L’utopie est à la fois








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Jardins d’utopie - Jardin et utopie
L’utopie est à la fois u-topia, lieu n’existant nulle part, reprenant le latin nusquama (qui est le premier nom donné par Thomas MORE à son Utopie de 1516), et eu-topia, lieu de la perfection, de la cité idéale, du bonheur. C’est ce deuxième sens surtout qui permet d’expliciter le titre de l’exposition Jardins d’utopie.
Comme le jardin luxuriant et protégé est également bien réel et observable, beaucoup d’utopies sont aussi des eudémonies, c’est à dire des pensées ou mouvements qui recherchent le bonheur terrestre, ou qui veulent créer un lieu épicurien, épanouissant, libéré des soucis matériels.
Mais le jardin comme monde clos et trop parfait, comme île préservée, fait aussi apparaître l’utopie dans ses aspects négatifs : lieux de privilégiés, monde isolé, monde enfermé ? La liberté humaine nécessite alors de rompre les murs, de braver les interdits, de croquer la pomme… et d’aller voir ailleurs.

Le Jardin comme utopie paradisiaque, édenique... L’âge d’or ?


Si on consulte la base de synonymes de l’Université de Caen (http://elsap1.unicaen.fr) on rencontre 22 équivalences pour le mot jardin dont trois font explicitement référence à l’utopie (éden, eldorado et paradis). L’éden est dans la genèse le lieu idéal et paradisiaque du « jardin des délices ».

Au début de l’Humanité en effet, le jardin est le lieu mythique initial du Paradis pour la plupart des religions. La vision du passé heureux et paisible est maintes fois évoquée. C’était l’époque des amours (en tout cas de la nudité) sans tabou ni limite, de l’abondance de nourritures et des biens les plus divers, de la paix et de la sagesse... dans un endroit clos privilégié et protégé. En effet dans un sens pré-judéo-chrétien, le terme de paradis désigne un enclos.

Cet aspect clos et privilégié fait que le Paradis est également représenté comme une ville fermée, entourée de remparts gigantesques, dont Jérusalem par exemple est devenu le symbole. Jardin-clos ou ville-forteresse, l’opposition n’est en fait qu’apparente : il s’agit bien d’un lieu isolé et protégé dans les deux cas.

La symbiose de ces deux représentations se fait dans les villes-jardins (dont Marrakech est sans doute le meilleur exemple malgré sa dégradation actuelle) et au sein des habitations dans le patio-jardin que l’on retrouve très tôt dans toute l’aire méditerranéenne1.
C’est le passé (et non le futur, qui est pourtant le propre des utopies) qui sert souvent de référence et qui est multiforme : mythes fondateurs antiques, Âge d’or, jardin d’Éden (qui veut dire « terre fertile » en akkadien), Adan en arabe pour traduire le mot Éden et Janna pour désigner le jardin-paradis, Terre promise, Arcadies, Paradis, Pays des bons sauvages, Communisme Primitif parfois, Société post-apocalyptique, Royaumes messianiques, Cité de Dieu, Monde parfait, Terres pures des tibétains, Krita yuga (âge d’or harmonieux) de l’hindouisme, Tchahar-bag (jardin paradis, cruciforme, aux 4 parties) du persan...

En persan toujours, pardez ou paradeisos signifie paradis, jardin entouré de murs, ce que le judaïsme va reprendre, et qu’on retrouve un peu dans l’islam et le christianisme. Toujours du persan, le mot arabisé firdaws qui donne au pluriel farâdis signifie également jardin-paradis.

En allemand, le Pays de Cocagne (où la nature -le jardin- est prolixe) se dit cependant curieusement Schlaraffenland, un Schlaraffe étant un vaurien ou un fainéant ! Mais est-ce vraiment péjoratif ? Le Droit à la paresse fut bien réhabilité par le gendre de MARX, Paul LAFARGUE ! ou par Bertrand RUSSEL dans son Éloge de l’oisiveté

Ce Pays de Cocagne est souvent décrit ou évoqué par les utopistes épicuriens (RABELAIS et son abbaye de Thélème, William MORRIS dans l’Angleterre de la fin du XIX° siècle...). L’abondance, le bonheur total, l’unité exempte de conflit... en font donc une vraie eutopie.

En Espagnol, le Pays de Cocagne se dit « tierra de Jauja » du nom d’une ville et d’une province péruviennes dont la richesse naturelle et le doux climat sont souvent célébrés. D’où sans doute l’origine de l’expression, « ce n’est pas le Pérou » que l’on utilise pour une situation sans attrait ou dévaluée...
ROUVILLOIS dans son essai rappelle que ce sens premier « d’âge d’or » est passéiste, réactionnaire, pessimiste... puisqu’il décrit un état de la société définitivement perdu. Heureusement, une visée progressiste, optimiste, plaçant l’âge d’or dans le futur de l’humanité opère un heureux retournement du mythe à partir du XVII°-XVIII° siècle, et même dès le XVI° siècle parfois après le choc des Grandes Découvertes. Les socialistes « utopiques » sont ensuite peut-être les principaux diffuseurs du mythe.2 D’autre part ROUVILLOIS minimise tous les courants de type messianique qui ne vivent que pour le rétablissement de cet âge d’or, dans un avenir plus ou moins proche. Dans les religions orientales proches du Tibet, le mythique royaume de Çambhala, « source du bonheur » et lieu de la connaissance, mêle à la fois la croyance dans l’âge d’or ancien, et sa réalité permanente et terrestre dans une « vallée cachée » où les jardins cultivés permettent de vivre heureux. Passé, présent et futur sont alors des concepts bien inutiles et insuffisants pour décrire ces croyances.

Dans une très riche synthèse3, Lyman Tower SARGENT classe toutes ces visions traditionnelles dans le genre des « utopies sans initiative de l’homme », donc issue de la bonne volonté des dieux, du hasard, d’une création spontanée... D’autres auteurs les classent dans le groupe des « utopies transcendantes » par opposition aux « utopies immanentes » ou autogestionnaires, partant des désirs des hommes et non imposées ou données par des entités extérieures.

Malgré tout, beaucoup de personnes assimilent âge d’or et utopie, et n’hésiteraient pas à faire leur cette citation d’Octavio PAZ tirée d’El labirinto de la soledad, page 156 de la réédition à Mexico de 1997 : « La notion mythique d’un âge d’or intervient ici : il y a eu une fois, en quelque partie du monde et en quelque moment de l’histoire, un état social qui permettait à l’homme de s’exprimer et de se réaliser. Cet âge préfigure et prophétise le Nouveau Monde que la révolution se propose de créer. Quasi toujours l’utopie suppose une existence antérieure, un passé oublié, un âge d’or qui justifie et rend viable l’action révolutionnaire ».

ordre, calme et volupté :
le jardin vu comme un autre monde utopique...


Le jardin, microcosme, petit monde en général clos, à l’abri des regards, permet le recueillement, l’isolement, le retrait du monde, l’enfermement également... Il offre ombre, discrétion, mais également nourriture terrestres (eau, fruits…) et par son esthétique (ordonnancement, profusion florale…) est un belle figuration de l’idéal.

Le jardin fermé des monastères médiévaux revêt bien des traits négatifs ci-dessus annoncés, comme la transposition utopique et pré-totalitaire des « réductions » des jésuites chez les indiens Guaranis du Paraguay en plein âge Moderne. Les monastères voulaient être bien évidemment une représentation du « paradis-jardin » initial, tout en permettant à leurs membres de connaître une autosuffisance alimentaire rare en ces temps troublés.

Depuis la Renaissance surtout, le jardin devient à la fois un symbole de la puissance et du bon goût des Grands (noblesse et bientôt riche bourgeoisie), une activité économique exemplaire parfois liée aux Physiocrates (Cf. Les bergeries royales), un rappel du mythique Âge d’or décrit ci-dessus, mais également le reflet d’un monde rêvé mêlant pensées religieuses, robinsonnades ou choix politiques...

Le Jardin à l’anglaise reflète-t-il un art de vivre utopique, où règne un apparent désordre garant de l’imagination et de la liberté ? Marque-t-il l’influence des traditions orientales dans la Perfide Albion ?

Par opposition le jardin à la française apparaît comme une maîtrise utopique de la nature, une humanisation autoritaire de l’environnement, comme les constructions de VAUBAN le seraient pour les villes fortifiées : symétrie, ordre, choix géométriques prioritaires... sont vite à la longue ennuyeux. La nature domptée et en rang (vision militaire et autoritaire) se veut l’illustration de la puissance des monarques absolus, et des princes qui rivalisent avec eux. Versailles devient un modèle que bien des Cours européennes vont copier.
Dans tous les cas, cependant, le jardin devient un aspect essentiel de la fusion rural-urbain que l’architecture utopiste développe largement, avec la soif de se rapprocher d’une nature redécouverte souvent de manière optimiste : en Franche Comté, les Salines Royales d’Arc et Senans de Claude-Nicolas LEDOUX en donnent un bel exemple à la veille de la Révolution. Avec lui dès la fin du XVIII°, il y a volonté d’insérer la ville dans la campagne, ici la vaste forêt comtoise de Chaux. Mais sa ville-cercle (ovale plutôt), hiérarchisée, aux fonctionnalités de surveillance obsessionnelle du travail est plus au service d’un encadrement de type caserne annonçant les pires dégénérescences totalitaires, que d’une pensée utopique libertaire et épanouie.
De plus le jardin peut être aussi lieu d’esclavage, de conformisme, « d’uniformité meurtrière », « de suffocante monotonie », mettant l’accent sur « l’impérialisme du vert », et transformant les burbdoms (domaines des bourgs, des cités) en boredom (ennui). Le cinéma caricature souvent ce qui est un des traits inévitables des banlieues états-uniennes du XX° siècle : de « Edward aux mains d’argent » au « The Truman Show », c’est tout un monde petit-bourgeois qui est dénoncé.

le jardin : une place de choix dans divers projets utopiques


De nombreux utopistes sociaux dès le XIX° siècle, depuis le Phalanstère (communauté ou vit la Phalange) du bisontin Charles FOURIER, intègrent le jardin dans leurs projets communautaires. Ce choix va s’épanouir dans le concept essentiel de cité-jardin.

L’urbanisme anglais de la fin du XVIII° et début du XIX° développe de nombreuses recherches sur l’intégration rural-urbain, l’importance des jardins paysagers, l’intégration des différentes formes de milieux locaux, notamment les collines, dans le cadre urbain... En ce sens, on peut noter l’importance des projets de villages circulaires, totalement encastrés dans le milieu rural, d’un Joseph Michael GANDY (1771-1843), qui influence sans doute le socialiste OWEN.4 Les écrits de Thomas SPENCE en 1795 et au début du XIX° siècle sur Spensonia (Description of Spensonia/La République marine et la constitution de Spensonia, pays merveilleux situé entre Utopia et Oceana) sont une des origines des idées plus tardives de HOWARD.

En France, une « première cité-jardin de l’histoire » est réalisée par Claude-Nicolas LEDOUX, encore lui, dans le quartier de la rue Saint Georges à Paris en 17925.

En 1849, James Silk BUCKINGHAM lance l’idée de villes régénérées par des associations soucieuses d’harmonie urbaine, de planification (the town planning) et d’espaces verts cultivés dans son National evils and practical remedies. Le plan de BUCKINGHAM pour sa « ville modèle » de Victoria, incorporé dans son utopie, est une référence, à mi-chemin entre les idées de FOURIER et celles de HOWARD ou de Frank LLOYD WRIGHT (Broadacre) plus tard au début du XX°.

Peu après, en 1854, Robert PEMBERTON, s’inspirant à la fois d’OWEN et de FOURIER, mais également de quelques plans de LEDOUX pour Chaux, propose une ville circulaire idéale dans The happy colony, qu’il a le bon goût de dédier « to the women of Great Britain ». L’établissement agraire central, entouré de bâtiments à vocations plus pédagogiques, ouvrant des perspectives radiales ouvertes, est une vraie originalité.

Mais l’idée semble également issue du livre novateur de RICHARDSON Hygeia de 1875. Cet hygiéniste convaincu est sensible à la réalisation de petites villes avec des maisons basses et confortables, liées au milieu naturel et où le jardin a toute sa place. Le français Jules VERNE dans les « 500 millions de la Begum » fait de France-Ville une réplique d’Hygeia. Anatole FRANCE dans Sur la pierre blanche est lui-même influencé par RICHARDSON et sans doute par MORRIS.

Aux hygiénistes se joignent souvent les membres d’un patronat paternaliste et moralisant, voulant à la fois régénérer, encadrer et maintenir à sa merci un prolétariat naissant jugé bien « dangereux » : souvent cité, le plan mulhousien se dessine vers le milieu du XIX° siècle. La SOMCO (Société Mulhousienne des Cités Ouvrières) permet alors d’offrir aux salariés du textile un logement décent, et un jardin selon les plans d’Émile MULLER. Bien que le patronat veille et qu’il impose sa proximité pesante (jusqu’aux sortes de légumes à faire pousser !) le succès de cette première importante cité-jardin est immédiat et va laisser des traces jusqu’à nos jours.

En Angleterre, quelques autres précurseurs sont parfois cités, notamment l’historien de l’art RUSKIN et sa St George Guild à Oxford, vers 1871.

Le plus intéressant pour notre propos est William MORRIS qui dans sa belle utopie « News from nowhere » en 1890 affine une vision libertaire de maisons insérées dans les aires rurales, entourées de verdure, et proche d’une Tamise régénérée ou tout pousse sans problème. Les berges du fleuve sont devenues de superbes jardins et vergers d’abondance.

Les libertaires sont souvent très présents, autour de Pierre KROPOTKINE, William MORRIS et de l’écossais Patrick GEDDES, ainsi que du théoricien et architecte-paysagiste Lewis MUMFORD (qui avoue à maintes reprises sa dette envers le prince anarchiste russe) et du canadien Marshall McLUHAN (1911-1980) dont la notion de village global inclut bien des traces kropotkiniennes (Cf. MATTELART Histoire de l’Utopie planétaire). Très tôt ils ont mis en avant le polymorphisme, les constructions à taille humaine, le respect de l’environnement et de l’humain, la décentralisation chère à MUMFORD et la nécessité de mêler ville et campagne. En Allemagne, c’est l’anarchiste Bernhard KAMPFFMAYER qui va en faire la promotion, et aux USA c’est le libertaire Harry KELLY qui développe l’idée de villages libres, entourés de jardins, disposant d’écoles modernes, dans les environs de New York. Quant à l’anarchiste espagnol Ricardo MELLA, dans son utopie de 1889 La nueva utopia, il entoure des immeubles d’habitations fonctionnels de jardins et espaces verts pour produire et pour se détendre.

Enfin l’effervescence du néo-gothisme, du préraphaélisme, du mouvement morrissien « d’arts and crafts » surtout en Angleterre contribuent largement à approfondir les réflexions. Le spirituel doit l’emporter sur le matériel, ce dernier devant être au service du bien-être des individus. Patrick GEDDES (1854-1933) est bien trop oublié aujourd’hui, alors que ces recherches furent très novatrices. Son effort pour affiner l’analyse en fait un des architectes les plus intéressants de la fin du XIX° siècle, notamment par sa définition de la polistique, véritable projet eutopique de cités pour l’homme. Quant à Lewis MUMFORD, qui est aussi un des historiens de l’utopie, son concept de cité humanisée et insérée dans la nature cultivée joue également beaucoup sur l’esthétique, sur la place importante accordée aux lieux de loisirs et la sauvegarde du milieu naturel.

C’est cependant le socialisant Ebenezer HOWARD (1850-1928), lecteur assidu de RUSKIN, de MORRIS et surtout de l’utopiste autoritaire BELLAMY, qui fait la synthèse de différentes idées émises avant lui. HOWARD limite les villes à moins de 30 000 habitants, et insiste pour que les espaces verts en occupent les 5/6°. Il souhaite une grande diversité dans ces petites cités et ne veut en aucun cas ériger un modèle forcément sclérosant. Son éloge de la diversité et de l’hétérogénéité est constant. Il prône d’ailleurs des villes, certes plutôt circulaires, mais adaptables au milieu local. Vers Londres, la petite ville de Letchworth (1903), une des premières cités-jardins, ne compte effectivement qu’autour de 15 000 habitants vers 1933. L’autre essai concerne la localité de Welwyn (1903-04). Vers 1960 ces deux cités n’atteignent chacune qu’environ 20 000 habitants. Elles ont révélé l’importance de Raymond UNWIN.

L’espagnol Arturo SORIA y MATA (1844-1920) revient sur une proportion presque identique de 4/5° d’espaces verts pour les aires d’habitation. Il proposait vers la fin du XIX° siècle, une longue « cité linéaire », allongée le long de voies de circulation rapide et de grande dimension, et surtout bordée d’espaces verts. Il est notable de constater que le libertaire Michel RAGON s’en inspire dans son utopie poétique et urbanistique, Sylvia, décrite dans son roman de 1966, Les Quatre murs. Cependant cette vision reste trop proche des grandes mégapoles envahissantes et est combattue par le plus important penseur espagnol des cités-jardins, le catalan Cipriano de MONTOLIU.

En 1914, l’anarchiste argentin Pierre QUIROULE dans La ciudad anarquista americana s’inspire largement des écrits de HOWARD et de BUCKINGHAM, puisque lui aussi propose un plan de cité idéale proche des cités-jardins.

En 1920 KREMNIOV Ivan (= pseudonyme de TCHAYANOV) avec Voyage de mon frère Alexis au pays de l’utopie paysanne tout en critiquant le système soviétique naissant, propose de supprimer toutes les villes de plus de 20 000 habitants et de développer des cités en symbiose avec la nature et l’agriculture. Moscou devient ainsi un gros bourg agricole où alternent jardins et terres de cultures et de pâturage. Le jardin et le rural s’élèvent contre le totalitarisme, en quelque sorte ?

Même un LE CORBUSIER est un peu influencé : son projet des Crétets et son Plan de 1922 ou son Plan Voisin de 1925 abondent en espaces verts. Mais le gigantisme des villes proposées l’éloigne du modèle de HOWARD et le fait qu’il dédie sa Ville radieuse en 1935 « à l’AUTORITÉ » est un peu inquiétant.

Vers 1935 le projet de « Democracity » de Henry DREYFUSS est très proche de notion de cité-jardin, et sa ville à taille humaine doit favoriser les rapprochements et la démocratie.

En Italie, Carlo DOGLIO dans l’après Seconde Guerre Mondiale va rattacher la cité-jardin à l’anarchisme. Avec son ouvrage L’equivoco della città giardino il définit l’urbanistique comme la manière de répondre aux besoins et aux aspirations de l’espèce humaine en misant plus sur le social. Certes il rend hommage à OWEN et HOWARD, mais de manière très critique, pour lui la cité d’HOWARD n’est qu’un idéal capitaliste, de petit-bourgeois.

En 1968, l’argentin GARCÍA PULIDO José relance le thème utopique autour des cités jardins dans un curieux livre, « anachronique » et tardif, ambigu également par l’appui souhaité des militaires et pourtant préfacé par le vieux libertaire Diego ABAD DE SANTILLAN6. La ciudad del futuro propose la régénération sociale au cœur du Chaco avec la Cooperativa Aurora Boreal, mais les indigènes, apparemment non convaincus, demeurent à l’écart du projet.

À l’orée du XXI° siècle, aux ÉU, Emilio AMBASZ renoue avec les « villes vertes » et les « cités-lisières », en assumant l’héritage de HOWARD. Son concept du « vert sur le gris », du recouvrement du béton par des terrasses et des jardins, du jaillissement de cascades sur des immeubles... renouvellent le thème de la cité-jardin tout en lui étant profondément lié.


Bref le jardin assure l’épanouissement, permet le recueillement, est le lieu de développement d’un travail réhabilité, concret et nourricier. Il est source de vie et de pensée. Il est le contrepoint idéal aux démentielles constructions totalitaires pleines de bétons. Il permet la rêverie et l’essor d’un imaginaire dont notre époque a bien besoin, alors qu’on dit souvent que nous vivons la fin des utopies, voire la fin de l’histoire. Le jardin et l’utopie nous sont absolument nécessaires, et tant mieux s’ils marchent de concert. L’écueil à éviter est d’ensuite réaliser une construction totalitaire et fermée, donc aliénante et dangereuse. . L’utopie, si elle respecte l’homme, ne peut être qu’ouverte et pluraliste, absolument pas figée et dogmatique comme trop d’ouvrages (de spécialistes voire d’utopistes) la présentent.


Quelques références :


  • Collectif Cités-jardins, Genèse et actualités d’une utopie, Paris, Éditions Recherches/Ipraus, 2001

  • Collectif Jardins terrestres, jardins célestes, Revue Qantara, n°39, IMA, 2001

  • Collectif Utopie, la quête de la société idéale en occident, Fayard, 2000, superbe ouvrage à partir de l’exposition de la BNF en 2000.

  • Collectif Visions du futur, 2000, sur l’exposition du Grand Palais 2000/2001, avec de superbes articles sur les jardins d’utopie.

  • DELUMEAU Jean Que reste-t-il du Paradis ?, Paris, Fayard, 2000

  • Dossier « Utopie » du site de la BNF sur http://www.bnf.fr

  • Dossier « Utopie » du site d’Histoire-Géographie de l’Académie de Besançon : http://artic.ac-besancon.fr/histoire_geographie/Utopies.htm

  • ROSENAU Helen La ciudad ideal. Su evolución arquitectónica en Europa, Madrid, Alianza Editorial, 1999, est un excellent travail en castillan pour situer le rôle des espaces verts et des jardins dans l’évolution architecturale et urbanistiques.


Michel.Antony@ac-besancon.fr – Mis à jour le 01/11/2002

1Collectif Jardins terrestres, jardins célestes, Revue Qantara, n°39, IMA, printemps 2001

2 ROUVILLOIS Frédéric, L’utopie, Flammarion, 1998, p.207-208

3 SARGENT Lyman Tower Traditions utopiques, thèmes et variations, -in-Utopie, la quête de la société idéale en occident, Fayard, 2000

4 ROSENAU Helen La ciudad ideal, Madrid, 1999, p.130

5 HINCKER François L’effet d’utopie de la Révolution Française, -in-L’utopie en questions, 2001

6 GUTIÉRREZ Ram La utopía urbana y el imaginario de Pierre QUIROULE, -in-I.Utopías libertarias americanas, 1991

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