Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres








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André Durand présente
Anne HÉBERT
(Québec)
(1916-2000)

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

qui sont résumées et commentées

(surtout ‘’Kamouraska’’).

Bonne lecture !
Elle est née le 1er août 1916 dans une maison de campagne louée par ses parents pour l'été à Sainte-Catherine-de-Fossambault (aujourd'hui Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier), un petit village situé à quarante kilomètres au nord-ouest de Québec. Elle fut très impressionnée par cette région située à l’ouest de Québec, qu’on allait reconnaître dans une grande partie de son oeuvre. Elle confia : «Jeune, j'aimais lire à l'ombre des arbres, participer à des séances de la salle paroissiale où l'on jouait Molière ou Labiche avec mon cousin Saint-Denys Garneau, mes frères, ma soeur au beau temps des vacances».

Elle appartenait à une grande famille de la bourgeoisie intellectuelle de Québec, où régnait l’atmosphère lourde de la société canadienne-française et catholique de l’époque. Cependant, les quatre enfants encouragés par leurs parents se sont très tôt intéressés aux arts et à la littérature.

Son père, Maurice Lang-Hébert, d'origine acadienne, travaillait alors comme employé du gouvernement provincial, mais était un poète et un critique littéraire respecté, membre de la Société royale du Canada. Anne Hébert révéla : «Il s'intéressait surtout aux livres québécois. Les livres dont il parlait à la radio, je les lisais. À ce climat, s'ajoutaient toutes mes lectures d'enfance : Andersen, Green, Dickens, Poe, sans oublier la comtesse de Ségur.» Sa mère, Marguerite-Marie Duchesnay-Taché, avait un aïeul, Achille Taché, qui avait été seigneur de Kamouraska, tandis que son père, Eugène-Étienne Taché, avait été l'architecte du parlement de Québec. Sa grand-mère maternelle, Clara Duchesnay, était la fille d’Antoine Juchereau-Duchesnay, député fédéral et seigneur de Sainte-Catherine-de-Fossambault dont descendait aussi son petit-cousin, Hector de Saint-Denys Garneau, qui était de quatre ans plus âgé, qui séjournait l’été dans un chalet proche, et avec lequel, vers 1932, elle noua une amitié.

Sa mère lui donna le goût du théâtre. Elle raconta : «Le cadeau de Noël que traditionnellement les enfants Hébert offraient à leurs parents c'était une pièce d'Anne qu'ils montaient. Sans décor, ni costume [...]. On prévenait les spectateurs que la table était une chaise ; la chaise une horloge ; le tapis le ciel et le reste à l'avenant ». Plus tard, à la salle paroissiale de Sainte-Catherine-de-Fossambault, pendant six étés consécutifs, Anne Hébert monta sur les planches aux côtés de son cousin, Saint-Denys Garneau, et des amis de celui-ci pour jouer des pièces de Labiche et de Molière. Elle tint, par exemple, le rôle d'Angélique dans ‘’Le malade imaginaire’’. La jeune fille, alors d'une timidité insurmontable, qui la laissait sans parole et sans voix dans un salon, perdait toute inhibition dès qu'il s'agissait du théâtre. Et elle écrivit aussi des pièces, conservant ainsi dans ses cartons, à côté «d'innombrables contes pour enfants demeurés inédits» parce qu'elle les trouvait «désuets», plus proches des contes de Perrault et de la comtesse de Ségur que de Tintin, quatre ou cinq pièces de théâtre dont elle dit : «Elles étaient trop pleines de rêves, elles n'avaient pas assez de prise sur le réel. C'était trop littéraire pour être joué.» Trop littéraires peut-être, ces pièces préludaient tout de même à la naissance d'une poète.

L’amitié de Saint-Denys Garneau exerça une influence bénéfique sur le développement de sa sensibilité. Il était engagé à l'époque dans la rédaction d'un recueil de poèmes, “Regards et Jeux dans l'espace” (1937). Il lui fit connaître quelques poètes qu'il était alors «un des rares à lire» : Éluard, Supervielle, Claudel, Reverdy et Ramuz.

Au cours de son enfance et de son adolescence, où elle était de santé fragile, souvent malade, chétive, elle passa ses étés à Sainte-Catherine, parfois à Kamouraska chez sa grand-mère Duchesnay-Taché, et ses hivers à Québec. Les souvenirs de cette époque heureuse, des paysages de mer, de rivière, de campagne et de forêt, allaient imprégner son oeuvre. D'abord intermittents, les étés à Sainte-Catherine se firent plus réguliers à partir de 1927, au moment où ses parents commencèrent à faire construire une maison sur une pointe de terre surplombant la rivière Jacques-Cartier.

La vie à Québec lui parut plus contraignante : «Je m'y sentais un peu prisonnière, séparée du rythme des saisons. J'aurais voulu toujours vivre à la campagne.» C’est qu’à Québec, la haute ville, méprisant la basse ville, tenait fort aux généalogies et aux conventions, tout y étant trop guindé, trop structuré, trop hiérarchisé. Anne Hébert indiqua : «J'ai eu une institutrice privée jusqu'à l'âge de onze ans, non pas parce que j'étais malade, mais parce que c'était la coutume [dans la famille de sa mère]. Ce qui fait qu'arrivée à l'école, j'étais complètement perdue et d'une timidité folle.» Elle fit une partie de ses études primaires chez les Soeurs du Bon-Pasteur et ses études secondaires aux collèges Notre-Dame-de-Bellevue et Mérici.

Son intérêt pour l'écriture se manifesta dès le début de l'adolescence. Elle reconnut : «Non, je n'ai pas commencé tard à écrire. J'ai toujours écrit.» Sa mère, passionnée de théâtre depuis sa jeunesse, l'intéressa au genre. Dès son plus jeune âge, elle avait rêvé d’être une autrice dramatique car le genre permet un contact direct avec le public. «Les premières choses» qu’elle écrivit furent des pièces de théâtre, ainsi que quelques contes non publiés «ni publiables».

Quant à la poésie, elle révéla : «Je l'ai trouvée sans m'en rendre compte.» Ses impressions notées au passage et inspirées surtout par la campagne ne lui avaient jamais semblé être des poèmes «puisqu'ils ne rimaient pas». La poésie qu'elle avait lue dans les revues féminines de l'époque lui sembla d'ailleurs «ridicule et superficielle». Mais l'enthousiasme de son père pour ces «notations d'impressions» l'aida à se convaincre de son talent de poète. En 1942, elle publia :

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‘’Les songes en équilibre’’

(1942)
Recueil de poèmes

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‘’Ève’’
« Commencement du monde,

Chaos,

Reflet de choses informes

Dans l'eau

Boue, limon,

Racines monstrueuses.
Printemps,

Vert tendre des pousses,

Grand ciel ténébreux

Que strie un rayon orangé

Au ras de terre,

Terre brune, humide.
Grouillement de reptiles,

Cri des grenouilles

Dans le soir chaud,

Cavalcade folle

D'animaux préhistoriques

Et caricaturaux,

Mousses espagnoles

Pendues aux lianes,

En barbes d'académiciens.

Jungle fpurmillante,

Marécages croupissants ;

Nègres aux yeux ronds,

Que mène un sorcier hurlant.

Vert ! Vert !

Premier vert

Du premier printemps !

Vert tendre,

Vert cru

Et choquant

Des jeunes pousses !
Un jazz s'esquisse,

Ingénu ;

Saveur des premiers sons,

Cadence des premiers rythmes.

Tout se choque, se mêle

Et monte à la charge.

Les bruits sont confusion.
Seule une voix

Est déjà voix,

Et s'élève toute formée,

Avec seulement trois notes,

Complètes et pleines.

C'est une espèce de voix

Qui reprend

Sans changer,

Lancinante

Et caressante.
Trois notes

Qui bouleversent

Le cœur primitif.

Plainte,

Appel,

Séduction :

C'est d'un enfant

Et d'une femme,

En un petit animal

Craintif,

Fort d'un charme magique

Et touché de je ne sais quel malheur.

Ce soir,

Le monde est vieux

Et je m'ennuie.

Tout est rangé

Et rectiligne

Dans la ville.

Pour fêter le printemps

En moi pourtant

Il est une voix

D'une fraîcheur

De commencement du monde,

Et touchée de je ne sais quel malheur,

Qui chante

Avec seulement trois notes ;

Petite Ève intacte

En trois notes

Qui bouleversent le cœur éternel.

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Commentaire sur le recueil
Ces poèmes, fruits d’une inspiration spontanée, d’une enfance ouverte aux images mouvantes de la forêt boréale et des eaux, furent écrits en rupture totale avec les conventions régnantes, dans la plus directe et la plus fraîche simplicité, avec une sobriété et une nudité lapidaires, pour que la poète accomplisse sa propre possession du monde. Mais la voie était déjà ouverte à l’inquiétude.

Le recueil, bien accueilli par la critique, valut à Anne Hébert le troisième prix au concours du prix Athanase- David en 1943.

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Dès 1945, Anne Hébert avait composé une deuxième œuvre, un recueil de nouvelles. Mais les éditeurs refusèrent de le publier, alléguant que «c'était trop violent, que le Canada français était une nation jeune et saine et que c'était des choses malsaines à ne pas mettre entre toutes les mains». Elle dut le publier à compte d'auteur avec l'argent du prix décerné pour ‘’Les songes en équilibre".

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Le torrent”

(1950)
Recueil de nouvelles

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Le torrent”
Nouvelle de 55 pages
Le narrateur, François, fut un enfant vivant avec sa mère, très sévère, dans un domaine éloigné. Elle voulait qu'il devienne prêtre, et lui fit suivre des études au collège, à l'issue desquelles il se révolta. Elle le frappa, lui lança à la tête un trousseau de clés, le laissant sourd, vivant désormais en communion avec le torrent. Aujourd'hui, se voulant libre, il revient pourtant au domaine avec une femme achetée, qu'il appelle Amica, mais dont il croit qu'à cause de sa surdité, elle lit en lui, qu'elle cherche la cause de la mort de sa mère. Finira-t-il dans le torrent?
Commentaire
La mère, en brouille avec la société, se vengeait contre son fils. En le frappant et en le rendant sourd, elle l’a soumis à la seule force du torrent qui la tuera, avec lequel il entretient une relation forte mais trouble. On peut détecter le sens profond de la nouvelle dans cet aphorisme : « Tout homme porte en soi un crime inconnu qui suinte et qu’il expie » (page 95), cette idée de la culpabilité fondamentale, du péché originel, qui est à la base du catholicisme, expliquant l’enchaînement des fautes de la mère qui a péché dans sa jeunesse et veut expier en se faisant souffrir et en faisant souffrir son fils qui est certainement le fruit de ce péché et qui se révolte en commettant une faute encore plus grave, en tuant sa mère et qui est poursuivi ensuite par la même culpabilité. La vision du monde d’Anne Hébert était donc sévère, sombre, pessimiste. Elle voulait protester contre l’esprit janséniste du Québec de ce temps-là.

L’ellipse entre les deux parties fait que, dans la seconde, nous découvrons peu à peu, dans une sorte de suspense policier, la mort de la mère, son assassinat par le fils, sa peur d’être percé à jour par Amica.

Le style signale le talent de la poète : « Levées avec le soleil, les heures de la journée… » (page 10) - « Ce ressac d’eau et d’orage… » (page 32) - « Cette image dense me pourrit le soleil sur les mains » (page 38) - les gens sont « comme des dolmens » puis sont des « dolmens » (page 40) - « Quels reptiles frais m’ont enlacé? » (page 46) - « Les démons familiers appareillent dans les noires sculptures du lit » (page 48) - « Elle forme une île calme sur ma couche maudite » (page 48) - un passage, page 53, est constitué de phrases nominales. Surtout, la poésie d’Anne Hébert tient au grand symbole du torrent, cette force de la nature qui est aussi la force de l’instinct, la force de l’animalité, la force du péché.

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L'ange de Dominique”
Nouvelle de 36 pages
Dominique, infirme clouée à sa chaise-longue, un jour, voit descendre du cap situé près de chez elle le mousse d'un navire, Ysa, qui revient souvent, à l'insu des parents, qui danse pour elle, avant de disparaître un soir d'orage en lui laissant deux flûtes dont elle se sert, se concentrant sur son souvenir et sentant naître en elle le besoin de bouger, d'autant plus qu'elle entend sa voix. Voilà qu'elle est possédée, qu'elle sort, qu'elle trouve Ysa sur la plage où il la fait danser. Mais elle en meurt.

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La robe corail”
Nouvelle de 12 pages
Émilie est, chez madame Grospou, une tricoteuse uniquement préoccupée de sa tâche. Mais, un jour, descend des chantiers Gabriel, qui lui fait un cadeau puis la cour, chaque soir, alors qu'elle travaille à une robe corail destinée à une cliente, mais qu'elle fait plus courte qu'il ne faudrait. Elle est pressée de le retrouver, passe avec lui une nuit dans la forêt. Mais, à son retour à l'atelier, elle apprend son renvoi, et elle doit refaire la robe. Aussi part-elle par les chemins car elle a commencé à vivre.

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Le printemps de Catherine”
Nouvelle de 18 pages
En ce printemps, l'ennemi attaque et tous les gens qui voulaient faire comme si de rien n'était doivent tout de même fuir. Mais Catherine, dite la Puce, la servante du bistro, petite et laide, condamnée au travail et à l'humiliation, se réjouit de ce désarroi des autres, de cette liberté. Elle se moque de Nathalie, la novice chassée de son couvent et qui essaie de se raccrocher à la règle et à ses vœux. La Puce se laisse faire par un soldat ennemi qui est ivre. Mais, comprenant qu'au matin il la méprisera, elle le tue.

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