Momoh a 14 ans, pour la première fois IL accompagne en voyage son père, Hugo van den Boogart, marchand de son état, 1440 (mai-juin-juillet)








titreMomoh a 14 ans, pour la première fois IL accompagne en voyage son père, Hugo van den Boogart, marchand de son état, 1440 (mai-juin-juillet)
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Momoh van Brugge


"Major e longinquo reverentia"
Momoh a 14 ans, pour la première fois il accompagne en voyage son père, Hugo van den Boogart, marchand de son état, 1440 (mai-juin-juillet).
Il fallut à Hugo un grand talent, de l’adresse et de fins artifices pour persuader Berthe, son épouse, de le laisser emmener leur précieux Momoh. Femme de tête et généreuse en moult points, cette maîtresse de maison avait soutenu la rude ascension et finalement la réussite de son commerçant de mari. Si ces bourgeois s’étaient fait un nom et un honnête capital, la patronne s’accrochait plus à ses solides racines rurales et arrageoises que Saint Etienne à ses flèches.

- Paris ! Trois mois! Il n'a que quatorze ans not’e gamin, « ils » vont m’l’abîmer ton « Wallon » !

L'adolescent paraît énergique, en bonne santé et il obéit au doigt et à l'oeil de son père adoptif.

- Et si vous croisez la peste ? Des voyageurs arrivés d’Autriche racontent qu’à Vienne elle fait des ravages. Et si des brigands attaquent tes marchandises. Vous dormirez dans des auberges sales, pleines de poux et de punaises ! Je sais, gros porc, que tu l'entraîneras chez des femmes de mauvaise vie où d’avides insectes lui suceront le fluide et s’établiront durablement en son duvet.

Il l'écouta s'épuiser en vaines paroles.

- Tu ne vas pas le laisser sa vie entière peinturlurer pour un Guildien ici ou là ? Faut qu'il sache à quoi l’est bon ! Je te le ramènerai sain et sauf !

- Dans trois mois, lança-t-elle en capitulant.

Elle pleurait. Momoh la consola.

- Et toi ? Si impatient de m'abandonner, c'est bien les hommes, s'étouffa la brave mère.

- Tu le dis congrûment, ma Berthe, Momoh sera un homme dans quatre ans ! Et puis on descend vers Paris, j’éviterai les Suisses qui se querellent ces temps-ci du coté de Zurich. Vienne ? Vienne c’est à plus de 150 lieues, alors ta peste !

- Et à Paris ? Si les Armagnacs suivent le jeune roi, ils voudront se venger du Bon qu’a vendu la Pucelle aux Perfides.

- Ton Bon Philippe vient de signer un traité avec ce Charles le Septième. Alors ! Ces gens ne vont pas continuer à s’estourbir de génération en génération. Personne ne se souvient plus qu’a commencé !

Selon ses habitudes Hugo van den Boogart partait léger, deux mules, le plus simplement, mules qu'il chevauchait en alternance. Et ses meilleurs chiens l'escortaient. De la race des bergers, d'excellents marcheurs toujours alertes et contents. Sur place, marché fait, il achetait un solide chariot pour y charger ses achats et les ramener chez lui. Durant dix ans il avait expérimenté le troc livrant des soies, des laines et mêmes des oeuvres que lui confiaient des guildiens angoissés par le fisc. Peintures jamais payées qu’un commanditaire malheureux ou présomptueux voulait oublier, parfois des estampes récupérées dans des ateliers moins connus de la région. Lassé de traîner ce fourbi, le marchand s’en tenait proprement à son commerce de teintures. Mais, soigneux de nature, il ne se contentait pas d'acheter des pigments divers, des épices, des herbes et des terres rares pour les mélanges de sa clientèle, il fouillait, tendait l'oreille n'hésitant pas à débourser des sommes conséquentes pour acquérir une carte géographique ou un instrument d’astronomie. Lors d'une expédition en Bavière il avait ainsi trouvé une "perspective cavalière" réalisée par un géographe de Zurich. A son retour, en passant par Dijon, il l'avait offerte à Jean sans Peur lors d’une réception ouverte au popolo grasso. En échange, le Seigneur lui permit de commercer avec les Français à l’Ouest et le Saint Empire à l’Est. Une prochaine fois il tomba, par identique hasard, sur un extraordinaire ouvrage précieusement fignolé, ouvrage qui s'empoussiérait dans l'armoire d'un monastère : "Le banquet des sophistes". Un moine avait du succomber à la gourmande et pécheresse fantaisie de traduire cet étrange manuscrit. L'Abbé s’en débarrassa avec soulagement car on entrait en carême et sa seule lecture pouvait faire saliver plus d’un cloîtrier. 

Les quatre solides mules se mirent en piste. Les deux chiens aboyèrent. Momoh faillit oublier de se retourner et de lancer un ultime baiser à sa mère. Jeanne, Charlotte et Marie, ses aînées, pleuraient de jalousie. Coiffée d'un petit béguin, Claire, la quatrième, applaudissait en poursuivant l’équipage un bout de chemin.

- Dominus vobiscum. N’oublie pas de me ramener un cadeau, Momoh !

Ce moment, les deux voyageurs l'avaient attendu, chacun à sa manière. Pour Momoh les quatre années d'apprentissage chez son oncle Johann avaient été une patiente épreuve. Surtout après qu’on ait découvert qu'il distinguait si mal les couleurs. Heureusement les deux suivantes, chez Maître Van Eyck, éveillèrent son imagination. Jan van Eyck créait ses propres oeuvres. L'artiste sut conforter l' « aveugle des arcs-en-ciel » privilégiant un apprentissage des perspectives et la technique de la caricature. Et puis il avait joui de ces journées intimes, dessinant Marguerite van Eyck en des attitudes parfois sensuelles ou intrépides. Le modèle avait eu la prudence d’un ange gardien et la hardiesse d’une muse. La veille de leur départ, le garçon était venu lui présenter son salut.

  • Ce n’est qu’un au revoir, pas encore un congé, Momoh, ne grandis pas trop vite, les hommes deviennent stupides et orgueilleux en vieillissant. Homo homini lupus.

Elle saisit le visage de l’adolescent entre ses mains fraîches et déposa un rapide baisé sur ses lèvres.

  • Reviens-moi ! Je t’attendrai le soir en priant Saint Jean, le petit frère de Jésus. Garde cette médaille sur ton cœur, in hoc signo vinces. Ktema eis aei (Tu vaincras par ce signe. Un trésor, un bien pour toujours).

« Ta superbe face me fait mille fois pleurer, ton cœur est comme de la glace. Tel un remède je serai sitôt vivant par un baiser », Carmina Burana, Dies, Nox et omnia. 
Papa Hugo choyait ses filles, leur manifestait une chaude affection et une complaisance qui irritaient souvent maman Berthe. Mais à ses yeux de vieux male, ces femelles restaient des piailleuses juste bonnes à marier.

  • Tes filles se prennent pour des aristocrates !

  • Et alors, ma Berthe, les Gens de la Haute apprendront à gérer leurs biens ! Nos filles sauront tenir leurs registres en journée et leur goupillon médianoche. Mens agitat molem ! (L’esprit meut la masse).

Peu importe que Momoh soit incapable de différencier la gamme des indigos, des azurs, des jaunes, jaune de Perse, jaune de chrome, jaune de Hansa, jaune de cobalt, jaune de zinc, jaune de bouton d'or, jaune de baryum, jaune de safran, jaune quercitron... son père y voyait un signe du destin. Pizziole le Vénérable, alchimiste réputé, lui avait déclamé d’un air pompeux:

- Natura non facit saltus, qui sait s'il n’orra mieux qu'un musicien ou si ses muqueuses nasales n’équipollent point celles du rattus musquus ou celles du canis domesticus ?

Le sage effectua diverses expériences usant de noirs végétaux et de sombres minéraux, noir de vigne, noir de campêche, noir de fumée et de suie, noir de vase, noir de fer, noir de manganèse, noir de Prusse, terre de Cassel, bitume de Judée. L’archaïque scientifique présentait de minuscules sachets au gamin, successivement, puis revenait par surprise au premier, au cinquième, le distrayant en jouant avec la fouine qui lui tenait compagnie. L'éphèbe mémorisait chaque odeur et différenciait une échelle de gris sur seize degrés. Il poursuivit l'examen en lui soumettant des rouges, vermillon et cinabe, minium, rouge de cadmium, des terres rares de Provence, du rouge de Pouzzoles,… L’érudit s’amusa ensuite à agiter différentes clochettes.

  • Ton gamin te sera d'une aide précieuse ! Par contre ses pavillons et canaux auditifs sont à considérer des plus ordinaires. L’œil d’un niais et le flair du goupil. Une fois la narine apprivoisée ! Petit, sais-tu ce que la fouine doit au hêtre ?

  • Et le hêtre à la fouine ? Oui mon Vénérable !

  • Chafouin, va !

Hugo lui transmettrait les acquis de son expérience. Johann avait « débourré » l'enfant, lui enseignant la discipline et l'austérité, Van Eyck l’avait initié au charme de la curiosité, à l’inquisition du regard. Son vader, lui apprendrait simplement à survivre.

Les deux mules de "recharge" ne transportaient que deux outres d'eau, des vêtements et un peu de grain.

- Nous n'avalerons que 5 à 10 lieues par étape, une lieue égale 2000 toises et il faut 6 pieds pour une toise (une lieue = 3,9 km). En avant pour Meulebeke! Yahoo les mules! Dans trois jours, Momoh, ton cul sera aussi tanné que le mien.

Après vingt années à croiser l'Europe, le marchand s'était construit de sérieuses et durables amitiés, en particulier chez les prêteurs d'origine hébraïque. Ces banquiers lui accordaient des crédits qu'il remboursait lorsque d’itinérants acheteurs, par eux garantis, débarquaient en Flandre, Hugo avançait alors l'argent nécessaire à leurs transactions. Aussi ne transportait-il qu'une modeste bourse dissimulée entre ses jambes. Les bandits prenaient l'or quand ils en trouvaient ou s'emparaient des fourrures, des fermaux, des bottes, parfois des mules.

- S'ils sont plus de trois, tu ne résistes pas. Sinon...

Il saisit sa javeline et la brandit sous le nez du garçon. Une fine et méchante pointe de fer coiffait le bout de cette lance de fragile apparence.

- Tu ne t'en sers jamais pour ferrailler, elle se briserait, non, tu piquepouilles rapidement, tu pares, tu dégages et tu repiquepouilles, l'attaquant est confondu. Tchac, tchac, tchac ! Les chiens impressionnent aussi l'ennemi et veillent sur tes mules durant ton sommeil. Pas d'inquiétude, demain nous côtoierons de fiables compagnons. Courtrai est un centre commercial qui génère de vifs échanges et attire les nombreux commerçants du landerneau.

Maintenant tu vas me compter une lieue, vas-y, une toise c'est quatre pas de ta mule !

Il voulait que son fils reste un moment silencieux, Hugo avait besoin de réfléchir. Le silence est l’ami des excursionnistes. Cet homme d'affaire anticipait mentalement ses actions. Un besoin viscéral de prévoir l’éventail des situations qu’il pourrait encontrer.

Meulebeke. L'auberge des Eperons d'Or.

- En matinée nous passerons chez les moines de Sainte-Marie-des-Mines, nous observerons leur atelier d’enluminures, ensuite on se mobilisera, sept lieues nous séparent de Courtrai, nous y serons rendu à la nuit tombante. Bien ! Chaque jour je lui enseignerai dix mots inconnus, dix en françois, dix en allemand et dix en italien. C'est beaucoup ? On les répétera à haute voix. Quarante journées, quatre cents mots en trois langues ! Bon début.

Hugo palpa ses bourses.

- Thalers, Gelds, Ducats, Florins, je lui montrerai comment différencier les écus, il saura jauger leur valeur. Piles et trousseaux n'auront plus de secret. D'une caresse du pouce et de l’index il en appréciera la frappe et le blason du répondant. A midi ils s'arrêtèrent en bord de route. Maman Berthe leur avait préparé une goûteuse mangeaille.

- En marche, tu ne bois que de l'eau, à l'étape chacun peut se saouler. N'oublie jamais de t'assurer du bon état des sabots de ta métisse. Si un chien boite tu le charges sans délai sur ta mule de rechange. Ces mammifères sont plus que des gardiens de nuit, ils sont nos compagnons, créatures du Ciel à droits égaux.

Lorsque je voyage en solitaire on se parle souvent.

Si le métier te convient tu reprendras mon commerce. Ta mère et moi nous vieillirons dans notre maison, voisine d’icelle mes parents et où s’est installé mon frère, là où j’ai grandi, mais tu pourras vivre et fonder ta famille chez nous, nous ménagerons l’espace. Le reste de ma fortune j’en dote tes sœurs. Travail et expérience acquise t’enrichiront, pas moi. Souviens toi de Matthieu (25/14-30), tu auras ton "talent", à toi de le faire fructifier. La légende est plus curieuse qu’en Luc improvise (19/11-27), il n’y met pas trois serviteurs mais carrément dix, du vrai capitalisme. Pourtant, vois-tu ce n’est pas ce talent qui m’importe, fils, mais celui des Anciens, le talanton, le plateau de la justice, cette balance entre le désir et la volonté. L'héritage, j'suis contre, titres de noblesse, cassettes d'or, terres et fermages que les familles collectionnent par seul droit qu't’es fils de ton auteur ! Les ducs ont absorbé la Flandre, l’Artois,… en épousant nos Très Nobles Damoiselles, dans deux ou trois générations leurs bâtards disloqueront cet empire du milieu, ejusdem farinae.

Le père tira sa miséricorde de sous son gilet, il prit le pain et coupa deux grosses tranches du boulanc qu’il serrait fort contre son bedon.

A l'auberge des Eperons d'Or le tenancier les accueillit avec empressement. Un commis boutonneux conduisit les bêtes à l'écurie.

- Suis-le, veille que ce petit maréchal bichonne la litière et leur serve du grain pas pourri ! Toi, tu m’les brosses. Zan, suis Momoh. Ekin, tu restes avec moi!

Les deux chiens dressèrent l'oreille et obéirent. La femme du patron lui servit une fraîche pinte (0,93 litre) de bière, une bière qu'on brassait matines chez les moines, juste derrière l’imposante demeure van den Beer.

  • Soupe de courge et bouilli, ça vous ira ?

  • O sancta simplicitas !

Momoh étrilla les mules en compagnie du larbin. Il le fit ainsi que son père lui avait montré, en rassurant la monture, en la flattant.

- T'en as d'la chance de voyager ! Qu'est-ce qui fait ton patron ?

- C'n'est pas mon Maître, c'est mon paternel !

- Et vous allez où ?

- Jusqu'à Courtrai, après j'sais pas.

Hugo lui avait fait prudente leçon, inutile de trop parler même à d'honnêtes gens.

- Qu'est-c'qui chiade ton Vieux ?

- Il achète des herbes pour les peintres et les pharmaciens, des teintures pour les tissus, un tas de trucs qui puent et qui faut mélanger !

- Tes tiens sont cossus ?

- Riche ! T'as déjà vu des nantis pérégriner sur des mules ? Hein les métisses ?

Ils rirent un bon coup sans se poser de questions sur la diversité de leur destin.

La tenancière logea ses hotes en sa meilleure carrée. Ils firent une toilette sommaire de leur visage et des pieds dans une ample cuvette de grès qu’on avait rempli d’eau chaude. On servait le repas dans la salle principale de l'auberge, un local important en forme de vaisseau et garni d’une cheminée pyramidale qui s’élançait jusqu’à la panne faîtière. Sous le toit, de chaque coté de la croupe, deux lucarnes permettaient d’aérer le restaurant. La soupe fumait. Hugo sortit sa miséricorde de son surcot et trancha le pain contre son ventre.

- Un jour ce sera ton tour de tailler la miche et je te donnerai cette lame que j’ai de mon vader-à-moi, un homme juste sauf qu’il ne riait jamais. Il répétait que la justice passe avant l’amour et la raison condamne l’émotion. Parait que le poignard a cisaillé la gorge d’un brigand.

Un jeune couple de patriciens fit une soudaine entrée. L'homme portait un surcot à manches élancées et une coiffe en forme de capuchon long, doublé de fourrure. La dame détacha le fermail de son manteau avant de remonter précieusement sa guimpe. L’assemblée découvrit alors son visage de gros bébé giflu (joufflu, XIVe). Elle était vêtue d'une jupe ample en tissu léger.

- Tiretaine, murmura Hugo, des faux rupins, Momoh !

L'homme voulait une chambre.

- Qui dort dîne rétorqua le patron !

- Combien pour le gîte et les couverts, questionna l'homme en ôtant son aumusse, révélant une coiffure en bol, distinctive de son rang.

Il régla prestement le dû, jetant les pièces sur le comptoir. Le couple disparut à l'étage.
Panses pleines, père et fils sortirent pour s'assurer du bon état de leurs montures. Zan les accueillit joyeusement et se jeta sur l'os bien garni qu'on lui avait sauvé. Tranquillisés, les voyageurs rentrèrent se coucher. Un unique grand lit. Pour la première fois de sa vie Momoh vit son papa tout nu! Certes il l’apercevait parfois se lavant près du canal mais toujours couvert de ses doublets. Chez eux jamais adulte ne se débarrassait de son dessous en présence des enfants. Ekin bondit sur la couche et s’étendit aux pieds de son maistre.

- Tu vois, il reconnaît la musique ce coquinet. Chez les Grecs de l'Antiquité les mires se servaient de chiens pour calmer les articulations douloureuses. Moi j'anticipe, mon Ekin y trouve son bonheur !

Hugo souffrait de la goutte. Avant leur départ sa femme avait fait la leçon à Momoh, que son père ne boive pas trop, qu'il ne s'empiffre pas de cochonnaille,…  P'is si la crise sort, il faut installer le pied sur un coussin sans le couvrir. Tu le forces à avaler ces médecines, un sachet, trois fois par jour, oh, il essayera d’y échapper, tu le forces, hein, ton père est têtu ! Hein ! Colchide, Belladone, Apis, Ledum palustre et Berbéris.

- Ta moeder t'a expliqué, hein ? C'est une brave femme, la pauvre, elle doit chialer en soufflant sa dernière bougie ! Ta maman est née pour se faire du souci.

Momoh s'étonna de la tendresse de son père. Un homme d'ordinaire plus secret sous une composition manifestement chaleureuse et conviviale.

- Momoh, tu sais, je ne mens jamais, ou alors par omission. Tu sais ce qu'est l'omission ? Simple, ce que tu n’avoues pas spontanément. Un apothicaire me questionne pour savoir si mes feuilles de chlorophylle, d'anthocyanes ou de garance ont pris de l'humidité je l’informe vraiment. Si ta mère enquête sur mes galipettes parisiennes j’en oublie deux ou trois ! Tu verras, demain à Courtrai je te mènerai chez un de mes Israélites. Il me remettra une cassette garnie de colliers et d’agrafes finement ciselés que nous livrerons à Lille. Les Confréries ne laissent plus les Juifs franchir l’enceinte des villes sans les accabler de taxes. La Bourgeoisie se méfie des Schmoutz, pourtant ceux-ci leur prêtent des Golgotha d'or et d’argent, putain de bordel ! Eh bien tu verras, ce Bartolomeo ne me fera rien signer, il a confiance. C'est cela le vrai commerce, petit, la crédulité, la truste des compagnons d’arme, chacun y gagne son bénéfice. Les malins font de la fumée mais jamais bon feu. Quand un produit passe de mode ou si d’ailleurs on l’échange moins cher, alors tu t'adaptes, tu oublies ce qui a fait ta fortune hier encore. Tu ajustes ta spallière et tu restes fidèle à tes alliés.

L'adolescent s'endormit en remerciant maman Berthe. Ses fesses brûlaient mais la crème de cantharis lui sauverait la peau du cul. Au milieu de la nuit on entendit des cris, une querelle. Momoh se dressa et aperçut son père qui tenait sa courte lance dressée vers le plafond. Des gens s’engueulaient dans le corridor.

- Dors, la dispute ne nous concerne pas ! Si le chien ne bouge pas, tu ne bouges pas ! Laisse pisser le mérinos, ces faides et raccouplements (raccoupler) regardent la Noblesse. Divorce et cocufiage ruinent le commerçant. Dixi !

Momoh se rendormit, Hugo veilla une heure sa javeline à la main.
Ils se levèrent avant l'aurore. Hugo portait sa vieille jaquette à manches tailladées, son fils une houppelande qui avait appartenue à son oncle Johann. En route le marchand entreprit d’expliquer le négoce à son fils.

- Tu ne vaux rien pour les couleurs, qui sait peut-être tirera-t-on profit de ton odorat.

Tes soeurs recevront une dot joliment garnie, j'ai mis de coté ce qu'il faut. Toi tu reprendras mon affaire si ça te dit. Alors… j’achète et je revends…

Il lui démontra ensuite le calcul des prix. Vingt pour cent de profit, les frais, les impôts, les taxes, les commissions. Le calcul est vite fait.

- Les impôts ?

- Ah ! Oui, en bref, mon gars, les Notables de Bruges prennent connaissance de ce que la Cour des Comptes (Bruxelles ou Lille selon les époques) doit payer à notre Duc, chaque ville prend sa part du fardeau. Heureusement les édiles comprennent nos difficultés, l'ensablement de notre pauvre Zwin, la chute du lin, la hausse des laines anglaises… Prochaine étape, ton parrain Paulus et les Confréries répartissent les charges fiscales selon la richesse ou le méchef (malheur) des contribuables. Bien sûr c'est toujours l'occasion de puissants mensonges, de jalouses contestations et de violentes chicanes mais après moult arrangements un consensus s’impose, le Brugeois est chiant mais pragmatique. En temps de paix le marchand s’en sort gagnant.

En plus je dois acquitter mes droits, directement à la prévôté ducale car j'achète ma marchandise à l'étranger. Hors des Flandres, en France ou en Germanie, il me faut encore payer une redevance (tonlieu) pour négocier librement. Une licence se marchande et son octroi dépend des tensions qui énervent nos Seigneurs. Il faut savoir changer de route et de fournisseurs quand les cieux se gâtent et que les chevaliers mettent le pied à l’étrier. Nul ne sait jamais à l'avance. Ces gensses se disputent pour un rien.
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