Mémoire présenté par Marieke doremus








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Le patrimoine industriel


Paul Smith exprime parfaitement les différences d’utilisation du langage et les idées découlant du mot utilisé : “ On peut noter d'emblée que je vais parler du patrimoine industriel et non pas des friches industrielles. (...)La notion de patrimoine est pour nous tout le contraire, c'est quelque chose à chérir, à étudier, à sauvegarder pour nos enfants, pour la postérité. ”8 Définissant le lieu industriel comme patrimoine, il en définit les attributs principaux que sont la valeur et le sens.
      • Le patrimoine, entre valeur et sens


Le patrimoine est une notion ancienne qui définit la conservation de biens meubles et immeubles, matériels comme immatériels qui sont transmis de génération en génération. Sont associées au patrimoine les idées d’ancienneté, de protection, de préservation, de conservation, de valeur, de lieu, d’espace, de sens mais aussi de devoir. La notion de patrimoine s’est aujourd’hui élargie rassemblant tout ce qui constitue notre passé et qui est essentiel pour notre avenir. Le patrimoine agit donc dans la construction de notre identité.
Il faut distinguer le patrimoine privé et le patrimoine collectif. Ce qui est reconnu comme patrimoine pour une personne ne le sera pas pour l’ensemble des personnes vivant autour d’elle. Ce bien, cet objet, ce lieu n’auront de sens et de valeur que pour cette personne. Nous le conservons par désir de préserver un héritage qui nous concerne directement. Les éléments composant l’héritage collectif font sens pour le groupe et pour son identité. Le patrimoine collectif est reconnu collectivement pour ses valeurs historiques, il donne des informations sur le passé. Ses qualités artistiques, sa construction, son architecture et son style lui donnent un caractère singulier et significatif pour l’ensemble du groupe.
La notion de valeur est primordiale dans la qualification d’un lieu comme patrimoine. Le patrimoine existe parce qu’il est support de connaissances et d’informations. Le sens premier du mot valeur est l’apport d’informations par un objet, un bâtiment, un lieu ou une personne. La valeur peut être aussi artistique, ethnologique, esthétique... Le patrimoine devient alors support d’information pour l’ensemble des domaines scientifiques.
Le sens et la valeur d’un lieu existent grâce au regard d’un groupe. Le patrimoine devient symbole dans la mesure où le groupe lui reconnaît une valeur dépassant les cadres matériels du lieu ou de l’objet concerné. Ainsi, il est représentatif de tel ou tel événement (par exemple, les alentours de Verdun pour la guerre 14-18) ou de tel combat collectif (la place de la Bastille à Paris). Le lieu patrimonial est le support de sa propre mémoire. Il en est l’expression pleine et entière.

La population accepte un lieu comme patrimoine dans la mesure où ce dernier incarne une valeur qui dépasse la simple source de connaissances. Une fois que la population a reconnu ce lieu comme participant de son identité, elle lui accorde de l’intérêt et en défend la préservation. Protéger un lieu patrimonial permet de protéger l’identité du groupe.
      • Le lieu industriel n’aurait-il pas les mêmes caractéristiques que le patrimoine classique ?


Jusqu’aux années 70, le lieu industriel des XIXème et XXème siècles suscitait peu les interrogations suivantes : Le lieu industriel peut-il faire sens ? Le lieu industriel en friche qui n’a plus de valeur économique, peut-il être animé de valeurs reconnues collectivement ? Le lieu industriel peut-il être un lieu patrimonial ? Depuis, historiens et conservateurs s’interrogent sur la place de l’objet industriel et du lieu industriel dans le patrimoine.
La prise de conscience d’un patrimoine industriel procède du travail des historiens et des chercheurs en sciences humaines : ils ont trouvé en ces lieux, et en leurs objets et archives, une source de renseignements sur la vie industrielle et son organisation. De plus, la menace de la disparition imminente de cette histoire, incarnée dans ces bâtiments, a suscité l’intérêt. Ces derniers renvoyaient à une histoire économique, une histoire architecturale et une histoire sociale significative.

Les témoignages matériels de cette histoire ont donc été pris en considération. En 1986, Claudine Cartier, responsable de la cellule patrimoine industriel à la Direction des Musées de France, plaçait en premier lieu l’urgence de la sauvegarde, “ l’intérêt n’est pas de conserver en l’état, de muséifier un maximum de friches industrielles mais d’engranger de la documentation sur un territoire, en vue des générations futures ”9. Nous retrouvons ici les mêmes principes que le patrimoine classique : connaissances, préservation, transmission.
Les recherches sur le patrimoine industriel se sont développées depuis de vingt ans en France. Le patrimoine industriel est aujourd’hui accepté comme patrimoine par les services de l’Etat. Des services du patrimoine industriel existent dans certaines DRAC, certains Conseils Généraux ou Régionaux. Les actions de Georges-Henri Rivière et le développement des écomusées, les démarches scientifiques entreprises par Maurice Daumas, concernant l’étude archéologique des friches industrielles, la cellule patrimoine industriel10 de la Direction des Musées de France créée en 1983 par Jack Lang ont permis de développer cette nouvelle discipline que sont l’étude et la mise en valeur du patrimoine industriel. Aujourd’hui, une usine en friche peut être appréciée pour ses qualités architecturales, sa source de connaissances, sa valeur symbolique et non plus uniquement pour les conséquences négatives dont elle est synonyme.
Ainsi, la friche industrielle est d’aujourd’hui reconnue pour les valeurs qui l’habitent, au même titre qu’un bâtiment plus ancien. Elle est aussi support d’informations. Elle transmet une valeur économique et historique : un carreau de fosse renseigne son visiteur sur l’organisation de l’espace minier et sur les différents bâtiments qui composent une exploitation. L’aspect extérieur du lieu industriel est digne de valeur : les architectures des usines du XIXème siècle sont admirées pour leur qualité et leur fonctionnalité. Elles sont d’ailleurs reconnues pour leur valeur architecturale avant leur valeur historique. Les précurseurs du développement du patrimoine industriel parlent aisément des “ cathédrales de l’industrie ” comme lieu sacralisé. Cette nouvelle composante du patrimoine jouit des mêmes atouts que le patrimoine classique. Le patrimoine industriel doit être conservé afin de le transmettre aux générations suivantes. Effacer un lieu industriel correspond à la destruction des traces de l’aventure industrielle, de son organisation et de son architecture.
La reconnaissance du lieu industriel comme patrimoine existe quand la population le conçoit comme tel. Cette assimilation est souvent longue et douloureuse. La fin de grandes industries qui ont marqué la vie économique de la France aux XIXème et XXème siècles, comme la sidérurgie, le textile, l’exploitation du charbon est encore récente. Les dernières mines de charbon ont fermé en 1990 dans le Nord et deux demeurent ouvertes en Lorraine, la fermeture étant prévue pour 2004-2005. Les personnes qui ont travaillé dans ces lieux sont encore vivantes. Qualifier leur lieu de travail de patrimoine correspond à la fin réelle de leurs vies professionnelles.

Il faut pourtant réaliser combien la population est créatrice de son patrimoine. Elle a vécu pour cette activité, qui a elle-même développé action sociale, sociabilités et pratiques culturelles. Ceci compose l’identité de la population. Cette dernière la transmettra aux générations futures. Une activité industrielle, sur un territoire, devient un élément de la mémoire collective.

Les lieux d’exploitation sont des éléments constitutifs et constituants de la vie d’une population. Pour reconnaître ce composant identitaire et mémoriel, la population doit donner un regard nouveau sur les espaces concernés. Elle doit faire le travail de deuil. Transformer le lieu industriel en symbole permet la mutation du regard et simultanément l’acceptation de la fin de cette aventure.
Nous observons ainsi deux tendances pour qualifier un même lieu. Répondant chacune à des représentations particulières, ces deux sens orientent les comportements liés à l’avenir de ce lieu. Afin de garder une neutralité, compte tenu de ces définitions, nous utiliserons au cours de notre réflexion le terme de lieu industriel.
L’ancien Bassin Minier du Nord-Pas-de-Calais a été choisi car il a été le lieu du stage effectué entre avril et juin 2002 au sein de la Scène Nationale Culture Commune. D’autre part, c’est un territoire qui dispose d’un ensemble de facteurs relatifs à la problématique qui nous concerne : haut lieu de l’exploitation houillère depuis le début du XVIIIème siècle, ce territoire est aujourd’hui marqué par la crise de cette industrie. Les conséquences sur la vie économique, sociale et humaine de ce territoire ont été difficiles. La fin de l’exploitation minière est visible dans le paysage, les lieux industriels en friche sont nombreux et ont été le terrain des conflits exprimés ci-dessus entre vision négative et vision optimiste de leur avenir.

Nous présenterons donc tout d’abord le territoire et sa composition. Nous verrons également la façon dont il est aujourd’hui marqué par son passé industriel. Dans un second temps, nous présenterons deux sites industriels représentatifs de cette histoire et de ce territoire, la fosse Delloye à Lewarde (Nord) et la fosse 11/19 à Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais).

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