Livre de bord 15. Liban et syrie voyage au Liban du lundi 25 au dimanche 31 mars 2002








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LIVRE DE BORD




15. LIBAN et SYRIE

Voyage au Liban du lundi 25 au dimanche 31 mars 2002


Lundi. Une journée de stand-bye à Paris et je repars… Roissy, envol à 18H05, escale d'une heure à Milan et second vol sur Beyrouth avec une heure de retard. J'y arrive mardi à 2H20 du matin. Pas facile… Vu l’heure tardive, je préfère dormir sur une des banquettes bien confortables de l’aéroport.

Clin d'œil sur le Liban:

Grand comme deux départements français, le Liban n'est pas bien vaste. 4 millions d'habitants, dont 1,5 à Beyrouth, la capitale toujours en reconstruction. Mais on dénombre 13 millions de Libanais vivant à l'étranger (souvent des commerçants et des entrepreneurs). Le PIB mensuel est de 372 euros par habitant. 60% de musulmans, 40% de chrétiens, une situation quelquefois difficile à gérer, surtout avec la pression de l'occupant syrien. Et sa frontière avec Israël complique encore les choses…

A noter que le Liban fut sous mandat français de 1920 à 1943, date de son indépendance. Le français serait d’ailleurs parlé par une partie de la population.

Pays méditerranéen du Moyen-orient, il ne manque ni d'eau, ni de plages, ni de montagnes, ni de plaines cultivables. Et il offre aussi de superbes sites à découvrir pour le touriste que je suis, dixit "Le Petit Futé"…


Mardi, après une assez bonne nuit vu les circonstances, je me réveille à 7 heures et loue une voiture au comptoir d'Europcar, loueur qui se révèle le plus économique (moins de 30 dollars par jour): de catégorie A, c'est une belle berline Clio, presque neuve et très propre. Ca me change de celle de Tunisie! J’ai juste le temps de quitter l’aéroport car, compte-tenu du sommet de la ligue arabe, il ferme aujourd’hui dès 8 heures jusqu’à jeudi soir.

Il pleut! Je traverse Beyrouth dans un chaos indescriptible: des barrages bloquent certains accès, rien n’est indiqué et je galère vraiment. Du coup, je change mon programme de visite et file vers le nord du Liban. Au bout de plus d’une heure, je trouve enfin l’autoroute. Je le quitte plus loin, préférant suivre la route côtière, en assez mauvais état, le long de la Méditerranée. Il est vrai que, depuis la fin de la guerre il y a un peu plus de 10 ans, le Liban doit tout reconstruire et ce n’est pas rien…

La voiture roule bien et est équipée d’une radio-cassette sur laquelle je capte deux excellentes stations en français: Radio Liban (couplée avec RFI), et Radio Nostalgie. Ca me tient compagnie et me permet d’avoir des nouvelles du sommet et de la situation en Israël; vu la situation au Proche-Orient je ne suis pas sûr d’avoir choisi le meilleur moment pour venir ici…

Arrêt au site de Byblos, vieux de 7000 ans, où se trouve notamment un château bien conservé construit par les Croisés au début du douzième siècle. Je poursuis ma route vers l’est, à travers la chaîne du Mont Liban, en direction de Karaba. Grêle, neige, brouillard, la totale: et dire que je suis dans un pays où il fait 300 jours de soleil par an! Je dois rebrousser chemin et me perds plusieurs fois avant de trouver la route qui mène à la station de ski de Douma. Rien n’est indiqué, nulle part, je ne suis pas sorti de l’auberge! Et, vu la pluie, personne sur les routes et dans les villages! Ne trouvant pas et l’heure avançant, je redescends sur Aamchit, puis longe la côte jusqu’à El Batroun, une petite ville au vieux centre historique charmant avec ses deux églises et son petit port de pêche.

Peu après, alors que je passe au ralenti un barrage militaire libanais, le x-ième de la journée, un jeune soldat tire une planche à clous montée sur cric devant mes pneus: je l’évite en freinant brusquement, mais l'appareil me casse un enjoliveur. Devant les mitraillettes, je ne bouge plus; j’ai peur. On m’ordonne de reculer, j’obéis puis sors de la voiture tout doucement, sans geste brusque. Un chef parle heureusement français et nous nous expliquons: il s’excuse finalement et ne me demande même pas mes papiers. Je peux repartir, mais j’ai eu une des plus belles frousses de ma vie. Je ne savais pas que le Liban était comme cela, toujours en état de guerre, occupé par les Syriens, avec des barrages libanais et Syriens tous les dix kilomètres, des tanks en position, le canon pointé sur les voitures et tutti quanti… Ca promet!

Enfin, après 236 kilomètres, à la tombée de la nuit et toujours sous la pluie, j’arrive à Tripoli. Cette homonyme de la capitale libyenne est la seconde ville du pays, assez sale et à forte majorité musulmane. J’y trouve une chambre sommaire dans une petite pension tenue par une famille fort sympathique, ce qui me remonte le moral. Car cette première journée au Liban a été éprouvante et fort décevante…

Petit tour en ville, dégustation de délicieuses pâtisseries orientales et achat de trois cassettes d’artistes libanais. Je me couche de bonne heure, éprouvé, épuisé.


Mercredi, réveil facile après une bonne nuit. Mais il pleut encore, zut! Bon et copieux petit-déjeuner à la pension, puis visite de la ville durant une heure et demie sous de courts rayons de soleil. La balade est agréable: quelques vieilles medersas et mosquées, des rues étroites dans un vrai souk arabe.

Je traverse ensuite la ville en voiture, ville immense qui s’étend sur le bord de mer et sur les flancs de plusieurs collines. Comme à Beyrouth, les constructions sont désordonnées, un vrai foutoir. J’emprunte la route de montagne en direction de Bécharré, cherche le village de Merdachieh mais ne le trouve pas, même à l’odorat (riez, quoi…). A environ 1000 mètres d’altitude, sur les bas-côtés, apparaît la neige, tombée hier. Il pleut toujours et, par moment, j’ai encore droit au brouillard. Je longe la vallée de la Kadisha, aux gorges profondes, et arrive à midi à la fameuse forêt de Cèdres, emblème du Liban. Couverte de neige, elle est toute petite, décevante: bosquet d’une centaine d’arbres, dont douze seraient millénaires, le plus grand mesurant quand même 35 mètres de haut et 14 de circonférence. Ici, c’est une petite station de ski, à 1920 mètres d’altitude. La route que je comptais prendre ensuite pour rejoindre Baalbek à l’est est fermée, il faut repasser par Beyrouth, soit un détour d’au moins 120 kilomètres. Je suis donc encore obligé de modifier mon programme…

Je repars donc vers Beyrouth, les routes sont mauvaises, pleines de trous profonds remplis par l’eau qui n’arrête pas de tomber. De nouveau, durant un moment, la grêle. Je vois plusieurs accidents; il faut dire que les conducteurs libanais sont d’une imprudence rare, ne respectant aucun signal, aucune priorité, doublant n’importe où et n’importe comment, roulant comme des fous. C’est pire qu’en Amérique du Sud ou en Indonésie, c’est vous dire! Au Liban, fait surprenant: presque une voiture sur deux est une Mercedes, plus ou moins vieille.

Apres avoir parcouru cette région à prédominance chrétienne, qui abrite de nombreuses églises et monastères, me voici de nouveau à Beyrouth, capitale gigantesque et anarchique. Malgré mon plan, je me perds encore et n’arrive pas à trouver la route principale du pays, celle qui va à Damas et Baalbek. Je tourne, vire et abandonne, désespéré. Je tombe par hasard sur la route du sud et continue vers Damour. Là, dans une station d’essence, alors que je demande la route de Beiteddine, je tombe sur un prêtre de l’église grecque catholique qui habite par là-bas et m’invite à passer la nuit chez lui. Pourquoi pas? Puisqu’il parle couramment le français, cela me permettra d’échanger sur le pays. J’accepte donc.

Je roule derrière sa voiture et nous arrivons à destination une demi-heure plus tard. La maison est en fait celle de ses parents qui se sont tués dans un accident de voiture deux ans plus tôt. Samih, très sympathique, a 34 ans, est prêtre depuis 7 ans, islamologue et supérieur d’une école catholique à Saida. Il est venu dans son village pour les vacances de Pâques. Nous allons rendre visite à sa tante, puis rentrons préparer un repas local. Nous discutons de nombreux sujets: son église, la vie au Liban, l’insécurité, les problèmes qu’a connus la région surtout en 1976: massacre des Chrétiens par les Druzes après l’assassinat de leur leader par les Syriens, ces premiers, les Chrétiens, ayant dû fuir durant 11 ans en abandonnant tout, puis réconciliation difficile (pour combien de temps?). Nous abordons tout un tas de sujet, puis je vais me coucher dans la chambre de ses sœurs (non, elles ne sont pas là…). Je suis fourbu, ayant parcouru 246 kilomètres aujourd’hui.


Jeudi, je me lève assez reposé. Il pleut toujours et il fait froid, nous sommes à 1100 mètres d’altitude. Dans la voiture de Samih, nous partons faire un petit tour dans le village, acheter du pain libanais, puis rentrons prendre un petit-déjeuner local et discuter encore un peu. Après l’avoir remercié pour son chaleureux accueil, je le quitte vers 9 heures et m’arrête à Deir El Qamar, village aux rues escarpées. Sur la place centrale, bel ensemble de bâtiments construits entre le quinzième et le dix-septième siècle. Quelques rayons de soleil aussi. Un peu plus loin, je visite le château de Moussa, œuvre d’un original commencée dans les années 50. Chaque pierre du château que Moussa a construit tout seul est sculptée d’un motif différent, c’est superbe, et l’intérieur vaut aussi le coup d’œil avec ses nombreux automates et ses collections. Bravo Moussa!

Me voici à Beitedinne, où se trouve le palais de Bachir II, du début du dix-neuvième siècle, servant aujourd’hui de résidence d’été du président de la république. La visite est très intéressante: belles salles, musée de mosaïques et superbe hammam.

A midi, j'arrive à Moukthara et visite le palais de la famille Joumblatt. Cette magnifique résidence d’architecture libanaise est construite autour d’une source et agrémentée d’agréables jardins. J’y suis bien accueilli par un garde de Walid, le fils de Kamal Joumblatt, le chef druze assassiné par les Syriens en 1976, ce qui avait déclenché les massacres dont j’ai déjà parlés plus haut.

Déjeuner de felafels à Jezzine. Puis, avant d’arriver à Lebaa, paysage de ruines: immeubles éventrés, à demi écroulés, murs criblés d’éclats de balles et d’obus, restes d’une guerre qui a fait rage ici. Et, de partout, des regroupements de soldats et de chars.

C’est sous le soleil, enfin, que j’arrive à Saïda, la troisième ville du pays, sur la côte méditerranéenne. Je contemple les restes du temple phénicien d’Eshmoun, du sixième siècle avant JC, puis me promène dans la vieille ville: beau caravansérail des Français (dix-septième siècle), grand mosquée Omari (ancienne église fortifiée Saint Jean l’hospitalier), château de la mer (treizième siècle) et souks, de vrais souks comme je les aime, animés, dans des rues étroites aux multiples passages.

Il pleut de nouveau et je repars plus au sud, traverse Sarafand et m’arrête à Khaizaran, où je trouve une chambre pas trop chère dans un hôtel confortable. Et, joie, j’ai même TV 5 dans ma chambre!

Seulement 117 kilomètres au compteur aujourd’hui.

Vendredi, réveil à 5H30. Quel temps? Il pleut…Une heure plus tard, je suis en route pour Tyr. J’y arrive sous un timide rayon de soleil, qui illumine le charmant petit port. Le site archéologique n’est pas encore ouvert mais ça ne fait rien, je vois aussi bien de l’extérieur. Dans les rues et sur la route, je suis surpris par les nombreuses affiches de martyrs palestiniens, de Khomeyni et autres barbus en tous genres. La région abrite en effet de nombreux réfugiés palestiniens, vivant depuis plus de dix ans sous de grandes tentes.

Je reprends la route vers Sarafand, puis oblique à l’est: autoroute jusqu’à Nabatiyeh, puis route de montagne passant par Hasbaya, Rashaya et Manara. La région doit être belle sous le soleil: prés, champs et vignobles. Arrivée à Anjar, poste frontière avec la Syrie, sur la route Beyrouth-Damas, à 12H30. Il s’y trouve aussi un petit site archéologique, des ruines d’une cite omeyade du début du huitième siècle. Dans la région, nombreux camps de réfugiés: les Palestiniens seraient plus de 500000 au Liban. Et, ici, l’occupation syrienne se fait plus pressante (je l'ai dit, la Syrie considère toujours le Liban comme lui appartenant): barrages syriens, drapeaux syriens un peu partout, je ne suis pas très tranquille… Qu’il doit être dur d’être un patriote libanais!

A 16 heures, j’arrive à Baalbek, où souffle un vent glacial. Baalbek est la “Cité du Soleil” et je visite le superbe site romain, bien conservé et grandiose: la plus grande acropole du monde romain, construite entre l’an 16 avant JC et l’an 60. Ah, s’il y avait du soleil!

A 18 heures, complètement frigorifié et avec un mal de tête terrible, je trouve une petite chambre dans un hôtel non chauffé et m’engouffre tout habillé sous la grosse couette pour m’endormir presque aussitôt.


Samedi. Nuit bien reposante et réveil à l’aube, 5H30. Je lis sous ma couette durant une bonne heure puis reprends ma route, infatigable. Il fait soleil, si, si! Et, surprise, je récupère ma voiture recouverte d’une petite épaisseur de neige, si, si! Je m’arrête au premier bistrot dévorer un chich-kebab, prends trois photos du site romain aujourd’hui ensoleillé, puis file vers le nord. La route qui traverse la plaine de la Bekaa est belle, champs ocres et montagnes enneigées au fond. Je croise beaucoup d’hommes portant un foulard rouge et blanc sur la tête, le foulard local, et de voitures équipées d’un drapeau rouge que je ne connais pas. La radio parle du siège d’Arafat par les Israéliens. Ici, les gens semblent inquiets, les réfugiés surtout. Au bout de 65 kilomètres, voici Hermel. En haut d’une butte trône une pyramide qui serait la sépulture d’un prince syrien du second siècle avant JC. Je me rends aux sources de l’Oronte, où un berger palestinien garde son troupeau de moutons et de chèvres, et aux grottes qui abritaient le monastère de Saint Maron, fondateur de la communauté maronite au quatrième siècle. Le paysage ici est réellement biblique…

Retour sur Baalbek puis continuation jusqu’à Zahlé, où je ne trouve pas le restaurant recommandé par mon guide, Le Petit Futé (vraiment pas génial dans l’ensemble, ce guide, et plein d’erreurs…). Du coup, je continue jusqu’à Chtoura ou je déjeune au Mc Donald’s (je sais, ce n’est pas très original…). En route, j’ai évité plusieurs accidents, les conducteurs sont vraiment fous-furieux, et je reste hyper-vigilant.

13 heures. Je passe le col de Baïdar, à 1556 mètres d’altitude, et redescends avec beaucoup d’inquiétude sur Beyrouth. Avant d’arriver, je surplombe la ville, qui me paraît encore plus gigantesque vue d’en haut. Me voici maintenant dans les embouteillages, je ne prends peut-être pas le plus court chemin, mais je ne me perds pas et débouche sur la Corniche. Par contre, impossible d’arriver à mon hôtel, le quartier étant cerné par la police et l’armée (protection de la délégation saoudienne qui a eu la mauvaise idée de prolonger son séjour ici). Du coup, je longe la Corniche vers le sud et arrive un peu plus tard à l’aéroport où je rends ma voiture. 242 kilomètres aujourd’hui.

Puis un taxi me ramène jusqu’à mon hôtel qui, chance, a une connexion Internet. Je passe trois heures à saisir mon texte, c’est trop! J’ai des problèmes car le clavier est anglais, il n’y a pas d’accents, et Word transforme automatiquement certains de mes mots en mot anglais. Je termine un peu après 21 heures et vais me coucher.


Dimanche. Pâques. Nous passons ici, comme en France, à l'heure d'été. Le patron de l'hôtel est bien sympa, mais j'attends en vain le petit-déjeuner commandé la veille. Tant pis, c'est 8H30 et je sors… Temps maussade et quelques gouttes de pluie. Je parcours les anciens vieux quartiers détruits par la guerre et en pleine reconstruction. Longue promenade agréable par le Grand Serail, la place de l'Etoile, la place des Martyrs, la place Sassine…Rues complètement désertes. De retour à l'hôtel à 10H30, taxi pour le terminal et autocar à 11 heures pour Damas: même route que celle empruntée hier en voiture. Arrêt déjeuner à midi. A 13 heures, frontière, où les formalités de passage en Syrie dureront près d'une heure. Voilà, c'est fait…

Ainsi s'achève mon séjour au Liban: sous une pluie fine. Qu'en retiendrai-je? 1092 kilomètres sur des routes dangereuses, à la signalisation défaillante. Sentiment constant d'insécurité dû aux tanks et aux barrages continuels de l'armée. 4 heures de soleil sur les 130 passées dans ce pays. Saleté et pollution. Pas très positif tout ça, pas très touristique non plus.

Un bon point quand même: les Libanais sont particulièrement accueillants et chaleureux, fort sympathiques. Et c'est important ça, non?

Voyage en Syrie du dimanche 31 mars au mercredi 10 avril 2002


Dimanche 31 mars 2002, 15 heures. C'est sous la pluie que j'arrive donc à Damas. Pour changer un peu… Et j'ai un fort mal de tête. Difficulté pour dénicher un hôtel: en raison des fêtes de Pâques, beaucoup sont complets. Beaucoup de touristes iraniens aussi. Je trouve finalement une chambre minuscule mais presque propre dans un petit hôtel bien placé dans une petite rue commerçante. A 4 dollars la nuit, je ne peux vraiment pas me plaindre!

Damas, 2 millions d'habitants, est une des deux villes toujours habitées les plus vieilles du monde, 6000 ans d'existence. Il peut y faire 43 degrés l'été! Je fais un tour en ville, c'est beaucoup plus vivant qu'à Beyrouth. Du mouvement partout, des petits vendeurs, des boutiques, de la bouffe, bref, de la vie… Et les Damascènes semblent aussi bien sympathiques et serviables. Des drapeaux syriens flottent: deux drapeaux différents sont toujours accouplés, et je n'arrive pas à savoir pourquoi: je pensais que c'était celui de la Syrie et celui de la Palestine, mais il paraît que non. Partout aussi, des portraits du jeune président, Bachar el-Assad (38 ans), de son père Hafez décédé en 2000, et quelquefois de son frère Bassel, tué dans un accident de voiture en 1994. Des portraits sur les murs, sur les vitrines, dans les boutiques, sur les réverbères, sur les façades d'immeuble et même en décalcomanie sur les voitures! Vénération? Non: obligation…

La petite rue devant mon hôtel est fort agréable. J'y dîne d'un plat fait de pois-chiches, assez bon, accompagné de la galette, pain traditionnel régional. Puis je rentre me coucher.
Clin d'œil sur la Syrie:

18 fois plus grande que le Liban, mais deux fois et demi plus petite que la France, la Syrie compte 17 millions d'habitants, la plupart musulmans. Une bonne partie du pays, l'est, est désertique. Il possède des frontières avec la Turquie, L'Irak, la Jordanie, Israël et le Liban. Un endroit très sûr et stratégique au sein d'une région explosive…

Parti politique unique, le Baas et régime loin d'être démocratique. 60 % des revenus du pays proviennent du pétrole, dont les puits seront épuisés en 2010. Heureusement, ils ont aussi de grosses réserves de gaz. Le salaire moyen est de 100 dollars par mois, le double pour un cadre. Pas très riche donc, d'autant plus qu'il y a régression depuis dix ans. Pas beaucoup d'eau douce non plus, c'est un des principaux problèmes.

Sous mandat français de 1918 à 1941, mais le français ne se parle pratiquement plus. Aujourd'hui, la Syrie entretient une troupe de 35000 soldats au Liban.

Mais ce qui fait la particularité du pays, c'est qu'il est le berceau, avec l'Irak, de l'humanité (non, pas le journal, les hommes…).

Les deux villes habitées les plus anciennes du monde (environ 6000 ans) s'y trouvent: Damas, la capitale, et Alep, au nord. Et certainement beaucoup de choses à découvrir, donc…


Lundi, jour du poisson d'avril. Bien dormi. Le temps est gris, sinistre. Je me rends à 8 heures dans la vieille ville, avec ses ruelles et ses souks couverts. Des commerçants commencent à ouvrir boutique et, peu à peu, tout s'anime. Des enfants en uniforme militaire, garçons et filles, se rendent à l'école (normalement obligatoire jusqu'à 12 ans). D'autres écoliers n'ont pas d'uniforme, simplement un foulard autour du cou. Mais beaucoup d'enfants travaillent dans la rue ou les boutiques. De nombreuses femmes sont vêtues de longues robes noires, foulards sur la tête ou même tchador ne laissant apparaître que les yeux, d'autres portent des vêtements européens. Contraste donc… Mais ce qui me surprend le plus en regardant les gens, c'est leur type: beaucoup ont les yeux bleus ou verts, les cheveux blonds, pas du tout le type arabe. Il semblerait que les Croisés aient laissé dans le pays d'autres traces que les châteaux-forts… Plus loin, des Palestiniens insistent pour que je les prennent en photo, puis veulent m'offrir du thé.

Le soleil fait son apparition à 9H30, enfin! Ma journée passe vite, à vadrouiller dans ce vieux quartier, où les souks très typiques sont bien animés. La grande mosquée, du début du huitième siècle, est superbe. Beaucoup de bâtiments valent le coup d'œil: madrasas, mausolées, mosquées, vieilles maisons damascènes et palais. Si cette longue promenade est un peu fatigante, elle est vraiment agréable.

En fin d'après-midi, chez Alitalia, j'avance ma date de retour de deux jours. Puis je me renseigne auprès de plusieurs loueurs de voiture, tous sont chers. Le plus intéressant est finalement Hertz, à 60 dollars par jour, kilométrage illimité, pour une petite Renault Clio; plus de deux fois le tarif libanais, c'est incompréhensible! Je la récupèrerai demain matin. Soirée à flâner près de mon hôtel et dîner de chich kebab.


Mardi, 7 heures, le ciel est bleu. Une heure après, je récupère ma voiture et prends la route. La circulation est relativement fluide et je trouve assez facilement la bonne direction. Et, surtout, le bitume est en bon état et les conducteurs prudents. Monastère Notre-Dame de Seydnaya, charmant. A Ma'aloula, église Saint-Georges, de rite grec catholique, l'une des plus anciennes du monde (quatrième siècle), et monastère Sainte-Thècle, un couvent de rite grec orthodoxe, avec une mignonne petite église et une grotte sacrée.

Le temps se couvre, malheureusement. Je rejoins un genre d'autoroute qui traverse une plaine morne jusqu'à Homs, la troisième ville du pays, que je contourne. Petite averse. Je roule bien, la route est en bon état, la circulation fluide, il n'y a aucun barrage militaire, c'est la tranquillité. Mon premier plein d'essence me revient à 15 euros, ce n'est pas cher, le litre coûte moins de 0,5 euros…

Après Homs, le paysage devient plus verdoyant et vallonné. A 13 heures, une station de radio donne des informations en français et je suis bouleversé d'apprendre le comportement des Israéliens en Palestine. Plus tard, au nord de la frontière libanaise, je suis surpris par la masse énorme du fameux Krak des Chevaliers, un château-fort immense et assez bien conservé construit au début du douzième siècle par les Croisés du Comte de Toulouse. Une garnison de 4000 soldats le gardait et Saladin, en 1188, ne réussit pas à le prendre. Ce n'est qu'en 1271 que le Mamelouk Baïbars en viendra à bout.

A 17 heures, me voici à Tartous, petite ville sur la Méditerranée, dont un petit quartier est très pittoresque: des maisons sont en effet construites dans et sur les ruines d'un ancien fort croisé. Cela donne un dédale de ruelles, des voûtes et tunnels, des escaliers branlants, des éléments gothiques restant ça et là. Vraiment un coin attachant!

318 kilomètres parcourus aujourd'hui. Près de mon hôtel, où j'occupe une chambre confortable avec salle de bain pour 4 dollars, je discute avec un professeur d'anglais reconverti dans le commerce: il est catholique, mais il n'ose pas aborder certains sujets, comme la politique par exemple. Si ce domaine est tabou, c'est qu'il ne fait pas bon avoir des opinions contre le président et la répression peut être très sévère. D'ailleurs, en Syrie, tout est contrôlé, surtout la presse. D'ailleurs, le Guide du Routard, qui dit les choses telles qu'elles sont, est interdit à la vente. Et Internet n'existe pratiquement pas ici…


Mercredi, 8H30, j'embarque pour Arouad, la seule île de Syrie. La traversée ne dure que quinze minutes, mais la mer est démontée. Cette île est vraiment petite, 800 mètres par 500. Ruelles étroites, jonchées de détritus, et maisons aux murs tagués. Petit fort arabe, fermé. A 10 heures, sous le soleil, je suis de retour sur le continent et reprends la route. Arrêt au château arabe d'Al Marqab, du onzième siècle, pris par les Croisés et récupéré en 1285 par le sultan Qalaôun. Bien ruiné, mais de là la vue est superbe sur la plaine et la Méditerranée. Puis petites routes jusqu'à Maysraf, un autre château. Région verdoyante, troupeaux de moutons.

Déjeuner de chawarma à Hama, quatrième ville du pays avec 340000 habitants, bâtie le long de l'Oronte. Particularité: les norias, de grandes roues pouvant atteindre 21 mètres de hauteur, qui élève l'eau de la rivière pour irriguer les champs. Elles existent depuis le quatorzième siècle. Autre particularité: les taxis sont souvent de grosses voitures américaines des années cinquante.

Je fais un aller-retour jusqu'au Qasr Ibn-Wardan, une forteresse arabe aux trois-quarts détruite au milieu de nulle part. La région est bien verte, beaucoup de bergers avec leurs troupeaux. De retour à Hama, je m'installe dans un petit hôtel propre au patron sympathique. 267 kilomètres au compteur.


Jeudi. Quel drôle de temps, va t'il encore pleuvoir? Eh bien oui, et toute la journée…

Tôt le matin, je finis ma visite d'Hama puis file jusqu'à Apamée, site où subsistent des vestiges vieux de 5000 ans. Vu la pluie qui tombe, je ne peux voir le site que de l'extérieur. Plus tard, j'aperçois, bâti sur un rocher abrupt, le château de Saladin, impressionnant. Là aussi le mauvais temps ne m'incite pas à le visiter. Puis, sur la route, le brouillard s'épaissit encore, c'est infernal.

En fin d'après-midi, après m'être perdu maintes fois, j'arrive à la ville morte de Sergilla. Dieu qu'il fait sombre! Impossible de la visiter. Je continue alors jusqu'à Alep où j'arrive une heure après la tombée de la nuit, toujours sous la pluie. La galère. 430 kilomètres parcourus, dont au moins 100 de trop à cause de mes égarements. Quelle journée! Epuisé…


Vendredi. Bien dormi, mais pas en forme: de nouveau mal au ventre, nausées et diarrhées.

Alep, la seconde ville du pays avec ses 1,3 millions d'habitants, est avec Damas la plus vieille ville du monde n'ayant jamais cessé d'être habitée (6000 ans). C'est aussi la capitale du savon (avec Marseille…). Ici, le vendredi, presque tout est fermé: alors je pars visiter les environs de la ville. Heureusement: toute la journée je dois m'arrêter toutes les vingt minutes afin de me soulager de terribles coliques frénétiques. Ici, en pleine campagne, c'est facile; mais comment aurais-je fait si j'avais été en ville? Le temps est gris et brumeux puis, à 11 heures, cela se dégage enfin. Les routes ne sont pas très bonnes et je roule doucement, d'autant plus que je me sens bien fatigué. A Cyrrhus, près de le frontière turque, de vieilles ruines romaines ne m'enchantent guère.

Par contre, le monastère de Saint Siméon, du cinquième siècle est superbe: ruines grandioses et superbe architecture pour cette époque. Je discute avec des jeunes; lorsqu'ils me demandent de quelle nationalité je suis, je réponds, pour rire, "Israélien". L'un d'entre eux sort alors un couteau et moi mon passeport: il ne faut pas plaisanter avec ces choses-là!

Plus tard, arrêt à ce qu'il reste de l'église de Mouchabbak, du cinquième siècle aussi. Je n'ai rien mangé de la journée et je n'ai pas faim. Je repars à Alep, en traversant des paysages d'oliviers et de rizières. Les moutons ici sont très beaux: blancs et ocres, avec de longs poils. Je prends un auto-stoppeur à deux reprises, le second étant une femme kurde. Les Kurdes sont en effet nombreux dans la région.

18H30, Alep. 276 kilomètres aujourd'hui. Vraiment fatigué, je ne tarde pas à me coucher.


Samedi. Dix heures de sommeil! A priori, je vais mieux ce matin. Et il fait beau…

Je visite Alep durant plus de trois heures, au petit jour: quartier arménien et chrétien, mosquées, madrassas, citadelle en surplomb et souks. Un jeune me donne un prospectus avec un dessin: Sharon déguisé en vampire, et une légende le traitant d'assassin. J'agrée.

A 10 heures, en voiture, je pars vers l'est et rejoins au bout d'une trentaine de kilomètres la vallée de l'Euphrate. Souvenir d'école. Tout est vert à l'horizon. La route est bonne, la circulation fluide. Plus tard le vert fait place à l'ocre du désert. Il fait chaud et j'enlève mon pull pour la première fois en Syrie. Une guêpe furieuse pénètre dans la voiture et m'agresse. Je stoppe sur le bas-côté, sors en vitesse, la guêpe suit et m'attaque. J'ai beau me défendre par de grands gestes, elle finit par me piquer sur le nez. Ca fait mal! Puis l'insecte tourne encore avant de tomber et mourir.

Midi, le temps se couvre, dommage! Je roule toujours vers l'est. Je n'ai pas faim, j'ai juste mangé un chich-kebab ce matin. Sous quelques gouttes de pluie, petit détour par l'ancienne ville fortifiée de Halabiyyé, vraiment en ruine, sur le bord de l'Euphrate. J'arrive à 18 heures à Deir-ez-zor, ville de 160000 habitants, pour y passer la nuit. Bien moins fatigué et malade qu'hier.

422 kilomètres au compteur.


Dimanche. Encore dérangé ce matin. Nez comme une patate, les guêpes sont coriaces ici. Le soleil brille. Départ à 6H30 vers l'est, vers l'Irak, et arrivée une heure plus tard à Qala'at Al Rabey, vieux château arabe du douzième siècle. Bien qu'en ruine, l'endroit est beau. Je suis à moins de 100 kilomètres de la frontière irakienne. Retour sur Deir-ez-zor, dégustation d'un sandwich, puis route en plein désert (de terre) vers Palmyre, à l'ouest. Vent de sable et ciel gris-blanc. Troupeau de dromadaires.

J'arrive à Palmyre peu après 15 heures, le ciel est de nouveau bleu et l'endroit est superbe. Palmyre est une oasis en plein désert, un site plusieurs fois millénaire. Les ruines sont superbes, grandioses. La vue depuis la citadelle arabe du treizième siècle qui les surplombe vaut tous les déplacements. Je parcours le site tout l'après-midi, assiste au coucher du soleil depuis la citadelle et m'installe dans un petit hôtel correct. J'ai encore parcouru 368 kilomètres aujourd'hui.


Lundi, à 6 heures, tout seul à la citadelle, j'assiste au lever du soleil. Temps superbe. Matinée dans les ruines et près des tombeaux-tours un peu plus loin. Des adolescents jouent à l'Intifada, se combattent à coup de pierres. Je quitte Palmyre vers midi, direction la capitale, Damas. Traversée du désert. Montagnes roses et mirages, il fait très chaud. Ma santé s'est nettement améliorée. La route est bonne, bien dégagée.

16 heures, retour à la case départ: je suis à Damas. Je roule jusqu'au sommet du mont Kassioun, qui surplombe la ville et offre de superbes vues. Ici il fait bien plus frais qu'en bas. Puis, avant la nuit, je ramène ma voiture à Hertz, achète quelques CD, mange une spécialité locale dans un petit restaurant et trouve une chambre dans un hôtel un peu mieux que celui de la semaine dernière.

J'ai parcouru aujourd'hui 288 kilomètres.

Mardi, il fait assez froid au petit matin. Je n'ai plus de jambes. Enfin, si, elles sont toujours là mais elles sont si faibles que je ne les sens pas. Qu'ai-je encore? Fatigue ou problème de circulation sanguine? Je me lève quand même, l'habitude, et, à 8 heures, sors lentement me promener. Visite du musée historique, qui est en fait un beau petit palais meublé (meubles damascens en bois incrusté de nacre). Balade dans les souks qui m'avaient tant plu la semaine dernière. La matinée passe ainsi, à flâner. Il fait beau et chaud et maintenant.

13H30, bus pour l'aéroport, 20 minutes de trajet. Enregistrement. Duty-free qui n'accepte pas la monnaie locale, que les dollars américains! La Syrie est-elle tant amie avec les USA? Cela me rappelle une discussion avec un hôtelier: il me disait que la grande majorité des Syriens étaient prêts à aller se battre à côté de leurs frères palestiniens, que la Syrie avait une armée forte, mais que le président préférait sa propre tranquillité et sa sécurité personnelle avant tout. L'armée au service unique du maintien de la dictature…

L'avion, retardé de 30 minutes, s'envole finalement à 16 heures et atterrit à Milan à 19H15. Une heure de décalage horaire. Sac absent, il a été enregistré jusqu'à Marseille alors que je passe la nuit à Milan! Après réclamation, je le récupère quand même une heure plus tard. Tous les hôtels à proximité de l'aéroport étant complets pour cause de foire, je m'installe sur une banquette dans un coin assez tranquille (pas de vols programmés entre 23 heures à 6 heures).

Mercredi. Nuit quelque peu inconfortable, mais j'ai assez bien dormi quand même. Avion à 9H50, arrivée à Marignane à 11H. Il pleut…

Décidément…

Il est temps pour moi de faire le point sur ce petit séjour en Syrie: 2369 kilomètres parcourus, 160 photos prises. Voyage bien agréable dans l'ensemble, bien loin du cauchemar libanais. Gens bien sympathiques. Pays peu cher si l'on utilise les transports en commun. 90 % de mon budget a été consacré à la location de ma voiture et à l'essence.
Pour finir, une petite pensée émue pour Aziz et Younis, deux frères d'origine syrienne que j'avais dans ma troupe scoute, il y a déjà bien longtemps de cela. Cela fait une vingtaine d'années que je n'ai plus eu de leurs nouvelles…


- F I N -




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