Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L'Anarchiste (Poésie) Denfert-Rochereau (Roman) L'Attente de Paris (Roman) L'Éclectisme (Essai)








titreUnderground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L'Anarchiste (Poésie) Denfert-Rochereau (Roman) L'Attente de Paris (Roman) L'Éclectisme (Essai)
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date de publication23.10.2016
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Diary of a street kid. Il me faudrait une bombonne de gaz.

Le 31 décembre on est allé chez les deux grands-mères, j'y ai traîné de force Sébastien, il s'est lamenté toute la journée. D'ailleurs il a chialé pendant les cinq jours du voyage. Frustré parce que c'est stressant de rencontrer la belle-famille. C'est la dernière fois que je traîne les enfants, à l'avenir je vais les laisser à la maison. Chez la première grand-mère ça été émouvant. Chez l'autre ça a été conventionnel. A Alma on a parlé de mon père et ma mère, de tout ce qui était beau dans le temps, et maintenant le méchant monstre qui est dans le décor, Amédée, qui empêche ma mère d'aller à Alma et qui empêche mes grands-parents d'aller à Jonquière. Alors ils ont idéalisé mon père à un point tel que le grand-père s'est mis à pleurer. Nous racontant comment il avait invité mon père en même temps que ma mère le jour de Noël et que malheureusement il n'était pas venu. Et sa joie quand il a été chez ma sœur et que mon père est arrivé. Il lui a sauté au cou et s'est mis à pleurer à chaudes larmes. Lorsque le calvaire des parents assomme les enfants et achève les grands-parents, les larmes sont au rendez-vous. Sébastien s'affolait, deux heures à parler des infidélités de mon père. Ma mère, le soir même, pleurait aussi lorsque je lui ai dit que le grand-père avait pleuré. Sébastien m'en reparlera encore dans dix ans. L'autre grand-mère à Desbiens, malgré le deuil, elle était souriante et radieuse. Mère-grand, comme le deuil vous va bien, lui ai-je dit. Ben non, le mort est enterré, il est trop tard pour les condoléances. On n'en a pas parlé du mort, il n'a jamais vécu le mort. Il est allé rejoindre sa première femme au cimetière, le deuxième mort. Une délivrance, le cimetière, qu'on en dit. Délivrance pour les vivants à tous les points de vue. Les vivants qui en ont assez de souffrir à cause du mort-vivant et les vivants qui en ont assez de la vie.

Sébastien et moi avons eu une grosse discussion sur l'infidélité avec ma mère la veille du jour de l'an. Ma mère parle un peu plus qu'avant d'ailleurs. Elle m'a raconté que l'on étouffe un peu partout les histoires de femmes qui abusent des enfants. Il n'y a pas que les hommes qui soient des monstres, il n'y a pas que les frères pour abuser sexuellement des enfants. Ma mère a passé sa jeunesse dans des couvents de sœurs et chaque soir c'était le free-for-all. Des filles qui couchaient ensemble partout, des sœurs qui avaient du sexe avec des jeunes filles, les attitrées choux-choux de sœur Unetelle, l'abus aussi. Elle se rappelle du nom de chaque sœur, moi je ne connais que les endroits : Black Lake ou Lac noir, St-Côme de Beauce Lignaire. Je n'en sais pas plus. C'était sous l'ère duplessiste ça aussi. Mais on ne peut pas dire, ah, l'ère duplessiste, c'est normal, et oublier le tout. Ces sœurs sont coupables, on ne les enverra pas en prison, elles.

C'est décourageant de parler avec les adultes. A chaque fois tu en apprends des vertes et des pas mûres et c'est pourtant tellement peu par rapport à tout ce qui s'est passé. Ainsi mon oncle Harold trompe sa femme depuis longtemps, plusieurs maîtresses, trouvées à même le lieu de travail je suppose. C'est décourageant la vie. Ma mère dit que s'il fallait mettre une cloche au cou de chaque homme et que ça sonnerait quand il trompe sa femme, il n'y a pas beaucoup d'hommes dont la cloche n'aurait pas sonné. Elle connaît sa génération, elle vit avec ces gens-là. Ils ont fêté leurs cinq ans, elle et Amédée. Cinq ans ? Ça fait juste trois ans et demi qu'ils m'ont mis dehors. J'ai appris que Joseph avait un copain depuis des années, malgré qu'il soit marié et qu'il ait quatre filles et un gars. Ça me donne rien d'essayer d'être fidèle si je sais que Sébastien ne l'est pas. Je souffre pour rien. Je capote et je deviens prêt à tuer. Personne n'est fidèle, la fidélité n'existe pas. C'est ça la vraie épreuve de ce monde, la fidélité. Je sais aussi que les femmes ne sont pas plus saintes que les hommes, je les comprends. Elles aussi les cloches sonnent à la planche. Il ne faut pas se leurrer, j'étais chez ma grand-mère à Desbiens à observer des tantes qui a première vue semblent pures, laissez-moi rire. Aucun couple n'a été épargné de la violence conjugale, peu importe la forme qu'elle peut prendre. Il me semble en effet que j'ai bien peu d'expérience.

Life sucks. Sucks, sucks, sucks. I am bored. I had some nightmares last night. I was unable to sleep at all. I was at La Sorbonne in my class, I was late and realized I was going to fail. I will kill myself. The only solution. I will fail everything. It will be the biggest failure of my life. What a waste, money, time, etc. I'm so sick, I cannot breathe. I am at the fourth level of Pavillon Simard in Ottawa U. The class of Mr. Lemay. I will puke everywhere. My head! It will explode!

Le matin du premier janvier de la nouvelle année, une chicane monstrueuse a éclaté entre ma sœur et son copain à propos du chat. Le pauvre petit minou à ma sœur, Chani The Master. Lui il est maniaque de sa belle maison, il en fait le ménage vingt-quatre heures par jour. Il veut se débarrasser du chat. Je demande au lecteur une minute de silence. [...] Sur le quai, avant de prendre le train, pour la première fois mon père semblait fier de son fils. Il allait dire une phrase, on attendait la phrase, ça allait sortir, l'aluminium qui flotte dans son cerveau agissait (à Jonquière, capitale mondiale de l'aluminium, on a tous notre petit bagage d'aluminium qui nous flotte dans le cerveau), il bloquait, on attendait, il allait dire sa phrase, aller ! dis-le papa ! chante-la ta chanson ! Malheureusement la phrase qui est sortie c'est : « Fais un homme de toi ». Ah non, je ne vais pas commenter ça, il regrettait tant de l'avoir dit. Mais je n'ai pas le choix, ça a été dit. Poupa, je ne suis pas un homme. Mon prof de théâtre, Mme Couture, l'a déjà dit quand elle parlait de Michel Tremblêêê, il ne faut pas avoir peur de ce qu'on dit : « Les homosexuels sont des demi-hommes ». On ne changera rien à ça. Vive les demi-hommes ! et je vous encule ! « Fais un homme de toi. » Ça résonne dans ma tête, ça se mélange à l'aluminium et au mercure. Ne me demandez pas d'interpréter ce qu'il voulait dire, ma définition d'un homme est beaucoup trop large pour le peuple. Ça me rappelle ce que disait Derek l'autre soir chez Richard quand son père a su qu'il n'était qu'un demi. Son père lui a dit : "I just want you to be a man!" On pourrait en faire une chanson à pleurer : "I juuust waaaant yooou to beeee a maaaaaaaaaaaaann!", et tout le monde pleurerait et on ferait reculer la cause des demi-hommes. Derek a répondu à son père ceci : "Sorry, but to put my dick in a cunt does not make me a man!" and he slamed the door, never came back. On ne pouvait pas mieux répondre. On va faire un peu de philosophie, qu'est-ce qu'un homme ? Que fait un homme, un vrai ? Il saute sa copine, il saute la copine des autres, il fait parfois du sport and actually can enjoy it. What else? En fait, c'est plus facile de dire ce qu'un homme n'est pas. Un homme ça ne fait pas son lit, ça ne fait pas à manger, ça ne fait pas le ménage, ça ne fait pas le lavage, ça ne s'occupe pas des enfants, ça ne magasine pas, ça ne fait pas l'épicerie, ça ne sort pas au restaurant (avec sa femme du moins), ça ne va pas danser (avec sa femme du moins). Par contre, un homme ça se bat pour la télécommande de la TV, ça lit son journal, ça recherche du sexe facile. Maintenant que j'y pense, je suis un homme, un vrai, je me suis reconnu dans ma définition. A moins que mes idées sur ce que sont un homme et un demi ne soient biaisées ?

Jean-Guy Couture, évêque de Chicoutimi, nous faisait son discours moraliste annuel dans le Progrès-Dimanche du 1er janvier. Une belle ode au merveilleux succès de librairie de tous les temps que Jean-Paul a décidé de nous pondre avant de crever. Son livre papal a été tiré à vingt millions d'exemplaires, en vingt langues différentes. Selon Jean-Guy il en faudrait cinquante fois plus, c'est-à-dire un milliard de copies du dernier torchon du pape. Existe-t-il seulement un milliard de chrétiens sur la planète ? Et même, combien sont vraiment croyants ou pratiquants sur les 900 millions que l'on nous brandit ? Que voudrait-il qu'on en fasse de son milliard de copies, qu'on se torche avec ? Alors il en faudrait cent fois plus de copies parce qu'il y en a justement deux milliards sur la planète qui n'ont pas de papier de toilette. Jean-Guy parle de l'immense besoin d'espérance des hommes et des femmes. Il faut bien plus que de l'espérance pour contenter les hommes et les femmes ainsi que pour régler leurs problèmes. Espérer c'est s'illusionner, ça désespère et puis ça tue. On veut du concret tout de suite ! Un Américain sur cinq crève de faim dans Le Journal de Montréal : « Un Américain sur cinq a recours aux programmes d'aide alimentaire du gouvernement, des milliers de personnes âgées sont sous-alimentées. "Des millions d'Américains ont faim". » Qu'a donc fait Jean-Guy pour leur venir en aide aujourd'hui, puisqu'il est au pouvoir et que ses moutons feront ce qu'il dira ? On le voit photographié dans son bel habit, à côté d'une superbe crèche couronnée d'un sapin de Noël. Il parle. Il dit que c'est au niveau du cœur et de la volonté qu'il faut fonder les assises de la justice et de la paix. Mais surtout, il vante Jean-Paul et sert remarquablement bien d'agent publicitaire pour promouvoir la vente de l'escroquerie du siècle. Ce n'est pas avec des mots que l'on réussit un « changement d'attitude nécessaire » à la paix dans le monde, bien au contraire, chaque mot du pape soulève la colère et la haine des 4/5 ou plus de la planète qui ne sont pas chrétiens. Ça me fait penser aux Anglais qui chantaient : "Do they know it's Christmas" en parlant d'Africains en train de crever qui sont tout sauf chrétiens et qui n'en ont rien à foutre du Christ. « L'être humain est sorti de l'amour de Dieu et il est fait pour aimer et être aimé. C'est la base incontournable pour bâtir un monde meilleur. » Alors il faudrait commencer par accepter que je sois fait pour que Sébastien m'aime, que moi je l'aime, et il faudrait que le pape m'aime et aime Sébastien même si moi et Sébastien on s'aime. « L'amour qui est respect de l'autre, de sa différence, de sa dignité, et qui engendre la paix. Dans son message pour le premier jour de l'année qui commence, Jean-Paul II lance encore un appel ardent en faveur de la paix. » Pourtant il a reconfirmé sa déclaration de guerre contre les gays, on peut le lire dans chaque journal n'importe où en Occident, on peut l'entendre dans chaque discours de religieux. Il a même réitéré sa déclaration de guerre contre les femmes qui doivent demeurer l'esclave de leur mari et ne pas aspirer aux ordres. « Il veut apporter une lueur d'espérance dans un monde si troublé par les lueurs du pouvoir. » Jean-Guy devrait s'ouvrir les yeux et suivre un cours de politique. Ignore-t-il que le Vatican est à la tête de ces luttes du pouvoir ? « On revient donc à la même et à la seule source du bonheur : l'Amour. Que la nouvelle année nous ramène à cette source ! » Combien de vieux et de vieilles vont s'enfler la tête en entendant un si beau discours, puis sortiront de la maison pour mépriser le premier venu ? Les beaux discours ne changent pas le monde, ils n'engendrent que les guerres. Bravo Jean-Paul, vingt millions d'exemplaires, je ne crois pas que personne puisse rivaliser avec toi. Moi je parle dans le vide, mais je ne m'avoue pas vaincu pour autant.

Aujourd'hui je me sens coupable. Je me sens coupable d'écrire, d'avoir écrit, d'en avoir fait en tout temps ma priorité. Je me sens coupable d'être parti pour la France avec l'argent des autres, coupable d'avoir tant emprunté à la banque pour les études, l'ordinateur, l'imprimante. D'avoir emprunté à Sébastien 5000 $ que je suis incapable de repayer. D'avoir eu 600 $ de mon père alors que je n'ai été le voir qu'un soir sur mes trois soirs à Jonquière. Je me sens coupable de n'avoir rien lu encore pour ma maîtrise ou mes quatre cours à la Sorbonne. Coupable au niveau de tous mes amis que j'ai perdus, de l'emploi que j'ai quitté, du Saguenay où j'aurais dû rester, d'avoir traîner Sébastien de force à Jonquière, d'avoir trompé Sébastien. Coupable d'être homosexuel, d'être entouré de gens qui m'aiment et que je suis incapable de contenter ou d'aimer à leur juste valeur. Coupable de ne rendre justice ni à moi ni à personne. En un mot, je me sens coupable de vivre. Les parents de Sébastien disent que c'est foutu pour moi la Sorbonne, c'est encourageant. Sébastien me reproche sans cesse d'exister. Il est toujours de mauvaise humeur, je viens de sortir de ma grippe, là il vient de l'attraper, alors il se lamente plus que jamais. Coupable d'avoir une facture de téléphone de 552 $ qui s'ajoute aux 1200 F que j'ai payé en France. Existe-t-il une limite à ce qu'un humain peut faire pour s'enfoncer dans un trou ? Je ne pense guère au suicide, Paris m'a enlevé cette idée. Je comprends maintenant que ce serait vain et que ça ne ferait que rendre coupable mes parents et la famille de Sébastien pour le reste de leurs jours. Puis toute ma vie aurait été vaine. Encore une vie de perdue, misérable ver de terre qui n'a pas su trouver sa voie, qui, pourtant, était là toute indiquée dans le ciel. J'aurais dû me faire prêtre et déblatérer des niaiseries chaque dimanche. J'aurais au moins pu mettre les pendules à l'heure dans mon comté. J'aurais fait le bien et cela aurait donné un sens à ma vie. En ce moment je ne fais que le mal, cela donne un sens à ma vie. Voyez combien le tout est relatif. Je déraille complètement. Pourquoi ne pas me faire pape, je vendrais aujourd'hui vingt millions d'exemplaires d'une pseudo-morale. De l'argent que je n'aurais même pas besoin. Je l'investirais pour montrer que je fais le bien alors que je fais le mal. Le pape n'est pas bien, il est mal. Un prêtre n'est pas bien, il est mal. Ils font souffrir beaucoup de gens. Souffrir ne peut pas être bien. La vie ne peut pas être bien. Elle est autre chose.

Demain le départ. Je suis heureux d'aller retrouver le parc Montsouris, les rues de Paris, le Jardin du Luxembourg, la Sorbonne, les baguettes et le fromage, mais je suis effrayé à l'idée de retomber dans la sale routine des études. Aujourd'hui je regardais tous les papiers de formalités, mes notes de cours, toute la bureaucratie qui m'attend encore une fois lorsque je serai là. Bref, repartir est un calvaire. Je suis vraiment aux limites de ma bibliographie et de mon mini-mémoire. Je suis aux limites d'être obligé d'aller voir M. Abarnou pour lui dire où j'en suis dans mes recherches. Je suis en retard dans tous mes cours et personne ne voudra me donner ses notes. Je n'ai absolument ouvert aucun livre, je sens que je vais payer cette irresponsabilité.

It's 3 a.m., might be 10 p.m., I have never been so fucked with the décalage horaire. I cannot say if today is the 13, the 12 or the 11, I just hope it's not 14 January. I just called Ed in New York, he made a bad joke, like he was in Paris for the new year while I was in Canada. I felt bad, don't know why. I want to go anywhere on holiday, but not Paris. I feel like I have no more choice, but do all these fucking things I don't feel like doing. It was not the right year. I have just slept more than fifteen hours. Ed has a roommate in his apartment. He stays quiet now, no boyfriend, no going to bars, he got too many sicknesses. Crabs, and the rest I don't want to know. I invited him to Paris, he said he has no money. It might be better that way. I was thinking in the plane, I guess I'll stay quiet too.

I'm drunk and I feel depressed. I don't feel like doing my masters degree, my motivation is lower than when I failed Law. I have to pass it but I'm going to fail everything. Ce sera la mort, aussi bien mourir tout de suite. Ma vie serait-elle une longue série d'échecs ? J'étais si heureux à Ottawa avec mon Sébastien, si heureux à ne pas travailler ou étudier, tellement heureux. A Paris c'est infernal. On allait pratiquer la voix, puis ensuite la musique, puis ensuite on allait prendre un café au Rosie Lee, on jouait une partie d'échec et l'on faisait un dessert. Je ne suis tellement pas heureux à Paris. Je pleure en ce moment. Ça fait longtemps que je n'avais pas pleuré. What's the matter with me? I was ready to start living, not to die at the Sorbonne. On n'abandonne pas tout pour aller chercher une délivrance à Oxford ou Harvard, c'est de la folie. Je n'ai vu que Paris, que la chance d'y demeurer un an ou plus, c'était mon ouverture sur la vie. Je pleure, c'est incompréhensible et c'est sérieux. J'ai vraiment l'impression que je vais laisser tomber. Ce n'est que six mois ou dix de calvaire pourtant. Je voudrais tout avoir sans rien faire, that's the problem. Dans un vrai bon film américain, c'est à ce moment que l'acteur se retourne, qu'il passe à l'action, qu'il va réussir et qu'à la fin tout le monde sera content et satisfait. Qu'est-ce que j'en ai à foutre des autres, serais-je assez fou pour continuer à cause des autres, ce qu'ils vont penser ? La maîtrise à la Sorbonne je m'en fous, je n'en ai jamais voulu, je voulais vous faire peur et vous faire ravaler ma non-acceptation à Ottawa. Tout aurait été si simple si j'avais été accepté à Ottawa. Voilà la remise en question, rithème numéro cinq, retour sur soi, regrets, remords, et dans Philadelphia ça se termine par une victoire en cour de justice, mais un échec par la mort. No happy ending here, on ne guérit pas du sida. La mère de Sébastien pleurait quand je suis parti, c'est la seule qui ait pleuré, je trouvais qu'il n'y avait pas de raison. Maintenant je comprends. Car moi je ne comprends pas, moi je n'ai jamais rien compris à l'amour. Moi je n'ai jamais aimé personne, moi je n'ai toujours écouté que moi et aujourd'hui je comprends. J'ai ces lettres sur mon mur, des gens qui m'aiment, que j'ai abandonnés, mais qui comprennent que les études à Paris sont importantes. Je ne puis les décevoir, mais seront-ils bien déçus ? Ne s'en foutent-ils pas finalement ? Je suis terriblement fatigué et je ne comprends plus rien et je ne veux plus rien comprendre.

Bon, qu'est-ce que je fais maintenant ? J'ai un mal de tête terrible, ma crise semble passée. J'en suis à ma deuxième tasse de café javellisante, bientôt mon estomac sera propre propre propre, car je vais aller faire un bon tas dans les toilettes. Après une telle crise, il me semble que je devrais partir pour la Sorbonne, mais j'ai plutôt l'intention de demeurer ici bien au chaud. Je suis incorrigible, je cours après des chimères, je vais mourir en enfer et je me demande si cela peut être pire que ma situation actuelle.

Je n'aime pas tellement écrire en public, les gens s'imaginent que tu t'imagines que tu vas devenir un grand auteur et ils te regardent avec leur sourire narquois. Il y a quelques beaux gars qui courent, je me demande si quelqu'un va venir me parler. Il existe finalement de beaux gars en France, il s'agissait de leur enlever leurs vêtements ou du moins de les habiller en habit de sport. Je déteste faire de la discrimination, mais parfois il faut en faire. Un gros s'est assis à côté de moi, je n'ai pas bronché, il est reparti. J'ai acheté un billet pour les marionnettes de Montsouris : « La Belle au bois dormant ». Ça commence dans quinze minutes.

Je suis maintenant dans la salle. Je me sens stupide car je suis seul dans mon coin, sans enfant à côté pour justifier ma présence. Pourtant Jonquière est réputé pour son festival international de la marionnette et c'est surtout les adultes qui y vont. Les parents sont chanceux, ils peuvent assister à tous les trucs pour enfants sans complexe. Paraît que c'est Guignol, comme à la TV. Il y a davantage de parents que d'enfants dans la salle. Très lucratif le marché des enfants. J'ai l'impression qu'il y a des pères de famille qui, même accompagnés d'enfants, feel stupid to come in. Christie, la salle est pleine !

C'est l'entracte maintenant. C'est extra, la fée Carabosse est venue annoncer la mort de la princesse, les enfants capotaient, un parent a dû sortir avec son enfant. La fée était tellement laide, toute verte, l'enfant s'est mis à pleurer comme un malade. On devrait interdire les enfants à ces représentations de marionnettes, ils sont incapables de se concentrer plus d'une minute. Alors la bonne fée est apparue pour dire que la princesse dormirait pour 100 ans.

C'est bien, les enfants, j'aimerais vraiment en avoir. Mais comment faire ? Le flot en face de moi s'appelle Tristan et il est obsédé par la petite fille en face de lui qui lève sa robe dans les airs avec un large sourire. La grand-mère à côté lui a demandé si elle ne s'appelait pas Iseult par hasard. La pièce recommence. C'est lui ! C'est le vrai guignol en chair et en bois ! Je ne serai pas venu à Paris pour rien finalement.

J'ai demandé à la fille à l'entrée, je suis déçu, chaque parc à son guignol. Elle pense que, « si » ça passait à la TV, c'était ceux du Jardin du Luxembourg. Ça me fait penser qu'aujourd'hui je n'ai rien foutu.

Hier, pendant qu'Eric tentait d'imprimer sa dissertation sur mon ordinateur, voilà que Virginie se faufile dans ma chambre pour venir raconter sa soirée d'hier pendant qu'Eric était retourné dans sa chambre. Alors bien sûr il a fallu la raconter une deuxième fois à Eric lorsqu'il est revenu. Après elle s'est enfuie dans sa chambre, a raconté son histoire une troisième fois à un inconnu au téléphone. Puis elle est revenue dans ma chambre la raconter une quatrième fois à France qui venait voir ce qu'on faisait. Si vous vous imaginez que je vais raconter cette histoire ici, vous vous gourez complètement.

Je suis dans la station Pigalle. J'arrive de chez Franklin, on était pas mal content de se voir aujourd'hui au cours de M. Tapin. La classe sérieuse de grammaire qui attendait le prof silencieusement bad trippait à nous entendre : « Hey, chu super content de't'voir ! T'es super beau aujourd'hui ! », après j'avais honte d'aller m'asseoir à ma place.

Je voulais éviter Abarnou parce que je n'ai pas terminé ma bibliographie. En début de cours il a dit que les trois qui n'avaient pas encore remis leur biblio devaient aller le voir. A la fin il a crié : « Ah, vous voilà de retour du Canada ! » Un ton qui glace le sang dans les veines. Franklin en est au même point que moi : en maîtrise, n'a pas remis sa biblio, rien foutu, manqué autant de cours, plus un rond. A la seule exception que dernièrement il est allé aux galeries Lafayette et s'est volé une garde-robe complète. Un Ralph Lauren à 3000 balles, un autre qu'il voulait me donner. Il estime qu'il a tant payé partout et qu'il s'est tant fait fourrer, qu'il a le droit de voler aux galeries Lafayette. Il n'a donc aucun problème de conscience. C'est passionnant quand tu penses que juste à imaginer qu'il couche avec quelqu'un le rend si coupable qu'il dit que ça revient au même que de coucher avec la personne et il court raconter ça à Edrin : « Hey, Edrin, pardonne-moi, j'ai fantasmé sur un beau petit gars au gym aujourd'hui ! » Marie-Liza et Fabrice étaient là, visite surprise à Paris. Marie-Liza a pris le gilet volé. Moi j'ai pris une paire d'espadrilles de Franklin et un de ses vieux manteaux, parce qu'en France le monde me regarde bizarrement avec mon manteau de l'Université d'Ottawa. Ici la conformité c'est le terne, le noir, les couleurs sombres. Tout pour s'effacer dans la masse du million de personnes qui chaque jour sillonne la station Châtelet-Les Halles. Je vais lui en devoir une au Franklin. Je crois que notre amitié est bonne et durable. Ce qui est rare. Il est beau, aucun doute.

J'ai reparlé avec Franklin de l'épisode Grégoire. Il fait semblant que rien n'est arrivé. Il voulait me faire croire que le fameux soir où on a failli tous crever, il l'avait oublié. Mais il se rappelle cependant l'élément déclencheur, il dit que Grégoire était vraiment intéressé en Sébastien et qu'il était dépressif parce qu'il se sentait laid et repoussant. Le fameux soir Sébastien l'aurait, à la blague, traité de pédé frustré, il ne l'aurait pas digéré. C'est donc qu'il a un souvenir net de la soirée et qu'ils semblent en avoir reparlé.

Je repense à une de mes amies qui m'a dit dernièrement que pendant les six années de son mariage, elle et son mari n'ont jamais fait l'amour. Ça lui a pris six ans pour se réveiller. Moi, trois jours sans rien faire et c'est Sébastien, Sébastien, Sébastien, ça fait trois jours ! Elle est victime d'abus sexuels, un oncle, mais ça je ne suis pas supposé le savoir ni le dire à personne. Elle est si belle en plus. Je pense qu'elle a dû avoir le sexe en horreur à cause de son oncle. Son mari devait être gay ou impuissant ou pas déniaisé. C'est drôle que ça ne me touche pas, c'est-à-dire que je le dis, j'y pense, mais je suis incapable d'imaginer ce qu'elle a vécu, ce qui peut devenir si lourd et bloquer tous ses sentiments, toute sa vie. Ça lui donne l'impression d'être une moins que rien. Non seulement elle souffre et y pense sans cesse, mais on le voit qu'elle est marquée à vie. Tu te demandes ce qu'elle apprend là-dedans, si elle peut apprendre quoi que ce soit à part que l'homme est une vraie saloperie. Une famille de religieux en plus. Lorsqu'elle voulait la séparation, son frère lui a fait tout un discours comme quoi elle devait demeurer avec son mari et tenter de résoudre les problèmes, communiquer, patati et patata. Il est arrivé avec la chanson The One de U2, c'est à cause de cette chanson que je sais son histoire. Mais j'ai l'impression que le frère se goure, la chanson parle d'unité, mais pas que Bono va crever avec l'autre, au contraire, il va le laisser son copain (ou sa copine). Mon amie voyait ça dans le même sens. Enfin bon, il faudrait que je retrouve le numéro de téléphone de Bono dans mon carnet et que je l'appelle pour savoir c'est quoi le fond de l'histoire de sa chanson. Lui demander en même temps s'il veut venir prendre une bière à Paris avec moi, mais que c'est lui qui paye parce que moi ce n'est pas réaliste que je paye une bière à quelqu'un. La pauvre, le pauvre, et puis moi ? Moi, moi, moi ! Moi aussi je veux faire pitié, je veux pouvoir dire que j'ai été violé, que je me suis marié vainement comme tout le monde qui m'entoure et qui sont tous divorcés ou séparés. Il y en a qui ont de la chance et qui ne s'en rendent même pas compte.

Je m'aligne pour couler mon année scolaire. C'est sûr, confirmé, écrit dans le ciel. Le latin c'est du vrai chinois et j'ai pris conscience hier que ce serait plus difficile de passer à travers ça que la grammaire. La prof écrit ses grands tableaux de signes incompréhensibles et je suis incapable de les noter parce qu'elle écrit trop mal et que c'est impossible de figurer ses petits dessins. Elle passe le cours à nous parler dans un vocabulaire latin et français, deux langues incompréhensibles. Ablatif, datif nominatif de troisième degré de déclinaison e degré zéro adjectival de deuxième classe. Mais bonyienne, qu'est-ce qu'a radote, dans quelle langue qu'a chie ? Il n'y a pas un mot de latin dans ce que je viens dire. Homo homnis lupus. Ça veut dire : « Les tapettes règnent sur le monde », et je suis convaincu que peu de gens pourront dire que j'ai tort. Le latin est une langue morte, mais personne n'a pensé à le dire aux profs de la Sorbonne qui vivent tellement dans leur bulle qu'ils ne l'ont jamais su. A moins que ce soit encore une histoire de bureaucratie. Ça fait peut-être des siècles qu'une mention a été déposée pour que l'on supprime ces cours, depuis ça tourne dans la machine et dans une couple de millénaires on va enfin réussir à éliminer ces infects cours obligatoires. « Ce n'est pas ma faute. » M. Radenac a passé une heure à faire l'apologie de cette phrase de Valmont des Liaisons dangereuses ce mercredi. Jamais j'aurais cru que l'on puisse être plus passionné que moi encore sur la violence et la cruauté de Valmont. Plus c'est dégoûtant, plus il en raffole. Quand je vous dis que le peuple a besoin de sang, de chair fraîche et de cruauté, même les profs de la Sorbonne, qui semblent n'avoir aucune vie sexuelle, en jouissent lorsque cette violence sexuelle est là dans un livre qu'ils ont mythifié, cristallisé sur les murs des amphithéâtres. M. Dalloz est en crise existentielle permanente, peu importe le livre qu'il décortique, Céline en ce moment, il voit de la crise existentielle partout. M. Tapin, lui, je lui arracherais sa chemise jaune serin (parfois rose flamboyante) qui m'empêche de suivre son cours, et j'avalerais son nœud papillon rouge vif avec les petits carrés bleus pâles dessus. Ils feront donc n'importe quoi pour nous déconcentrer de leur matière désuète et plate à mourir ? M. Abarnou, lui, achève de mourir dans l'œuvre de Racine. Il peut citer n'importe quel passage par cœur de n'importe quelle pièce. Toute la littérature mène à Phèdre ! Il y a de quoi se tirer une balle. Moi, ma crise sexuelle je ne la transpose pas, je la vis pleinement. Et si les profs de la Sorbonne en faisaient autant, les cours provoqueraient déjà moins de suicides.

Tout ce que je fais ces temps-ci, c'est la cause désespérée. Je dirais que je suis en décompression de ma rencontre avec une de ces misérables taupes de l'administration française, Mme Créthien, du bureau des équivalences des étudiants étrangers qui m'a lancé à la tête : « Si vous n'aviez pas assez d'argent pour venir étudier en Sorbonne, vous n'aviez qu'à rester au Canada ! » Mais madame, ce n'est pas ma faute si le Canada ne me permet pas de poursuivre mes études chez moi. Et ce n'est pas gentil ce que vous dites. Ce n'est pas ma faute si le gouvernement québécois se fout de ses étudiants et que dans notre société élitiste seuls ceux qui auront des A de moyenne auront 15 000 fois plus de dollars que moi pour faire leurs études et qu'ainsi ils peuvent ne pas travailler et garder leur moyenne, et voyez la roue vicieuse et je ne m'en sors plus. Elle a explosé après que je lui ai dit que les cours de grammaire que j'ai faits au Canada valent bien que l'on m'exempte du cours FR 310. Elle criait tellement qu'il me semble qu'après elle a dû se rendre dans le bureau à côté pour justifier à ses acolytes sa totale perte de contrôle. Elle est vraiment intraitable, bête comme ses deux pieds. Hier quand je suis entré dans son bureau, avant même que je ne dise un mot, la voilà qui me dit que j'avais déjà fait une demande de révision de dossier pour entrer en maîtrise plutôt qu'en licence, qu'il ne fallait quand même pas que j'exagère, que c'était un peu fort de demander un second examen de dossier. Vieille peau. « Si vous êtes si bon, vous n'avez qu'à le faire et on n'en parle plus ! » Yeah, yeah, fuck off!

Hier dans mon cours de latin il y avait un jeune homme que j'ai regardé un peu trop longtemps. Il ressemblait étrangement à Edward. Il me regardait lui aussi, pas de doute, tous les gays parlent le même langage. A la fin du cours il est allé poser une question à la vache, Mme Colot, ça m'a permis de lui demander ce que la Colot venait de dire. Il était fier de me répéter ce que j'avais déjà très bien compris. Je ne pouvais rien lui demander de plus. Alors en montant les marches on se regardait avec un sourire, à la sortie il attendait sur le trottoir. Je lui ai donc demandé son nom et son numéro de téléphone pour qu'il m'aide dans un latin que je ne comprends nullement. Le courage que ça m'a pris pour lui téléphoner aujourd'hui ! La peur du rejet surtout, je tremblais quand je prenais son numéro de téléphone en note, il m'a fallu me reprendre à trois reprises à une heure d'intervalle chaque fois avant de signaler son numéro. Bref, on est allé au Banana café, le bar gay branché de Paris. Paraît que toutes les célébrités débarquent là. C'est près du Marais, il n'y a pas plus marginal. Le jeudi ça se promène à poil, même la grosse propriétaire. Paraît que c'est le meilleur remède contre la boulimie de voir ça, ça coupe le souffle et l'appétit pour une semaine. Il m'a bien averti avant d'entrer, c'est un bar gay, il était juste pour ne pas ajouter qu'il était straight. Il m'a avoué ensuite qu'il prenait un grand risque, j'aurais pu ne pas être gay. Mais faut croire que je ne suis pas discret, quelle pute je fais, il m'a accusé de vouloir coucher avec. Je dois être un allumeur, et même, un allumeur inconscient, incapable d'aller jusqu'au bout de ses fantasmes. Oui, bien sûr, je sais bien que je le regardais bizarrement, il ressemble tellement à Edward, en plus on est à Paris. Je vais bien dormir ce soir, c'est le renouement du passé avec le futur. Je venais à Paris pour être avec Sébastien. Sébastien n'y étant pas, je revenais à Paris courir après des chimères, retrouver un Ed qui était pourtant à New York. Mais je ne pouvais aller à New York. Il ne me restait plus qu'à rencontrer Renaud. Bref, on a parlé de fidélité toute la soirée. Une vraie obsession chez lui, je me demande jusqu'à quel point. Je n'ai pas particulièrement l'intention de coucher avec, mais j'ai l'impression que je réussirais assez facilement. Il sort avec un Libanais, Ali, ça fait un an et demi.

Je viens de parler avec France, je lui ai raconté ma soirée bizarre au Banana café. Je lui ai demandé ensuite si elle avait été fidèle. Je pensais qu'elle allait me mentir, non. Elle a déjà trompé son dernier copain ainsi que son ex-mari. Je commence à croire que la fidélité n'existe pas. Même si mon jeune Renaud en a fait tout un essai de dix longues pages et qu'il essaye de se convaincre qu'il ne va pas tromper son Ali. Bibi Ali, tchèque your baby, 'cos he's goin' to bring me in his lit! Hi, hi, hi, et tout son long essai sur la fidélité va prendre le bord. Comme c'est dommage. Ben non, garde-le ton bébé, il est beau mais je n'en ai pas besoin. J'ai le mien quelque part sur la planète et je n'en peux plus d'attendre. Je n'ai pas réussi à réveiller mes fantasmes avec ma rencontre d'aujourd'hui. Je vais aller me masturber en pensant à Sébastien, et peut-être même à la proprio du Banana café. J'ai un faible pour les grosses fag hags. Quand on aura terminé la sensibilisation sur l'homophobie, il faudra commencer la sensibilisation sur les propos anti-gros. Je ne crois pas que dans les sociétés actuelles nous devrions tolérer plus longtemps que l'on puisse abaisser à ce point plus de la moitié de la planète sans soulever les foules. Gros de l'univers, je vous ai compris ! Parce que le Renaud m'a traité de gros ce soir, alors j'en fais mon obsession. Je l'avoue, j'ai un petit pneu et je suis flasque, autant que la peau qui pend sous le bras d'une vieille. Les propos anti-vieux aussi il va falloir s'attaquer à ça bientôt, pourquoi le gouvernement ne commence-t-il pas sa publicité ? Eventuellement on aura une société parfaite à 100 % hypocrite qui n'osera plus rien dire de ce qu'elle pense. Si on empêchait les gens de penser, comme la vie sera belle ! Moi je fais le serment de me taire le jour où je n'entendrai plus aucun vieux marmonner contre moi. Ce jour sera celui du jugement dernier, ce jour-là on aura beaucoup de plaisir. Renaud m'a avoué sans honte qu'il croyait en Dieu créateur de l'Univers. Ça m'a coupé le souffle. Il m'a aussi parlé qu'Ali a reçu une lettre d'un curé qui lui a avoué que l'homosexualité n'entrait pas en contradiction avec Dieu. Le curé en question, M. Gaillot je pense, vient de se faire excommunier du catholicisme par le Saint-Siège à Rome. Son livre, qui décondamne l'avortement, la contraception, les sans-abri et la femme célibataire, est devenu un succès de librairie du jour au lendemain. J'ai même pu l'observer à la place d'honneur chez Virgin Mégastore sur les Champs Elysées. Pauvre Dieu, il vient de se retourner dans sa tombe. J'ai appris de source sûre qu'il est enterré au Père Lachaise. Quand je vous dis que Paris est le centre de l'Univers, c'est vrai !

Le gouvernement du Québec vient de m'envoyer son avis de calcul pour m'aider dans mes études. J'ignore comment ils ont fait leurs comptes, mais ils me donnent 1400 $ de moins que prévu. Alors je ne peux pas rembourser Sébastien, alors je ne peux pas espérer finir l'année. Voyons voir la crise que Sébas va faire. Pendant ce temps je suis le seul sur mon étage à avoir autant de problèmes d'argent. La fille à côté avec ses 15 000 dollars de bourse du même gouvernement pour écrire un papier sur le béton. L'autre à côté, même chose, pour écrire un papier sur Poussin. J'ai envie de leur renvoyer le papier et leur dire que si c'est tout ce qu'ils peuvent faire pour moi, ils n'ont qu'à laisser faire. Quand je pense qu'un petit mille dollars en moins à chacune des deux filles à côté pour le mettre à mon nom ferait toute la différence. Je ne revendique même pas 15 000 $ en bourse comme elles ont, je souhaiterais que l'on me laisse les 1400 $ que l'on m'avait promis en prêt. Qu'importe que je ne travaille pas encore dans mes études ou que je ne passerai peut-être pas à travers, la question en est une justice. Quand tu crèves de faim, tu n'as pas envie d'étudier, tu veux juste écrire une brique de lamentations. Quelle idée ont-ils de l'égalité des étudiants, de la liberté de s'éduquer, de la fraternité entre Québécois ? Ils n'en ont aucune. Comme la vie me sera belle, il va falloir que je trouve une solution. Il faut que je travaille, je pense que les études vont définitivement prendre le bord. Je dois trop d'argent à tout le monde et tout ce monde est en branle-bas de combat contre moi. Je leur ai dit que j'allais les rembourser et me voilà prêt à leur demander encore de l'argent. Les choses ne peuvent qu'aller plus mal.

Je suis dépressif, inquiet face à mon avenir social et amoureux. J'arrive de prendre une bière avec Edrin et Franklin. Si j'avais une vie de couple aussi mouvementée, je deviendrais fou. Ça allait mal, Franklin a pris peur qu'Edrin aille voir ailleurs, alors il lui a proposé un plan pour avoir du cul à trois. Il a essayé de ramener quelqu'un de beau d'où il s'entraîne, mais on a refusé de répondre à son plan. Finalement il en a ramassé un plutôt moyen et l'a ramené à l'appartement. Tout nu dans la douche il était bien, paraît-il, mais dehors c'était autre chose. Edrin n'a même pas bandé pendant que Franklin et l'autre éjaculaient. Alors comme Edrin n'était pas contenté, il voulait coucher avec un autre. Alors ce soir ils vont à la Banque, un sex shop bizarre où il y a des compartiments où tu peux avoir du sexe. Ça fait trois fois qu'ils y vont ensemble, ils y sont allés plusieurs fois chacun de leur côté. Franklin y va à contrecœur, il est jaloux. C'est là tout le paradoxe : lui-même n'est pas fidèle. Ils m'ont proposé d'y aller. J'ai dit que ça semblait intéressant à voir, mais pas pour avoir du sexe. J'ai dit ça comme ça, j'ai vraiment l'air d'un crétin ignorant face à eux. Semblerait que tout Paris et tout New York en font une pratique commune de ces endroits pour le sexe. Edrin m'a proposé de les regarder faire l'amour à une condition, que je me montre un peu. C'était clair, ça a été dit, je n'avais qu'à dire oui ou non. Je me demande même si cette idée allume un quelconque fantasme dans ma tête. Ça me rend plutôt dépressif. Je serais bien mal pris sans Sébastien, je serais à la merci de cette jungle. Moi qui n'avais même jamais acheté de revues pornos avant la semaine passée (j'ai reçu un Playboy pour mon quinzième anniversaire cependant). Puis j'ai repensé à Maurice, il dit que parce qu'il n'a pas de copain, il peut coucher avec qui il veut. Alors il couche avec tous ses amis et n'a pas voulu me dire s'il avait couché avec des gens à Paris. Il est déjà sorti plusieurs fois seul au Queen, c'est sûr qu'il a ramassé des gens. Mais il ne veut pas passer pour immoral. Ce qui m'inquiète dans tout cela c'est, comment Sébastien pourrait-il être fidèle quand on regarde tout ce monde autour de nous ? Je l'ai appelé ce soir, il semblait de mauvaise humeur. Il dit qu'il veut que notre relation soit construite sur la confiance. Mais c'est ça le problème, comment lui faire confiance ? C'est bien beau quand ton copain veut aller à la piscine, mais même s'il ne veut pas te tromper, rendu là il risque de te tromper. Je lui ai dit que s'il tentait de s'inscrire à un club de sport à Paris, lui et moi c'était fini. Parce que c'est clair que le sport à Paris vient avec le sexe. Peut-être qu'un jour j'en serai là, peut-être plus rapidement que je ne le pense si ça vient qu'à se terminer entre moi et Sébastien, mais pour l'instant je n'en suis pas là. Lorsque ton copain te trompe, c'est souffrant. Juste croire qu'il te trompe, c'est déjà suffisant pour que tu commences à chercher des portes de sorties. Quand bien même je lui ferais confiance, si ça me rend malade, j'aime mieux être seul et m'en payer un à l'occasion lorsque je suis trop en manque. Parce qu'il dit qu'il veut se baigner à Paris. Bien, on peut y aller ensemble, mais il voudrait que je lui prouve que j'ai confiance en le laissant y aller tout seul. Je devrais pousser plus loin avec Renaud pour voir jusqu'où il irait avant de me sauter dans les bras. Tester sa fidélité, constater jusqu'à quel point cela peut exister. S'il en viendrait à laisser son copain pour moi avant de coucher avec moi, ou s'il serait finalement prêt à tromper son copain. En fonction de cela je pourrais voir s'il est bien pour moi. Ce n'est pas évident de vivre en couple à Paris, j'en serais incapable. Je ne veux pas d'appartement à Paris plus tard si je veux que ça marche entre moi et un autre. Je pense que je panique ce soir parce que soudainement je vois que Sébastien fera encore des erreurs et que je voudrai le laisser. Alors je me rends compte que je suis seul au monde.

C'est le printemps depuis le début de l'année, n'est-ce pas le commencement de l'humanité ? Il n'y aura pas de mois de mars cette année. Pas de mois de mars parce que la température est détraquée à Paris. C'est le printemps et on n'a pas à souffrir l'interminable fin de l'hiver et le réveil au printemps et l'incroyable poussée d'adrénaline qui nous pousse à faire des folies. Coucher avec Edward, coucher avec Luk, décrisser à Paris alors qu'on n'a pas un sou. La température est détraquée et cette année il n'y aura pas de mois de mars.

Hier avec Maurice je suis allé marcher sur Clichy. On a commencé par le Sacré-cœur, il y avait une messe. God, une gang de pauvres moutons qui s'apitoient sur leur misère et qui demandent à Dieu de les sauver du péché du monde. Qu'est-ce qu'il en a à foutre, pauvres pécheurs que vous êtes ! Prends pitié de nous, prends pitié de nous, misérables que nous sommes ! S'abaisser à l'humilité la plus complète, mourir de misère pour des péchés insipides, une pensée impure, j'ai eu un frisson en voyant la craque de la jupe d'une vieille peau dans le métro. It makes me want to puke! La folie humaine n'a pas de limites. Un bloc plus bas, nous voilà à la porte de Pigalle. Les gros bonhommes, pimps, nous tiraient par les manches pour que nous entrions de force dans leurs taudis de cul. C'est flatteur, d'habitude on me botte le cul parce que j'ai l'air trop jeune. Ainsi donc j'aurais vieilli, ou bien ils étaient vraiment en manque de clients ce soir-là. Le contraste entre les moutons du Sacré-cœur et les bêtes dans les clubs de Pigalle n'en est pas un. Ce sont tous des êtres humains aussi misérables les uns que les autres, certains pleurent sur des peccadilles, d'autres jouissent sur des pacotilles. Tout ce monde se démène tant qu'il peut, ils vont tous crever bientôt. Ils vont tous se retrouver au même endroit et le péché du monde sera de toute façon pardonné. Et si c'était la conscience qui faisait le péché ? Alors ce sont les moutons du Sacré-cœur qui auraient péché le plus, ils souffrent tellement dans leurs prières. Et ça ose demander des choses à Dieu. Maurice a allumé un cierge, il n'a pas voulu me dire pourquoi. Moi je ne voulais pas payer quinze francs pour un cierge. J'ai cherché une bonne raison d'en allumer un, je n'en ai pas trouvée. Santé sur ma famille et mes proches, bonheur aussi. Mais je ne voyais pas très bien où et comment mon cierge allait agir. Je ne voyais que les quinze francs que je donnais au Sacré-cœur, probablement trente fois le prix de la chandelle. Je n'encouragerai pas ceux qui veulent ma destruction. Ce sont mes ennemis, je ne l'oublie pas. Je jouissais lorsque j'ai vu qu'on avait bombardé la cathédrale durant la guerre, on nous montrait où les bombes étaient tombées et on criait au miracle de Dieu parce que la cathédrale était pleine de fidèles qui priaient sur les tombeaux de leurs morts. Une belle bombe là-dedans et on l'aurait vu la face de leur Dieu. Craignaient-ils pour la vie des fidèles ou pour leur belle cathédrale ?

Maurice croit en un Dieu créateur de l'Univers. Il prie, inutile la prière. Il faut voir plus haut, connaître les mécanismes de l'existence, ensuite on peut prier mais agir en conséquence. Il a vite réprimé qu'il croyait en Dieu, atténué par sa définition de Dieu qui n'est pas précise. Un Dieu flou, un nuage. Une force peut-être, qu'il dit. C'est merveilleux, on a honte de dire que l'on prie, que l'on croit en quelque chose sans savoir à quoi exactement. On est croyant et cela semble suffire. Eh bien je suis croyant, je crois qu'il y a un ciel et une terre et que nous sommes tous dans le même bateau. Je vous dis que si vous croyez ça aussi, il serait temps de comprendre que l'homosexualité c'est bien peu de chose et que le bateau aura besoin de tout son monde pour arriver à bon port. Laquelle destination ? Mais le ciel voyons. Tout le monde qui m'entoure est croyant et prie. J'ai vraiment dû manquer le bateau. Je dois être le fils du diable, il est temps que je fasse mes vœux, qu'il m'exauce le tout. Mes vœux seraient que l'on va comprendre la stupidité et l'insignifiance de l'humanité. Que l'on va enfin se trouver une motivation à l'existence et jouir de la vie.

Esti que la vie est plate. Un calvaire. C'est vrai que j'ai besoin de mon Sébastien et qu'il faut que je me calme. Je ne l'ai pas trompé et j'en suis heureux. C'est la seule chose qui compte finalement. Tout le reste n'en vaut pas la peine. Je voudrais faire disparaître Renaud de ma vie et Maurice et tout le monde. Je voudrais changer de vie, partir d'ici parce que je collectionne maintenant les échecs, même dans la vie sociale. Ces amis qui ne parlent que de rouages, succès et réussite. Je n'en puis plus de les écouter. Ils me disent des choses que je sais, des choses que je ne veux pas m'avouer, des choses qui bouffent mes dernières motivations. Je déteste Paris. Ils se sont inventés une vie sociale à laquelle je ne veux adhérer. J'en ai assez que tous et chacun viennent me faire comprendre que je n'ai aucune chance de réussir. J'en ai assez de tous ces gens qui se débattent pour arriver quelque part en société et qui pensent qu'ils arrivent au bout du tunnel parce qu'ils achèvent leur maîtrise à la Sorbonne. J'en ai assez de tout le monde, de leurs simagrées, de leurs productions, de tout. J'en ai assez.


Sébastien m'a laissé, ça fait plusieurs mois déjà qu'il sort avec un autre. Il aimerait bien que je n'insiste pas pour lui reparler, à moins qu'il ne s'agisse de l'argent. Il me dit qu'il ne reviendra pas avec moi. Je n'ai plus la force de commenter.

Ça a commencé tout simplement le soir où je suis sorti, le premier soir. J'y ai rencontré Sébastien. Je me souviens, il me regardait avec ses yeux charmants et pleureurs pendant que Robin me faisait une conversation du christ. Il aurait voulu me sauver, me parler à la place de Robin. Il a risqué pour demander : « Tu retournes chez toi comment ? » Il a proposé de me ramener. Quand j'allais danser il venait aussi, cela me surprend aujourd'hui car ça ne lui ressemble pas. Tout comme de sortir dans ce bar d'ailleurs. Chose bizarre il semblait seul ce soir-là. Mais il était venu voir ses amis qu'il n'a pas vus de la soirée puisqu'il est resté à côté de moi. En parallèle, c'est à peine si je m'intéressais à lui, curieux de voir les gens dans le bar. Pour une première expérience en un tel endroit, tout m'était permis. On s'est retrouvé seul et il semblait vouloir dire quelque chose. Je lui ai dit : « Parle ! ». Il a dit : « Tu es très beau ». Je n'ai pas été dans la capacité de dire quelque chose sur le coup. Deux minutes plus tard je lui disais : « Tu es très beau toi aussi ». On est allé reconduire Luc avant de me déposer, celui-ci a protesté, il disait que je devais être déposé en premier. Peut-être s'intéressait-il à Sébastien ou à moi. N'empêche, enfin seuls dans la voiture, Sébastien a mis sa main sur ma jambe et m'a pris la main. Je lui ai dit : « Wow, ça va trop vite ». Juste avant de me déposer, il a dit : « C'est de valeur, j'aurais aimé parler plus longtemps. On devrait aller prendre un café pour se connaître davantage. » Aujourd'hui je me rends compte de mon ignorance et je comprends qu'il savait ce qu'il faisait. « Je n'aime pas les mind games. J'ai envie de te prendre la main, alors je le fais. » « La littérature anglaise est intéressante, j'ai moi-même écrit quelques histoires que mon professeur a qualifiées de très bonnes. » Je lui dis que le lendemain on peut se revoir à l'université pour travailler. Le lendemain est une journée mémorable. Lui assit sur une chaise, je le regardais en réfléchissant à ses bras qui pourraient m'entourer. C'est possible et ça va arriver. Je l'observais, il était si beau, un vrai gars, je me demandais si on pourrait s'aimer. Je n'avais jamais aimé, peut-être que si, mais des illusions dès le départ ce n'est pas aimer, du moins ce n'est pas l'amour. Entre les rangées de la bibliothèque on se tenait très près. On se touchait et la sensation était incroyable. Il a proposé d'aller jouer du piano dans une petite salle exprès à l'université. J'ai été impressionné par son classique. Puis là il se décide à m'embrasser. Moi, embrasser ? Je n'ai jamais fait ça en aimant cela. Je croyais qu'il fallait me résoudre à oublier cet acte car ça ne me procurait aucun plaisir. Sur le moment je voulais plutôt être dans ses bras. J'ai dit : « J'aimerais être plus près de toi ». Je lui tenais les mains, inoubliable, pour la première fois je tenais les mains d'un homme, moi. « J'aimerais aussi être plus près. » Je me suis approché sur le banc du piano, je le tenais dans mes bras alors que son chandail était un peu relevé. Il voulait voir ma circoncision parce qu'il pensait à se faire circoncire lui aussi. Je lui ai montré et lorsque le moment fut venu de serrer ma chose, il a dit : « Pas tout de suite ». Le soir même on s'est retrouvé dans un salon de l'université après les heures. J'ai enlevé mon gilet, lui aussi, on s'est embrassé, on s'est masturbé, je le regardais, nu, il était beau. J'avais cette chaleur de son ventre sur le mien, je pouvais lui toucher le visage, les mains, lui ronger les ongles. Il s'est assis sur une chaise, je lui ai léché la queue, le bout, les couilles, le ventre, le nombril, les seins, tout. Je suis resté dans ses bras longtemps. Seigneur que la vie était belle, j'étais jeune, lui aussi, je faisais des folies, c'était enfin mon tour après avoir tant souffert. Je suis rentré chez moi vraiment heureux ce soir-là, vraiment rêveur. Le lendemain quand on arrivait dans des toilettes publiques et qu'il n'y avait personne, on s'embrassait et c'était fameux. On marchait dans les corridors vides en se tenant la main. Dans l'automobile, ses mains sur moi me faisait capoter. Je m'approchais de lui sur les routes isolées, je l'embrassais dans le cou. On a fait l'amour dans un champ vert, dans la voiture. Tous les deux, là, nus sur le banc avant. Il était assis sur ma jambe, je pouvais me coller contre lui. On a éjaculé comme des déchaînés, il me trouvait beau, je le trouvais beau. Des souvenirs pour marquer une vie. Lorsque l'on faisait l'amour dans ma chambre, il m'a dit à plusieurs reprises que j'étais son plus beau chum et que je l'excitais énormément. Un soir on a fait l'amour et j'ai pénétré en lui. J'ai éjaculé en lui. Ce jour-là je me suis considéré comme n'étant plus vierge. Bientôt ce sera mon tour. « T'es le premier que je veux voir venir dans ma bouche et que je veux sentir en moi. » Des fois on se voit, on est tellement excité, c'est l'enfer. On se saute dessus, on éjacule deux et trois fois dans la même demi-heure. Quand je le vois en caleçon, ses fesses rondes et belles, je me dis, il n'y a pas plus beau. Profitons-en pendant que ça passe, on risque fort de ne plus revoir ça un jour. Si beau quand il dort, quand il se réveille fucké le matin. Je lui fais des massages, je le touche partout, ses bras, son dos, en dessous des bras. Je l'embrasse à l'occasion, je lèche ses fesses et même plus. Il dit alors qu'il est au paradis. On est allé manger au restaurant chinois une fois. J'aime sa désinvolture, sa façon simple de dire ce qu'il veut, de demander de l'eau, de remarquer des détails qui me surprennent. C'est une expérience différente de la mienne qui roule dans sa tête. Il pense différent des gens. Il apprécie l'art, il sait apprécier ce qui est beau. J'aime sa senteur, il a une senteur particulière. Quand j'entends un piano, je réagis. Il me ressemble beaucoup, je crois. Je pense que l'on est fait pour vivre ensemble. C'est même bizarre de voir jusqu'à quel point nous avons les mêmes intérêts, les mêmes ambitions. C'est même surprenant que le premier gars que je rencontre soit pratiquement l'homme parfait pour moi. Personne n'est parfait, mais les avantages sont incroyablement satisfaisants et laissent croire que les défauts sont extérieurs et secondaires. D'ailleurs, nos principaux points de litiges sont plutôt le temps et la société qui nous arrêtent dans notre relation. Il est combien de valeur de découvrir après de telles phrases que la personne en question ne m'aime plus. Alors qu'au début je me demandais si je l'aimais, si c'était plus vert ailleurs. Je n'ai pas besoin d'aller voir ailleurs, je sais que j'ai ce qu'il y a de mieux pour moi. Je l'aime, je crois que ma vie ne peut se faire sans quelqu'un qui possède les mêmes qualités. Je m'accroche au fait que le temps nous manque, qu'on n'a pas eu la chance de vraiment se connaître. Je m'accroche aussi au fait qu'un jour notre chance viendra où l'on pourra vivre un peu ensemble afin que cette vie s'ouvre enfin à nous et que notre relation commence pour de bon. Mais il faut être réaliste, le temps et la société ne permettent pas cet état de fait. Alors je lui laisse le temps de m'aimer, de voir les choses avec plus de distance, mais il faut être réaliste. Il a rencontré quelqu'un et c'est avec lui qu'il finira ses jours. Peut-être. Les gens sont tellement changeants, méchants, je m'inquiète plus que tout d'être dans l'obligation de me trouver une autre personne dont j'anticipe les conflits. Seul Sébastien m'apportait une raison capable de distinguer les faits justement. Seul Sébastien m'apportait cette assurance que l'on ne perdrait pas vainement une énergie dans des discussions du christ et des obstinations de l'enfer qui n'aboutissent nulle part sinon à la destruction. Enfin, je crois posséder les mêmes qualités, je pense être quelqu'un de pas compliqué, dans la capacité de comprendre et de pardonner. Il caractérise la sagesse et j'adore. Trop parfait pour vivre ensemble implique une séparation. Est-ce vrai ? Je n'ai pas la chance de le croire et de me défaire de mes idées, il m'offre la possibilité de croire aux jours où nous serons heureux ensemble. Je le crois car je le veux. Il existe dans ma vie une valeur importante, la stabilité. On vieillit, on comprend qu'il nous faudra bien finir nos jours un jour. Se trouver quelqu'un, s'installer quelque part, être heureux. Mais croire que je pourrais trouver cette personne à mon âge, aujourd'hui, c'est rêver haut en couleur. Je dois rencontrer ma série de personnes intéressantes, en faire souffrir plusieurs, souffrir quelques années, j'espère au moins ne pas souffrir jusqu'à 30 ans. C'est un drôle de temps que celui où nous vivons, je n'aime guère cette liberté trop grande qui fait de notre vie une chose instable au point de vue affectif. Il faut croire, je n'ai pas fini mes réflexions, mais chose certaine, tout a déjà été dit sur le sujet et je n'ai aucune inspiration à aller y chercher. Je veux quelqu'un qui m'aime, que j'aime, une relation dans la fidélité. Grâce, j'avais trouvé, il me faudra chercher encore. J'ai plein de choses à vivre, je ne dois pas me décourager. Je vais rencontrer quelqu'un d'intéressant, des qualités différentes, des valeurs différentes, je vais être heureux aussi. Combien de temps ? Bof. Je vais les revivre ces moments extraordinaires sexuellement avec ou sans Sébastien. La vie tourne vite, on vieillit vite, on meurt tôt, peut-être même que je n'atteindrai pas les 30 ans, Sébastien non plus, qui peut prévoir l'avenir ? Vivons le jour le jour, soyons heureux, tentons les folies et espérons puisque voilà le sens de notre vie.

* * *


Note de l'éditeur : Underground est la première partie d'une trilogie. Vous pouvez lire la suite Mind The Gap et No Way Out en ligne sur le site de l'auteur : www.anarchistecouronne.com

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