Cuicul fut bâtie dans les dernières années du premier siècle de notre ère sur un éperon, entre deux ravins. Dominant de haut ces ravins et confluent des deux








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titreCuicul fut bâtie dans les dernières années du premier siècle de notre ère sur un éperon, entre deux ravins. Dominant de haut ces ravins et confluent des deux
date de publication09.07.2017
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CUICUL fut bâtie dans les dernières années du premier siècle de notre ère sur un éperon, entre deux ravins. Dominant de haut ces ravins et confluent des deux oueds, la ville était elle-même dominée de toutes parts, à des distances variables, par des croupes beaucoup plus élevées mais cela n’enlevait rien, dans l’antiquité à la valeur militaire de la position, et les vétérans de Cuicul étaient bien placés pour surveiller les chemins ou les pistes qui suivaient les vallées. L’éperon de forme sensiblement triangulaire, va en s’élargissant et en montant du Nord au Sud. La disposition du terrain n’avait point permis de réaliser à Cuicul le plan théorique des colonies romaines, l’enceinte carrée divisée elle-même en carrés par des rues Nord-Sud ou cardines et des rues Est-ouest ou decumani il avait fallu étirer la ville du Nord au Sud, le long d’un cardo principal qui faisait fonction d’axe, mais à l’Ouest duquel le sol utilisable pour la construction était beaucoup moins large qu’à l’Est.

La ville a eu d’abord pour centre un forum qu’on peut appeler forum Nord ou vieux forum. Cette place publique est en bordure, à l’Est, du cardo principal, et, par son côté Nord, elle est à distance sensiblement égale des murs qui fermaient, au Nord et au Sud, la colonie primitive. Sur le dallage de la place s’élevaient de nombreuses statues dont on voit encore les bases c’étaient des effigies de divinités, d’empereurs, de personnages importants. Le forum était tout entouré d’édifices publics la Curie, où se réunissait le conseil municipal; le Capitole, temple à triple sanctuaire où l’on adorait, comme au Capitole de Rome, Jupiter, Junon et Minerve, un autre temple dédié à la Vénus Mère ; une basilique, où l’un traitait les affaires et où l’on jugeait les procès; un marché enfin, charmant avec sa cour rectangulaire à colonnades, son pavillon hexagonal au centre de la cour, ses boutiques, formées par des tables de pierre dont les tranches et les supports sont ornés de reliefs. Un troisième temple s’élevait dans la partie Sud de la colonie primitive, entre le forum et l’enceinte.

Peu à peu, au cours du second siècle, dans cette période des Antonins qui fut la plus tranquille et la plus heureuse de l’antiquité, Cuicul s’enrichit et se développa. Aux maisons modestes qui durent être au début celles des vétérans, succédèrent des maisons beaucoup plus vastes, formées sans doute par la réunion de deux ou plusieurs familles primitives ; ces demeures confortables avaient des bains, des fontaines, des pave­ments en mosaïques historiées. Les édifices publics aussi, tels que nous les voyons aujourd’hui, datent, au moins en partie, de la seconde moitié de ce siècle ; rogné par l’extension des maisons luxueuses et par la multiplication des monuments publics, l’espace manquait à l’intérieur des murs, pour une population qui, d’autres parts, augmentait à chaque génération.

Aussi l’enceinte fut-elle bientôt débordée. C’était sans danger, dans ce pays où la paix romaine s’affermissait de plus en plus. Quand les habitants de Cuicul purent s’offrir le luxe d’un théâtre, ils le construisirent au-delà des remparts, en utilisant la pente qui descend au ravin de l’Est. Vers 160, un arc s’éleva sur le chemin qui menait de la ville au théâtre; vingt cinq ans après, un bel établissement de thermes était construit à 200 mètres en dehors de la porte Sud, sur le cardo prolongé.

Ainsi, tout un faubourg méridional s’édifiait, et le centre de l’activité urbaine tendait à se déplacer vers le Sud. Ce mouvement eut pour conséquence, dans le premier tiers du 111ème siècle, l’aménagement d’un second forum, que nous pouvons appeler forum Sud ou forum neuf.

Dallé comme le vieux forum, mais plus vaste et moins encombré de bases honorifiques, le forum neuf s’étend de part et d’autres du cardo prolongé. Le portique qui le borde au Nord a remplacé le mur d’enceinte primitive, dont le forum neuf occupe le glacis. Deux monuments s’imposent à l’attention et datent l’ensemble de la place l’un est l’arc triomphal élevé par la colonie de Cuicul, en 216, en l’honneur de l’empereur Caracalla et de ses parents ; l’autre est un grand temple que précède un haut perron et que la colonie consacra en 229 au culte de la famille impériale de la dynastie des Sévère. Une fontaine monumentale, une basilique qui servait de marché aux étoffes, un petit temple achèvent d’encadrer la place; et lorsqu’on continuera le déblaiement des terrains qui l’avoisinent au Sud, dans la direction des grands thermes, on constatera sans doute, à des indices répétés, que la vie se portait de préférence vers ce quartier, au IIIe et au IVe siècles.

En tout cas, c’est à l’extrémité Sud-est des ruines que la dernière phase de l’antiquité, la période chrétienne de Cuicul, a laissé des monuments d’un intérêt capital.

Deux églises, toutes pavées de mosaïques où se mêlent des ornements variés, des représentations d’animaux et des inscriptions; deux cryptes, sous les absides de ces églises une chapelle plus petite un baptistère en forme de rotonde, accompagné des bains où l’on se débarrassait des souillures du corps avant de se présenter au baptême un vaste ensemble de couloirs, de cours et de chambres dont une partie a dû servir au logement de l’évêque et de son clergé, une partie au logement des fidèles tout cela nous révèle l’existence, à Cuicul, d’un centre religieux où les dévots venaient en grand nombre, en pèlerinage sans doute à des reliques vénérées. Ces édifices se construisirent dans la première partie du Ve siècle, une inscription l’atteste, après que la condamnation du schisme donatiste, en 411, eût réuni tous les chrétiens sous l’autorité de l’évêque catholique.

Cuicul traversa donc le IVe et le Ve siècle sans ressentir beaucoup, semble-t-il, la dureté générale des temps. Elle continuait à recevoir dans ses greniers les récoltes de la région dont elle était le centre, dans ses hôtelleries les commerçants et les pèlerins. C’est sans doute lors de la conquête islamique que la ville fut ruinée...

Eugène Albertini . Professeur au Collège de France

La colonie de Cuicul (Djemila), sentinelle romaine au cœur d’un massif montagneux, entre Sétif et Constantine, se dresse dans un site d’une beauté sauvage. Des montagnes sombres, couleur de velours marron, qui, pendant quelques semaines, au printemps, s’adoucissent de reflets verts, bornent la vue de toute part. Mais l’austérité du cadre n’est pas sans grandeur, et le travail de l’homme y prend des proportions plus nobles. La ville elle-même s’étire sur un éperon de forme triangulaire qui va en s’amincissant et en s’abaissant vers le Nord. De part et d’autre des oueds coulent au fond d’étroits ravins. Malgré tout, les constructeurs de la ville ont cherché à conserver à la cité naissante la régularité et l’ordonnance des colonies mili­taires, sans toujours pouvoir y réussir. Le charme de Djemila provient d’abord des dérogations imposées par la nature des lieux à l’ordonnance classique. Une grande rue traverse la ville de bout en bout, mais elle n’est pas dans l’axe de la cité. Il faut un effort pour retrouver dans la partie la plus ancienne de la ville, le quadrillage de Timgad, par exemple. Mais avec son beau dallage irrégulier qui recouvre au centre un vaste égout et que les traces des voitures ont meurtri, la rue est restée très vivante. C’était un fragment de la grande voie qui, dans l’antiquité, joignait à la mer les plateaux où poussait le blé. Vers le centre de la ville, elle s’ornait d’une porte monumentale aux colonnes corinthiennes engagées.

A droite et à gauche, des trottoirs courent sous des portiques soutenus par des colonnes et des piliers. Le climat est rude, à Djemila. La neige y tombe avec abondance et le soleil d’été y est ardent les portiques des rues assuraient aux habitants des promenades agréables par tous les temps et à toute heure du jour.

L'arc qui enjambe la grande rue indique le voisinage du Forure. La place, à peu près carrée, a conservé intact son dallage sur lequel se dressent des bases de statues avec leurs inscriptions et, en avant des marches qui conduisaient au Capitole, un grand autel orné de sculptures. La face principale représente un génie ailé qui sort d'un grand vase à deux anses et qui tient des rinceaux de vigne. Serait-ce une allégorie? Sur une face latérale se déroule le sacrifice d'un taureau. Le sacrificateur brandit sa double hache. Un bélier et un coq semblent attendre patiemment leur tour. Le feu est allumé sur l'autel qu'entourent les instruments du culte. (Ph. p. 13).

Le Forum, cœur de la Cité, est bordé de nombreux édifices. Du côté du Nord, la vue était barrée par la masse majestueuse du temple de Jupiter Capitolin, de Junon et de Minerve. Il n'en subsiste plus qu'une partie de l'escalier monumental qui y donnait accès, quelques bases et des tronçons de colonnes.

Du côté de l'Est, s'ouvrait la Curie, salle où siégeait le Conseil Municipal. Un porche encadré d'inscriptions honorifiques la précède et donne sur le Forum au pied même du Capitole. En face de la Curie, tout le côté Ouest de la place était bordé par une grande basilique judiciaire, construite vers 169, sous le règne de Marc-Aurèle. Enfin un large portique ù colonnes corinthiennes, surélevé de plusieurs marches, dominait la place du côté du Sud. La plupart des édifices et des inscriptions honorifiques datent du II' siècle de notre ère. A l'époque des Antonins le centre de la ville était ici et toute l'activité politique, religieuse, administrative, judiciaire s'y déroulait au milieu de la flânerie des oisifs et de la curiosité des badauds.

Tout auprès du Forum, presque au centre de la ville, se dresse un petit temple de proportions si justes que dans sa petitesse il ne manque pas de majesté. Il n’en reste que quelques vestiges, mais ils produisent un effet charmant. De la rue, on accède à l’édifice par une arche ouverte dans un grand mur et un contraste s’établit entre cette architecture robuste et simple et la légère façade du temple. Le seuil franchi, on pénètre dans une vaste cour dallée, entourée sur trois côtés par un portique à colonnes, jadis couvert. Du côté du Sud, s’avance en saillie dans la cour, le temple, en haut d’un perron de douze marches. Six colonnes en beau granit gris le précèdent. Du sanctuaire lui-même, il ne subsiste plus que le mur de façade, percé d’une vaste porte et d’une grande baie rectangulaire. Malgré les mutilations de colonnes, des chapiteaux et la dis­parition de la cella, ce qui reste est gracieux et un peu aérien, comme un fantôme de temple. Un fragment de la dédicace a été retrouvé et il est probable qu’il s’agit d’un temple de Vénus. Venus Genetrix, la déesse protectrice de Rome, depuis que Jules César, qui se prétendait son descendant, avait conquis le pouvoir suprême. Les cultes de Vénus et de Rome, furent associés plus étroitement que jamais sous le règne des Antonins et le temple de Djemila est peut-être le reflet d’une dévotion chère aux empereurs régnants. En face de la religion traditionnelle représentée par le Capitole, se dresse le sanctuaire d’une dévotion particulière, issue d’un effort politique pour maintenir et fortifier les liens spirituels de l’Empire.

Pour créer aux alentours du Forum, vers lequel à certains jours convergeait la foule des habitants de la cité et que les oisifs fréquentaient à toute heure, un cadre digne de leur patrie, les habitants de la ville ont rivalisé d’efforts. Ici, les portiques des rues sont plus soignés. Les accès de la place sont ornés de portes monumentales. La basilique, construite par Caius Julius Crescens s’ouvre de plain-pied avec la rue et dès l’entrée, des inscriptions attestent la générosité du donateur. A juste titre, car cet édifice ne mesure pas moins de 48 mètres de long sur 14 mètres de large. Ouvert largement sur le Forum par quatre portes, il servait de tribunal, mais aussi, par mauvais temps, de lieu de réunion publique, en période d’élection par exemple.

La grande rue qui longe la basilique, vers l’Ouest, descend en pente rapide. Dans le mur de soutien de l’édifice s’ouvre une porte étroite qui donne accès à un vaste sous-sol, voûté sur des piliers massifs. C’est, précédée par un corps de garde, la prison, à proximité du tribunal.

La ville, pour se développer, n’a pas pu s’étendre vers le Nord. Elle a dû, remontant les pentes, s’agrandir vers le Sud. Mais, de ce côté-là, une ceinture de remparts baffait l’éperon dans toute sa largeur. La ville a franchi le rempart et au IIIe siècle, un nouveau quartier a été construit qui, de faubourg, est devenu partie intégrante de la cité.

Les remparts franchis, la ville s’est sentie plus à l’aise et, devant les vieilles portes de la cité, conservées, l’une avec ses montants robustes, l’autre avec ses doubles arceaux, s’est étalée une grande place, beaucoup plus grande que le Forum et qui, aux époques où la ville a été la plus prospère, a peut-être servi de Forum à son tour. Il y avait eu là, dès l’origine, un carrefour de voies. La route des plateaux à la mer a longé la place avant de la traverser, et là, passait aussi la route du Cirta à Sétif. Cela explique toutes les portes qui ouvrent sur cette place. Par ailleurs, son ordonnance est très variée. Du côté du Nord, elle était bordée par le rempart. Lorsqu’il a été, pour ainsi dire, désaffecté, on l’a utilisé habilement pour supporter un grand portique à colonnes, d’où l’on descend sur la place par un perron de onze marches. Le centre du portique est orné par une large fontaine. Du côté de l’Est s’ouvrait une rangée de salles qui étaient probablement des boutiques et qui supportaient une galerie couverte, prolongement à angle presque droit du premier portique. Au sud, deux temples dominaient la place, adossés à une colline sur laquelle la ville s’étageait en gradins. Enfin, vers l’Ouest, à côté d’un petit temple dont il ne subsiste que deux gracieuses colonnes, se dresse un grand arc de triomphe. Une belle dédicace au dieu Mars, protecteur naturel de cette ville fondée par des militaires, orne le milieu de la place. Avec irrégulière, sa pente douce, son dallage conservé en dallage conservé en grande partie, et sur tout les édifices qui lui font un entourage d’une ordonnance composée et variée à la fois, cette place du IIIe siècle est peut-être le plus bel ensemble architectural de l’Afrique romaine.

Le monument le plus célèbre de Djemila est sans doute l’arc de triomphe qui décore le côté Ouest de la grande place. Il a été érigé en l’année 213, en l’honneur de l’Empereur régnant Caracalla, de sa mère Julia Domna et de son père défunt Septime Sévère. Leurs statues couronnaient le sommet où subsistent seules les bases. Les façades, à deux étages inégaux ornés de colonnes corinthiennes, avaient des statues dans des niches. Tel qu’il est, l’arc a été restauré en 1921-1922 par le Service des Monuments Historiques. Mais il s’en était fallu de peu qu’il n’ait quitté son emplacement. Il avait résisté au temps, franchi les siècles et il était encore debout, quoique mutilé, lorsqu’en 1839, le duc d’Orléans, de passage à Djemila avec un corps expéditionnaire, le vit et conçut le projet de le faire transporter à Paris et ériger sur une place avec l’inscription “L’Armée d’Afrique à la France”. Trois ans plus tard, en 1842, tout était prêt pour le transfert, mais le 18 juillet 1842, le duc d’Orléans mourrait et le Gouverneur de l’Algérie, le Maréchal Valée sut conserver le monument à Djemila. Il faut lui en savoir gré. La silhouette de l’arc, un peu grêle lorsqu’on le voit de profil, complète harmonieusement le bel ensemble de la grande place. Par là, on quittait la Mumidie pour gagner les Maurétanies lointaines; A ses côtés s’élevaient un petit temple dont le perron a peut-être servi de tribune aux harangues et un vaste château d’eau, bien ruiné aujourd’hui, en arrière duquel s’ouvrait une basilique servant de marché aux étoffes.

La colline qui, vers le Sud, domine la grande place, sert d’appui à un beau temple, le mieux conservé de Cuicul. Il se compose d’une vaste salle ouvrant par une porte monumentale sur un portique de six colonnes corinthiennes de dix mètres de haut. L’édifice est posé sur une grande plate-forme, bordée à droite et à gauche par des colonnades bien conservées, et à laquelle on accédait par un perron monumental de vingt-six marches. De chaque côté de l’escalier, s’ouvraient de vastes galeries en sous-sol, sortes de magasins. Ce temple majestueux qui domine la plus grande partie de la ville, une inscription nous en donne le nom et la date. Il a été dédié en 229, sous le règne de Sévère Alexandre à la “Gens Septimia”, à la famille Septimienne famille africaine originaire de Leptis Magna qui, en 193, était arrivée à l’Empire avec Septime Sévère. Peut-être y avait-il, dans Cet hommage magnifique, se mêlant au loyalisme des Africains romanisés, l’orgueil de compatriotes pour cette glorieuse destinée. Les effigies de Septime Sévère, le fondateur de la dynastie et de Julia Domna, sa femme, se dressaient dans le temple, et leurs statues colossales ont été retrouvées en partie. On peut les voir au Musée de Djemila, œuvres honorables de la statuaire officielle.

A l'Ouest du Temple Septimien avait d'abord existé un sanctuaire de Saturne dont on a retrouvé des vestiges, notamment les restes d'une colonnade. Sur ses ruines, entre 364 et 367, fut construite une vaste basilique civile, qui contenait deux effigies de la Victoire. Elle donnait sur le Forum par un large perron précédé de quelques marches. On est ici au cœur de la ville des IIIe et IVe siècles. De tous les points de la Cité, la masse imposante du grand temple, ses assises majestueuses attirent le regard. Il a pris, sous le soleil, une admirable patine dorée et un vol tournoyant de pigeons sauvages l’auréole sans cesse, tandis que sur ses frontons des cigognes reviennent faire leur nid fidèlement chaque année.

Sortons de la ville par la route qui conduisait à Cirta, en passant sous les doubles arceaux de la porte Est de la grande place. Un beau dallage nous conduit jusqu’aux vestiges d’un arc de triomphe qui, jadis, enjambait la voie. Il n’en reste plus que les soubassements. Il avait été érigé en 161 de notre ère, sous le règne d’Antonin, par Caius Julius Crescens et Caius Julius Didius Crescentianus, deux notables Cuiculitains. De là, on aperçoit la façade du théâtre, ornée d’une belle corniche et, au-dessus, les gradins qui semblent escalader la colline. Le théâtre de Djemila, en effet, a été creusé dans le flanc Est de la colline qui, vers le Nord, porte le temple Septimien. Large de soixante-dix mètres, il pouvait contenir environ trois mille spectateurs. A la différence de tant d’autres théâtres, il n’a pas été restauré et il conserve intacts ses gradins et sa scène, celle-ci, ornée en avant de niches, encadrées de colonnettes, où murmuraient des fontaines et, en arrière, fermée par un grand mur, véritable décor architectural. Trois portes s’y ouvrent, celle du milieu, la plus large, au fond d’un grand renfoncement semi-circulaire. Des colonnes qui ornaient le mur de scène, on n’a retrouvé que les bases. Aussi ignorons-nous sa hauteur exacte, et s’il avait, comme c’est possible, plusieurs étages.

Menacés d’écroulement, les gradins viennent d’êtres restaurés et l’édifice a retrouvé le couronnement orné d’une belle corniche moulurée, qui, remise en place, détache vers le ciel sa ligne architecturale percée de quatre portes. Dans ce théâtre bien conservé, un peu à l’écart de la ville, la solitude est propice à l’évocation des spectacles qui s’y déroulèrent ballets mythologiques, sortes de féeries sur des légendes célèbres, mais aussi et surtout, scènes bouffonnes, comédies burlesques, et des séances de mimes et des tours d’acrobates.

Après les lieux de plaisir, les lieux d’affaires. Au flanc Ouest du Capitole s’appuie un édifice bien conservé dont une inscription nous dit qu’il a été construit par Lucius Cosinius Primus, personnage important de Cuicul. C’est un marché, qui mesure vingt-huit mètres sur vingt-trois. De forme quadrangulaire, il ouvrait sur la Grande Rue par une porte en plein cintre. Autour d’une cour dallée, régnait un portique dont toutes les colonnes sont conservées. Sous ce portique étaient installées les boutiques un simple renforcement entre deux murs, fermé en avant par une épaisse table de pierre. On ne pouvait y pénétrer qu’en passant sous les tables... ou par dessus. Le marché comptait dix-sept de ces loges. Au centre de la cour, se dressait un édifice à six pans, qui était un bassin surmonté d’une coupole. Une belle dédicace à Mercure, dieu du Commerce, orne comme il est naturel, le centre du marché. Au milieu du côté Sud, il n’y a pas de boutique mais un large renfoncement orné d’une plaque de calcaire percée de dix trous. Des crochets y étaient primitivement scellés et partaient, suspendus, des poids contrôlés officiellement. L’inscription de Cosinius parle, en effet, d’un “ponderarium” ou emplacement de poids publics. En avant, on voit encore une table de mesures, percée de cavités servant à mesurer soit les liquides, vin, huile, soit les grains. Rien n’est plus évocateur de la vie quotidienne de Cuicul que ce marché, orné par ailleurs de sculptures qui ne manquent pas de finesse chapiteaux corinthiens, guirlandes florales, supports de tables en forme de chiens ou de chimères.

Le désir d’orner leur cité, en même temps que des préoccupations d’ordre pratique, ont poussé les habitants de Cuicul à multiplier les fontaines. Derrière l’arc de Caracalla, au bord d’une rue, l’une d’elles dresse son fronton triangulaire, orné d’une tête d’Océan qu’encadrent deux dauphins. Elle date du règne d’Antonin. Une autre est plus curieuse encore. Elle se dresse en bordure de la large rue qui descend vers la grande place. C’est un cône tronqué, dressé au milieu d’un bassin circulaire. L’eau, amenée au sommet du cône par un tuyau encastré dans une profonde rainure, retombait en cascade dans le bassin.

Des latrines, où l’eau coulait à profusion, étaient placées dans le voisinage de la place et derrière le marché aux étoffes. Quelques sièges subsistent et une vasque est posée sur un socle au milieu de l’édicule.

Pendant deux siècles, au moins, on a construit, à Djemila, avec beaucoup de soin, et l’on ne sait qu’admirer le plus, du savoir de l’architecte ou de l’habileté des tailleurs de pierres et des maçons. Témoins les admirables soubassements du Capitole. Le haut du temple a été détruit, sans doute à l’époque chrétienne, mais les assises subsistent. Dans ces caveaux, fermés par des grilles, mais où l’on pouvait accéder, apparaît le mieux le degré de perfection auquel étaient arrivés les artisans africains instruits aux méthodes romaines. Pierres de taille aux joints irréprochables et béton se combinent pour former un ensemble un peu lourd mais d’une grande robustesse.

Sans parler des thermes privés, nous connaissons jusqu’ici à Djemila deux établissements de bains publics les thermes dits du Capitole et les Grands Thermes. Ces derniers ont été construits sous le règne de Commode, en 183 exactement. Ils ont été placés à une centaine de mètres au Sud de la grande Place et ils sont antérieurs aux principaux monuments de celle-ci. En raison de la déclivité de la rue, le portique qui précède l’entrée de l’édifice se termine au Nord par un escalier de seize marches. Les Thermes, d’une superficie de 2 600 mètres carrés sont construits sur un plan régulier. Après un vestibule, encadré à droite par des latrines à vingt-quatre sièges, et à gauche par un bureau d’entrée, on pénétrait dans une grande salle d’exercice, sorte de palestre couverte. De cette salle on accédait, à droite et à gauche, à une série de locaux deux vestiaires, précédant un vaste frigidarium avec trois piscines, dont la plus grande, ornée de deux colonnes en marbre rose à chapiteaux ioniques mesure 13 mètres sur 5. Du Frigidarium, des couloirs et des salles voûtées menaient au Tepidarium, d’où l’on pénétrait enfin dans le Caldarium. Cette partie chauffée était la plus importante des Thermes, elle comprenait, outre le Tepidarium, un petit Caldarium, un grand Caldarium avec trois piscines, deux étuves que des portes fermaient hermétiquement. Une galerie souterraine entourant cette partie de l’édifice desservait les fours de chauffage.

Ils sont, pour la plupart, très bien conservés, ainsi que le réseau des canalisations d’eau et d’air chaud. Des cours pour la réserve de combustible, un vaste réservoir et une série de citernes complétaient, avec une spacieuse terrasse dallée, exposée au Nord et servant sans doute de palestre d’été, cet ensemble très instructif et qui nous est parvenu dans un état de conservation remarquable.

Que de détails on pourrait donner sur les maisons de Djemila Il en est de toutes sortes. Depuis l’humble maison de quelques pièces, obscures, jusqu’au véritable hôtel particulier, où les cours entourées de colonnes, les portiques, les salles de réception et les salles d’habitation font de beaux ensembles que rehaussent encore les sculptures des chapiteaux, des consoles qui portaient les charpentes et les belles mosaïques qui couvraient le sol de tapis historiés.

Dans les parages du vieux Forum, plusieurs de ces demeures aristocratiques ont livré de magnifiques pavements en mosaïque. Nous connaissons le nom de certains des propriétaires de ces beaux immeubles, tel Castorius, d’autres demeures sont désignées par des détails d’ornementation maisons d’Europe (mosaïque de l’enlèvement d’Europe), de l’Asinus Nica (mosaïque de l’âne vainqueur). La partie la mieux conservée de ces logis est, en général, l’atrium. C’est un patio entouré d’un portique à colonnes, et au centre duquel se trouve un bassin, parfois plusieurs. Tel atrium, de grand style, en renferme cinq. Sous le portique s’ouvrent les salles d’habitation, en général peu profondes, mal éclairées, et l’on en vient à penser que la vie devait beaucoup se passer au dehors pour les hommes, soit au Forum, soit dans les Thermes, soit à leurs champs, et pour les femmes et les enfants, dans le petit réceptacle d’air et de lumière que représentait, autrefois comme aujourd’hui, la cour intérieure, la cour mauresque.

Au IVe siècle, la ville, en s’étendant vers le Sud, avait fini par recouvrir toute la colline à laquelle s’adosse le Temple Septimien. Le sommet en fut occupé par un ensemble de bâtiments chrétiens, de là le nom de quartier chrétien donné à cette partie de la cité. Une sorte d’allée le traverse. Elle franchit les locaux d’habitation où l’on se plaît à voir la demeure de l’évêque de Cuicul, puis, faisant un coude brusque, elle se dirige vers le Nord, en passant entre des églises. Trois églises, en effet, sont groupées deux, côte à côte, et la troisième, de l’autre côté du passage. Elles sont toutes de dimensions inégales. Le plus grande, qui est, semble-t-il, la plus récente, a cinq nefs. Elle est longue d’une trentaine de mètres. Le sol en était recouvert de mosaïques, les unes géométriques, offrant une combinaison d’octogones, de croix, de rosaces, les autres décorées de motifs allégoriques. Des colombes, portant une couronne au bec, des dauphins, des guirlandes, des rosaces, motifs familiers à l’art chrétien, évoquent les fidèles, la cou­ronne des élus, les joies du Paradis et les triomphes de l’au-delà, réservés aux croyants. Ces mosaïques étaient offertes par les fidèles, qui faisaient composer les pan­neaux à leurs frais. Aussi l’ensemble est-il un peu hétéroclite, mais curieux par sa diversité. Une grande inscription métrique mentionne l’évêque Cresconius, qui, au début du Ve siècle, fit construire ou restaurer l’église. L’édifice avait une crypte qui com­muniquait par un couloir avec la crypte de l’église voisine, plus petite et plus ancienne. Le sol de la nef était orné d’une mosaïque de dessins géométriques encadrant des animaux. La troisième église est une chapelle dont le sol s’est effondré en partie.

Cet ensemble chrétien fait de morceaux empruntés aux édifices païens, colonnes, chapiteaux etc., est complété par un monument précieux entre tous le baptistère, bâtiment circulaire en briques, surmonté d’une coupole, contre lequel vient buter l’allée centrale du quartier chrétien. Il est précédé d’un établissement de bains où les candidats au baptême débarrassaient leur corps des souillures physiques avant de purifier leur âme. Sous un petit portique de deux colonnes torses s’ouvrait le baptistère. Il se composait d’une galerie circulaire, ornée de trente-six niches, éclairées par des ouvertures vitrées le jour et par des lampes suspendues à des consoles, la nuit. Les niches servaient de siège et de vestiaire aux néophytes. Le baptême avait lieu dans une rotonde centrale. La cuve carrée où l’on descend par deux degrés est surmontée d’un dais d’une seule pierre, supporté par quatre colonnes. Au centre du dais, à un anneau en pierre, pendait une lampe. En face de l’entrée, au-delà de la cuve baptismale, une niche encadrée de deux autres servait de siège à l’évêque et à ses deux assistants.

L’eau, amenée par des tuyaux encore visibles, retombait dans la cuve où descendaient les fidèles. La cérémonie terminée, les nouveaux baptisés se rendaient en procession à l’église voisine, celle du IVe siècle, semble-t-il. Une porte de communication s’ouvrait à la gauche du siège de l’évêque. Du côté droit, une autre porte conduisait à une salle étroite où l’on procédait à la confirmation.

Le sol de l’édifice est encore orné de mosaïques. Dans la cuve, des poissons évoquent les fidèles du Christ immergés dans les eaux du baptême. Les murs étaient crépis et couverts de peintures. Rien ici n’a été changé. Une simple restauration a suffi pour remettre l’édifice dans l’état où l’ont connu les générations de chrétiens qui y ont reçu le baptême.

Sauf une belle statue de femme drapée qui a été transportée à Constantine où elle orne le Palais d’Ahmed Bey, les oeuvres d’art et les objets découverts à Djemila sont recueillis au Musée. Celui-ci est très riche. Après avoir traversé un jardin où sont rangées les inscriptions du Cuicul, on pénètre dans un vaste édifice orné de haut en bas et même à l’intérieur de mosaïques découvertes dans les mines. Il y en a de toutes les sortes. Depuis le simple tapis à motifs géométriques jusqu’à la grande composition à personnages. Europe enlevée par Jupiter sous la forme d’un taureau, avec un cortège marin, la toilette d’Amphitrite, assise dans une conque et qui se contemple dans un miroir, pendant que des néréides l’entourent de leurs ébats, des scènes de pêche et un concert sur l’eau déroulent une imagerie un peu naïve mais délicatement colorée.

Des vitrines renferment, à côté d’objets usuels, mobilier, vaisselle, ustensiles, des bijoux et des oeuvres d’art. Une belle collection de bronzes, parmi lesquels une lampe chrétienne à deux becs, a été trouvée récem­ment dans le quartier chrétien. Un petit chien, des statuettes, des lampes païennes méritent de retenir l’attention. Des stucs voisinent avec des fragments de marbres. De jour en jour ces collections s’enrichissent.

Les fouilles de Djemila dirigées avec compétence et énergie par Madame de Cressolles jusqu’en 1941 et depuis cette date par Melle Yvonne Allais, agrégée de l’Université, avec une remarquable compétence, n’ont pas dit leur dernier mot. Commencées en 1909, elles ont exhumé désormais la plus grande partie de la ville, mais il reste encore un champ de recherches assez vaste pour que, forts du passé, nous augurions bien de l’avenir. On vient encore d’exhumer tout un quartier en contrebas du Forum Sud, avec un grand égout, de nombreuses maisons et des thermes ornés de mosaïques.

Louis Leschi.

Directeur des Antiquités d'Algérie.

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