Surtout ‘’ Le petit Chose’’, ‘’Les lettres de mon moulin’’








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André Durand présente
Alphonde DAUDET
(France)
(1840-1897)

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

qui sont résumées et commentées

(surtout ‘’ Le petit Chose’’, ‘’Les lettres de mon moulin’’).

Bonne lecture !
Né à Nîmes le 13 mai 1840, il était issu de la bourgeoisie commerçante, catholique et monarchiste, de cette ville, son père étant tisserand et négociant en soieries. Bien que de santé fragile, il eut une enfance heureuse en Provence où il passa trois ans chez des paysans, découvrant et apprenant la langue provençale. La fabrique de son père périclitant dut être fermée. Ruinée, la famille s'exila à Lyon, capitale de la soierie. Il bénéficia d'une bourse qui lui permit de poursuivre ses études au lycée Ampère jusqu'en 1856. Il fut plutôt un bon élève, mais traîna comme un boulet sa condition modeste. Il dut essuyer brimades et humiliations («Eh, vous le petit Chose...,» expression qu'il reprit pour le titre d’un roman). En 1857, la faillite définitive du père entraîna la séparation des parents. Obligé de gagner sa vie à seize ans, il dut interrompre ses études avant le baccalauréat et occuper un poste de maître d’étude au collège d'Alès, au fond d'une province hostile où il se fit insulter par les petits montagnards cévenoles et subit là les basses humiliations du pauvre. Cette expérience, plutôt décevante, ne dura que quelques mois. Sans avoir passé son bac, il « monta » à Paris en 1857 rejoindre son frère, Ernest (historien et romancier), qui le guida pour ses premiers pas dans la capitale. Totalement désargenté, il connut la vie de bohème dans de modestes chambres de bonne, se joignit à des groupes très animés qui discutaient avec fougue de politique, de littérature, du pouvoir, des femmes. Il fréquenta surtout des Provençaux, dont Gambetta. Sa dure entrée dans la vie lui fit supporter légèrement les épreuves du «noviciat littéraire» et il publia :

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Les amoureuses”

(1858)
Recueil de poèmes
Le poète y évoque par exemple la rencontre qu’il fit de sa jeune cousine dans un verger en fleurs (‘’Les prunes’’) ou nous raconte sa passion pour une enfant désormais bien loin dans son souvenir (‘’Les cerisiers’’). Dans ‘’Fanfaronnade’’, il prend une attitude apparemment sceptique et désinvolte, affirmant ne plus croire à rien et être désormais vieilli sur le plan sentimental jusqu’à douter de ses amis et de ses parents. Mais, ne croyant à rien, il ne croit pas plus à tout ce qu’il a exprimé. Le recueil compte aussi de fines variations sentimentales sur des êtres légendaires et des personnifications de la nature. Parmi celles-ci, on peut citer ‘’Le roman du chaperon rouge’’ et ‘’Les rossignols du cimetière’’, à cause de leurs dialogues subtils et empreints de mystère.
Commentaire
Ces poèmes élégants et sentimentaux, consacrés aux galanteries et aux mignardises de l’amour, aux images naïves et généreuses valurent à Daudet l’estime des milieux littéraires et la notoriété.

Le recueil fut réédité en 1873 avec le sous-titre ‘’Poèmes et fantaisies - 1857-1861’’.

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En 1859, le grand poète provençal  Frédéric Mistral, qui venait de fonder ‘’le Félibrige’’, un mouvement littéraire qui s'était fixé comme objectif d'enrayer le déclin de la langue provençale, vint à Paris où son œuvre, ‘’Mireille’’, triomphait. Daudet tint à le rencontrer. Lui, qui n'était «que Nîmois», se découvrit une identité provençale, il décida de s'inspirer de cet exemple d'une conjonction heureuse entre la réussite littéraire, officialisée par le succès parisien, et l'inspiration régionaliste.

Il publia :

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‘’Audiberte’’

(1859)
Nouvelle
Audiberte, ne pouvant réaliser son amour, en meurt, près du pont du Gard.
Commentaire
Daudet a mis dans cette nouvelle, la première qu’il signa de son nom et qui parut dans ‘’Paris-Journal’’, toute la vie d’un village gardois : Bezouce, lieu béni de son enfance. L’écriture est ponctuée de mots et d’expressions provençaux, avec aussi une chanson du pays. Le thème est très proche de celui de ‘’Mireille’’ et l’influence de Mistral est indéniable.

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Ses poèmes ayant séduit l'impératrice Eugénie, Daudet, qui collaborait à différents journaux, devint, en 1860, le secrétaire du duc de Morny, demi-frère de Napoléon III et l'une des puissances du Second Empire, fonction qui le mit à l'abri des soucis matériels.

Pendant l'hiver 1861-1862, il fit, nécessité par une grave syphilis qu'il déguisa en affection tuberculeuse, un voyage en Algérie.

Il fit jouer :

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La dernière idole”

(1862)
Pièce de théâtre
Commentaire
La pièce, écrite en collaboration avec Ernest Manuel (pseudonyme d'Ernest Lépine), fut montée à l'Odéon, mais elle ne connut qu’un succès d’attendrissement.

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De décembre 1862 à mars 1863, Daudet effectua un voyage en Corse, à Ajaccio, Bastia et dans les îles Sanguinaires.

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Les absents”

(1864)
Pièce de théâtre
Commentaire
Elle fut représentée à l’Opéra-Comique le 26 octobre.

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Ces pièces permirent à Daudet de rejoindre le groupe des «auteur sifflés» (Flaubert, Zola, les frères Goncourt...), souvenir qu'il évoqua dans son recueil autobiographique, “Trente ans de Paris” (1888).

En 1867, il épousa Julia Allard, et ils firent leur voyage de noces en Provence. Ils allaient avoir trois enfants, Léon, Lucien et Edmée. Elle-même autrice de romans sous le pseudonyme de Karl Steen, elle allait revoir et corriger chaque page qu’il allait écrire.

L’année suivante, ils achetèrent une maison à Champrosay, près de Paris, où ils réunirent des amis, écrivains et artistes. Il fut l'un des premiers à apprécier et à prendre la défense des impressionnistes. Auguste Renoir peignit un portrait de son épouse.

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Le Petit Chose, histoire d’un enfant

(1868)
Roman
Première partie
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, à Sarlande, une petite ville des Cévennes, vivait la famille Eyssette : le père qui avait une fabrique de foulards, la mère, « le grand frère » qui était abbé, Jacques et, de deux ans plus jeune, le héros, Daniel, sans compter la vieille servante Annou. La fabrique connaissant des difficultés, à la suite, disait le père, de la révolution de 1848, il fallut la liquider et la famille, ruinée, partit en bateau à Lyon, pour habiter une « horrible maison » où ils découvrirent d’affreuses « barbarottes », des cafards. Daniel, qui ne pouvait plus continuer ses études, souffrit de ce changement et de cette enfance miséreuse. Le pauvre Jacques, qui était un éternel pleurnichard méprisé par son père, qui le traitait de butor et d'âne, était aussi un malheureux maladroit qui ne put manquer de casser une cruche qu’on lui avait confiée. Les deux garçons furent envoyés dans une manécanterie où on formait des enfants de choeur. Puis, tandis que Jacques vint travailler dans le magasin du père, Daniel put, grâce à une bourse, aller dans un collège. Mais il y fut méprisé car il y portait une blouse et, surtout, parce qu’il était très petit, se faisant d’ailleurs de ce fait ainsi apostropher : «Eh, vous le petit Chose...», surnom qui allait lui rester. Le frère abbé mourut. Alors que Daniel était en classe de philosophie, son père lui fit quitter ses études car les ennuis financiers s’aggravaient, au point que la famille dut se séparer, le père et Jacques restant à Lyon, la mère se rendant chez l’oncle Baptiste, Daniel obtenant, à seize ans, grâce à une recommandation du recteur de l’académie, un poste de maître d’études au collège communal de Sarlande.

Il y retrouva la vieille servante, Annou, fit ses adieux à la fabrique qui avait été transformée en un couvent de carmélites. Au collège, il fut accueilli par le principal qui, étonné par sa petite taille, s’écria : « Mais c’est un enfant ! » tandis que M. Viot, le surveillant général aux trousseau de clés menaçant, l’effraya. Parmi les professeurs ne lui parut favorable que l’abbé Germane, un professeur de philosophie qui passait pour un « original ». Il remarqua, passant dans un couloir, une jeune femme « aux yeux noirs ». On lui confia l’étude des petits avec lesquels, tout en étudiant pour devenir professeur, il se montra très bon, leur racontant des contes fantastiques qu’il composait pour eux. Il prit d’abord en aversion un avorton bancal qu’on appelait Bamban mais passa rapidement de la répulsion à la tendresse, devenant son ami. Mais il fut ensuite chargé de l’étude des moyens, de « méchants drôles » pour lesquels il était l’ennemi, le pion. Ce qui le fit souffrir. Il ne trouvait de consolation qu’en entrevoyant « les yeux noirs » qui fut toujours vouée à des tâches de couture avant d’être renvoyée aux Enfants trouvés, qu’en se liant d’amitié avec l’abbé Germane qui lui permit de lire des philosophes. Arrivèrent enfin la distribution des prix et la solitude de l’été au cours duquel il tomba malade, étant trouvé par son père alors qu’il était en plein délire.

La rentrée se fit en habits de cérémonie. Lors de la fête du principal, on lut le poème de circonstance composé par Daniel. Sa maladie l’ayant rendu plus sévère avec ses « moyens », cela provoqua une révolte et un conflit avec un jeune noble à l’allure de valet de ferme, le marquis de Boucoyran, à qui il avait intimé de sortir, qui l’avait frappé de sa règle, qu’il avait, se battant avec lui, jeté à terre. Un blâme public lui fut infligé par le principal et par le père de Boucoyran, et « toute la ville s’en émut ». Décidé de se venger, il alla trouver le maître d’armes Roger pour qu’il lui enseigne l’escrime. Mais celui-ci lui demanda d’écrire pour lui « quelques poulets galants » pour « une blonde de Paris ». Or le sous-préfet vint au collège se plaindre de ces lettres échangées avec la femme de chambre de sa femme, lettres que Roger avait négligé de recopier. Ne voulant pas le trahir, Daniel fut chassé du collège. S’étant rendu compte que Roger se moquait de lui avec ses amis, il fut décidé à se suicider, mais en fut empêché par l’abbé Germane qui l’incita à partir et lui prêta de l’argent. Or Daniel avait reçu une lettre de Jacques qui était à Paris le secrétaire d’un vieux marquis et qui l’invitait à le rejoindre. En partant, il s’empara des terribles clés de M. Viot et les jeta dans un puits. Il fit étape chez l'onde Baptiste où il revit sa mère.
Deuxième partie
Le voyage en chemin de fer dura deux jours. À Paris, Daniel retrouva Jacques qui l’accueillit dans sa chambre à Saint-Germain-des-Prés. Il lui indiqua que son vieux marquis lui dictait ses mémoires, qu’il fréquentait le frère de lait de Mme Eyssette, M. Pierrotte, qui avait un magasin de porcelaines, étant en fait attiré chez lui par sa fille. Jacques était si dévoué pour Daniel qu’il voulait être une vraie « mère » pour lui, un strict budget devant lui permettre de les faire vivre tous deux. Car, ayant découvert les vers que son cadet avait écrits à Sarlande, il en fut enthousiasmé et l’incita à continuer. Leur voisine de mansarde était « une horrible Négresse », Coucou-Blanc, qui était au service de « la dame du premier », « une jeune créole très élégante ». Mais Daniel était très timide, au point que Paris lui faisait peur et qu’il travaillait plutôt à son poème. Enfin, Jacques l’emmena chez les Pierrotte, lui racontant le roman de ce Cévenol qui, devenu l’homme de confiance des Lalouette, avait hérité de leur magasin de porcelaines, ce qui permettait à sa fille, Camille, de vivre sur un grand pied. Daniel fut déçu par cette « petite bourgeoise » mais frappé par « ses grands yeux noirs éblouissants » qui lui semblèrent ceux qu’il avait vus à Sarlande. Jacques, lui ayant révélé son amour pour elle, Daniel refusa de revenir chez les Pierrotte pour ne pas succomber à leur charme. Mais, comme Jacques se désespérait de n’être pas aimé, son frère vint s’en assurer et apprit ainsi qu’elle en pinçait pour lui. Désormais, il fréquenta la maison, mais refusa de se déclarer tant qu’il n’aurait pas fini son poème. Il le lut alors aux Pierrotte qui avaient convoqué une assemblée d’amis. Ce « poème dramatique » intitulé ‘’La comédie pastorale’’ reçut un accueil très froid, mais Camille, admirative, lui déclara son amour. Cependant, Daniel voulut n’y répondre qu’après l’avoir vendu, mais les éditeurs se dérobaient. M. Pierrotte lui proposa d’attendre trois ans avant d’épouser Camille et de se faire une position en entrant dans son affaire, perspective qui atterra le jeune homme. Jacques décida de publier le poème à leurs frais, et le premier volume fut offert à Camille.

Il dut partir à Nice avec le marquis, et Daniel fut inquiet d’avoir à rester seul à Paris, se sentant « plus petit, plus chétif, plus timide, plus enfant », « redevenu le petit Chose ». Il reçut, de « la dame du premier », une invitation à venir lui dédicacer son exemplaire du poème, le seul qui avait été vendu. Il trouva cette Irma Borel en train de répéter le rôle de Clytemnestre et recevant tout un cénacle d’artistes. Aussi son intérêt pour Camille faiblit-il. Dans ses lettres, Jacques, qui voyageait alors en Italie avec le marquis, le mettait en garde contre cette « aventurière ». Mais Daniel s’était voué à Irma Borel même s’il reconnaissait qu’elle était mystérieuse et peu douée pour l’art dramatique, sauf dans la vie. Elle le faisait poser pour ses amis peintres, pénétrait dans son intimité, découvrant ainsi qu’au lieu d’une fille noble que ses parents refusait de marier à un plébéien, il était aimé d’une petite bourgeoise dont les parents voulaient le faire entrer dans leur commerce. Mais il lui resta attaché, jouant, avec elle en Athalie, le rôle d’Éliacin. Elle deviendrait sa maîtresse s’il acceptait de jouer avec elle dans un théâtre. Mais il refusa, et elle lui asséna son mépris, le mépris pour son livre. Il devint pourtant comédien avec elle, vivant avec elle boulevard de Montparnase car elle avait quitté son riche protecteur, jouant de « la ferblanterie mélodramatique » ou du vaudeville, dans la banlieue. Jaloux l’un de l’autre sans s’aimer, ils profitaient de l’argent envoyé par Jacques, mais étaient criblés de dettes car ‘’La comédie pastorale’’ ne s’était pas du tout vendue.

Un soir, Jacques le surprit au théâtre, et l’enleva. Ayant quitté le marquis, il avait découvert toute la catastrophe et l’avait réparée en obtenant de Pierrotte deux mille francs. Mais il était malade, et Daniel décida de gagner sa vie, devint surveillant général et professeur auprès de jeunes enfants dans une institution de Montmartre. Il apprit que Jacques se mourait d’une phtisie galopante. L'abbé Germane lui donna l'extrême-onction. À son chevet survinrent Pierrotte, Camille, puis Mme Eyssette, devenue aveugle, qui, tous pardonnèrent son attitude à Daniel. Pierrotte lui proposa d'épouser sa fille et de devenir son associé. L'ancienne maison Lalouette devint la maison Eyssette et Pierrotte.
Commentaire
‘’Le petit Chose’’, première œuvre de Daudet romancier, récit des « années d'apprentissage» de Daniel Eyssette, est pour une bonne part un roman autobiographique où il exorcisa, par une compassion, une résignation amusée et un sentimentalisme mêlés d’ironie tendre, les souvenirs amers de sa jeunesse. Lui-même s'en flatta à bon droit : c'est bien lui, « cet enragé petit Chose », chez lequel « il y avait déjà une faculté singulière qu'il n'a jamais perdue depuis, un don de se voir, de se juger, de se prendre en flagrant délit de tout, comme s'il eût marché toujours accompagné d'un surveillant féroce et redoutable ». Il savait parfaitement qu'il est impossible à un homme sincère de ne pas se mettre tout entier dans son œuvre, mais aussi que cette intervention ne signifie point qu'il raconte un épisode de sa propre existence. Il anima sa façon de voir et de sentir, non pour un plaidoyer personnel, mais pour une émotion moins égoïste qui devait gagner les cœurs.

Cette émotion, hyper-présente, donne au roman une couleur mélodramatique, la mièvrerie menaçant souvent et la fin ne constituant pas un dénouement heureux, mais bien au contraire un cruel échec pour les ambitions de Daniel, devenu le petit Chose de la porcelaine.
Le roman est divisé en deux parties, la première étant consacrée à la vie en province, la seconde à la vie à Paris. Dans la première partie, l'enfance, la transposition est de peu d'importance : on y trouve d'abord, fidèlement notés, l'ennui, l'exil d'une famille méridionale dans la brume lyonnaise, ce changement d'une province à une autre, cette distance morale que les facilités de communications ne suppriment pas. Daniel Eyssette, l'élève méprisé, c’est bien Daudet qui fut obligé de gagner sa vie à seize ans et subit alors les basses humiliations du pauvre. Daniel fait l’apprentissage de la vie sociale : les revers de fortune du père, la pauvreté, l'inégalité des conditions ; l’apprentissage de l'humiliation, corollaire de ce qui précède. Mais, en dépit de ces expériences, le petit Chose demeure un enfant naïf qui tombe dans le piège du maître d'armes.

Dans la seconde partie, il va vers l'âge d'homme, fait l’apprentissage de la vie de bohème, du sentiment amoureux, de l'activité littéraire, de la virilité. Il connaît l'échec social, sentimental, littéraire. On découvre la précarité de la vie d'écrivain, à travers l'expérience désastreuse de l'édition à compte d'auteur. Le cordon ombilical n'est cependant coupé qu'avec la mort de « la mère » que fut pour lui Jacques. Cette partie est plus infidèle à la réalité : si Jacques (en fait, Ernest) a bien été « une mère » pour Alphonse ; si, montrant un dévouement ingénieux, il fut la figure rayonnante de son enfance et de sa jeunesse, les comparses sont de pure imagination : Pierrotte, Irma Borel, sa domestique Coucou-Blanc ; de même, Daudet n'a jamais été comédien, et le commerce de la porcelaine lui est inconnu.

Le roman est tantôt à la première personne (« je suis né»), tantôt à la troisième par une distanciation qui fait que le narrateur, témoin de lui-même et juge de ses propres actions, à compter du moment où son sobriquet de « petit Chose » aliène sa personnalité propre, parle de lui-même en disant « le petit Chose » : « Le petit Chose se mit à travailler » et, plus loin, « il avait bien froid ». L'auteur intervient fréquemment dans le récit, de sorte qu'à la triple appellation de son personnage s'ajoute la voix du conteur interpellant son lecteur : «Et maintenant si le lecteur le veut bien, pendant que le petit Chose est en train... », ou encore : « Et maintenant, lecteur, un aveu me reste à te faire». Mieux encore, Daudet prend carrément son interlocuteur par la main : « Si vous voulez savoir quelle irrévocable décision vient de prendre le petit Chose, suivez-le jusqu'à Sarlande, suivez-le... suivez-le... ».

Sarlande est, en fait, Alès. Des Cévennes, Daudet a quelque peu oblitéré l'attrait. Cette région profitait de l'industrie de la soie dont les avanies (la célèbre révolte des canuts qui avait secoué l'industrie lyonnaise de la soierie en novembre 1831) et la révolution de 1848 ont provoqué le déclin de la fabrique du père Eyssette et le départ vers Lyon. Le père de l'auteur était effectivement un modeste soyeux.

La mansarde au Quartier latin, la vie de bohème et la fin pathétique de Jacques sont inspirés des ‘’Scènes de la vie de bohème’’ de Murger, paru en 1848, dont Puccini tira l'opéra ‘’La bohème’’ en 1896, soit un an avant la mort d'Alphonse Daudet. Dans la lettre-confession de Daniel à son frère, la tirade sur les « artistes » montre que Daudet revendique un certain naturel étranger à tous les formalismes. Il se moque en Baghavat du poète Leconte de Lisle : « En somme, ces poèmes indiens se ressemblaient tous. C'était toujours un lotus, un condor, un éléphant et un buffle ; quelquefois, pour changer, les lotus s'appelaient lotos ; mais, à part cette variante, toutes ces rapsodies se valaient : ni passion, ni vérité, ni fantaisie. Des rimes sur des rimes. Une mystification... Voilà ce qu'en moi-même je pensais du grand Baghavat. »

Daniel Eyssette, du début à la fin du roman, est faible, fragile, désarmé, impuissant devant le malheur et la méchanceté, apathique, mou, pusillanime, velléitaire, éternelle victime. Porteur de malheurs dès son arrivée catastrophique au foyer des Eyssette, il ne nous révèle rien de ses quelques années de bonheur, celles de la prime enfance, sinon qu'elles se prolongent, en l'absence de scolarisation précoce, dans une existence solitaire de Robinson. L'entrée au collège de Lyon provoque la première d'une longue série d'humiliations. Le petit Chose souffre d'emblée de sa chétive apparence et de son peu d'envergure ; injustement persécuté, il connaît d'emblée le désespoir et la tentation du suicide, celle-ci à vrai dire aussi romanesque que ses premiers émois amoureux. Il n'accomplit évidemment pas ce parcours initiatique sans tomber dans les pièges les plus grossiers que sa naïveté l'empêche de subodorer, en particulier celui tendu par Roger. Ses yeux semblent se dessiller alors au point qu'une prise de conscience se manifeste : «Maintenant j'étais ferré à glace sur les questions de sentiment » et la première partie s'achève sur un défi aux autres et à soi-même : faire sa vie et reconstruire le foyer. L’abbé Germane ne se fait toutefois aucune illusion sur la maturité de son protégé : «J’ai bien peur que tu sois un enfant, toute ta vie

La deuxième partie fait plus que confirmer ces craintes. Materné par son frère, bercé d'illusion par une vie de bohème qui tranche avec les tristes heures de son expérience de pion, l'esprit occupé de rêveries poétiques, il n'est encore que le joli cœur rougissant qui s'éprend des yeux noirs de Camille et des charmes d'une aventurière dans les rets de laquelle tombe ce niais. À nouveau un éclair de lucidité se fait jour, une fois encore il précède une capitulation, abandon aux sirènes de la séduction et de l'aventure, avec au bout l'humiliation. L'esprit corrompu de la comédienne rejoint dans la lucidité celui du bon père Germane : pour Irma Borel, le petit Chose est bien cet être « faible et mou jusqu'à la lâcheté» qu'avait jaugé le curé de Sarlande. Éternel enfant, il retourne dans le giron de la mère Jacques qui ajoute sa touche personnelle au portrait de son frère : « Une femme sans courage, un enfant sans raison, qu'il ne faut plus jamais laisser seul. » Privé de son tuteur à la mort de Jacques, Daniel tombe dans la prostration d'où il n'émerge que pour se voir chaperonné, encore, par Pierrotte. ‘’La comédie pastorale’’ qu’il vient lire chez les Pierrotte doit sans doute être interprétée comme une fable où il a transposé, dans un symbolisme naïf et assez primaire, son expérience de la vie.

La personnalité de Jacques est moins univoque. Présenté dans la première partie comme un éternel pleurnichard méprisé par son père, qui le traite de butor et d'âne, finit par s'affirmer dans son rôle de substitut de la mère, par se frayer un chemin dans la jungle parisienne, acquiert une certaine existence sociale et sèche définitivement ses larmes. D'une infinie bonté, après tant de larmes versées, il tire celles du lecteur par sa fin pathétique.

Pour les personnages féminins, Paul Guth a fait observer le « manichéisme puissant et populaire » qui commande l'opposition de la « goule », Irma Borel, et de la séraphique Camille. Encore cette dernière est-elle une sorte de Janus offrant le double visage de la petite bourgeoise et de l'héroïne romantique aux yeux noirs. La véritable antithèse semble cependant résider dans les portraits croisés de la théâtreuse vampirique et de la sainte Mme Eyssette, véritable Dame des sept douleurs que la mort de son premier fils plonge dans une inconsolable tristesse et dont l'apparition tragique à la fin du roman marque le degré le plus fort du « mélo ».

Le curé Germane et le maître d'armes forment un autre couple antithétique. Si le beau Roger n'est que rapidement croqué par Daudet, médiocre séducteur de province sans scrupules, le curé est d'une étoffe plus riche. Sombre, seul, philosophe, le « terrible prêtre» est peut-être le personnage le plus riche de vérité humaine de toute cette histoire, dans la lignée du curé Chélan, de Stendhal.
On peut rapprocher ‘’Le petit Chose’’ de ‘’L'enfant’’ de Jules Vallès (1879) et des deux volumes qui complètent l'histoire de Jacques Vingtras : ‘’Le bachelier’’ et ‘’L'insurgé’’. Outre les souvenirs de collège, les humiliations, la découverte de Paris, le métier de pion, Vallès évoque les journées révolutionnaires de 1848 (bête noire du père Eyssette). On pourrait tenter, par exemple, un parallèle entre le voyage de Daniel, en bateau, vers Lyon et celui de Jacques Vingtras, vers Nantes, ou rapprocher leur commune passion pour Robinson Crusoé.

On peut rapprocher le passage de la cruche cassée de quelques anecdotes de ‘’Poil de carotte’’ de Jules Renard (1894).

Paul Guth fit observer dans sa préface que le petit Chose, rédigeant des lettres d'amour pour le compte du maître d'armes, évoque par avance le futur Cyrano de Bergerac, de Rostand, jouant auprès du beau Christian le même rôle sans gloire.
‘’Le petit Chose’’, œuvre touchante et charmante, petit chef-d'œuvre de fine observation et de poésie, a connu un succès de bon aloi auprès d'un très vaste public.

Mais, dans un article du 10 janvier 1870, publié dans ‘’Le constitutionnel’’, Barbey d'Aurevilly l’éreinta : « L'auteur du ‘’Petit Chose’’ fait des choses petites en sa qualité de petit chose». « L'émotion, on ne la lui chicane pas […] mais la profondeur et la force, on les lui refuse [...]. Quand on fait si petit, il est impossible de faire fort et profond. On effleure, on ne peut pas creuser » - « Dans son ‘’Petit Chose’’, il y a bien des pages navrantes, de l'observation fouillée, dure et cruelle, et acharnée, qui fait pleurer des larmes pesantes [...]. Il y a de la cendre vraie, de celle-là sur laquelle on meurt vivant » - « C'est cette profondeur d'impression qui me frappe plus que tout ».

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Comme il était souvent malade et qu’il redoutait la tuberculose, Alphonse Daudet effectua plusieurs séjours en Provence, pendant l'hiver 1861-1862 et surtout pendant l'hiver 1863-1864. Il séjourna alors chez des cousins, la famille Ambroy, au château de Montauban, près de Fontvielle, partagea la vie d'un mas provençal, redécouvrit les paysages embaumés et lumineux de sa premiètre enfance, se lia d'amitié avec les habitants de la région, nourrit son imagination des récits de légendes que faisaient à la veillée des personnages rustiques et truculents (comme le garde Mitifio, dont il fit un des personnages des ‘’Lettres de mon moulin’’). Au cours d’une promenade, en 1863, il découvrit, près de Fontvieille, non loin d’Arles, un vieux moulin provençal abandonné, le moulin Tissot, où il séjourna à plusieurs reprises, qui représenta pour lui comme le symbole de son enracinement provençal, et où, ayant rencontré Paul Arène, il écrivit avec lui, pendant un an, douze nouvelles issues de ces récits. Elles parurent sous le titre de “Chroniques provençales” dans “L’événement” :

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