Livre de bord








télécharger 66.83 Kb.
titreLivre de bord
date de publication01.04.2017
taille66.83 Kb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > loi > Documentos

LIVRE DE BORD




12. SÃO TOME E PRINCIPE ET GABON

São Tomé e Principe, du dimanche 6 au vendredi 11 janvier 2002


Dimanche 6 janvier 2002. Me voilà donc reparti, cette fois-ci pour 17 jours de voyage en Afrique Centrale. Je vais visiter deux pays situés sur l'équateur, dans le golfe de Guinée (océan Atlantique): São Tomé e Principe et le Gabon.

A 15 heures, avec une heure de retard, l'avion décolle de Marseille pour Lisbonne. Le retard ne m'inquiète pas trop car j'ai 8 heures d'attente en transit dans l'aéroport de la capitale portugaise, le vol pour São Tomé étant prévu à minuit. Heureusement, j'ai de la lecture!

Pas de chance! A 19 heures, on affiche que le vol est retardé à 3H30 du matin. Au comptoir de la TAP, la compagnie aérienne portugaise, où je demande une chambre d'hôtel pour dormir quelques heures, on m'envoie balader: "Ce n'est pas grave! D'habitude ce vol a souvent 12 heures de retard...". Bon, ça commence bien!

Du coup je m'allonge, pour dormir un peu, sur les sièges de la salle d'attente où nous ne sommes que trois. Un jeune belge, passionné par les insectes, me raconte qu'il se rend pour la troisième fois à São Tomé pour y rechercher des espèces endémiques, notamment un papillon très rare.

L'avion décolle finalement à 4 heures et atterrit sur l'île à 10 heures. São Tomé! Mais quel est donc cet endroit inconnu?


São Tomé e Principe : (d'après mon guide)

São Tomé e Principe est un des plus petits pays du monde, avec ses 1001 km² et ses 130.000 habitants. Composé de deux îles principales, cet archipel se trouve à 220 km de la côte du Gabon. Il s'agit en fait des sommets émergés d'une chaîne volcanique formant un arc de cercle de 2000 km, le plus grand sommet culminant à 2024 mètres.

Découvert par les Portugais vers 1470, l'archipel n'était vraisemblablement pas habité. Les Portugais ont "importé" des esclaves noirs, puis en ont fait un commerce florissant avec les Antilles ou le Brésil. D'ailleurs, au fil des siècles, la population s'est largement métissée. Après une histoire mouvementée, cette ancienne colonie, catholique à 80%, s'est émancipée du Portugal en 1975.

L'archipel est très pauvre: le PIB par Santoméen est de 30 euros par mois, le taux de chômage de 30%, l'inflation supérieure à 10% par an et la dette extérieure, de 300 millions de dollars américains, équivaut à 6 fois le PIB! Les ressources principales proviennent principalement de la culture du cacao et du café, mais aussi un peu du tourisme: les beaux paysages, les plages, les espèces endémiques d'animaux (oiseaux notamment) et la sympathique population attirent de plus en plus les voyageurs. Mais São Tomé refuse le tourisme de masse.

Je ne visiterai que São Tomé, l'île principale: 47 km de long sur 24 de large, 854 km², 124.000 habitants (quant à Principe, toute petite, c'est un vrai paradis pour touristes riches).

A noter que São Tomé est aussi le nom de la capitale, abritant 40.000 habitants, pratiquement un tiers de la population du pays!
Lundi matin, la chaleur m'enveloppe alors que je descends de l'avion. Exit le pull! Que c'est agréable! La voiture d'un hôtel m'emmène jusqu'à la capitale proche. Cet hôtel ne me plaît pas et j'en visite un autre: visiblement tout ici est cher par rapport à la qualité proposée.

Puis, à la succursale de Mistral Voyages, une sympathique agence marseillaise spécialisée dans le tourisme santoméen et gabonais, on me renseigne bien et on me promet une voiture 4x4 pour le début d'après-midi. Je me balade le long de la plage, à l'endroit où débarquent les bateaux de pêcheurs: c'est très sale et ça pue, les gens boivent des bières et sont bien éméchés, bref, ça m'effraie un peu. Par contre, tout est vert et arboré, climat oblige. Et puis la population est bien noire, peu métissée, contrairement à ce qu'annonçait mon guide. Je parcours un peu la ville aux rues défoncées et trouve un petit resto où je mange correctement.

A 14H30, comme promis, une petite 4x4 Suzuki m'attend: je la loue 100 dollars pour 4 jours, ce n'est pas cher car c'est la voiture d'un particulier. Je pars alors en longeant la côte est en direction du sud de l'île. La route, en mauvais état, est entourée de forêts de palmiers et bananiers, c'est vraiment très vert. De petits villages de pêcheurs la jalonnent. Je m'arrête pour visiter la roça Agua Izé. Les roças sont les grandes plantations qui appartenaient jadis aux colons portugais, très riches du temps de l'esclavage: autour de la maison de maître, se trouvaient en général les entrepôts, les maisons des ouvriers, une église et même un petit hôpital. Et puis, tout autour, les vastes plantations, bien sûr...

Celle d'Agua Izé, une plantation de cacao, ne déroge pas à la règle: la maison de maître, ressemblant un peu aux demeures coloniales des plantations de Louisiane, semble toutefois assez mal entretenue. Mais ce qui m'étonne le plus, c'est l'extrême pauvreté des ouvriers: pantalons ou shorts troués de toutes parts, chemises déchirées, saleté aux abords des petites habitations, enfants culs nus, délabrement général, c'est effrayant! A São Tomé, beaucoup d'enfants travaillent dès 13 ou 14 ans, et sans doute parfois plus jeunes. L'esclavage n'existe plus, mais il n'est pas loin: la situation des ouvriers n'a pas dû beaucoup évoluer depuis plus d'un siècle...

Je reprends ma route, fais quelques pauses photos, puis arrive à la nuit (qui tombe vers 18 heures toute l'année) dans une autre plantation: la roça San Juan, où quelques pièces de la maison de maître ont été emménagées en chambre d'hôtes. Mon compteur journalier affiche 55 kilomètres et je passerai la nuit ici. Après négociations, pour 10 dollars, j'ai une chambre sommaire: un lit propre, une moustiquaire et une chaise. La salle de bain sans eau chaude est commune (mais je suis seul, à part le gardien) et il n'y a pas d'électricité, ce qui est compensé par une lampe à pétrole, évidemment moins pratique pour y brancher mon chargeur de piles. Mais ça va, je m'y plais. Fatigué, je me couche dès 20 heures.
Mardi, je me réveille tôt après avoir assez bien récupéré. Quel calme! Dès 6H30 arrivent des ouvriers se rendant à la plantation, certains très jeunes. Avant 7 heures, me voici reparti vers le sud. Je m'arrête à la roça Ribeira Peixe, établie le long de la côte. Les bâtiments y sont délabrés, les gens aussi. Je suis de nouveau surpris par la pauvreté de la population. L'hôpital, qui a dû être très beau, est aujourd'hui en ruine.

"Amigo, amigo!", crient les enfants le long de la route, réclamant aussi des bonbons que je n'ai pas. Soudain, je suis attaqué par des fourmis minuscules, s'infiltrant dans mon tee-shirt et mon short, arrivées de je ne sais où dans la voiture et me mordant cruellement, une douleur qui persistera jusqu'au soir. Je m'arrête précipitamment, sors de la voiture et me secoue à tout va.

Tout au sud, la route se transforme en piste et, arrivé au bout, je fais demi-tour pour repartir en direction de la capitale. Je m'arrête pour déjeuner dans le seul restaurant ouvert à San Juan; enfin, si on peut appeler ça un restaurant! La nourriture est médiocre: bout de poisson plein d'arrêtes accompagné de bananes plantains trop sèches. Bon, c'est mieux que rien.

Plus loin, je m'arrête faire une petite sieste au bord d'une plage déserte. Coup de barre et mal de crâne. Arrivent des enfants avec deux drôles de petits animaux vivants, que je ne connais pas, peut-être des loutres ou des belettes. Ils ont le museau allongé et pointu et de longues griffes (les animaux, pas les enfants!). A vendre, mais je n'en veux pas...

Je repars sans m'être reposé, coupe pour rejoindre la route du centre et la continue jusqu'au bout, là où mon guide indique un hôtel. L'hôtel est en fait fermé depuis trois ans! Heureusement, des personnes m'indiquent où je peux trouver Luis Mario, qui travaille comme guide. Ce dernier, très sympathique, entre 35 et 40 ans, me prête une tente et m'installe dans son jardin. Heureusement, car je me voyais mal, de nuit, retourner à la capitale... Il m'invite même à dîner en compagnie de sa femme et de ses cinq enfants: repas sommaire mais excellent, viande et manioc. Tant pis pour mon régime du soir... Luis Mario parle mieux le français que moi le portugais, et nous discutons dans les deux langues. A ce sujet, je suis un peu vexé car, depuis hier, les gens à qui je m'adresse me prennent pour un espagnol à cause de mon accent. J'ai pourtant appris le portugais avant l'espagnol mais, évidemment, après trois mois au Mexique et en Equateur, j'ai du mal à retrouver mon portugais. Fin de la parenthèse...

Pour en revenir à Luis Mario, il est d'origine capverdienne et m'apprend qu'une forte communauté capverdienne vit ici sur l'île. Il me donne aussi de nombreux renseignements intéressants sur l'île.

Vers 21 heures, après une bonne douche en plein air, je rejoins ma chambre, ma tente plutôt, et rentre dans le drap que je garde toujours au fond de mon sac (oui, là, je l'ai sorti…). Ca faisait bien longtemps que je n'avais plus campé ainsi! Je m'endors aussitôt: l'air de rien, j'ai quand même parcouru 141 kilomètres de route et de piste aujourd'hui...


Mercredi, je me réveille bien avant le lever du jour, trop tôt et passablement reposé. Le temps est bien gris. Je remercie Luis Mario de son accueil, le dédommage pour tout et reprends la route. Arrêt tout d'abord à la cascade de San Nicolau vers 7 heures, puis, entre deux averses, à la roça Monte Cafe, une plantation de... café (bravo!). Ici, les bâtiments sont plutôt bien entretenus, mais les travailleurs m'ont encore l'air bien pauvres. Plus loin, je fais aussi un tour dans la roça Vista Allegre, une plantation de cacao. La longue piste qui y mène est d'ailleurs toute bordée de cacaotiers et de bananiers. Il faut savoir que le cacao se récolte toute l'année, alors que le café seulement une fois, en avril je crois. A noter aussi que la réhabilitation de la plupart des plantations rencontrées depuis hier est financée par la coopération française (pourquoi?) et quelquefois par Taiwan ou la communauté européenne. Tout s'était dégradé de façon alarmante durant la très longue période communiste, après l'indépendance du pays.

Le soleil fait enfin son apparition, à 9H30. Des écoliers et écolières se rendent à l'école, souvent pieds nus mais en blouse. Arrêt dans une autre plantation, la roça Bella Vista, où la maison de maître coloniale est très belle. Je distribue à quelques enfants ouvriers des chocolats confectionnés à l'étranger avec le cacao de l'île, chocolats que m'avait offerts Mistral Voyages à Marseille: car, aussi curieux que cela puisse paraître, la plupart des habitants de l'île, même ceux qui récoltent le cacao à longueur d'années, n'ont jamais goûté au chocolat!

Ca y est, je suis sur la troisième (et dernière) route de l'île, celle qui rejoint le nord puis longe la côte ouest sur sa moitié. Je dépasse tout au nord le lagoa azul. Sur de nombreux kilomètres, la route est taillée au bas de la montagne qui plonge dans la mer. Petit arrêt à la belle roça de Diogo Vaz, sur la plage. Cette propriété est bien plus propre, mieux entretenue. Gens toujours aussi pauvres, qui demandent un cadeau ou de l'argent...

Rien pour déjeuner dans le coin: j'achète du pain un peu trop dur à mon goût et du chorizo, c'est tout ce que je trouve.

Arrivé tout au bout de la piste, dans des paysages toujours aussi verts, je fais demi-tour et rejoins la capitale en soirée, après un arrêt à la roça Ponta Figo qui abrite une jolie petite église. A São Tomé, je m'installe dans un des quatre bungalows d'un petit hôtel sur la plage. A 20 dollars, c'est ce qu'il y a de moins cher: c'est simple, mais pas mal du tout. Et, s'il n'y a pas d'eau chaude, il y a l'électricité et la climatisation, quand même!

Je n'ai parcouru que 154 kilomètres, mais je suis pourtant bien fatigué: ouste, au lit, et rapido...

Jeudi, le temps gris persistera toute la journée, dommage... J'ai bien récupéré cette nuit, enfin! A 7 heures, je pars visiter de façon plus approfondie le nord de la capitale et la côte nord que j'avais négligée hier. A midi, je déjeune de poisson, riz et lentilles: c'est copieux, bon, et ça coûte moins d'un euro!

Ayant terminé la visite de l'île, je passe l'après-midi sur une plage déserte et sauvage, où je bouquine. Des enfants arrivent et grimpent agilement aux cocotiers pourtant très hauts, plus de dix mètres: ils m'offrent une noix, dont le jus est bien sucré. Je retourne à l'hôtel avant la nuit, bien fatigué: pourtant je n'ai parcouru que 53 kilomètres et pas fait grand chose aujourd'hui. Il faut dire que j'ai une plaie à la jambe qui refuse de guérir et s'infecte tous les jours malgré des soins continuels: un souvenir de mon sauvetage amazonien!


Vendredi, je suis plus en forme. Mais le temps est toujours gris et il tombe quelques gouttes. Je vais au village de pêcheurs de Micolo, où la pauvreté est manifeste. Des enfants d'une douzaine d'années, nus comme des vers et bien bronzés (forcément, ce sont des noirs...), pêchent sur la plage ou se baignent. Et l'école? Ils n'y vont déjà plus...

Je passe ensuite ma matinée sur la même plage qu'hier, déjeune au même restaurant dont je suis toujours le seul client, puis retourne en ville. Lors du plein d'essence, je me fais truander et m'aperçois trop tard que le compteur n'a pas été remis à zéro, coup classique. Je rouspète, mais rien à faire: je dois payer. Je ramène le véhicule à 15 heures (j'ai parcouru 445 kilomètres durant mon séjour) et apprends que mon vol de ce soir pour le Gabon est retardé de deux heures, zut! Je me promène alors en ville à la recherche d'un Café-Internet; je trouve le seul qui existe, mais cela fonctionne tellement lentement qu'il m'est impossible de travailler. Alors je continue ma balade: dans le centre, quelques bâtiments sont remarquables. Et puis les trois quarts des voitures sont jaunes: ce sont les taxis, de vieilles voitures asiatiques, Toyota, Datsun ou Mazda.

Je rejoins Mistral Voyages à 17 heures et pars avec eux à l'aéroport. Là-bas, aux toilettes, je suis content: il y a du savon qui sent bon. Je me frictionne bien les mains et, au moment de me rincer, m'aperçois qu'il n'y a pas d'eau. Décidément! J'ai l'air malin! Je n'ai plus qu'à m'essuyer avec du PQ... Cela ne m'a toutefois pas empêché de payer la taxe d'aéroport de 20 dollars!

Je décolle vers 19 heures... Mais je reviendrai, car je suis obligé de faire escale une nuit ici avant mon retour en France. Pratique...

Que dire en conclusion sur ce pays? Pauvreté omniprésente, mais population attachante et aimable, c'est sûr. Et puis beaux paysages dans une végétation luxuriante. Mais ça reste une destination chère: le vol est à un tarif exagéré (on pourrait dire que c'est du vol...) et la vie sur place assez chère (sauf dans certains petits restaurants). Sur le plan touristique, c'est tout de même assez limité: trois jours suffisent pour faire le tour de São Tomé. Bien sûr, on peut aussi se rendre sur l'île de Principe, ce que je n'ai pas fait... Alors?

C'est un pays pour les chasseurs de papillons...

Au Gabon, du vendredi 11 au jeudi 17 janvier 2002


J'atterris donc à Libreville avec deux heures de retard, à 21H40. 40 passagers tout au plus dans le petit avion, 45 minutes de vol, une heure de décalage horaire (en plus). Même climat et même température qu'à São Tomé...

Premiers déboires: les loueurs de voitures sont tous fermés, le distributeur carte bleue ne fonctionne pas et le changeur de monnaie non plus. Je paye le chauffeur du taxi en euros, il est tout content car c'est la première fois qu’il en voit. Et l'hôtel, qui m'avait envoyé un fax de réservation (obligatoire pour obtenir le visa d'entrée), ne m'a rien réservé: plus de chambre single disponible; mais le sympathique patron m'en déniche finalement une. Et, incroyable, j'ai de l'eau chaude! Une bonne douche et c'est parti pour une bonne nuit...


Mais parlons un peu du Gabon:


Le Gabon :

En Afrique centrale, sur la côte atlantique, le Gabon est lui aussi traversé par l'équateur. Ancienne colonie française, ce pays de 268.000 km? (la moitié de la France) est peu peuplé, 1,3 millions d'habitants seulement (des Bantous et Fang pour la plupart). Mais c'est, de loin, le pays le plus riche d'Afrique noire, grâce à sa production de pétrole. Le PNB mensuel est de 340 euros par habitant. Certaines "mauvaises langues" disent qu'en fait c'est Elf qui dirige le pays.

Cette "richesse" en fait un pays cher pour les touristes, on dit même que Libreville est la troisième ville la plus chère du monde; Très peu de touristes donc, d'autant plus qu'il n'est pas vraiment facile de circuler dans ce vaste pays couvert au trois-quarts de forêts et n'ayant pratiquement pas de transports en commun !


Samedi, je me lève bien reposé. Cet hôtel sur la plage, pas loin de l'aéroport, est bien sympathique, même si la chambre est un peu petite. En tout cas, j'ai bien dormi... La plage est encombrée de gros troncs d'arbre déjà coupés, sans doute tombés des barges forestières et arrivés là par le courant. Le temps est couvert; décidément! Pourtant c'est ici ce qu'on appelle la "petite saison sèche", soi-disant la période de l'année la plus agréable, avec un ciel lumineux! Mais, comme un peu partout dans le monde, à cause de la folie des hommes, le temps est détraqué...

Vers 7H30 je prends un taxi pour visiter le centre, notamment le boulevard Omar Bongo le long duquel se dressent les ministères et immeubles administratifs, certains d'une architecture assez novatrice. Plus loin, je m'arrête à la très belle église Saint Michel, dont les piliers extérieurs et l'autel sont de bois sculpté. A l'intérieur se dresse une belle crèche de bois dont les personnages sont tous noirs, même le petit Jésus!

Le taxi me dépose ensuite devant le bureau gabonais de Mistral Voyages, où je suis bien accueilli et obtiens les renseignements demandés. Déception: il s'avère en fait qu'il est impossible de louer un véhicule pour sortir de la ville et que de toute façon le racket policier effectué lors des nombreux barrages rendrait le voyage abominable. Seules solutions: le train (seulement 3 par semaine) ou les taxi-brousses. J'avais entre autre prévu de me rendre à la réserve de La Lopé, à environ 350 kilomètres de Libreville, mais cela semble très difficile. Mistral Voyages me conseille un autre endroit, beaucoup plus proche, où je verrai les mêmes paysages et animaux: Nyonié, juste au nord de la réserve présidentielle Wonga-wongué, normalement non ouverte au public. Le week-end y coûte 140 euros tout compris: transfert, pension complète, une nuit, circuit dans la réserve etc… Le bateau part dans une demi-heure et je décide de tenter l'expérience… Car aucun guide ne parle de ce site.

Deux gros hors-bord y partent avant 10 heures, chargés surtout d'expatriés qui sont la plus grosse clientèle des agences touristiques; une trentaine de personnes au total, dont deux jeunes Coréens et quelques familles de militaires français. Nous traversons l'estuaire du Gabon vers le sud, prenons une rivière bordée de mangroves et débarquons une heure après. Puis nous rejoignons le campement à travers brousse et forêts en une petite demi-heure de 4x4. Situé le long d'une plage sauvage à souhait, sur l'Atlantique, ce campement modeste est agréable et son patron, un basque surnommé Beti, est un bon vivant fort sympathique. Ma chambre est toute simple et possède la climatisation, mais les sanitaires sont communs. Finalement le soleil fait son apparition à midi.

Durant l'apéritif à volonté et le copieux et bon déjeuner, je fais connaissance avec d'autres participants. L'ambiance est joviale, ce week-end s'annonce bien. Après le repas, je me promène sur la plage puis nous partons à 16 heures pour une balade en 4x4 à la recherche d'animaux sauvages. Nous apercevons quelques éléphants au loin, mais qui se cachent trop vite dans la forêt. Ici, les éléphants sont de petite taille, de race assala. Une antilope sitikunga, qui ressemble à un petit koudou, part en trombe sous notre nez. Et puis plus rien… Nous rentrons au campement vers 20 heures et je suis un peu déçu de n'avoir pas vu plus d'animaux et de n'avoir pu prendre aucune photo. L'apéritif et le repas, très bon, nous attendent et, à 22 heures, je vais me coucher alors que certains vont à la recherche des tortues pondant sur la plage.


Dimanche, réveil à 5 heures. J’ai assez mal dormi car la porte des toilettes, juste à côté de ma chambre, claquait et me réveillait chaque fois que quelqu’un s'y rendait. Petit-déjeuner et départ à 6 heures pour une promenade à pied dans la forêt. Le temps est couvert et le pire arrive : au bout d’une demi-heure de marche, des trombes d’eau commencent à tomber et nous sommes tous mouillés de la tête au pied en moins d’une minute. Et cela dure presque une heure, rendant la promenade très désagréable: nous pataugeons dans la boue et j’ai surtout peur pour mon appareil photo et mon passeport que j’ai sur moi. A 8 heures, sans avoir vu d’autres animaux qu’une vipère que tue notre guide africain, nous rebroussons chemin pour retourner au campement par la plage. Le temps se dégage, quelques rayons de soleil apparaissent enfin et je m’arrête près de l’eau pour faire sécher toutes mes affaires. A 10 minutes du campement, ici tout est calme. Je ne rejoindrai le reste du groupe qu’à 12H30, pour le déjeuner. En 4 heures, tout a séché, sauf mes tennis.

Le déjeuner est encore copieux. Puis je vais dire au-revoir au petit gorille apprivoisé, très mignon mais en cage, le pauvre, et nous repartons à 15 heures jusqu’à l’embarcadère. Et, avant 17 heures, nous sommes à Libreville. Durant le trajet, je fais connaissance de Sophie, une jeune Provençale qui a monté une affaire de tourisme ici et qui me propose de m’aider à voyager pour aller à Lambaréné demain. Elle me laisse à un hôtel et nous devons nous revoir demain à la première heure.

Cet hôtel, plus près du centre-ville que l'autre, se révèle plus cher que l’autre et surtout plus crade. L’électricité est alors coupée dans la ville et, lorsqu’elle revient, je me rends à un Café Internet tout proche. Enfin, c’est lent mais ça marche, bien que je perde toute ma saisie à deux reprises, ce qui m’oblige à rester presque 5 heures pour effectuer un travail qui aurait dû me prendre moins de deux heures; et je n'ai pas fini (j'ai reçu 12 messages dans la semaine, il me faut y répondre). A 23H30, c’est bien fatigué que je rentre à l’hôtel et, lorsque j’allume la lumière, des cafards courent sur mon lit: surprise assez désagréable ! Je me couche une heure plus tard.


Lundi, j’espérais bien dormir jusqu’à 7 heures au moins; mais non, je suis réveillé bien avant 6 heures: j’ai finalement bien dormi mais la nuit fut trop courte. Je quitte l’hôtel à 7 heures et me rends en taxi au centre où je n’arrive pas à trouver l’immeuble abritant les bureaux de Sophie. Je me rends alors à Mistral Voyages, qui m’aide: en fait, c’est juste à côté. Mais Sophie n’est pas là, j’attends jusqu’à 9 heures, puis elle téléphone (elle m'a visiblement oublié…) et une autre personne m’accompagne quelques immeubles plus loin. J'y rencontre un monsieur qui me reçoit amicalement et espère pouvoir me faire visiter Lambaréné et les lacs environnants. En attendant sa confirmation, il m’installe sur un ordinateur d’où je vous fais ce petit compte-rendu. Mais, à 11 heures, j’apprends que ça ne marche pas, car personne ne monte à Lambaréné cette semaine! J’ai finalement perdu ma matinée et c’est galère… Je n’ai plus qu’à aller prendre un taxi-brousse, ce que j’aurais dû faire à 7 heures ce matin! Cela m’irrite un peu mais me fait sourire aussi, car je vis un peu des situations équivalentes à Bernard Ollivier, un autre voyageur qui, lui, parcourt l’Asie à pied de la Turquie jusqu’en Chine (il faut le faire!). Je suis en train de lire le second volume de son sympathique récit de voyage: " Vers Samarcande. Mais je crois qu’il galère encore plus que moi… Lui, c’est une sacrée aventure qu’il vit!

Au fait, il ne fait pas beau aujourd’hui…

Ayant épuisé mes euros, j'ai besoin de monnaie locale: le franc CFA. La première banque n'accepte pas la carte Visa. La seconde, où j'arrive à 11H30, l'accepte, mais le distributeur est en panne et la banque fermée jusqu'à 14H45. Décidément! Je m'énerve et un Blanc, qui passe à proximité et qui travaille à la banque, m'aide: nous pénétrons à l'intérieur, où se trouvent plusieurs distributeurs, mais tous sont en panne! Deux réparateurs sont là, et il me dit d'attendre un peu que ce soit réparé. Au bout d'une demi-heure, ils s'en vont, mais ça ne marche toujours pas. Je décide alors de retourner à Mistral Voyages, mais c'est fermé jusqu'à 15 heures. Heureusement, le responsable qui se trouve à l'intérieur m'ouvre la porte et va pouvoir me dépanner; mais ma carte Visa ne passe pas ici aussi, je laisse donc une autorisation de prélèvement contre la somme dont j'ai besoin. A Mistral Voyages, vraiment, ils sont épatants!

Je peux donc aller déjeuner maintenant, un poulet-frites dans un restaurant tenu par des Libanais. Je prends ensuite un taxi pour la gare routière, au kilomètre 5, d'où je repars dans un taxi partagé avec 3 autres passagers vers 14H45 en direction de Lambaréné. La route est très bonne et nous traversons la ligne de l'équateur du nord au sud. Seul enquiquinement: les 6 barrages de police et de gendarmerie. A chacun, le chauffeur doit donner un billet, c'est comme cela que ça se passe ici: cela s'appelle de la corruption; car si le chauffeur ne donne rien, on le bloquera jusqu'à ce qu'il craque et s'exécute...

Nous arrivons vers 18 heures et le taxi me dépose chez les sœurs de la Mission Catholique. Celles-ci, très gentilles, m'accueillent à bras ouverts et m'installent dans une vaste chambre de 3 lits pour moi tout seul, avec salle de bain et ventilateur. L'endroit est très agréable: arboré, fleuri et calme.

Lambaréné, vous en avez certainement déjà entendu parler: c'est le village où le docteur Albert Schweitzer a installé son hôpital au début du siècle, ce qui lui a valu le prix Nobel de la Paix. Aujourd'hui, comble du hasard, c'est le jour anniversaire de la naissance du docteur, né le 14 janvier 1875. Demain, j'ai donc prévu de visiter cet hôpital puis de faire une promenade sur le fleuve Ogooué jusqu'au lac Evaro, mais c'est très cher pour une personne seule: la pirogue se loue plus de 100 euros pour 4 heures. Il faut donc que je trouve des coéquipiers et, dans ce but, je me rends à un hôtel tout proche voir si des touristes s’y trouvent. Une famille blanche d'expatriés vient d'y arriver: elle compte aussi aller au lac Evaro demain, mais attend un ami qui organise l'excursion. Le chef de famille me demande de revenir vers 20 heures pour discuter avec leur ami, ce que je fais: ce dernier est OK et je suis content, je partagerai ainsi les frais.

De retour à la mission, les trois sœurs, décidément très gentilles, me prêtent un livre de photos, très intéressant, sur la vie du docteur Schweitzer. Nous parlons aussi un bon moment de l'Argentine, où l'une d'entre-elles est née. Du coup, je me couche plus tard que prévu et passe une excellente nuit.


Ce mardi, réveillé vers 6 heures, le lis une heure puis me promène dans le tout petit, mais magnifique, jardin de la mission. Ce coin est vraiment très agréable. Je rejoins l’hôtel où je dépose comme prévu mon sac, puis prends un taxi pour l’hôpital. Lambaréné est une très belle petite ville, sur une île entourée par les deux bras du fleuve Ogooué, et la rive est en endroit magique. Tout est vert, tout est calme, la nature est, ici aussi, exubérante… Je ne regrette pas d’être venu.

En route, le chauffeur m’explique que de nombreuses aides internationales sont arrivées pour l’entretien de l’hôpital et sa rénovation, mais que le maire a tout gardé pour lui ; c’est comme ça ici, et l’on ne peut rien dire!

A l’hôpital, j’ai une heure à attendre car le musée n’ouvre qu’à 9 heures. Je me recueille sur les tombes du docteur Schweitzer et de ses proches, de simples croix en fait, puis m’installe sur la rive du fleuve pour lire et écouter de la bonne musique africaine en regardant passer les pirogues et en rêvant. C’est très agréable. Les plus vieux bâtiments sont en reconstruction, et l’hôpital, fonctionnant toujours, est très vaste. De retour au musée à 9 heures, un mot est affiché sur la porte : « Je suis de retour dans 20 minutes »… Allons bon! Et en effet, 20 minutes plus tard, je peux enfin visiter ce petit musée, aménagé dans la maison du docteur.

Alors que je m’en retourne, la voiture des expatriés d'hier soir me ramasse et me ramène à l’hôtel. Ils rejoignent leur chambre et je les attends dans le hall plus d’une demi-heure, puis arrive le beau-père, un homme fort peu sympathique, qui me demande: « Vous attendez quelqu’un? ». Ben oui, vous… « Ah non », me dit-il, « nous vous avons dit hier qu’il n’était pas question que vous veniez avec nous. Vous vous imposez un peu, non ? ». !!!. Eberlué, je juge qu’il vaut mieux ne pas discuter avec ce type d’individu, prends mon sac et retourne à la mission catholique, KO. Là, une sœur m’aide de nouveau et me déniche une pirogue à 75 euros : ok, c’est toujours 30 euros d’économisés…

Le piroguier vient me chercher à midi, nous nous arrêtons déjeuner au village puis partons à toute allure sur le fleuve, grâce à deux puissants moteurs. Arrivés au lac Evaro, nous nous baladons un peu, puis rejoignons l’ancienne mission protestante de N’Gomo. J’aperçois quelques oiseaux, mais ni hippopotames, ni crocodiles, ni lamantins, ni singes. Je suis encore un peu déçu. Nous reprenons l’Ogooué sur 40 kilomètres, pour rejoindre Lambaréné, lorsque une terrible averse me détrempe littéralement malgré mon K-Way. Décidément, je n’ai pas de chance lors de mes promenades.

De retour au village à 16 heures, je visite un peu, discute de part et d’autres, et rejoins la mission à pied, un ou deux petits kilomètres. Ce soir, je me couche tôt, en espérant que mes chaussures sècheront durant la nuit…


Eh bien non ! Mercredi matin, mes chaussures et chaussettes sont toujours mouillées et c’est fort désagréable… J’ai de nouveau passé une excellente nuit et me réveille en forme. Le taxi, commandé hier par les sœurs, arrive pour me prendre à 7 heures. Mais, les autres clients n’étant pas au rendez-vous, nous devons attendre près d’une heure de nouveaux passagers. Sur la route, nous n’avons droit qu’à 4 barrages de police aujourd’hui. Peut-être est-il encore trop tôt pour eux…

Ayant de nouveau franchi l’équateur, j’arrive à Libreville à 10H30. Là, je monte dans un combi jusqu’à l’aéroport, où se trouvent les taxis pour Cap Estérias. Je comptais en fait aller à Cocobeach, au nord du pays, à la frontière de la Guinée Equatoriale, mais plusieurs personnes me l’ont déconseillé : à part le nom, rien n’est beau là-bas. Du coup, j’ai prévu de rester au Cap Estérias jusqu’à la fin de mon séjour au Gabon, dimanche. Encore faut-il que j’y arrive: le premier taxi me demande le double du tarif normal, je refuse par principe (le tarif normal n'étant qu'à 0,8 euros!). De même le second, une demi-heure plus tard: finalement le chauffeur, que j’ai traité de raciste, finit par me prendre et se révèle sympathique durant le trajet. Un seul barrage de police, en ville, où un passager sans papiers sur lui et en surcharge (deux sur le siège avant) est autoritairement prié de descendre. La route est vraiment en mauvais état; pourtant c’est une route touristique empruntée par des centaines de Librevillois le week-end pour rejoindre les plages. A 12H30, j’arrive enfin à Cap Estérias, qui n’est qu’à une trentaine de kilomètres au nord de la capitale. Je déjeune au restaurant de l’auberge où je compte séjourner, mais c’est cher : une petite tranche de steak accompagnée de frites en sous-nombre et de tranches de pain de la veille ou l'avant-veille me coûte presque 10 euros! Il n’y a même ni salière, ni poivrière, ni sauces sur la table! Et la bouteille d’eau est à 3 euros!!! Après ce repas plus que frugal (j’ai encore bien faim…), je m’installe dans une chambre toute simple avec ventilateur et douche, mais toilettes communes, pour 14 euros la nuit. Et pas d’électricité la journée, le groupe électrogène ne fonctionne que la nuit…

Je pars ensuite à la découverte de ce tout petit village et trouve une épicerie où il n’y a pas grand chose (pas de chocolat…) et un petit restaurant, juste à côté de l’auberge, tenu par une vieille gabonaise bien sympathique : elle me préparera pour demain midi un poulet/banane plantain pour 3 euros.

Je me balade encore un peu, l’endroit et charmant et calme, en tout cas en semaine. La belle plage est complètement déserte dès que l’on s’éloigne un peu; là-aussi, de gros troncs d’arbres la jalonnent. Sable blanc, cocotiers, le pied; sauf pour se baigner, car il n’y a pas de fond et la mer peut se retirer à plusieurs centaines de mètres à marée basse. Les seules personnes rencontrées sont des femmes qui reviennent du ramassage des "couteaux de mer", un coquillage que j’avais déjà vu en image mais jamais en vrai. Elles décortiquent cela sur la plage, puis vont vendre les mollusques à 4 euros le kilo, ce n’est pas cher, surtout que tout ça a l’air de représenter un sacré boulot…

Dès la tombée de la nuit, vers 18H30, le village semble désert: plus un chat, rien à faire. Je m’installe alors sur la terrasse du restaurant, une grande terrasse pour moi tout seul, et lis. Et, à 20 heures, je suis déjà au lit…

Excellente nuit encore. Je me lève du bon pied ce jeudi matin: réveillé dès 5 heures, j’ai bouquiné en attendant le jour, à 6H30. Quand je pense que je dois rester ici jusqu’à dimanche, j’ai peur de m’ennuyer un peu et de ne pas avoir assez de lecture. Mais où aller ? Libreville ne présente aucun intérêt et les autres destinations sont lointaines et difficilement accessibles (et sans doute pas meilleures qu’ici…). Je me fais une raison…

Le ciel est encore bien couvert; décidément, pour une petite saison sèche, on fait mieux… Je cherche un drapeau du Gabon à photographier, mais il n’y en a ni à l’école primaire, ni à l’école nationale des eaux et forêts; cette dernière est située dans un environnement superbe, il doit être agréable d’y étudier. Il me reste la maison du chef et, là, en effet, se dresse un drapeau; mais il n’y a pas de vent, impossible de le photographier… Que la vie est donc compliquée. Du coup, je fais connaissance avec le vieux chef, 83 ans, et, surprise, sa femme est la restauratrice chez qui je dois déjeuner à midi. Rencontre bien sympathique… Finalement, au bout d’une demi-heure, à la Brassens, une sorte de vent soudaine jeta sur le drapeau son dévolu: la photo est prise et je peux rejoindre la plage, où je reste jusqu’à l’heure du déjeuner.

A 12H30, le poulet et les bananes plantains m’attendent: le plat est délicieux, vraiment! D’habitude, les bananes plantains sont toujours un peu sèches et farineuses, ici elles sont fraîches et très goûteuses, succulentes, un régal… Pour demain, je commande du riz avec des couteaux de mer, cette spécialité locale que je n’ai jamais mangée.

Le soleil est apparu et il fait chaud maintenant, trop chaud. Après ce copieux déjeuner, j’ai un coup de barre et rejoins ma chambre pour une petite sieste qui durera… presque deux heures. Ensuite, encore un tour sur la plage jusqu’à la tombée de la nuit, lecture sur la terrasse de l’hôtel, où je suis toujours seul, étant le seul client, et coucher de bonne heure, une nouvelle fois.

Derniers jours au Gabon et retour, du vendredi 18 au mercredi 23 janvier 2002


Vu que je me couche comme les poules, je me réveille aussi à l’aurore, évidemment. Tiens, ce vendredi, il n’y a presque pas de nuages dans le ciel! Par contre, de grosse plaques rouges éparpillés sur mon corps me grattent de partout: moustiques, araignée, allergie, rougeole ???

Dès 6H30, je suis sur la plage et y passe ma matinée, bronzage et lecture. A midi, le riz accompagné des couteaux de mer se révèle excellent: ce fruit de mer, coupé tout petit petit, a un peu la consistance du poulpe. Je me régale et n’arrive pas à terminer ma portion, c’est vous dire si c’est bien servi. Et tout ça pour 3 euros!

Après le déjeuner, je descends en ville en taxi-brousse afin d'occuper mon après-midi: Internet et achat de livres. Vu la lenteur incroyable du système, je passe finalement 3H30 sur Internet, alors qu'une heure aurait normalement suffit. Puis, dans la librairie juste en face du Café-Internet, j'achète quatre livres, car je n'ai plus rien à lire. Ensuite, je me balade sur l'avenue Omar Bongo (du nom du président) et prends très discrètement des photos de différents immeubles modernes: Centre Culturel Français, Ministère des eaux et forêts etc… Discrètement, car ici des policiers mal intentionnés auraient vite fait de me rançonner s'ils me voyaient… Et, enfin, je rentre dans le centre commercial Mbolo ("bonjour" en langue du pays), un centre très européen où l'on trouve de tout.

A noter que le Gabon connaît de gros problèmes: par exemple, la Poste est en grève, l'Université aussi, cette dernière depuis deux ans! Finalement, nous n'avons pas le monopole des grèves inadmissibles de fonctionnaires; mais, à leur décharge, il faut dire qu'au Gabon, comme partout en Afrique, les fonctionnaires sont très mal payés, lorsqu'ils le sont…

"Aéroport 500", voilà ce que je demande au taxi: s'il est d'accord pour ce prix (500 FCFA= moins d'un euro, mais c'est le tarif ici), il me prendra, puis prendra d'autres personnes en cours de route. Autrement, il rfeusera. Ca marche au troisième essai et, devant l'aéroport, je prends un autre taxi pour Cap Estérias, où j'arrive la nuit tombée, à 19H15. Drôle de taxi une fois de plus: dans ce pays, j'ai toujours l'impression que les taxis vont perdre quelque chose, le pot d'échappement, une aile ou une portière… Mais c'est vrai qu'avec les prix qu'ils pratiquent, évidemment…

Une fois de plus, je me couche de bonne heure, et j'ai maintenant de la lecture, et de la bonne...


Samedi au réveil, je tue une grosse araignée noire près de mon lit. N'est-ce pas elle qui m'a piqué la nuit précédente, m'ayant laissé des plaques rouges dont j'ai encore les traces?

Je pars sur la plage, au milieu des chants d'oiseaux. Le ciel est bleu, enfin, et le restera jusqu'à 10H30. Je suis toujours seul sur cette plage à perte de vue, et pourtant c'est le week-end! A midi, je discute un peu avec Françoise, la propriétaire bordelaise de l'auberge. Elle a une passion pour les animaux, possède de nombreux chiens et chats, mais aussi deux singes: Jeff, un chimpanzé de deux ans, mignon comme tout mais possessif, et Kenzie, une femelle de la race des museaux bleus. Elle avait aussi un perroquet qui, me dit-elle, parlait très bien; mais on lui a volé… Jeff me rappelle un de mes premiers voyages africains: j'étais dans la brousse et arrivais dans un village où une grosse marmite cuisait sur un feu de bois. Et, horreur, de cette marmite sortait deux bras d'enfants! Horrifié, je tremblais de tout mon corps, me croyant chez des cannibales. M'approchant un peu plus, je me suis rendu compte qu'il s'agissait des bras d'un singe, nourriture commune en Afrique… Ouf!!

Après avoir déjeuné d'un poisson à la banane, je retourne sur la plage. Je lis un livre drôle et enrichissant, acheté la veille: "Les veillées de chasse d'Henri Guizard" (publié par Philippe de Baleine). Cet ex-chasseur blanc raconte ses souvenirs gabonais sur le mode humoristique. Et, au chapitre 9, je trouve la réponse à mon attaque de fourmis l'autre jour à São Tomé: il s'agissait de "fourmis à feu" (ou "sanguingués), qui se tiennent sur les branches, ne mordant pas mais lâchant sur la peau des gouttes d'acide formique qui brûlent comme une cigarette! Quant à mes démangeaisons, j'apprends que ce sont des piqûres de fourous, de minuscules insectes, qui les donnent! J'aurais bien fait de lire ce bouquin avant de venir…

Après cette lecture passionnante, je rejoins ma chambre. Le groupe électrogène se met en marche. Il n'est que 19 heures, mais il n'y à vraiment rien à faire ici…

Il a plu cette nuit, mais cela n'a pas trop perturbé mon sommeil. Comme c'est dimanche, je reste un peu au lit, puis pars vers la plage à 8 heures. Le temps est maussade, nuages, soleil, nuages, soleil… Lecture.

A midi, je déjeune d'un poulet sauce arachide accompagné de riz, un régal. Puis je prépare mes affaires et pars, vers 15 heures, avec de jeunes et nouveaux expatriés qui me laissent devant l'aéroport une demi-heure plus tard. Petit problème pour changer mes francs CFA en euros, mais j'y parviens finalement. Enregistrement et stupeur: l'avion part à l'heure, à 18 heures! Très peu de passagers: 20 pour 94 sièges, nous avons la place…


Et voilà, je quitte le Gabon, qui ne me laissera pas un souvenir impérissable. Qu'en retenir?

C'est un pays cher et où il est difficile de se déplacer.

Un pays où la nature est restée reine, malgré les nombreuses exploitations forestières: mais ici, pas besoin de replanter, avec l'humidité ambiante, les arbres repoussent tout seuls et très vite…

Un pays qui n'a que très peu d'habitants, malgré une forte immigration. En plus, il paraît que les autorités déclarent presque le double du nombre d'habitants réels afin de toucher plus d'aides internationales…

Un pays aux mains des grosses multinationales, surtout Elf. Si au moins le pétrole apportait plus de bien-être à la population…

Un pays où le racket et la corruption sont le lot quotidien: la police est très mal payée, certes, mais ce n'est certainement pas le cas des hauts fonctionnaires et dirigeants politiques…

Un pays où il pleut même durant la "petite saison sèche". Qu'est ce que ça doit être durant la "saison des pluies"! "C'est la première année qu'il fait gris comme cela en janvier", m'a t'on dit à plusieurs reprises. Pas de chance…

Je conclue toutefois sur une note d'optimisme: car, malgré tout cela, je ne regrette pas du tout d'avoir passé quelques jours au Gabon.


Nous atterrissons à São Tomé une demi-heure plus tard, à 17H30. C'est la première fois de ma vie que j'atterris avant l'heure du décollage! Ceci est dû au fait qu'il y a une heure de décalage horaire entre le Gabon et São Tomé (oui, en moins…).
Je récupère mon sac et un employé de Mistral Voyages m'accompagne jusqu'à un hôtel du centre: bonne douche chaude et au lit de bonne heure dans une chambre climatisée.


Un peu insomniaque, je suis debout à 4H30 ce lundi! Mais, en fait, je dois être à l'aéroport à 5H30 et l'hôtelier m'y accompagne. Le vol part comme prévu à 7H20. A midi, nous faisons escale sur l'île de Sal, l'île de l'archipel du Cap Vert que j'aime le moins (et pourtant la plus touristique!). Nostalgie… Pourquoi n'ai-je pas prévu de rester deux ou trois semaines dans ce pays pour y revoir mes amis? Tant pis… L'avion repart, avec moi, à 13H45. Ce n'est qu'un au revoir, mon cher Cap Vert.

Durant le vol, je ris tout seul, en lisant "Promenades africaines". Alberto Moravia y raconte ses voyages africains, alors qu'il était déjà bien vieux: Tanzanie, Burundi, Zaïre et Gabon. En janvier 1984, il a éprouvé les pires difficultés à organiser son voyage au Gabon et a eu de nombreuses déconvenues. Au ciel, il doit sourire en me voyant: en 18 ans, ça n'a pas beaucoup évolué!

L'avion se pose à Lisbonne à 17H25, les passagers applaudissent. Dehors, il pleuvine. J'enfile mon pull-over mais il ne fait pas bien froid. Immigration, récupération de mon sac à dos, douane, tout se passe très vite, chose assez rare pour être signalée. Un bus me laisse avant 19 heures au centre-ville, tout près d'une petite pension à 15 €: chambre petite mais propre, sanitaires communs à l'extérieur. Douche et dodo.


Ce mardi, à 5 heures, je me réveille après un mauvais sommeil: bruits dans la chambre voisine, sonneries en pleine nuit, mais surtout froid, car visiblement ma chambre n'est pas chauffée… Je finis mon dernier livre en attendant le lever du jour, puis sors me promener dès 7H30. A cinquante mètres de la pension, j'emprunte le funiculaire jusqu'au mirador de San Pedro de Alcantara qui surplombe le centre. Mais le temps est gris et il fait froid, dommage!

C'est la seconde fois que je viens à Lisbonne (la première en juin 1995, je voyageais alors en camping-car). Cette ville est belle, construite sur des collines et ayant conservé de nombreux monuments.

Il pleut quelques gouttes. Je trouve enfin une librairie qui a un petit rayon de livres en français et achète "Et si c'était vrai…" de Marc Levy, dont ma sœur Isabelle m'avait parlé en bien. Ah, ce que l'euro est pratique pour le voyageur! Je retourne à la pension, tout content de mon achat, récupère mon sac et file en bus jusqu'à l'aéroport. Ce séjour portugais aura été bien court!

A l'aéroport, j'achète le CD d'une chanteuse portugaise que je découvre: Dulce Pontes, qui chante des fados avec une très belle voix. L'avion s'envole à l'heure, 12H25, et deux heures plus tard je survole à basse altitude les îles du Frioul et le village de l'Estaque, très provençal vu du ciel. Atterrissage à Marignane à 15H30, avec un quart d'heure d'avance! Il pleut un peu, décidément!

L'aéroport marseillais, bien trop grand par rapport au nombre de vols assurés, paraît toujours aussi vide: il faut dire qu'il est de plus en plus difficile d'aller à l'étranger depuis Marseille. Mieux vaut aller sur Nice ou Lyon, où le choix des destinations est considérablement plus important…

Bus, métro et je suis chez moi une heure plus tard. Content.


Mercredi, comme tous les jours, je me réveille surpris et content d'être toujours en vie. Ca vous fait ça à vous?

Je me pèse: 86 kilos. J'en ai perdu 3 durant ce voyage (13 depuis l'été dernier…). Pourvu que je ne les reprenne pas!

- FIN DU RECIT -




similaire:

Livre de bord iconLivre de bord

Livre de bord iconLivre de bord

Livre de bord iconLivre de bord

Livre de bord iconLivre de bord

Livre de bord iconLivre de bord

Livre de bord iconLivre de bord

Livre de bord iconLivre de bord

Livre de bord iconLivre de bord

Livre de bord iconLivre de bord

Livre de bord iconLivre de bord








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com