Mémoire présenté par Marieke doremus








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I. Motivations et conditions du réemploi


Il convient de nous interroger préalablement sur les raisons qui amènent les acteurs culturels à utiliser ce type de lieu pour développer leur projet. Il faut en étudier différences et fondements communs.

A travers les deux exemples de Culture Commune et le Centre Historique Minier, nous observons que cette implantation est singulière à chaque projet. Néanmoins, il nous faut remarquer également qu’au-delà des raisons propres à chaque projet, il faut également tenir compte de conditions nécessaires à l’épanouissement du projet dans ce lieu industriel.

  1. Motivations des porteurs de projets


Deux types de reconversion existent : la première est la reconnaissance faite au lieu de sa valeur historique et informative et la volonté de la mettre en valeur. La seconde correspond au désir d’utiliser ce lieu comme un moyen d’expression, un moyen d’agir et de se rencontrer (entre un public et un artiste, entre une population et un langage artistique, entre les artistes, entre la population...) par l’action culturelle et artistique. Le réemploi du lieu industriel se différencie selon la nature du projet que l’on veut y développer.
      • Le lieu industriel comme symbole de connaissances


L’espace industriel en friche peut être considéré comme patrimoine. Reconnu pour sa valeur et pour sa signification symbolique, le lieu industriel devient patrimoine industriel.

Ce premier mode de reconversion permet au lieu industriel de s’inscrire dans une dynamique de conservation, de mise en valeur et de transmission d’une histoire et d’une mémoire. Ces objectifs liés au patrimoine industriel se réalisent grâce à une activité culturelle dont le musée est le meilleur représentant.

En France, une majorité de lieux industriels conservés sont transformés en musée. Pour le cas des infrastructures minières, on peut citer deux exemples, ajoutés au Centre Historique Minier : le Puits Couriot à Saint-Etienne et le Puits Wendel, à Petite-Rosselle en Moselle. Ces trois sites sont d’anciennes fosses de mines qui ont été conservées pour leurs valeurs historiques, elles sont devenues le siège d’un nouvel espace : l’espace muséographique.
Les raisons fondatrices de la création d’un musée de site sont nombreuses. Le musée de site est en réalité un musée “ créé à partir d’un site industriel ancien ou actuel conservant machines et bâtiments, accroché à des traditions qui ont marqué le paysage et les gens ”26 . Le musée de site existe dans des lieux où s’est développée l’histoire d’une industrie, d’une technique, d’une discipline scientifique ou d’une vie sociale spécifique. Le Centre Historique Minier de Lewarde a pour mission de mettre en valeur l’histoire houillère du Nord et du Pas-de-Calais en s’appuyant sur l’exemple d’une fosse et sur la richesse des collections rassemblées grâce aux autres fosses.
L’installation d’un musée sur un site industriel permet de conserver les lieux selon leur identité première. Les bâtiments deviennent le cadre vivant d’une activité culturelle recevant le public. L’exemple du Centre Historique Minier vérifie cette observation : la fosse Delloye est choisie afin de “ conserver un site qui servira de lieu de conservation de la mémoire de l’activité de l’entreprise 27  Le site devient le symbole de l’activité et est lié au projet muséal. Le Centre Historique Minier est né suite à la conservation du site, mais il est l’aboutissement logique d’un désir de garder les traces de l’aventure minière.
Par ailleurs, l’expérience in situ permet au visiteur de vivre et ressentir ce qu’étaient l’activité passée et les lieux même de l’entreprise, le vécu de l’ouvrier, de son chef, des heures passées dans le vestiaire, au bureau des paies... Le musée de site permet une mise en situation réelle et concrète. Cette authenticité “ par les murs ” est soutenue par une démarche scientifique rigoureuse. Le musée est le lieu de la vérité. André Dubuc confirme cette idée par une expérience vécue au Centre historique Minier en 1995, lorsque le film Germinal réalisé par Claude Berri28 fut tourné dans la région : l’équipe est venue visiter le site de la fosse Delloye et le musée. “ Quand j’ai vu arriver les gens de Germinal, ils étaient totalement débordés. Je leur ai demandé la raison de leur venue, n’ayant pas de rapport direct avec le film. En fait, ils m’ont tous dit, chose qui paraissait évidente : on vient voir ce que c’était en réalité. ” 29 Au-delà des espaces conservés et restaurés, le Centre historique minier a reconstitué un sous-sol de mine, “ le fond ”, et l’authenticité de l’expérience muséale va alors plus loin grâce à la simulation.

La forme de réutilisation expérimentée sur la fosse Delloye se justifie par la conception patrimoniale du lieu industriel.

Celui-ci peut aussi faire l’objet d’une reconversion en lieu artistique, dont les intentions sont distinctes de celles du musée. C’est ce qui nous importe maintenant d’étudier.
      • Le lieu industriel comme lieu d’expression artistique


Le premier argument exprimé par les acteurs culturels investis dans ce type de projet reste l’utilisation d’un espace vacant, vide d’activité et donc utilisable par n’importe quelle autre activité. La démarche culturelle associée à ces lieux est liée à la volonté ou à l’obligation de se démarquer pour pouvoir exprimer son art. Les artistes et acteurs culturels y trouvent une liberté d’action et de création qu’ils ne trouvent pas ailleurs. Fabrice Raffin, sociologue spécialiste de ce mouvement, affirme que “ l’installation même dans ces lieux a priori peu accueillant que sont les espaces en friches semble participer du refus de l’homogène, du fonctionnel. Une friche industrielle ou marchande, c’est tout le contraire d’une identité fixe.(...) Elle laisse place à de nombreuses possibilités.30Nous disposons d’un lieu sans projet et des artistes et acteurs culturels avec un projet mais sans lieu. La première rencontre s’établit à partir de ce modèle. Ces friches culturelles sont des laboratoires de création, des lieux d’expérimentation dont la réalité s’exprime dans un lieu aux multiples facettes et aux multiples possibilités. La friche culturelle est un lieu d’expression. La considération du lieu industriel en tant que patrimoine n’est pas intégrée dans les projets de ce type.
Les lieux industriels transformés en lieux de culture et de création artistique sont aussi un moyen de s’inscrire sur un territoire, dans un quartier ou une ville. La majorité de ces projets place la population locale au centre de leurs actions. Ils entendent agir en rencontrant la population et en engageant un développement culturel durable. Chantal Lamarre, directrice de Culture Commune, définit sa relation au site comme un moyen de sensibiliser la population : “ on peut mieux ressentir une oeuvre et un propos artistique, pour des gens qui sont éloignés du champ artistique, quand, au moins, on peut tisser quelques liens concrets. (...) C’est un lien possible. 31

Le lieu industriel est un lieu qui parle à la population locale, elle est un élément de la vie passée de cette population. Le site du 11/19 est entouré de cités-jardins construites par les Houillères pour les mineurs de la fosse. Investir le lieu est un moyen d’engager une conversation avec cette population et de commencer à la sensibiliser au propos artistique. Nombre des projets culturels installés sur les lieux industriels revendiquent leur implication dans la vie du quartier.
En outre, l’installation d’une équipe culturelle sur un espace en friche peut aussi être motivée par le rapport au lieu. Le lieu industriel est alors perçu comme un espace permettant le développement de l’imaginaire. Les créations artistiques qui y sont pensées, façonnées et fabriquées sont influencées par le lieu et son histoire. Certaines sensibilités se sentent particulièrement touchées par le lieu industriel en friche : c’est ce que l’on peut appeler le pouvoir de l’esprit du lieu32.

Culture Commune a commencé à travailler sur le site en créant des spectacles en dehors de toute installation durable. Le Bourgeois sans culotte, en 1990, de Kateb Yacine a donné lieu à une longue résidence sur le site, alors fermé depuis 4 ans. Une des motivations de Chantal Lamarre vis-à-vis du 11/19 était la possibilité de rencontre et de provocation “ entre cet espace d’histoire humaine et les artistes ”. Elle évoque le sentiment qu’elle éprouve par rapport à ce site et l’émotion ressentie lors de la première visite. L’association entre Culture Commune et le 11/19 lui paraissait évidente, “ si Culture Commune doit être dans un lieu, c’est dans celui-ci 33”.
L’exemple de Culture Commune en terme de lieu de création artistique est spécifique d’un projet constitué avant le choix-même du lieu. Ce dernier est devenu un moyen d’expression du projet et non le fondement du projet, contrairement au Centre Historique Minier. Il est important de signifier que Culture Commune se démarque de nombreux autres projets culturels installés sur des lieux industriels par la prise en compte des éléments symboliques et immatériels du site du 11/19.
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