Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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Bon, c’est l’heure des séparations, c’est ça ? Voyons déjà où tu m’as amené. Quelle surprise, c’est une chambre d’hôpital ! J’ai été transféré, mademoiselle ? Non ? Alors quoi. Qu’est-ce qu’il y a d’extraordinaire ici ? Eh, je te parle ! Pars pas (dis donc, tu sais que t’as de jolies fesses) Quoi, la fille ? Elle s’appelle Léocadie ? Mais qu’est ce que tu veux que j’en fasse ? Elle doit être à moitié morte à l’heure qu’il est (si c’est pas du gâchis quand même).

Bon, va t’en, puisque tu veux plus me parler. T’est comme les autres, tu te montres gentil, prévenant, tu tends la main, et puis tu te tailles sans demander son reste dès que t’en a marre. Je ne sais pas de quelle espèce tu viens, mais t’as pas à te sentir supérieur aux humains !

Bon, c’est pas tout, mais je crois que je vais m’asseoir un moment. Avoir une conversation mentale, ça frise la schizophrénie. J’ai l’impression d’avoir le cerveau qui fume. Pff, quelle histoire quand même, cet olibrius qui débarque sur terre, qui manipule tout le monde comme des poupées de chiffon et qui s’en va en expliquant que c’est pour le bien de l’humanité. Ça fait réfléchir sur les grands moments de l’histoire.

Et lorsqu’il m’a dit que j’étais officiellement mort et que je pouvais aller partout sur terre et que les hommes ne verraient pas en moi le Tudal…J’espère qu’il ne m’a pas transformé en une sorte de fantôme. Maintenant que j’y pense, je crois qu’il n’y a personne qui s’est retourné sur nous. Enfin, je vais être vite fixé, dès que je tenterai d’adresser la parole à quelqu’un. Hum…ma vie va sans doute devenir étrange. Savoir tout ce que je sais sur le Tudal, sur Chein (est-ce qu’il va se faire appeler le Chein, lorsqu’il sera maître du monde ?), sans compter que dans quelque temps, il va sûrement y avoir mon propre enterrement. Un événement planétaire, sans doute. Et quel sera le corps qui sera mis en bière ? Un sosie ?

Et il y a mes potes aussi. Gino, Romain, Marc et Fanny. Je peux aller les voir mais jamais ils ne croiront que je suis Léo. E.T. a dit que personne ne me reconnaîtrait, donc pas eux plus que les autres. Il y une solution, c’est redevenir leur ami, mais sous un nom différent. Peut-être qu’au bout d’un moment, ils feront le rapprochement. Je suis certain que c’est Gino qui verrait le premier ma ressemblance avec leur ami. Il a toujours été le plus sensible à tous ces trucs sans importances. En attendant, je boirais bien un café.

Hey, mais il y a quelque chose qui bouge dans cette chambre. Evidemment, dans les chambres d’hôpital, il y des lits, et dans les lits il y a des malades. Et les malades, ça bouge (enfin pas beaucoup, malheureusement). Dans cette chambre, le malade, c’est une jeune fille plutôt mal en point. Elle a le crâne rasé, des bandages sur la tête, un bras en écharpe et elle est inconsciente. Mais de temps en temps, elle pousse de petits gémissements et elle remue la tête. Elle doit faire un cauchemar. La pauvre.

Elle est plutôt mignonne, cette fille, si on fait abstraction de ses ecchymoses, des spasmes de crispation et de son crâne enturbanné de bandages façon "homme invisible" (oui, j’aime bien les références anciennes). C’est curieux, j’ai l’impression que je la connais ; comme pour l’infirmière de tout à l’heure. Mais ce n’est pas E.T. qui s’est déguisé, j’en suis certain. C’est une vraie personne que j’ai déjà rencontrée.

Ça y est, je sais ! C’est la fille, là…(comment il m’a dit déjà) Léocadie, je crois. Lorsque j’étais encore dans le corps de l’autre gus (enfin dans mon corps, mais j’avais pas vraiment l’impression d’être chez moi. La déco était pas à mon goût), et qu’on se roulait par terre après la décharge de chaleur, il a tourné son attention mentale vers la fille et je me suis rendu compte qu’elle avait eu un accident plutôt sérieux (Oui, tout ce qu’il a ressenti, je l’ai ressenti aussi. Vous imaginez le nombre de choses que j’ai vues en un an ? Oui, ça fait réfléchir.) Je suis content qu’elle s’en soit sortie. En plus, c’est un peu grâce à elle si l’autre, il m’a laissé tomber (même si elle faisait juste partie du Plan, d’accord).

Qu’est-ce qu’elle est belle quand même ! Même le visage tuméfié, sans cheveux, les yeux gonflés, je la trouve magnifique. Plus je m’approche d’elle et plus j’ai envie de l’embrasser. C’est plus fort que moi. Peut-être suis-je le prince charmant dont sa bouche a besoin pour redonner vie au reste de son corps. Je l’embrasse. Je ne vois pas pourquoi je me priverais ; même si ça ne marche pas, ça ne coûte rien d’essayer. Et si ça marche…

Voilà, c’est fait, je me redresse doucement d’au dessus d’elle, je lisse ses draps, je la regarde tendrement (dans les médiafilms, c’est comme ça qu’il faut faire). On ne peut pas dire que le résultat soit spectaculaire. Elle est toujours dans le coma et elle fait toujours la grimace. D’ailleurs, est-ce qu’on lui injecte la même chose que moi dans les veines ? Je ne sais pas si c’était de la morphine ou un dérivé opiacé (je maîtrise bien le sujet, je vous rappelle que j’ai été dealer) mais, l’effet était plutôt corsé. Pff, aujourd’hui, on ne peut plus savoir ce qu’on nous envoie : c’est un tuyau qui sort du mur avec un code informatique. Le seul indice, c’est la couleur du liquide (et c’est un peu faible pour en déduire la composition chimique). Il y a peut-être des indications sur le fichier média qui défile sur l’écran…

Hé, mais elle a les yeux ouverts ! De grands yeux bleus (profonds comme des océans, si j’osais. Qu’est-ce que je peux être lyrique des fois...) Ça a marché, je l’ai réveillée. Est-ce qu’elle est dans le gaz ? Je remue ma main, elle la suit des yeux. C’est bien, ma grande. Au moins, t’es pas un légume.

_ Bonjour, me dit-elle, de sa petite voix sucrée qui fait fondre les velléités des plus brutes des brutes (Non seulement je suis pas devenu un fantôme, mais en plus je deviens poète).

Je ne sais pas trop quoi dire, mais quelque chose me dit que je ne dois pas chercher des mots trop compliqués dans un premier temps. Alors je réponds « bonjour ».

_ Tu t’appelles comment ?

Elle est directe la petite, mais j’aime ça. Quand je la regarde dans les yeux, j’ai l’impression de voir une gamine de 6 ans, tellement qu’elle déborde de candeur.

_ Je suis Léopold, dis-je en posant ostensiblement ma main sur ma poitrine.

Là, je vois la petite faire des efforts pour réfléchir et qui grimace – à moins qu’elle aie mal quelque part.

_ Moi…je sais pas.

_ T’a oublié ?

_ Beh…oui.

C’est trop mignon. Elle a perdu la mémoire. Elle a tout oublié des actions qu’elle a mené contre le Tudalisme, de son meurtre (bien qu’en définitive ce soit le Tudal qui aie tué Paul), son terrible accident.

_ Tu t’appelles Léocadie, lui dis-je.

Elle a bien le droit de le savoir, après tout. Et ça peut déclencher le retour des souvenirs.

_ C’est pas très joli, dit-elle en rigolant. T’es sûr que c’est pas une blague ?

_ Non, non. C’est ton prénom.

Pour le retour des souvenir, c’est raté.

_ Bah, j’aime pas. Je préfère…Rose.

C’est adorable rose. En plus, le rose et le bleu sont des couleurs qui s’harmonisent très bien.

_ Bon, alors tu t’appelles Rose.

Elle avale sa salive (ce qui semble être un acte plutôt douloureux) et elle me demande :

_ Tu fais quoi dans la vie, Léopold ?

Qu’est-ce que c’est bon d’entendre son prénom prononcé par une voix aussi suave. Ça m’en réchauffe le cœur. Il n’empêche que je ne sais pas trop quoi répondre. Je me verrai bien lui dire que je viens de faire un stage d’un an comme "maître du monde", mais je ne suis pas sûr qu’elle comprenne (qui comprendrait, d’ailleurs ?). Mais qu’est-ce que je faisais auparavant ? Bien sûr ! J’étais magicien de rue.

_ Je suis magicien, annoncé-je modestement.

_ C’est vrai ! s’exclame-t-elle en se redressant. Fais moi un tour, s’il te plait.

Ses yeux me renvoient l’excitation que je lisais dans ceux des enfants, à l’époque où j’exerçais mon art dans les rues les plus passagères de France. Comment résister à une si jolie demande ? Dans un cas comme celui-ci, j’ai toujours un tour-minute, qui consiste à faire apparaître une carte de visite à un endroit quelconque de l’anatomie du client (oreilles, épaules, poche…). Mais je n’ayant pas de carte sur moi, je me rabats sur le bouquet de fleurs artificielles qui est posé sur le chevet (tout de même bien mieux adapté à la situation). Avec un peu de chance, elle ne l’a pas encore remarqué.

_ Attention, commencé-je. Ouvre bien tes yeux.

D’un geste vif, j’attire son regard avec ma main gauche, et j’attrape le bouquet de la main droite (c’est l’enfance de l’art. J’ai presque honte de faire un tour aussi simple.) Lorsque mes deux mains se rejoignent, je suis en train de lui tendre le bouquet.

Léocadie/Rose rit comme une petite fille et sort une main violacée de sous ses couvertures. Elle se redresse encore un peu, tente de remettre une mèche de cheveux en place (son geste s’arrête en pleine apothéose et son sourire s’obscurcit), puis attrape le bouquet qu’elle pose sur le drap. Je m’assoit également sur le lit et pose ma main sur la sienne. Mes yeux sont complètement perdus dans l’azur des siens, comme un nageur au milieu d’une mer d’huile.

_ Comment tu sais mon prénom ? lance-t-elle. On se connait, c’est ça ?

Je serre sa main.

_ Hum…oui, c’est ça. On se connais même très bien.

_ Et c’est toi qui m’a embrassé ?

_ Euh…

_ C’était bien, tu veux pas recommencer ?

Je l’embrasse a nouveau, longuement, tendrement. Ses lèvres douces épousent les miennes comme deux pièces d’orfèvre parfaitement adaptées l’une à l’autre. C’est le plus beau jour de ma vie. Cette fille, j’ai envie de l’emmener au bout du monde, de la garder rien que pour moi. Je ne sais pas si c’est un cadeau de Dieu, du Diable, ou de l’Autre…mais les cadeaux, je n’ai pas l’habitude de les refuser. Je ne sais pas combien de temps il me reste avant d’être rattrapé par le Tudalisme, mais je compte bien profiter au maximum de chaque minute de liberté.

Nos bouches se décollent enfin, comme à regret.

_ Tu peux marcher ? lui demandé-je.

_ Je sais pas, me répond-elle d’un air amusée. Tu veux m’enlever ?

_ Oui.

Elle essaie de se lever. Je l’imagine avoir les même vertiges que moi lorsque je réalisais ce geste quelques minutes auparavant. J’ai eu une aide pour me permettre de surmonter mon apathie médicamenteuse ; elle aura mon bras pour l’empêcher de tomber. J’ouvre la porte, je la soutiens et nous nous engouffrons dans le couloir surpeuplé.

Pour la suite ? Je n’ai jamais été à cheval sur la légalité et ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer. Je vais d’abord voler un véhicule dans le parking (de toute façon, je suis mort, alors je ne risque rien). Ensuite, je me débrouillerai pour la faire suivre par un médecin déchu, on habitera dans des planques sympathiques et accueillantes (à moins que l’on frappe à la rue du quai, pourquoi pas), je me ferai un peu d’argent de poche par des moyens détournés, je nous payerai des faux papiers et puis on s’enfuira le plus loin possible du Tudalisme.

_ Tu sais parler chinois ? demandé-je.

Elle rigole.

_ Non. Peut-être que j’ai oublié. Et toi ?

_ Non, pas encore.

Nous traversons les nombreux services de l’hôpital et croisons des infirmiers nonchalants, des mères éplorées, des vieillards impotents, des chirurgiens sérieux. Un concentré de la diversité humaine, peut-être (le Tudal pourrait le dire). Nous arrivons à la maternité, où je fais passer ma Rose pour une jeune maman fatiguée (je n’arrive pas à croire que les gens croient ça, avec la tête qu’elle fait ! Ce service est un havre de béatitude et de crédulité). A coté de nous, un cri de nouveau-né se fait entendre, étouffé par une double rangée de portes. Tout de même, qu’est-ce que ça braille un mioche ! Au bout du couloir, une issue de secours, de l’autre côté, un parking, dans ce parking, notre destinée.


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