La stratification architectonique de Bruxelles dans le sillon de la vallée de la Senne








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date de publication25.12.2016
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Architecture et site fluvial

La stratification architectonique de Bruxelles dans le sillon de la vallée de la Senne


Le texte qui suit rend compte d'un projet en cours, dont les premières formulations graphiques ont été élaborées à l'occasion du stage international AUD qui s'est tenu à La Cambre d'octobre 1998 à janvier 1999. Des éléments de cette recherche ont aussi été proposés à la réflexion des étudiants de La Cambre, de l'ISURU (Bruxelles), de la Faculté de Technologie appliquée (TEI) du Pirée (Grèce), des Universités Columbia et Cornell (USA), à un groupe d'urbanistes délégués à Bruxelles par la ville de Riga (Létonie), ainsi qu'aux participants à un workshop européen à La Cambre.

"Le structuralisme, [...] c'est [...] établir entre des éléments qui peuvent avoir été répartis à travers le temps, un ensemble de relations qui les fait apparaître comme juxtaposés, opposés, impliqués l'un par l'autre, bref, qui les fait apparaître comme une sorte de configuration; et à vrai dire il ne s'agit pas par là de nier le temps; c'est une manière de traiter ce qu'on appelle le temps et ce qu'on appelle l'histoire." Michel Foucault
Depuis un siècle environ, Bruxelles vit dans les conditions d'une transformation. Ce sont les conditions qui la préparent au rôle de métropole européenne. Mais elle n'a pas déterminé le projet de cette transformation.

Aujourd'hui, Bruxelles refuse de reconnaître la nécessité de sa transformation. Ce refus est à mettre au compte du "traumatisme" qu'ont provoqué les grands chantiers qui devaient inaugurer - durant les années 55-70 - l'application du "scénario Bruxelles-Manhattan" (SBM). Le SBM était illégitime, non pour avoir reconnu la nécessité d'une importante modification de l'architecture de Bruxelles, mais pour avoir pensé cette modification en termes de refondation, et non de transformation. Son projet était dédaigneux envers les éléments les plus certains de sa condition, désinvolte tant par la vision caricaturale qu'il proposait de Bruxelles-métropole européenne que par le mépris qu'il manifestait envers les rôles confirmés de Bruxelles.

En l'absence d'un projet par lequel effectuer sa transformation et se représenter à elle-même son rôle de métropole européenne, Bruxelles procède - depuis 30 ans -, dans la confusion des rôles, à la déstructuration de toute sa réalité physique. Certains s'appliquent encore au projet d'une reconstruction dont la fondation pittoresque démontre maintenant ses insuffisances aux yeux de tous. D'autres, enorgueillis par l'échec (intellectuel) des premiers et désinvoltes à leur tour envers une ruine redevenue disponible, voudraient imposer maintenant à Bruxelles les résultats hétérotopiques que leur dictent leurs propensions manipulatrices particulières.

Nous explorons - pour notre part - certains outils de description qui permettent de lire Bruxelles - sa complexité, l'hétérogénéité de ses parties et de ses éléments constitutifs : pas de la considérer comme un simple contexte, mais comme le texte même du projet, inachevé, qu'il nous appartient de nous réexpliquer et de ressaisir. Une ruine - soit - mais intelligible, la ruine d'où extraire - par un examen attentif - les questions, mais aussi - dans une large mesure - le matériau même du projet, d'un projet qui ne se penserait en termes ni de refondation, ni de restauration, ni de manipulation, mais bien en termes de transformation, d'un projet qui nous autoriserait à considérer plus justement notre contribution comme moment d'un processus de configuration à travers la longue durée, comme moment de développement.

Dans cette optique transformatrice, la complexité de l'architecture bruxelloise consiste en la stratification logique des sédiments historiques qui représentent les principaux moments toujours actuels d'une destinée, d'une "personnalité" qui se révèle et se confirme, à travers le temps, dans les formes de son inscription territoriale.

Le projet de Bruxelles se confond avec l'exploration des principes configuratifs qui assurent l'équilibre des relations entre trois sédiments : Bruxelles-métropole régionale, Bruxelles-capitale, Bruxelles-métropole européenne. Chacun de ses trois sédiments - suivant le degré de résolution de sa configuration - est ouvert à de nouvelles interventions.

L'étude dont nous présentons ici le compte-rendu énonce quelques principaux éléments du raisonnement d'un projet pour une vaste aire du territoire bruxellois, celle qu'il est encore convenu d'appeler la "zone canal".

L'aire d'étude révèle son unité (une unité qui n'est pas décrétée a priori, une unité concrètement vérifiable, au moins comme possibilité) si nous la reconnaissons - toute entière - comme le lieu physique d'une des principales questions permanentes du projet de Bruxelles : la question du rapport de l'architecture de la ville et d'une des lignes de force majeures de son site : le sillon de la vallée de la Senne. C'est cette question que nous choisissons d'approfondir. Cette question est elle-même nécessairement partie d'une des plus amples questions de l'urbanisation du territoire : celle des rapports qu'entretiennent la ville et son site.

Si nous choisissons de considérer l'aire d'étude sous le rapport de cette question générale d'urbanisation du territoire, c'est que les modifications qui s'y opèrent se font actuellement suivant de toutes autres considérations, inattentives à ses possiblités singulièrement exceptionnelles. L'asservissement de l'aire d'étude au schéma général d'urbanisation SBM - hypertrophie anarchitectonique du plan radioconcentrique de Bruxelles-capitale (nouvelles radiales d'infrastructure autoroutière, lotissement d'objets prétendument autonomes, TGV) - s'opère en l'absence de toute hypothèse sur la question du lien architectonique de la ville et du sillon de la vallée de la Senne, en l'absence de toute réponse civile à une question qui, pour avoir été laissée en suspens durant les 150 ans où l'aire d'étude a été réservée de façon prédominante à l'extension des activités industrielles, n'en a pas pour autant encore été conclue.

L'hypothèse que nous présentons ici prend appui sur des traces, toujours manifestes, qui participent d'un début d'application du premier plan général de Bruxelles-capitale - le plan du premier inspecteur-voyer Charles VANDERSTRAETEN (1840, adopté en 1846) - abandonné au profit d'un plan plus complaisant vis-à-vis des tendances ségrégatives qui allaient s'affirmer au cours de la seconde moitié du XIXème siècle (le plan BESME, adopté en 1865).

Ces traces représentent l'état le plus avancé à ce jour de la réflexion sur la construction du lien civil de la Bruxelles moderne et de son site fluvial, d'une réflexion qui redevient nécessaire, maintenant que s'éloigent les conditions qui en avaient soldé l'abandon et avaient gardé notre aire d'étude étrangère au projet architectonique de Bruxelles.

Notre hypothèse prend appui d'abord sur les traces des deux éléments singuliers auxquels VDS confie le rôle d'éléments générateurs des parties occidentales de la ville-capitale : une promenade plantée (l'Allée Verte, longue d'environ 2000 mètres) ainsi qu'un hippodrome (300X900 m.), deux vastes espaces publics linéaires, juxtaposés au canal certes, mais surtout généreux outils de l'inscription architectonique de Bruxelles-capitale dans le sillon de la vallée. Notre hypothèse réaffirme ces éléments - sur leur lieu exact, dans le respect de leurs caractères dimensionnels et de leur destination publique - comme compléments nécessaires du système des espaces publics majeurs de Bruxelles-capitale, dont le déséquilibre toujours actuel est un des signes les plus tangibles de la persistance du caractère ségrégatif de la réalité bruxelloise.

Ces deux éléments sont situés au point de rencontre de plusieurs quartiers, sur des terrains du sédiment Bruxelles-capitale livrés aujourd'hui à une condition de périphérie interne. Ils rétablissent entre ces quartiers un lien civil, qui est tout à la fois un lien d'appartenance à Bruxelles-capitale. Tous deux bénéficient - à proximité immédiate - de vastes halls d'activité : l'abattoir de Cureghem et la gare de Tours-et-Taxis. La construction de ces deux nouveaux espaces publics majeurs est nécessairement associée à la reconstruction de l'aire de résidence qui les entoure et les réinsère dans la structure agglomérée du sédiment Bruxelles-capitale. C'est ici que pourrait retrouver actualité une réflexion progressiste sur les formes de l'îlot caractéristiques de l'expérience de Bruxelles-capitale.

D'autres traces du plan VDS nous servent aussi d'appui : ce sont - plus strictement - des traces logiques, immatérielles : des tracés . Il s'agit des deux lignes de construction axiale par lesquelles l'auteur assure - à grande distance - l'étroite correspondance entre les deux nouvelles parties occidentales de la capitale et les premières longues sections extraurbaines des chemins de fer du Nord et du Midi. Nous réaffirmons cette correspondance architectonique entre ville et infrastructure au titre d'une pleine correspondance entre parties de la ville et proposons de construire sur ces deux axes deux parties nouvelles de Bruxelles-métropole européenne, dans les vastes brèches que le déploiement historique du domaine ferroviaire a opposées, au Nord et au Sud, à l'extension indéfinie du sédiment aggloméré de Bruxelles-capitale. Ces parties sont formées chacune autour d'un très grand espace public générateur, qui repropose le type de son correspondant dans le sédiment de Bruxelles-capitale.

L'unité architectonique de chacune de ces deux séquences linéaires est donc fondée sur la conformité de ses deux éléments générateurs en correspondance. Cette conformité manifeste concrètement la nécessité d'une résolution concertée et solidaire des parties du projet urbain appelées à reconstruire le lien de la ville et de son sillon fluvial. L'unité de la séquence résultante, issue du feu croisé des deux séquences linéaires initiales, est quant à elle fondée sur la distribution centrifuge des éléments générateurs selon leurs dimensions.

L'appartenance des parties à deux différents sédiments est ainsi lisible par la différence de taille de leurs éléments générateurs (ceux de la métropole européenne ont des dimensions doubles), mais aussi par leurs caractères d'implantation : les parties de Bruxelles-capitale sont agglomérées et leurs éléments générateurs entièrement entourés par l'aire de résidence, celles de la métropole européenne sont détachées et leurs éléments générateurs sont ouverts - comme non-finis - sur le territoire extraurbain. Les parties de Bruxelles-métropole européenne forment de grands groupes construits isolés sur un territoire où sont rétablis - en un vaste parc urbain - les caractères de l'ancien paysage rural. L'étude des règles configuratrices des aires de résidence de Bruxelles-métropole européenne concilie les acquis décisifs de l'architecture moderne avec certains principes de formation redécouverts par l'approfondissement de l'expérience de la construction du territoire.

Nous cherchons - plutôt qu'à imposer des solutions aussi résolutives qu'erronées - à explorer, à nous documenter, à énoncer un propos fondé, bref, à partager - si possible - des questions justes. Notre hypothèse reste largement à débattre et à approfondir.


Légende



1. Bruxelles-métropole européenne : le fait accompli. Les grands éléments générateurs de l'architecture de Bruxelles-capitale asservis à un réseau autoroutier anarchitectonique
2. Bruxelles-capitale : extrait du plan Vanderstraeten (1840). L'urbanisation du sillon fluvial et ses éléments générateurs.
3. Vue d'un cirque à établir hors la porte de Ninove-lez-Bruxelles projeté en 1837, par C. Vanderstraeten, architecte et ingénieur honoraire des Ponts-et-Chaussées (Bib. Albert Ier, Cabinet des Estampes, n° S.I. 331944)
4. Bruxelles-hypothèse. Le système des espaces publics majeurs de Bruxelles-capitale complété et rééquilibré
5. Bruxelles-hypothèse. Reconstruction architectonique du sillon fluvial. La séquence génératrice des quatre espaces publics majeurs : Bruxelles-capitale et Bruxelles-métropole européenne in-solidum
6. Bruxelles-hypothèse. Reconstruction architectonique du sillon fluvial. Élaboration graphique des participants au stage AUD/LA CAMBRE 1998)


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