Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan








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Marcel Paquet
LE PAYS DU FEU

(Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan)

«Ces derniers ont une légende des plus belles que je connaisse. « Quatre compagnons de route, un Turc, un Arabe, un Persan et un Grec, voulurent faire un goûter ensemble. Ils se cotisèrent de dix paras chacun. Mais il s'agissait de savoir ce qu'on achèterait : « Uzum, dit le Turc. -Ineb, dit l'arabe.- Inghûr, dit le Persan. —Stafilion, dit le Grec. Chacun voulant faire prévaloir son goût sur celui des autres, ils en étaient venus aux coups, lorsqu'un derviche qui savait les quatre langues appela un marchand de raisins, et il se trouva que c'était ce que chacun avait demandé. »

Gérard de Nerval
« Dieu est un Trésor caché aspirant à être connu »
Nizami.

« Demandez à la plupart de ces peuples de qui ils descendent, ils ne le savent pas ; depuis combien de temps ils habitent leur vallée ou leur montagne, ils l’ignorent. Mais ce qu'ils savent tous, c'est qu'ils se sont retirés là pour conserver leur liberté, et qu'ils sont prêts à mourir pour la défendre. »
Alexandre Dumas

1§ Considérations préliminaires

La civilisation de la Renaissance disparaît tandis qu’émerge convulsivement une civilisation nouvelle que faute de mieux nous qualifierons de « Mondiale ». La Renaissance, chacun le sait, est née en Italie, à Sienne et Florence, Rome et Venise, Milan et Gênes qui pendant un certain temps furent successivement et effectivement le centre du monde, c’est-à-dire le lieu de la richesse économique, de l’hégémonie politique et des créations scientifiques ou artistiques les plus déterminantes.

Cette position centrale fut ensuite occupée par Anvers, Amsterdam, Londres, la reine des océans et enfin est-ce New York qui joua ce rôle dominant, lequel lui fut brutalement contesté le 11 septembre 2001.

Le trait distinctif de la Renaissance d’où naquit l’essor de l’Occident ne fut pas la découverte de ce que la terre était ronde et tournait sur elle-même tout en tournant autour du soleil, de ce qu’elle était un objet mesurable dont on pouvait faire le tour, ceci, des Egyptiens, des Grecs, des Aztèques, des Chinois, des Perses l’avaient depuis longtemps déjà compris ; le trait distinctif de la Renaissance fut que des cœurs aventureux fondés sur une supériorité technique en matière de navigation en aient effectivement fait le tour et ainsi mis en relation toutes les civilisations qui coexistaient sur la terre, mais y demeuraient dans l’ignorance les unes des autres.

Léonard de Vinci ne savait rien des Mayas.

Le processus de « mondialisation » a commencé à la Renaissance, avec les grandes découvertes et les colonisations, les révolutions américaine et française, l’industrialisation et l’informatisation du tout de nos vies, mais ce vaste mouvement qui vit les terres et les continents « dépassés » par les océans et ceux-ci par l’espace interplanétaire et bientôt intersidéral a donné lieu à l’émergence d’une civilisation entièrement nouvelle, d’une civilisation multipolaire dont l’Occident n’est plus ni le centre, ni le cœur.

Les puissances neuves sont là : en Amérique du Sud, en Chine et en Inde, en Afrique et dans tout le Caucase.

Nous sommes pris dans le mouvement de cette métamorphose et c’est en elle et depuis elle qu’il faut que nous nous résolvions à mieux comprendre « le pays du feu », à l’approcher non comme l’objet possible d’un savoir scientifique, mais tel un être vivant qui, lui aussi, se métamorphose et à la rencontre duquel nous eûmes le bonheur de commencer à cheminer.

Le présent essai est le fruit de cette expérience qui eut pour résultat de nous libérer de quelques-uns de nos préjugés les plus tenaces et de quelques-unes de nos noires et honteuses ignorances en matière d’actualité politique.

2 § 1990 : une dissimulation médiatique lourde de conséquences

Chacun peut voir ce que les télévisions montrent, mais qui pense sérieusement à tout ce qu’elles cachent ou même à tout ce qui leur est volontairement caché. Nous nous imaginons bien informés par la société de l’image, alors même que nous végétons dans l’obscurantisme, que règne sur nos esprits l’occultation la plus lourde avec une violence en ce domaine jamais atteinte dans tout le cours de l’histoire des hommes.

Si quelqu’un dit « Budapest, 1956, Khrouchtchev », chacun sait encore plus ou moins que les chars soviétiques ont envahi cette ville pour écraser dans le sang la révolte hongroise et la volonté d’indépendance manifestée par les Magyars à l’endroit de l’impérialisme rouge.

Si quelqu’un dit « Prague, 1968, Brejnev », chacun sait que les forces du Pacte de Varsovie ont envahi la Tchécoslovaquie pour briser les velléités d’autonomie et de réformes initiées par Dubcek, mais si quelqu’un dit « Bakou, 1990, Gorbatchev », nombreux sont qui prennent un air étonné et sont surpris d’apprendre que dans la pure et simple continuation de la ligne politique de ses prédécesseurs, le maître du Kremlin de cette époque rapprochée, comme il le fera plus tard à Vilnius et ailleurs, a envoyé ses chars dans la capitale de l’Azerbaïdjan afin d’y écraser les manifestants de la liberté.

Un mausolée domine aujourd’hui Bakou, la « ville des vents » jumelée à Bordeaux qui rend hommage aux martyrs de l’indépendance azérie assassinés par les blindés soviétiques.

Tandis qu’elle intervenait avec sauvagerie dans la capitale du pays du feu, la Russie de Gorbatchev armait fortement l’Arménie et aux côtés de cet Etat, qui fut, il faut le rappeler, le plus ancien de la chrétienté orthodoxe, elle prépara et effectua l’invasion de l’Azerbaïdjan, autrement dit l’annexion militaire du Haut-Karabagh et de quelques territoires adjacents, événements connus, lorsqu’ils le sont, sous le nom tantôt de « janvier noir », tantôt de «génocide azéri » ou encore de « massacre de Khodjaly »…

A la vérité, nul ne saurait se faire une idée juste de l’Azerbaïdjan qui oublierait que cette jeune République est encore et toujours en guerre contre l’envahisseur arménien : un cessez-le-feu n’est pas déjà un Traité de paix et si des négociations peuvent réussir et conduire vers cette issue favorable qui, au fond, est toujours le but de toute guerre, il faut aussi garder à l’esprit que les pourparlers peuvent encore et toujours échouer et la lutte armée redevenir pour un temps la seule issue.

Il faudra bien évidemment revenir plus en profondeur sur ces événements relativement méconnus dont non seulement l’importance géopolitique est considérable, mais encore qui affectent profondément la politique intérieure du pays : la qualité de la démocratie n’est nulle part la même en temps de guerre ou de paix…

3 § Le génie poétique de l’Islam et du monde se civilisant
Il est d’innombrables autres zones où notre ignorance semble invincible : sait-on que Gandja, deuxième ville du pays vit naître en 1141 et mourir vraisemblablement en 1209 l’un des plus grands poètes de tous les temps : Nizâmî de Gandja.

L’importance de son œuvre ne peut se comparer qu’à celle d’Homère ; il est de très loin le plus grand poète de l’Islam : il chanta près de mille cinq cents ans plus tard la légende d’Alexandre dans la langue persane, autrement dit dans la langue de ceux-là même que le Macédonien avait vaincu ; il fut avant Shakespeare et Dante le poète de l’amour absolu éprouvé par le sculpteur Farhâd pour Shîrin, la très douce reine d’Arménie ou par Madjoûn, le « fou d’amour » pour la belle Layla, incarnation visible du divin, autrement dit est-il le poète qui non seulement mit fin à l’insupportable domination de l’homme sur la femme, mais celui qui fit de celle-ci le sens même de la vie, le cœur sensuel et ardent du cosmos.

Nizâmî de Gandja fut aussi le poète capable de conseiller éthiquement les rois, capable de leur rappeler que le seul royaume qui vaille est celui de la justice et que si celle-ci peut bien exister en terre païenne, elle ne le peut jamais sous aucune sorte de tyrannie.

Son chef-d’œuvre d’entre ses cinq très grands chefs-d’œuvre, d’entre les cinq trésors de l’esprit qu’il légua à l’humanité a été traduit en français par Michael Barry sous le titre : « Le Pavillon des sept Princesses ». Cette œuvre brasse des millénaires de civilisation et les harmonise avec les préceptes du Coran : les sept épouses de Bâhrâm Gour, le tueur d’onagres, l’authentique modèle de la figure de saint Georges, victorieux du dragon du mal qui tantôt a la forme au dehors des envahisseurs mongols ( ce souverain réussit en effet à stopper l’avancée des Huns dans le Caucase) et tantôt au-dedans celle des fonctionnaires corrompus, les sept épouses donc par lesquelles Nizâmî fait découvrir au roi des rois, qui s’empara de sa couronne entre deux lions, l’essence de l’essentiel, à savoir la sagesse suprême sont chacune un jour de la semaine, chacune une planète, chacune une couleur et chacune une civilisation : L’inde noire est la dame saturnale du samedi ; la Byzance jaune et or celle du dimanche ; la Chorasmie des Turcs de l’Asie centrale est verte, elle est associée au lundi ; le monde slave et guerrier, issu du feu lui-même est le rouge martial de Mars, le rouge du mardi ; la Princesse bleu-turquoise vient du Maghreb, du mercure, elle est du mercredi ; la Chine est la perle jupitérienne, la perle bois de santal associée au jeudi tandis que la Vénus du vendredi sacré ne pouvait être que la blanche Princesse de la Perse.

Ce voyage initiatique au cours duquel le Prince Bahrâm passe d’une dame à l’autre, allant du noir au blanc est aussi une quête de la source de vie revenant éternellement sur soi à chaque équinoxe de printemps, à chaque nouvel an, chaque « nouveau jour », chaque 21 mars, chaque « Novrous », chaque fois donc que le dragon de l’hiver est vaincu par les vents du dégel et les flèches solaires de l’archange éternel ayant à terrasser éternellement l’éternel dragon du Mal. Celui-ci a quelque chose de l’Ahriman et de ses créatures maléfiques qui telles les têtes de l’hydre de l’Herne tranchées par Héraclès ne meurent jamais tout à fait, quelque chose donc qui vient de la lutte éternelle des ténèbres et de la lumière qu’enseigna Zarathoustra, le premier philosophe connu, celui qui fut chanté par Mozart et Nietzsche car s’il est vrai que Nizâmî a parfait pour l’Islam et le monde la transfiguration spirituelle de la mythologie persane, il n’a pas voulu supprimer celle-ci ; un tel anéantissement eût été contraire au prodigieux esprit de tolérance du poète national de l’Azerbaïdjan qui est peut-être, nous y reviendrons, le plus grand poète de la Civilisation Mondiale en train d’apparaître.

4 § De la nécessité d’une histoire autre de la philosophie
Ceci nous conduit à une autre des multiples leçons qui nous furent prodiguées par la grâce de notre rencontre avec l’Azerbaïdjan, avec la contrée du feu et de ses sanctuaires, là où se tient la montagne éternellement brûlante qui veilla sur le berceau de l’humanité, à savoir que contrairement à une affirmation de Heidegger qui n’est rien qu’un préjugé répandu, eh bien la philosophie n’est pas née en Grèce.

Le mot a beau être grec, la pratique ne l’est pas et le temps est venu de réviser sur ce point et quelques autres nos manuels d’histoire de la philosophie.

Le plus ancien texte de philosophie qui nous soit parvenu n’est pas « Le Poème » de Parménide, mais « Les Hymnes » de Zarathoustra qui exercèrent une influence dont il est aujourd’hui très difficile de mesurer l’antique rayonnement. Nietzsche a certes rendu justice à ce penseur qui n’avait rien d’un prophète, qui ne parlait pas au nom d’un Dieu transcendant, mais trop d’interprétations portent à faire croire que les paroles de Zarathoustra seraient au vrai celles de Nietzsche lui-même et que ce n’est pas tout à fait « ainsi » que parlait le grand philosophe. Or, ce qui fait retour dans la pensée de Nietzsche n’est autre que le sens de la terre et de la volonté d’épanouissement valorisés par les Gathas.


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