Résumé Nombreuses, ont été les populations rurales à s’ingénier pour préserver au mieux leurs biens et leur existence face aux loups.








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date de publication09.07.2017
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Fosse ou piège à loups ?

Une curiosité architecturale : détails d’un piège construit.
ESCLAMANTI Stéphane

Diplômé de l’EHESS

stephane.esclamanti@orange.fr
Résumé
Nombreuses, ont été les populations rurales à s’ingénier pour préserver au mieux leurs biens et leur existence face aux loups. Rares, ont été les paysans, bergers, chasseurs, montagnards, pour la plupart démunis, à faire appel à leur débrouillardise pour pister, traquer et attraper cette bête vorace et malicieuse. Quelques minorités, ont poussé leur inventivité à concevoir des pièges mobiles et articulés. D’autres, ont préférés la conception des pièges construits permanents appelés : fosses aux loups, trappe à loups, tranchées-murailles, labyrinthes, etc . . .
Du livre au terrain
C’est en lisant, le livre de Frédéric Muyard, professeur honoraire de l’université de Nice Sophia-Antipolis, intitulé, « Les loups et la loi du XIVème siècle à nos jours. Histoire d’une hantise populaire », que j’ai noté pour la première fois l’existence d’une construction assez particulière associée au loup et à sa capture, une "fosse à loups".

En effet, l’analyse de ce seul livre relatant l’existence d’un piège construit et non articulé, comme la plupart de ceux décrits dans la littérature consacrée aux loups et à sa capture, m’a permis d’apprendre qu’il existait encore, dans les montagnes du sud-est des Alpes françaises, proches de l’Italie, de telles curiosités architecturales. (Voir ci-après : Situation géographique des communes du département des Alpes-Maritimes - France).

Jusqu’alors méconnues et dépourvues de toutes explications en France à l’exception de quelques cas décrits comme "pièges bâtis", des exemples existaient en Italie1, en Espagne2 et au Portugal aussi que dans d’autres pays européens, et avaient fait l’objet de recherches.

Surpris, d’apprendre la présence d’une telle construction en France, j’ai mené des recherches pour tenter de comprendre la technique, mais aussi le choix tactique conduisant à la construction de ce piège pour animal nuisible.

L’objectif de ce travail était d’apporter des informations complémentaires à ce qu’avait écrit Frédéric Muyard.

Pour mon enquête, j’ai choisi différentes approches : le contact humain, le renseignement, les archives, le recoupement des données issues de sources multiples, un état des lieux et la diffusion de l’information.
Situation géographique
La dite "fosse à loups" est située, sur la commune de Saint-Martin Vésubie, département des Alpes-Maritimes, dans la vallée du Boréon, à l’intérieur du Parc National du Mercantour. Elle est bâtie sur un petit replat non loin du sentier transfrontalier.

Localisée, entre le vallon et la vacherie du Cavalet et le vallon et la vacherie des Erps devenue plutôt un abri au fil du temps, son repérage est difficile car cette "fosse à loups" se confond néanmoins avec son contexte montagneux et rocailleux.

Proche, de l’itinéraire de randonnée pédestre, elle se situe entre les balises 371 et 373 qui mènent au col de la Cerise pour rejoindre l’Italie.

Entourée de différentes essences forestières alpines et parsemée d’éboulis et de rochers divers, la "fosse à loups" apparaît en relief lorsqu’on s’éloigne du sentier, sur une vingtaine de mètres vers l’est.

Au nord de la fosse, on peut encore apercevoir tout un contexte de structures agropastorales arasées beaucoup plus anciennes que ce "piège à loups" et à l’est un ravin.

L’ensemble du département des Alpes-Maritimes et la commune de Saint-Martin Vésubie en limite avec l’Italie.
Les indications
Dès l’abord, la situation de ce piège nous amènes à réfléchir aux stratégies mises en place par les chasseurs-piégeurs puis très vite, se pose toute une série de questions sur l’ensemble de cette zone supposée avoir été fréquentée par des loups.

Faut-il y voir un passage obligé de la bête profitant de la présence d’un couvert forestier avant les hauts sommets et les dernières vacheries aux alentours ?

L’animal, y rodait-il régulièrement, seul ou en meute ? Attaquait-il les gens de passage ? Les loups, avaient-ils leurs habitudes ? La zone était-elle infestée de loups ? Cette fosse a-t-elle servie uniquement pour supprimer les loups ? A-t-elle, aussi servie pour d’autres chasses, de diverses manières, à une certaine époque ou à une certaine période de l’année ? D’où vient cette technique de piégeage à l’aide de pièges construits ? En existe-t-il, ailleurs dans les Alpes ou non loin de celle-ci ?

Source : GéoPortail 2013. Fond de carte IGN échelle 1/ 25 000. Localisation de la fosse à loups voir le cercle.

Le positionnement GPS indique :

Longitude : 7° 17’ 14.8’’ E

Latitude : 44° 07’ 06.5’’ N

Altitude : 1754 mètres
Plutôt discrète, on peut encore deviner assez nettement, aux travers des branchages cette construction de forme quasi circulaire faisant penser à un petit cratère.

Dans son livre, à part deux photos Frédéric Muyard ne dit presque rien de cette "fosse à loups" et il ne donne aucune indication géographique précise. De même, il ne fournit pas les sources qui ont contribués à sa détermination, sinon quelques indications disparates sur la chasse aux loups et autres prédateurs dans la vallée de la Vésubie en général.

La consultation des archives, révèle que ce territoire fut maintes fois disputé au moins depuis l’époque napoléonienne jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale.

Ces revendications territoriales, à géométrie politique variable, ont contribué à l’éclatement des sources et à la confusion des repères historiques responsables d’une mauvaise compréhension de la problématique.

Pour en savoir plus, j’ai contacté et rencontré à plusieurs reprises Monsieur André Galtier, ancien lieutenant de louveterie de Saint-Martin Vésubie, qui, à l’issue de plusieurs longues entrevues portant sur les techniques de chasse et aux loups plus particulièrement, m’a conseillé de me mettre directement en relation avec Monsieur André Airaut, un paysan de la haute Vésubie connaissant parfaitement les lieux et l’endroit où se trouve ce "piège à loups construit".

Vue générale. La dite « fosse à loups » dans son contexte. Photo : S. Exclamant, 2011
Fils et petit-fils de ceux qui avaient conçu et entretenu cette structure pour piéger des loups à cet endroit précis, Monsieur André Airaut âgé de plus de soixante-dix ans en 1999, était le seul descendant de sa famille à en connaître encore l’existence précisément.

Suite, à cette information un rendez-vous fut pris. Ne pouvant m’accompagner à l’endroit de la fosse à loups, le lieu étant escarpé, il m’en a expliqué brièvement l’emplacement, après m’en avoir succinctement retracé l’historique et, bras tendu, il me dit : « il faut monter le long de la draille et, à un moment donné, il y a un petit replat, elle est là sur la droite, non loin du sentier qui monte au col ». Puis, après m’avoir dit : « au revoir et bonne chance », il est reparti en voiture.

Cet instant, relativement court, aura été le moment majeur de ma quête de renseignements, et ce malgré la concision des propos ! Toutefois, en levant les yeux, face à l’immensité du territoire, je compris la quasi-impossibilité d’approcher cette structure.

Quelque peu abattu et en proie au doute, j’ai quand même décidé, perdu pour perdu, de profiter de cette journée de mai 1999 pour monter dans la direction indiquée afin de me faire une idée des environs.

Ce n’est qu’après trois autres longues journées de randonnée, et beaucoup de chance, que j’ai pu localiser, tout à fait fortuitement, la dite " fosse à loups" et m’en faire enfin une opinion.

Arrivé près de cet édifice singulier, j’ai alors pu pour la première fois, tenter de comprendre son positionnement et son fonctionnement.

Certain, que cette " fosse aux loups"  correspondait bien à celle qui était notée dans le livre de Frédéric Muyard, j’ai décidé de pointer sur une carte cette sube3.

Je l’ai photographiée sous différents angles et en ai pris les cotes à l’aide d’un capteur de mesure à distance pour ne pas risquer de l’endommager.

Grâce à ces mesures, et la collaboration avec Monsieur Michel Franchitti, architecte honoraire, nous avons tracé des croquis d’ambiance pour mieux essayer de comprendre ses caractéristiques et sa physionomie.

Vue rapprochée de la fosse à loups. Photo S. Esclamanti, 2011
Particularités
La fosse apparaît comme une véritable petite enceinte de forme ovale, entourée d’un bourrelet de grosses pierres, assemblées sans liant de 0.80 mètres d’épaisseur.

Sa bouche, a une longueur de 2.80 mètres et une largeur de 1.90 mètres. De forme tronconique, la fosse, telle que je l’ai mesurée en 1999, à une profondeur de près de 2,20 mètres en son point le plus bas. (Voir ci-dessous croquis 1 et 2, figures 1, 2 et 3)

D’une superficie de base au sol de 4,17 m² et d’un volume de 9,18 m3, cette "fosse à loups supposée" avait sûrement d’autres cotes lors de sa construction.

Les affres du temps ont malheureusement contribué à déformer sa physionomie d’origine, notamment en ce qui concerne sa profondeur.

Cette forme géométrique, profonde, étroite et sans couverture, était destinée à placer les digitigrades dans une très mauvaise posture en les empêchant, bien qu’habiles grimpeurs de trouver une prise pour se sortir de ce traquenard.


Croquis 1 Croquis 2
Véritable trompe-loups, ce guet-apens mêle, à la fois, technique de piégeage et architecture vernaculaire de ruse. La clé de la capture du loup pouvait dans ce cas-là, se situer au niveau des pierres de couvertine4 en surplomb du parement intérieur.

Tel pouvait-être, une des feintes adaptée à la réalisation de cette chausse-trappe. (Voir croquis 2 et figures 3 et 4).

En utilisant une technique de camouflage, comme l’utilisation de fins branchages et de feuillages disposés sur l’ensemble de la bouche de la fosse à loups, on pouvait aussi piéger par surprise la bête tenaillée par la faim passant au-dessus. (Voir ci-dessous croquis 3 et figure 5).

Tombé dans la fosse véritable gueule de loup, aucune solution ne s’offrait à l’animal mal en point pour se remettre dans une position stable.

La bête pouvait être mutilée, voire empalée par l’enchevêtrement de bois acérés et empoisonnés disposés au fond de la fosse, la destinant à une mort lente.

Prise dans ce piège et dans l’impossibilité d’en sortir, elle pouvait aussi être battue à grands coups de bâtons ou par jets de pierres par les piégeurs. (Voir ci-après croquis 4 figure 6).

Ce dispositif, permettait de tromper la vigilance de la bête qui attirée par l’odeur d’un appât mort sanguinolent ou vivant, grimpait sur le pourtour de la fosse et déséquilibrée à l’instant où les pierres maintenues en surplomb se dérobaient sous son poids, elle tombait soit sur le côté, soit la tête la première.


Croquis 3 Croquis 4
Conclusion
A l’issue de ma recherche, j’ai publié en 2005, dans la revue Nos Ancêtres. Vie et Métiers, cet exemple de pièges construits pour la chasse dite aux loups.

Des chercheurs, comme l’ethnologue Adrienne Durand-Tullou, ont aussi travaillé à l’étude des pièges construits destinés aux loups. Une publication existe à ce sujet dans l’inventaire au CERAV5. De même, dans son livre le professeur Jean-Marc Moriceau6 mentionne la présence de plusieurs pièges construits dédiés aux loups.

Informé de mon travail, Monsieur Eric Gili, président de l’association l’AMONT, qui œuvre à la promotion de l’histoire de l’ensemble de la vallée de la Vésubie en général, m’a invité à participer à une conférence à la mairie de Roquebillière, en 2010 où j’ai pu présenter pour la première fois ce piège à loups.

Ce n’est qu’en octobre 2013, dans le cadre de ma participation au symposium européen de Saint-Martin Vésubie sur le thème du loup, que j’ai présenté un « poster » sur cette "fosse aux loups" et récolté de nombreuses informations à ce sujet.

Cependant, le cas de ce piège construit pour les loups reste assez singulier et ne peut s’appuyer sur aucune étude universitaire. Nous ne savons toujours pas, si cette fosse à fonctionné, de qu’elle manière et biens des interrogations demeurent.

La découverte de cette "fosse à loups" a fait l’objet d’une déclaration auprès du Service Régional d’Archéologie à Aix-en-Provence.

Références bibliographiques
Daniel Bernard, Des loups et des hommes, De Borée, 2011, 256 p.
Lucien-Jean Bord, Jean-Pierre Mugg, La chasse au Moyen Âge, Gerfaut, 2008, 356 p.
Geneviève Carbone, La peur du loup, Gallimard, 1991, 176 p.
Adrienne Durand-Tullou, Le loup du Causse, Payot, 1994, 176 p.
Stéphane Esclamanti, De la traque à la fosse à loups, Nos Ancêtres. Vie et métiers n°13 mai/juin 2005, pp. 11-14.
Gaston Phébus, Le livre de chasse, Musée de la Chasse et de la Nature-Bibliothèque de l’Image, 2002, 95 p.
Jean-Marc Moriceau, L’homme contre le loup. Une guerre de deux mille ans, Fayard, 2011, 478 p.
Jean-Marc Moriceau, Histoire du méchant loup 3000 attaques sur l’homme en France XVème-XXème siècle, Fayard, 2008, 631 p.
Jean-Marc Moriceau, Sur les pas du loup. Tour de France historique et culturel du loup du Moyen-Âge à nos jours, Montbel, 2013, 350 p.
Frédéric Muyard, Les loups et la loi du XIVème siècle à nos jours. Histoire d’une hantise populaire, Editions Tac motifs, 1998, 95 p.
André Viala, Chasse et société en Provence. Deux mille ans d’histoire. Edilaix, 2006, 199 p.
Communication
Stéphane Esclamanti, « Vivre ensemble avec le loup ? Hier, aujourd’hui . . . et demain. Etat des lieux en France et perspectives européennes ». Poster au Symposium Saint-Martin Vésubie (Alpes-Maritimes) 9-12 octobre 2013.

Thème 10 – Protéger le loup, protéger les troupeaux. 10-59

La fosse à loups de Saint-Martin Vésubie dans la vallée du Boréon. Une curiosité architecturale et patrimoniale dans le département des Alpes-Maritimes. Stéphane Esclamanti.
Conférence
Stéphane Esclamanti, « La fosse à loups de Saint-Martin Vésubie » association l’AMONT et la mairie de Roquebillière en octobre 2010.
Webographie 
www.piegeurs.com,
www.fogium.com

1 Gruppo Lupo Italia.

2 Pour l’Espagne : Sociedad Fogium Lupale. Francisco Alvares. Trampas historicas contra lobos y otras fieras en la Peninsula Ibérica : tipologia, distribucion y contexto.

3 Appellation latine. Usages des subes.

4 Lexique d’architecture.

5 Centre Etude et de Recherches sur l’Architecture Vernaculaire. Description d’une fosse à loups 1980 tome IV.

6 Sur les pas du loup. Tour de France historique et culturel du loup du Moyen-Âge à nos jours.


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