Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres








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André Durand présente
Marcel PROUST
(France)
(1871-1922)

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

qui sont résumées et commentées

(surtout ‘’À la recherche du temps perdu’’

qui est étudié dans des dossiers â part).

Bonne lecture !


Il est né à Paris, le 10 juillet 1871, dans le seizième arrondissement, 96, rue La Fontaine (chez son grand-oncle maternel, Louis Weil). Son père, Adrien Proust, qui était originaire d'Illiers, localité à quelques kilomètres de Chartres (Eure-et-Loire), où son père était épicier, après avoir commencé ses études au séminaire, renonça à sa vocation religieuse pour se diriger vers la médecine, où il se distingua. Promis à une brillante carrière, il épousa en 1870 Jeanne Weil, qui, fille de l’agent de change Nathé Weil, appartenait à une richissime famille juive venue d'Alsace et d'Allemagne, et qui fit, en épousant un gentil, une des premières tentatives d'assimilation des juifs en France pour contrer les courants antisémites.

Alors qu’elle était enceinte, la Commune faisait rage. Un soir de mai 1871, son mari rentrait de l’hôpital de la Charité quand une balle tirée par un insurgé l'atteignit à la jambe. En apprenant cet événement, elle fut saisie d'une telle frayeur qu'elle mit au monde un enfant si débile que son père craignit qu’il ne fût point viable. C’était Marcel, et il allait en porter les stigmates toute sa vie.

En 1873, naquit son frère, Robert, ce qui fut pour Marcel l’origine d’un traumatisme profond, qui ne l’empêcha pas toutefois d’avoir pour lui une affection sincère.

Le père, devenu un grand médecin, professeur d'hygiène à la Faculté de Paris, fut l’auteur, entre autres ouvrages, de ‘’La défense de l'Europe contre la peste et la conférence de Venise en 1897’’ (1897), ouvrage que consulta Camus pour écrire ‘’La peste’’.

Ses parents, qui habitaient 9, boulevard Malesherbes, appartenaient à la grande bourgeoisie parisienne. Chez ce couple qui n’était pas uni par la passion mais par des sentiments d’attachement et de complémentarité, la différence de religion était atténuée par leur commun athéisme. Si Marcel Proust et son frère furent élevés dans la religion catholique, jamais leur mère ne se convertit. Cette juive au beau visage oriental, qui n’était pas une rebelle, mais pas non plus une prude, fut une femme fidèle à ses engagements et néanmoins trompée par un époux dur et absent. Humble et dévouée, elle ne s'accomplit qu'à travers les autres, alors que ses dons supérieurs, sa grande culture, sa connaissance de plusieurs langues auraient pu, à une autre époque, lui permettre tous les accomplissements personnels. Elle fut une mère intuitive, tendre et dévorante, qui entoura de sollicitude surtout ce fils aîné en qui apparaissait une sensibilité aiguë, presque maladive. Tous les lecteurs de Proust la connaissent presque intimement comme la dispensatrice du baiser du soir, mais aussi comme une présence absolue et fusionnelle, une véritable passion amoureuse ayant existé entre eux. Elle le fit accéder à un univers culturel d’une immense richesse, l’initia à la musique, à l’architecture, à la peinture et surtout à la littérature, mondes auxquels le père était étranger. À la question «Quel serait votre plus grand malheur?», dans un questionnaire appelé à porter son nom, le jeune Marcel avait répondu : «Être séparé de maman». Elle garda dans ses langes cet enfant même quand il devint un homme. L’amour qui les unissait fut une relation qui allait au-delà de la limite communément admise sans toutefois être condamnable, et Adrien Proust put être agacé par leurs démonstrations d’affection en public. Sans doute ne fut-elle pas étrangère à l'homosexualité de son fils, qui ne put aimer une femme qu'en elle. Comme elle l’aimait profondément, bien qu’elle ait, comme toutes les mères à cette époque, espéré un mariage pour lui, elle accepta son homosexualité, comme, bien qu’elle et son mari appartenaient à des milieux où le travail est fortement valorisé, elle accepta sa difficulté à trouver une profession. Elle l’y poussa d’abord, puis comprit que sa vocation d’écrivain était inébranlable. À ce moment-là, elle essaya, de toutes ses forces, de lui faire acquérir rigueur et discipline de travail. Elle fut son égérie, et, sans elle, il n’y aurait point eu d“‘’À la recherche du temps perdu’’ dont elle est un personnage insaisissable.

Elle entoura d’autant plus son fils de soins particulièrement affectueux qu’il était un enfant chétif, régulièrement malade, d'une « sensibilité maladive et trop fine qui le faisait déborder d'amour à la moindre gentillesse » (‘’Jean Santeuil’’). Très précocement, il manifesta une prédisposition pour l'asthme, le printemps étant pour lui la plus triste des saisons : les pollens libérés par les fleurs dans les premiers beaux jours provoquaient chez lui de terribles crises. À neuf ans, alors qu'il rentrait d'une promenade au Bois de Boulogne avec ses parents, il s’étouffa, ne pouvait reprendre sa respiration. Son père pensa le voir succomber à la violence de ses suffocations ! Un ultime sursaut le sauva. Mais allait planer sur l'enfant, sur l'homme plus tard, cette menace : la mort pouvait le saisir dès le retour du printemps, à la fin d'une promenade, n'importe quand, et cette crainte du rhume des foins ne fit que s'aggraver, l'obligeant, durant les dernières années de sa vie, à ne plus quitter la chambre.

Il mena la vie paisible d'un enfant de la bourgeoisie. À Paris, Marcel et Robert allaient jouer aux Champs-Élysées où il rencontra les petites Lucie et Antoinette Félix-Faure ou la Russe Marie de Benardaky qui devait lui inspirer les personnages de Marie Kossicheff (dans ‘’Jean Santeuil’’) et de Gilberte Swann (dans ’’À la recherche du temps perdu’’). On allait rendre visite au grand-oncle (chez lequel, dans ‘’Du côté de chez Swann’’, se situe la première apparition de la « dame en rose», Odette de Crécy), comme à la grand-mère maternelle (dont il retraça la figure avec une tendre ferveur). Les vacances d'été, la famille les passait à Illiers, bourgade qui devint Combray dans son œuvre où elle est partagée entre le « côté de Méséglise » et le « côté de Guermantes». Y habitaient et en incarnaient les us et coutumes sa grand-tante Amiot et sa fidèle servante, qui allait plus tard être au service de Marcel et de ses parents. Il flâna dans la campagne et au bord du Loir (la Vivonne dans l’œuvre).

Donnant aussi les signes d’une grande intelligence, il fut un grand lecteur : de La Bruyère et de George Sand, que sa grand-mère lui fit lire dès son jeune âge, des ‘’Mille et une nuits’’, de Dumas, de Balzac, de Chateaubriand (surtout les ‘’Mémoires d’outre-tombe’’ auxquels il eut toujours conscience de beaucoup devoir : évocation saisissante d'une société, prémonition de la sensation-souvenir, source inépuisable de réflexions), de Nerval, de Gautier, de Musset, de Vigny.

En 1882, il entra en cinquième au lycée Condorcet, qu’il fréquenta de façon irrégulière, étant « toujours absent » du fait de ses crises d'asthme (qui l’obligèrent à redoubler la classe de seconde), mais où il fit de bonnes études. En classe de rhétorique (1887-1888), où il obtint le premier prix de composition française, il fut l’élève de M. Gaucher qui pressentit son talent ; en classe de philosophie (1888-1889), où il obtint le prix d’honneur de dissertation, il fut l’élève favori de M. Darlu, qui exerça sur lui une grande influence par sa défense de l’individualisme, qui lui fit connaître Schopenhauer et qu’il allait évoquer dans ‘’Les plaisirs et les jours’’. Il noua au lycée des amitiés fidèles avec des camarades qui étaient férus de littérature : Léon Brunschvig, Louis de La Salle, Abel Desjardins, Jean de Tinan, Jacques Bizet, Daniel Halévy, Fernand Gregh, Robert de Flers, Robert Dreyfus, Gaston de Caillavet ; ils commentaient passionnément les auteurs contemporains, France, Barrès, Dierx, Maeterlinck, admiraient aussi Leconte de Lisle et ses traductions poétiques (dont les hellénismes un peu voyants allaient encombrer les propos de Bloch dans ‘’À la recherche du temps perdu’’) ; ils créèrent une revue littéraire, la ‘’Revue lilas’’ (teinte qui désignait assez son inspiration symboliste), où Proust, qui était secrétaire de rédaction, à l’âge de quatorze ans, publia ses premiers articles qui portaient sur la peinture car il était un visiteur assidu du Louvre, et s'imaginait bien alors directeur de musée. Ce sont toutefois peut-être ses lettres conservées par ses amis qui nous révèlent le mieux les dons qu’il avait adolescent.

Les élèves du lycée Condorcet se voulant mondains et modernes tandis que les lycéens de la Rive Gauche se consacraient aux disciplines plus austères et plus exigeantes, il fit son entrée dans le « monde », ayant son premier dîner en ville chez la princesse Mathilde, fille de Jérôme Bonaparte car, lui ayant été présenté, il avait fait la conquête de la vieille dame. Il se plut alors, pour meubler son oisiveté, à fréquenter les salons, ceux de la princesse, de Mme Straus et de Mme de Caillavet où il rencontrait Anatole France et Charles Maurras.

En 1888, il écrivit à Daniel Halevy : «Mes croyances morales me permettent de croire que les plaisirs des sens sont très bons. Elles me recommandent aussi de respecter certains sentiments, certaines délicatesses d'amitié, et particulièrement la langue française, dame aimable et infiniment gracieuse, dont la tristesse et la volupté sont également exquises, mais à qui il ne faut jamais imposer des choses sales. C'est déshonorer sa beauté

Après avoir passé la deuxième partie du baccalauréat, en novembre 1889, il devança l'appel sous les drapeaux pour un volontariat d’un an. Le satiriste Edward Sorel le peignit comme une aimable « folle » qui s'était engagé dans l'armée parce qu'il était « émoustillé à l'idée de vivre en compagnie de jeunes gens virils ». Envoyé au 76e régiment d'infanterie à Orléans, il fut classé 63 e sur 64 au peloton d’instruction. Il semble s'être fort ennuyé à la caserne, mais y eut pour camarades Robert de Billy et Gaston de Caillavet (« Mon amitié pour Gaston était immense ; je ne parlais que de lui à la caserne où mon brosseur et le caporal voyaient en lui une sorte de divinité. » Comment ne pas voir apparaître déjà à travers ces lignes, Robert de Saint-Loup?). Et, tous les dimanches, il venait en permission à Paris.

En 1890, rendu à la vie civile, il s’inscrivit à la faculté de droit et à l'École libre des sciences politiques, faisant les études qu’avait choisies pour lui son père, qui ne souhaitait pas une carrière littéraire pour lui. Il suivit ainsi les cours d'Albert Sorel, d’Anatole Leroy-Beaulieu et d’Albert Vandal. Mais il suivit aussi, à la Sorbonne, les cours de Bergson qui venait de publier sa thèse sur les ‘’Données immédiates de la conscience’’ et dont l'influence le marqua profondément.

À la fin de l’été 1891, il séjourna à Trouville chez les parents de son ami, Jacques Baignères, dans leur villa des Frémonts qui donne à la fois sur la mer et sur la campagne normande (la villa La Raspelière d’‘’Á la recherche du temps perdu’’ lui doit certains traits). Il y retourna l’année suivante où il écrivit une nouvelle, ‘’Violante ou la mondanité’’. Sa maladie, qui l’obligeait à s’affubler de plusieurs cache-col, de plusieurs manteaux, s’était aggravée, mais elle lui laissait encore de longs moments de rémission où il avait l’espoir de la voir se résorber d’elle-même ; il était bien un de ces « valétudinaires chez qui, tout d’un coup, un pays où ils sont arrivés, un régime différent, quelquefois une évolution organique, spontanée et mystérieuse, semblent amener une telle régression de leur mal qu’ils commencent à envisager la possibilité inespérée de commencer sur le tard une vie toute différente. » (‘’À la recherche du temps perdu’’, I, page 211).

En 1892, Jacques-Émile Blanche fit son portrait.

Il voulait se consacrer aux lettres. Mais quoi écrire, et comment? Sa correspondance, les témoignages de ses amis, le contenu de ses carnets intimes et de ses ébauches, et, sous une forme voilée, ‘’Á la recherche du temps perdu’’, nous font assister à son apprentissage des lettres et à ses crises de découragement. Il rechercha des modèles, mais ses goûts étaient trop éclectiques pour le guider : comme sa grand-mère et sa mère, il appréciait Mme de Sévigné, George Sand et les romanciers de l'Angleterre victorienne (Dickens, George Eliot) ; comme son entourage mondain, il goûtait les romans psychologiques spécialisés dans la peinture de l'aristocratie ; comme ses anciens professeurs, il fréquentait les classiques du XVIIe siècle. À tout cela, il ajouta personnellement Saint-Simon, Baudelaire, Flaubert, Sainte-Beuve, Barbey d'Aurevilly, Augustin Thierry, Tolstoï, Dostoïevski, Anatole France, Pierre Loti, Mallarmé. Cette faculté de communier avec des auteurs aussi variés semblait indiquer plutôt la souplesse du critique qu'une conception bien arrêtée de l'art. Son activité visible prit un caractère de dispersion qu'il se reprocha plus tard.

Avec des camarades du lycée Condorcet, Fernand Gregh, Daniel Halévy, Robert de Flers, il fonda la revue ‘’Le banquet’’, à laquelle il collabora régulièrement, y publiant des ‘’études’’, des réflexions et des nouvelles dont la plupart furent reproduites dans ‘’Les plaisirs et les jours’’, où il explora déjà les thèmes de sa vie : l’amour découvert et vécu par la souffrance, la marche illusoire du temps où l’avenir n’est qu’une éternelle projection du passé, lequel revient le marquer de ses réminiscences fulgurantes. Mais la revue ne dura qu'une année, n’eut que huit numéros. Il collabora aussi à ‘’Littérature et critique’’, à ‘’La revue blanche’’, à ‘’La revue hebdomadaire’’. Il signait tantôt Laurence, tantôt Horatio.

À Trouville (qu’il découvrit en 1891, logeant chez des amis à la villa ‘’Les Frémonts’’ qui allait servir de modèle à la Raspelière, la propriété des Verdurin dans ‘’À la recherche du temps perdu’’), dans le cottage de ‘’la Cour brûlée’’, avec Fernand Gregh, Daniel Halévy et Robert de Flers, il entreprit, sous forme de lettres, un roman à quatre, dans le genre de ‘’La croix de Berny’’ (roman « steeple-chase » composé par Mme Émile Girardin, Théophile Gautier, Jules Sandeau et Joseph Méry).

Dans une chronique de mars 1892, on trouve cette phrase révélatrice chez cet auteur de vingt et un ans : « L'art plonge si avant ses racines dans la vie sociale que, dans la fiction particulière dont on revêt une réalité sentimentale très générale, les mœurs, les goûts d'une époque ou d'une classe ont souvent une grande part». Il écrivait encore, à propos de l'« art, ingénieux consolateur» : « Ses mensonges sont les seules réalités, et, pour peu qu'on les aime d'un amour véritable, l'existence de ces choses qui sont autour de nous et qui nous subjuguaient, diminue peu à peu ; le pouvoir de nous rendre heureux ou malheureux se retire d'elles pour aller croître dans notre âme où nous convertissons la douleur en beauté. »

C'est à la lumière de ces textes qu'il faut considérer la vie qu’il menait alors. En effet, même sans devoirs professionnels, cette époque de 1892-95, marquée par l'arrestation et la déportation d'Alfred Dreyfus (octobre et décembre 1894), ne fut pas pour lui un temps inactif. En août 1892, il obtint sa licence ès lettres. Désormais les vacances le ramenèrent moins souvent vers Combray, et davantage sur les plages normandes, Trouville (où en 1893 il revint avec sa mère pour s’installer à l’’’Hôtel des Roches noires’’, au numéro 10), Cabourg (dont il allait faire Balbec, séjournant au ‘’Grand Hôtel’’).

En février 1893, il publia dans ‘’Le banquet’’ ‘’Violante ou la mondanité’’.

Il obtint une licence en droit, et pensa alors s'orienter vers la carrière diplomatique.

Il passa ses vacances d'été à Trouville, mais avec sa mère, à l’hôtel des Roches noires où le revit Fernand Gregh qui nota : « Il regardait de sa chambre, entre ses premières crises d'asthme, les couchers de soleil sur la Manche dont il allait fixer pour toujours les nuages éphémères. » Les couchers de soleil, les lectures et les promenades sur le sable ou dans la campagne avec une bande d’amis (dont de futurs écrivains) l’attiraient davantage que les baignades en mer. Mais il ne put jamais y faire venir Reynaldo Hahn, jeune compositeur prodige auquel il s’était lié et était très attaché, qui fut pour lui un véritable intercesseur vers la musique de Saint-Saëns, de César Franck et de Gabriel Fauré (qui allait lui inspirer celle de Vinteuil dans ‘’À la recherche du temps perdu’’), avec qui il partagea aussi bien des « journées de lecture», en particulier autour des ‘’Mémoires d'outre-tombe’’. Surtout, il lui inspira une de ses premières et plus vives passions pour de beaux jeunes hommes. À ce propos, il faut indiquer que ses biographes ont pu déterminer que, alors qu’il était terrifié à l’idée de passer pour « inverti », qu’il était épris de virilité, sa sexualité se réduisait sinon à rien, du moins à quelques malhabiles et pathétiques séances de masturbation en commun.

La même année, il fut touché par la mort de sa grand-mère maternelle qui le fit profondément réfléchir aux « intermittences du cœur» car il ne fut pas aussi ému qu’il avait cru devoir l’être ; longtemps après, en 1907, à propos d'un deuil familial chez son ami Robert de Flers, il s'écria : « Rien ne dure, pas même la mort. » Il séjourna à Trouville et à Saint-Moritz avec le comte Robert de Montesquiou, belle figure de littérateur équivoque qu’il voyait « moitié mousquetaire et moitié prélat» et avec lequel on ne sait s’il a partagé plus qu’une amitié conflictuelle, comme avec le comte Bertrand de Fénelon dont il allait écrire, dans ‘’À la recherche du temps perdu’’, qu’il l’« eut pour ami le plus cher », qu’il fut « l’être le plus intelligent, bon et brave, inoubliable à tous ceux qui l’ont connu » (II, page 771) qui fut toujours pour lui très prévenant : un soir, au restaurant Larue, par gentillesse, il exécuta une traversée de haute voltige sur le dos des banquettes, pour aller chercher le manteau de son ami, qui avait froid ; il fut donc le modèle de Robert de Saint-Loup même s’il est mentionné aussi sous son nom dans ‘’À la recherche du temps perdu’’.

Un ami d’enfance, Jacques Bizet, fils de Georges Bizet, le compositeur de ‘’Carmen’’, l’introduisit dans le salon de sa mère, Geneviève Halévy qui, après avoir été l’épouse du compositeur, devint celle du banquier juif Émile Straus, au 134 boulevard Haussmann (ses mots d’esprit auraient inspiré ceux que Proust prêta à la duchesse de Guermantes). Fernand Gregh l’y revit et se rappela plus tard : « Je le revoyais chez les Straus, jeune homme élégant en habit, le camélia à la boutonnière, le plastron toujours un peu cassé par son repliement déjà fatigué sur lui-même, mais promenant sur l'assemblée ses magnifiques yeux où dans le coin des paupières la lumière frisait d'intelligence.»

Le 3 octobre mourut à Paris son ami, William Heath.

En mai 1894, il publia dans ‘’Le Gaulois’’ la nouvelle ‘’Une fête littéraire à Versailles’’, en juin, le poème ‘’Portraits de peintres’’ et, en octobre, la nouvelle ‘’La mort de Baldassare Silvande’’.

Il passa de nouveau ses vacances d’été à Trouville. Comme il sortait beaucoup et rentrait très tard, qu’il était méfiant et voulait être en sécurité, il loua, dans une compagnie que dirigeait Jacques Bizet, les services d’un chauffeur, M. Albaret, dont la femme, Céleste, et la sœur de celle-ci, Marie Gineste, était « courrières » (comme c’est indiqué dans ‘’Sodome et Gomorrhe’’).

Optant tout à fait pour une carrière littéraire, il commença un roman.

Le 14 janvier 1895, il publia, dans ‘’Le Gaulois’’, un article intitulé ‘’Un dimanche au conservatoire’’.

Il fut reçu à la licence ès lettres (philosophie), puis, troisième sur trois, au concours d’« attaché non rétribué à la bibliothèque Mazarine » où, cependant, il ne mit jamais les pieds. Il fut détaché au ministère de l'Instruction publique, mais demanda un congé d'un an. La fortune de ses parents lui permettait, il est vrai, de n'exercer aucun métier et de se former une certaine idée de l’art (peinture, musique, littérature), d’étudier avec un œil d’ethnologue amis ou relations, grands personnages ou inconnus de rencontre, artistes, princes, bourgeois et domestiques. Du plus intéressant au plus banal, il trouvait dans chaque être, un geste, un mot, une étincelle, une paillette à recueillir.

C’est que sa vie mondaine devenait de plus en plus brillante. Robert de Montesquiou ayant daigné présenter son jeune et juif ami à sa cousine, la comtesse Greffulhe, née Caraman-Chimay (une des « clés » pour la duchesse de Guermantes), il put sortir des salons de ses « banquières » pour pénétrer dans le faubourg Saint-Germain, quartier des hôtels aristocratiques. Il y rencontra Charles Haas, dandy et esthète, un des modèles de Swann, Anatole France qui était pour lui « le grand écrivain », Abel Hermant, Mme de Noailles. Il fréquenta aussi le salon de l'aquarelliste Madeleine Lemaire où il rencontra la princesse Polignac, Madame de Chevigné, les frères Bibesco, Antoine et Emmanuel, G. de Lauris.

Passant ainsi d’amis qui étaient bourgeois à des amis qui appartenaient à l’aristocratie, il fut donc un véritable snob qui assimila tout un Bottin du gratin. Cela lui permit de faire d’importantes rencontres dans les milieux mondains. Mais, s'il passait alors pour un aimable dilettante, pour un dandy à la boutonnière fleurie d’une fleur de magnolia, qu’on recevait parce qu’il amusait, qui se signalait comme un disert faiseur de mots, qui se livrait à des imitations satiriques, à des pastiches, qui était capable de provoquer des fous rires, il se donnait à lui-même l'excuse d'observer les futurs personnages de son œuvre. Sous la protection d'une frivolité apparente, elle se prépara souterrainement, se mûrit, s'organisa. Ainsi, vers sa vingt-cinquième année, alors qu'il aurait pu être ébloui ou distrait par la « foire aux vanités», en fait il observait, il analysait avec l'attention passionnée d'un naturaliste. François Mauriac a pu en dire : « Comme Pline l'ancien périt pour avoir voulu observer de plus près l'éruption du Vésuve, il est admirable que notre Proust se soit jeté dans la gueule du monstre afin de nous en donner une peinture exacte [...] Comme ces médecins qui s’inoculent un virus pour l'analyser librement, il semble s'être inoculé le snobisme afin de mieux pouvoir le décrire.» Peu à peu, allaient prendre corps ce qu’il appela « les personnages de la comédie mondaine », formule qui marquait la filiation avec ‘’La comédie humaine’’ de Balzac. Et, d’ailleurs, il rédigea, pour des journaux spécialisés, quelques chroniques sur les salons aristocratiques qu'il signait Dominique ou Horatio. Le 11 décembre 1895, il publia, dans ‘’Le Gaulois’’, un article intitulé ‘’Figures parisiennes’’. Il composa aussi des essais, des pastiches.

Colette le rencontra alors et put déclarer : « Il était un bien joli jeune homme. Fiez-vous au portrait que peignit de lui Jacques-Émile Blanche. Cette étroite bouche, cette brume autour des yeux, cette fraîcheur fatiguée, les traits et l'expression appartiennent vraiment à Marcel Proust jeune. L’expression du plastron blanc, froissé, et de la cravate convulsive m’effrayèrent autant que les touches noires posées sous les yeux, par un mal distrait qui lui charbonnait le visage au hasard […] Il ressemblait, cérémonieux et désordonné, à un garçon d’honneur ivre. Je n’avais guère de goût pour sa très grande politesse, l’attention excessive qu’il vouait à ses interlocuteurs, surtout à ses interlocutrices, une attention qui marquait trop, entre elles et lui, la différence d’âges. C’est qu’il paraissait singulièrement jeune, plus jeune que tous les hommes, plus jeune aussi que toutes les jeunes femmes. De grandes orbites bistrées et mélancolique, un teint parfois rosé et parfois pâle, l’œil anxieux, la bouche, quand elle se taisait, resserrée et close comme pour un baiser […] Des habits de cérémonie et une mèche de cheveux désordonnée.» Pour Maurice Barrès : « Proust était le plus aimable jeune homme, une merveilleuse source de compliments et de moqueries, avec une extrême abondance de mots un peu ternes et une subtilité prodigieuse de nuances. »

Il se faisait des amis, uniquement des hommes jeunes, beaux, curieux, ouverts, cultivés, brillants, qui comptaient énormément pour lui. Il les inondait de lettres, faisait avec eux des excursions à Chartres, Reims, Laon, Amiens, Senlis. S’il était avec eux séducteur, généreux, il était aussi exigeant, irascible : il fallait que l’autre soit constamment là, désir impossible à satisfaire. Capable d’un tact exquis, d’une extraordinaire compréhension, il leur demandait cependant d’avoir avec lui la plus grande franchise, de lui faire des confidences inavouables, de lui confier des secrets mortels ; sa discrétion était, disait-il, à toute épreuve : il serait « un tombeau». Mais Debussy le trouva un peu trop friand de ragots. Ses élans successifs, impétueux réclamaient des pactes que, de part et d’autre, on ne pouvait tenir. Il était condamné à n’aimer que des fantômes qui lui échappait, et, comme il était incapable de rester longtemps attaché aux absents, les relations se refroidissaient ; il en souffrait et, quand il souffrait trop, quand ses amis l’avaient déçu, il tombait malade, se sentant en sécurité seulement dans son lit.

En octobre 1895, il séjourna à Beg-Meil, sur la côte bretonne, avec Reynaldo Hahn, qui composa, sur ses poèmes, des pièces pour piano.

Il publia, en édition de luxe, chez Calmann-Lévy :

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