Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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1.6


La porte ne fit pas le moindre bruit lorsque Léopold sortit de l’appartement de Paul. Il avait troqué sa soutane orange contre des vêtements légers, et peu voyants.

Sur la table de la cuisine, gisait un mot :

« Je te fais confiance pour la conférence de presse. Je pense que jeudi serait un bon jour. Je suis parti à pied. Je rentrerai dans la soirée. Je prends la température dehors »

Prendre la température signifiait déterminer si les gens avaient été réceptifs à sa prestation médiavisée. Bien sûr, la véritable température ne pouvait être prise que lorsque sa déclaration à la presse aurait été réalisée et que sa réputation serait assise. Mais une réaction à chaud pouvait tout de même s’avérer bénéfique pour sa compréhension de la nature humaine.

Léopold parcourut la presse pour savoir si un quelconque quotidien traitait de la mystérieuse multiplication des parapluies ou de la coupure de la transmission de l’émission. Aucune trace. Il continua donc son pèlerinage matinal.

Un peu plus tard, il s’arrêta dans un bar du 6è arrondissement et commanda un café et un croissant : il fallait bien qu’il nourrisse sa carcasse. Personne ne le reconnaissait. Malgré tout, Léopold savait que les choses allaient bon train. En se concentrant un peu, il percevait les courants de pensée le concernant qui fusaient dans tous les coins de la ville, et cela l’emplissait d’un courage exemplaire pour mener son dessein à bien.

Par exemple, dans le troquet, le serveur qui nettoyait consciencieusement les tables avait entendu parler de lui. Mais il ne le connaissait pas encore, il ne l’avait jamais vu. Il avait seulement eu vent de ce que sa femme avait pu dire de l’événement lorsqu’elle était rentrée se coucher, à quatre heures du matin. Lui, n’avait eu que faire des boniments de son épouse, il devait se lever deux heures plus tard, et, bon sang, qu’elle le laisse dormir.

Des témoignages muets tels que lui-ci, Léopold pouvait en capter plusieurs. Mais le test grandeur nature le plus important, il le savait, aurait lieu au marché de Croix Rousse, où il avait donné un rendez-vous aux médiaspectateurs. Compte tenu de l’heure à laquelle ceux-ci avaient dû se coucher, il ne se rendrait sur place qu’à partir de onze heures.

« Je te fais confiance pour la conférence de presse » disait le papier qu’il avait laissé à l’encontre de Paul.

En effet, Léopold pouvait avoir confiance en Paul. Mais il n’en serait pas de même pour tous ses futurs collaborateurs. Il avait besoin de spécialistes dans divers domaines et avait déjà son idée sur l’identité de certains d’entre eux. Tous seraient dévoués, mais aucun au même point que Paul Sampan. C’était écrit.

Ces spécialistes allaient devoir être choisis avec soin, mais la tâche n’était pas aussi complexe qu’elle en avait l’air. Pour déterminer les différentes personnalités dont il avait besoin, il fallait simplement qu’il repense aux différentes définitions qu’il se faisait d’une religion. Pour lui, une religion pouvait être perçue de plusieurs façons :

Premièrement, comme un lieu de culte, de recueillement et une source de réconfort.

Deuxièmement, comme une entreprise libérale ayant des besoins financiers, des clients, des fournisseurs, et bien sûr, un produit-phare associé à une stratégie de communication – lui.

Troisièmement, comme un mini-état qui a ses aspirations économiques, politiques et militaires.

Quatrièmement, comme une secte, pourvue d’un gourou charismatique, de fidèles dévoués et généreux, avec toute la manipulation des esprits que cela engendrait.

Lieu de culte, entreprise, état et secte. Quatre orientations distinctes. Quatre axes de travail. Quatre spécialistes.

Léopold se réservait les rôles d’objet de culte, de source de réconfort, de produit de consommation, de chef d’état et de gourou. Paul constituait le pôle communication de son entreprise naissante – ainsi qu’une source première de capitaux. Les rôles de maître de guerre, de financier et d’expert en manipulation étaient en attente.

Il quitta le débit de boisson et reprit sa marche en direction du marché hebdomadaire. Le point déterminant dans le choix de ces partenaires serait bien sûr l’absence totale de crédulité envers sa démarche religieuse, et une discrétion exemplaire. Il ne voulait pas être entouré de moutons serviles et dévoués à sa cause, ni de poltrons suspicieux.

Plus l’étalon est sauvage, plus sa capture et son apprivoisement sont méritants, conclu-t-il pour lui-même.

Quelques enjambées plus tard, un homme le héla. Léopold ne l’avait pas sentit s’approcher, car il n’avait capté dans son environnement aucune onde cérébrale le concernant.

_ Oui mon fils, formula-t-il aussitôt à son encontre.

L’homme se reprit, s’excusa de son erreur et gêné, s’éloigna. Lors de la réponse de Léopold, l’inconnu avait cru qu’il était un prêtre en civil. Curieux pour un dimanche, en effet.

Puis, il fit une nouvelle halte dans un bistrot, dans le 2nd , où il paya son café plus cher. Là, il sonda quelques esprits afin de déterminer – ou plutôt de se confirmer – les éléments dont les humains avaient réellement besoin pour vivre. Cela lui était nécessaire à la poursuite de ses plans. Les résultats qu’il collecta dans les diverses consciences présentes ne le surprirent pas :

un climat acceptable, de l’oxygène, de la nourriture, de l’eau, un peu d’espace, ces besoins étaient communs à tous les êtres vivants de la planète. Un toit, un lit, une occupation quotidienne, des amis, des loisirs et des relations sexuelles était les nécessités spécifiques à l’être humain. Ensuite venaient des habitudes qui s’étaient imposées en mode de vie : cigarette, café, vin, médiatechnologie et hobbies en tous genres. Il leur était possible de se passer de ces éléments, mais pas sans une période d’adaptation. Les humains avaient également un besoin de communication avec autrui, plus ou moins exacerbé selon les individus, un besoin de croire, et un besoin de trouver un objectif à leur vie. La religion combinait ces trois derniers points une avec une efficacité étonnante.

Il sortit de l’établissement en souriant. Tous ces besoins étaient autant de leviers indispensables pour manipuler efficacement les masses. Le tout était de définir quelle combinaison était la plus efficace.

Près d’une heures plus tard, après maints détours et faux chemins, Léopold fut enfin en vue de l’église catholique Sainte Elisabeth, qui jouxtait le marché. Sans raison, il y pénétra vivement et fut alors frappé par la froideur des lieux. Comment les humains parvenait-ils à s’entasser dans des édifices aussi peu conviviaux ? L’austérité de ce bâtiment, cumulée à la cruauté des images pieuses, représentant les différentes étapes du calvaire du Christ, lui rappela les époques maudites de l’inquisition et de la chasse aux sorcières. Le XIIIè siècle : âge d’or du pouvoir tentaculaire de l’Eglise catholique. Choquer pour mieux régner était désormais un concept révolu, qui s’était définitivement éteint avec l’assassinat du dernier dictateur. L’homme entrait dans une ère de communication globale, de "multiplication des images", comme lui avait soufflé Carlos Miros, d’une fraternité nouvelle à construire.

Le besoin d’accomplissement personnel ne passait plus par le culte de d’un martyr oublié, dont l’existence était remise en cause tous les dix ans par un théologien éclairé ; mais par un intermédiaire conscient des aspirations générales, des nécessités premières de l’humanité, d’un meneur de chair et d’os, représentant une nouvelle génération de croyants.

Il serait ce meneur.

Sans se signer, il émergea en trombe du bâtiment religieux et se plongea dans l’agitation de la place Camille Flammarion. La clarté du jour lui sauta au visage, comme une vague douce et tiède, et un sain grondement de consciences le submergea. C’était cela, l’humanité : une multitude de personnalités, un fourmillement d’individualités, une pléiade de caractères, de tempéraments différents et uniques.

Léopold se mêla allègrement au brouhaha sonore et spirituel qui régnait, s’imprégnant des pensées fugaces qui couraient, des coups de colères, des appels à l’aide, des prises de position, des coups de cœurs, des crises de rire.

L’humanité était si riche, il fallait qu’elle soit sauvée.

Une main tremblante se posa sur son épaule. Il se retourna.

_ Est-ce que c’est vous ? demanda une dame âgée, le visage pétrifié d’admiration.

Léopold présenta sa mine la plus rassurante.

_ Je le crois, assura-t-il.

_ Monsieur, une amie était à l’émission, hier soir. Elle n’a pas pu venir, mais elle m’a dit ce que vous aviez fait. Je voulais vous toucher avant de…de partir.

Une agitation gagna les personnes les plus proches. Léopold capta des bribes d’évocations mentales. C’est qui ? C’est le fou ? Il est venu, alors. Il est encore plus beau en vrai. Qu’est-ce qu’il nous veut celui-là ? J’ai oublié de prendre mes carottes.

Un petit attroupement se forma autour de Léopold. Les gens voulaient être rassurés, toucher le prodige dont on leur avait parlé. Evidemment, les plus intéressées étaient des personnes âgées et dévotes, mais quelques jeunes assistaient à la scène avec un œil attentif. Léopold capta, entre autres, les lueurs des auras de Léocadie et de Romain qui s’approchaient de lui. Léopold promit à une femme de venir soigner son mari atteint d’une pneumonie, assura à une autre que son défunt mari reposait en paix et encouragea un bambin qui voulait devenir prêtre.

Puis, devant la prolifération anarchique des demandes inutiles ou incongrues, il interrompit sa distribution de serments et leva ses bras au ciel afin d’entamer un laïus salvateur :

_ Messieurs, mesdames, je vous prie de vous recueillir un instant. Nous sommes en effet dans un lieu propice à la plus grande modestie, et à la plus sincère des componctions, devant l’œuvre de Sainte Élisabeth de Hongrie, épouse de Louis IV, qui au XIIIè siècle fonda un grand hôpital à Marburg. Sa vie fut exemplaire, ce qui lui permit d’accéder à la postérité et de voir édifier en son nom plusieurs monuments, dont cette magnifique église. Le destin de cette femme exceptionnelle devrait vous guider à chaque fois que vous venez en ces lieux bénis, et vous éclairer sur le sens que doit prendre la vie de chacun d’entre nous. Maintenant, prions en silence.

Des têtes se baissèrent. La température était plutôt bonne.

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