvus d’usage.

  • La friche majeure : Elle se reconnaît par l’imposante superficie de son terrain. Le bâtiment industriel est moins représenté que l’outil de production. Ce type de friche est représentatif de l’exploitation houillère, la sidérurgie, l’industrie pétrolière, les centrales électriques. Ce sont des territoires entiers qui sont concernés, comme le Nord-Pas-de-Calais où la fin de l’exploitation houillère a laissé depuis les années 70 de nombreux espaces sans vie, les infrastructures étant laissées à l’abandon.


La présence de friches influent un territoire : les répercussions liées à l’apparition d’une friche sont nombreuses pour l’environnement économique, social et humain de l’activité industrielle concernée. La friche rappelle la fin d’un âge d’or mais aussi les séquelles sur le terrain, sur la population, sur les mentalités. Ne produisant plus rien, le lieu en friche n’a plus de valeur. La friche est alors considérée comme un élément qui n’apporte plus rien au territoire sur lequel elle est installée.
  • Qui utilise cette expression ?


Le terme de friche industrielle est utilisé par des personnes dont la fonction professionnelle reste spécifique. Leur conception du lieu émane de la représentation qu’ils en ont.
En premier lieu, arrêtons-nous sur cette réflexion de Paul Smith, chercheur à la Sous-Direction du département des études, de la documentation et de l'inventaire au Ministère de la Culture : “  En effet, même si la notion de friche est plus conviviale, plus rajeunie, rafraîchie, cette notion représente un aspect négatif utilisé par les urbanistes, les aménageurs et porte l'idée d'abandon, et même l'invitation tacite à raser ou à faire développer.” 3

Exprimée par un partisan du patrimoine industriel, cette définition de la friche industrielle nous renvoie aux professionnels de l’économie et de l’industrie. Cette dernière activité a donné lieu à des ajustements dus à la concurrence étrangère et à la rentabilité en baisse de certains de ses secteurs phares. Les industries françaises ont dû faire baisser leurs coûts de production pour être compétitives, certains lieux de production ont fusionné avec d’autres, réduisant ainsi le personnel. Ceci a eu pour conséquence les fermetures de certains sites, les laissant à l’abandon et sans mesure de reclassement.
Dans ce cas, la friche industrielle devient un site à valeur économique nulle. Parle de friche industrielle celui qui la considère comme un bien immobilier, comme une valeur économique, comme un espace où la taxe professionnelle n’est plus prélevée... La fermeture d’un site industriel signifie absence de production, donc absence de valeur économique. Comme le dit Paul Smith, cette vision de la friche signifie aussi destruction des lieux. Les propriétaires préfèrent fuir la réflexion concernant l’avenir du site et le démolir. C’est ce qui a été choisi, en majorité, lors des premières fermetures de sites, comme le prouvent les nombreuses destructions de fosses de mines dans le Nord-Pas-de-Calais, dont il ne reste que quelques vestiges.

Le terme de friches industrielles est aussi utilisé par les politiques et les élus. La friche sous-entend un passé mais pas d’avenir. La friche a une signification présente douloureuse pour un territoire. Les élus et la population considèrent la friche comme une évocation d’une gloire ancienne. C’est aussi synonyme d’absence d’emplois, de dynamisme économique, de vie sociale équilibrée... La fermeture d’un site industriel a des répercussions sociales et humaines dramatiques.

Les conséquences sur l’avenir de l’environnement interrogent également les élus et les propriétaires de ces friches. En effet, les sols peuvent être pollués par l’exploitation. La population préfère souvent la destruction, qui permet parfois de résoudre les risques liés à la sécurité du site et des alentours.
Pourtant, une nouvelle tendance apparaît dans l’utilisation de ce vocabulaire : la friche industrielle peut être réutilisée. Quelle est la ville qui n’a pas aujourd’hui un projet de reconversion pour ses friches industrielles ? L’engouement pour la réutilisation des friches offre une renaissance “ linguistique ” au terme de friche.

La friche n’est plus détruite, ni rasée. Elle sert de support à un nouveau projet. Les friches industrielles font l’objet de travaux de modifications. Ces travaux se font parfois au détriment du respect du lieu. Mais nous dépassons ici la stricte définition de la friche et nous nous approchons de celle de patrimoine et du souci de conservation du lieu, qui sera abordée plus loin.

Des cabinets d’architecture se spécialisent dans la reconversion des friches industrielles : c’est le cas du cabinet parisien Robert&Reichen4 qui a travaillé sur des projets de ce type dès 1980. Ces deux architectes interviennent en transformant ces sites en espaces publics (Grande Halle de la Villette à Paris), logements (anciennes filatures Leblan à Lille), sièges de grandes entreprises (ancienne chocolaterie Meunier à Noisiel devenue le siège social de Nestlé). Ils tiennent compte du lieu dont ils ont la charge: leurs travaux s’effectuent souvent sur des bâtiments industriels, de type friche mineure et non sur des friches industrielles de grande dimension, comme l’explique Louis Bergeron.
Enfin, nous terminons par un autre type d’utilisation de l’expression friche industrielle et par conséquent de type d’utilisation du lieu industriel. C’est ce qui est appelé communément friche artistique. Suite à la parution en 2001 du rapport Lextrait5 commandé par le secrétaire d’Etat Michel Duffour, sur les lieux culturels dits intermédiaires, le Ministère de la Culture s’est intéressé de plus près à ces lieux. La production de textes et d’ouvrages sur le sujet s’est aussi multipliée.

Pourtant, les projets culturels dans des friches industrielles ne sont pas récents et ils existent depuis longtemps sur notre territoire (avec les expériences du Confort Moderne à Poitiers) et en Europe (les Halles de Schaerbeek, à Bruxelles ou la Ufa-Fabrik de Berlin6). Marie Vanhamme, qui a travaillé sur plusieurs de ces expériences, définit la friche industrielle comme “ un espace bâti ou non bâti anciennement utilisé par une activité industrielle et désormais désaffecté ou sous occupé. (..) La friche est cet espace vide, inutile, inutilisable, et donc, disponible, appropriable ” 7.Le principe fédérateur de ces expériences reste l’utilisation d’espaces vacants pour des projets qui n’entrent pas dans le cadre des politiques culturelles mises en œuvre et qui font appel à l’interdisciplinarité et au multi-usage des espaces. Le lieu représente pour les artistes qui s’y installent le lieu de toutes les possibilités et de toutes les expressions. Le lieu industriel reprend une valeur dans la mesure où il trouve une nouvelle utilisation. Un nouvel avenir est décidé pour l’espace en friche.

 

La friche industrielle a traditionnellement un sous-entendu négatif, associé à l’ensemble des répercussions sur le territoire. Cependant cette vision est aujourd’hui en passe d’évoluer par la popularité croissante des reconversions des lieux industriels en lieux culturels.

D’autres préfèrent utiliser le terme de patrimoine industriel pour qualifier la friche industrielle. C’est une autre représentation de l’espace qui est en jeu, répondant à des critères de valeur et de sens pour l’histoire et pour la mémoire.

1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   22

similaire:

Mémoire présenté par Marieke doremus iconMémoire présenté par Maxime legrand pour l’acquisition de

Mémoire présenté par Marieke doremus iconLe programme bios est implanté dans deux mémoires, une mémoire morte...

Mémoire présenté par Marieke doremus iconSwap, traduisez fichier d'échange
«page mémoire» ou «page virtuelle» est un bloc mémoire contigu et de taille fixe de mémoire virtuelle

Mémoire présenté par Marieke doremus icon2. 1 Les composantes d'un ordinateur
«temporairement» et pour cause! La mémoire se vide dès que la machine cesse d'être alimentée en courant. On dit que la mémoire est...

Mémoire présenté par Marieke doremus iconUn sujet de mémoire hypothétique car je suis en attente de confirmation...
«wireless». Je me suis alors intéressée à l’architecture “invisible” à traves des regards différents

Mémoire présenté par Marieke doremus iconCours Décembre 2014 Présenté par

Mémoire présenté par Marieke doremus iconTraduit du corse et présenté par Francescu-Micheli Durazzo

Mémoire présenté par Marieke doremus iconLa flânerie dans l’espace public : du geste conceptuel au geste performatif
«palais de la mémoire». Ce procédé fut abondamment utilisé jusqu’à la Renaissance, aussi longtemps que faute de papier et d’imprimerie,...

Mémoire présenté par Marieke doremus iconRemise en mémoire de l’artiste
L’art colonial, scandé par la grande exposition de 1931 rassemble les artistes européens partis outremer : Cauvy, de Buzon, Jonchère,...

Mémoire présenté par Marieke doremus iconCours 10
«mémoire locale» mnémotechnique qui procède par association d'images, elles-mêmes associées une fois pour toutes à une topique bien...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com