Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d’un monde sans cœur et l’âme d’une époque sans âme. Elle est l’opium du peuple Karl Marx 1








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1.8


Les micros sifflèrent fortement dans l’air froid du vieux Lyon, puis se calmèrent lorsqu’ils furent éloignés des enceintes. Pendant que les techniciens étaient occupés à la mise en place des éléments sonores, une centaine de personnes se groupèrent sur les pavés de la place des Terreaux. Le vaste balcon en marbre de l’hôtel de ville attirait tous les regards, tant les décorations orange qui le bordaient était insolites et ostensiblement éclairées.

Malgré l’heure peu avancée, la nuit était déjà tombée sur cette partie du globe. Toute la ville vivait sous la clarté de la lumière artificielle, dont ne manquait pas ce quartier particulièrement animé. De fait, de nombreuses personnes venaient, par curiosité ou intérêt, se placer sous les halos disparates des lanternes ou dans le cône vif des spots.

Parmi les spectateurs, des questions circulaient. Certains se demandaient quel allait être le contenu de l’allocution, d’autres comment serait vêtu l’intervenant, et d’autres pourquoi il tenait tant à s’exprimer en extérieur. Mais personne ne demeurait réellement indifférent à cette exhibition subite et inattendue.

Le dernier réglage fut opéré à 19 h 49. L’imposante silhouette orange se présenta au public dans la minute qui suivit. Quelques timides applaudissements accueillirent son apparition, mais ils furent vite étouffés par les gestes modérateurs du messie, et les mains retrouvèrent leurs poches. L’intervenant ne portait rien d’autre que sa singulière soutane orange, mais ne manifestait aucun signe de gêne due à l’extraordinaire fraîcheur de la nuit. Il avait même posé ses deux mains à plat sur l’épaisse rambarde de pierre, lorsque ses premiers mots percèrent la froide ambiance :

« Messieurs, Mesdames, chers amis, chers frères. Le temps n’est pas idéal, ce soir, pour m’exprimer de vive voix, mais je suis tout de même présent, et ravi de voir que vous êtes au rendez-vous. Laissez moi vous dire que vous, qui avez bravé le froid pour venir me voir, êtes des visionnaires. Oui, vous êtes des visionnaires car vous avez compris avant tout le monde à quel point ma présence – ou devrais-je dire ma venue – est un évènement important, qui va changer vos vies à jamais. Que vous soyez croyants ou pas, catholiques ou pas, pratiquants ou pas, cela n’a plus d’importance, désormais. Vous êtes tous égaux devant les bouleversements qui se préparent.

« Je sais que de nombreux bruits circulent déjà sur mon compte. Certains sont vrais, d’autres faux. Je ne suis pas parfait, je ne suis pas un dieu. Comme je l’ai déjà dit, je suis un homme, fait de chair et de sang, j’ai les mêmes problèmes que vous, les mêmes doutes, les mêmes angoisses. Je vous comprends et je sais ce que vous ressentez, au plus profond de vos êtres. Je sais que vos existences ne vous plaisent pas, que vos habitudes vous étouffent, que vos travails vous anéantissent et vous brident. Je sais que vous avez tellement cherché une solution à vos problèmes que vous vous êtes arraché les cheveux, que vous avez sombré dans l’alcoolisme ou dans la dépression.

« Il est possible de sortir du lot, d’assouvir vos envies, de prendre en main votre destin. Je vous le dis, c’est une question de volonté et de confiance en vous. Mais si vous le voulez, je peux vous aider, j’en ai le pouvoir, et je l’ai montré précédemment. Je peux être votre guide, car mon but est de changer le monde. Oui, vous avez bien entendu "changer le monde", c’est mon objectif. Mais pour y arriver, j’ai besoin de votre aide. Car aussi grand que soit ma volonté et le pouvoir qui m’est accordé, c’est vous, et vous seuls qui pouvez agir sur le terrain, qui pouvez propager mes idées et mes convictions, qui pouvez faire avancer la grande machine que je suis en train de construire pour vous.

« Vous remarquerez que mon discours est semblable à celui que j’ai prodigué à la médiavision. Je ne change pas de point de vue, ni de ligne de conduite. Vous, par contre, vous devez vous préparer à un changement radical dans vos modes de vie, un changement qui n’a jamais été réalisé auparavant, qui n’a jamais été envisagé par le plus ambitieux des sociologues, qui n’a jamais été rêvé par le plus talentueux des politiciens. Vous n’imaginez pas quelle sera votre existence dans un an, quelle révolution se prépare à l’horizon.

« Autour de vous, les religions s’envolent comme des fétus de paille. Aucun culte n’a aujourd’hui la moitié du pouvoir qu’il avait il y a cent ans. Les valeurs s’effondrent, les idéaux disparaissent, les croyances reculent, ce sont les fondements de la société humaine qui sont en déclin. Mais de tout cela, vous vous en moquez bien, et vous avez raison. Car ce qui importe, c’est ce qui se passe ici et maintenant, c’est la situation de millions de gens perdus, esseulés, disséminés. Ce que je compte faire, c’est les trouver et les rassembler. Tel une étoile lumineuse, je vous montrerai la voie de l’accomplissement. Me rejoindre aujourd’hui, c’est monter dans une voiture alors que les autres sont à pied, c’est prendre une avance considérable et tellement simple à obtenir qu’il serait bête de la refuser.

« Je ne suis pas venu pour vous imposer quoi que ce soit, ni pour faire un long discours sur l’importance de la religion dans notre société, sur la décadence spirituelle dans laquelle le monde est engagé. Non, vous n’êtes pas venus pour entendre un bonimenteur, un beau parleur, mais pour être rassurés, pour être compris.

« Ce que je vous propose, c’est de devenir acteurs de l’histoire, au lieu d’en être les spectateurs, d’écrire au lieu de regarder, d’agir au lieu d’attendre, de vivre au lieu de mourir à petit feu. L’Histoire est en marche, et je parle de l’Histoire avec un grand H, celle que vous avez commencée à écrire en vous déplaçant pour me voir, malgré la nuit, le froid, la circulation et la fatigue de la journée.

« Quand je vous regarde, je vois des gens actifs, déterminés à prendre le taureau par les cornes, à choisir leur destin et celui de leurs enfants. Messieurs, Mesdames, mes amis, mes frères, je vous félicite pour tant de bon sens, et je vous salue. Merci.

« Messieurs les journalistes, je vous retrouve en bas, au chaud, dans le salon. »

Une pluie d’applaudissement jaillit du public, qui s’était gonflé depuis le début du monologue. Impassible et souriant, Léopold attendit qu’ils se tussent, puis réintégra l’intérieur de l’hôtel de ville en gratifiant l’assistance d’un geste de la main. Dans l’aménagement de la chambre préfectorale, il aperçut Paul, calme comme toujours, mais visiblement tendu et fatigué, puis descendit les marches qui menaient au salon. Des journalistes l’attendaient déjà, profitant de la circonstance pour prendre une tasse de café, alors que d’autres investissaient vigoureusement la pièce en se soufflant sur les doigts.

Léopold prit place au bout d’une longue table improvisée, et invita les arrivants à s’installer de part et d’autre.

_ C’est tout ce qu’il y de plus simple, indiqua-t-il, mais c’est fonctionnel. N’hésitez pas à reprendre du café, il est offert par la marie.

Certains des invités sourient, l’un d’eux se hasarda :

_ Vous n’avez pas froid, M. Tudal ?

Léopold eut un sourire modeste, mais compatissant.

_ Vous savez, j’ai été élevé à la dure. Mais ne vous y trompez pas, j’ai aussi froid que vous.

Les hommes et femmes, spécialistes en information et en investigations médiavisées, prirent peu à peu place autour de la table, et branchèrent leurs enregistreurs digitaux sur la console qui était posée en son centre. Chacun, y compris Léopold, se dota d’un microphone individuel qui était relié par infrarouge à cette console, ceci afin d’éviter la prolifération des fils. Les caméras restaient postées en retrait, à l’affût du moindre mouvement de la part de l’homme en orange.

_ Très bien, commença Léopold. Je vous écoute.

La femme qui était la plus proche de lui prit la parole la première.

_ Etes vous rattachés à l’Eglise catholique ? questionna-t-elle.

_ Oui, fit Léopold. J’ai un rang de prêtre, dans la hiérarchie catholique. J’ai le pouvoir de célébrer des messes et d’officier des mariages, des enterrements et toutes les autres cérémonies traditionnelles. Je peux confesser et proférer le pardon divin, mais dans mon cas, le lien avec Dieu est plus direct qu’avec mes confrères, et le jugement est plus impartial. Il est donc dangereux de me demander d’entendre vos confesses.

_ Vos propos sont toujours aussi ambigus qu’au premier jour, remarqua un autre journaliste. Que proposez-vous en fait, quel est votre programme ?

_ Je ne suis pas un politicien, s’étonna Léopold. Je n’ai pas de programme. Mon œuvre se place dans le long terme. Joignez-vous à moi et vous verrez.

_ Mais comment se joindre à un mouvement que l’on ne comprend pas ?

_ Vous ne le comprenez pas parce que vous réfléchissez avec votre cerveau, et non avec votre cœur. C’est sans doute votre métier qui vous incite à un tel détachement, mais vous devriez prendre la vie avec un peu plus de passion.

_ Etes vous médium, ou astrologue ? interrogea-on sans transition.

_ Non, mais je sais décrypter les signaux que vous émettez, malgré vous. Vous n’en êtes pas conscient, mais vous vous trahissez vos émotions à chaque haussement de sourcil.

_ Que trahissent les miens ?

Le reporter en question nota avec satisfaction que le messie marquait un temps d’hésitation. Il avait réussi à le déstabiliser avec sa surprenante question. Puis un brusque trou noir se forma dans sa tête. Il ne savait plus de quoi il était en train de parler. Il se vautra en arrière dans sa chaise, sous le regard ébahi de ses confrères, et demeura prostré.

_ Je pense que ce n’est ni le lieu ni le moment de s’adonner à un exercice de divination, dit sèchement léopold. Une autre question ?

_ Que signifie la couleur orange ? fit un journaliste à l’autre bout le table.

_ C’est une bonne question, acquiesça Léopold. J’ai choisi la couleur orange car c’est celle qui rassemble le mieux les valeurs que je défends. L’orange est la couleur symbolique du feu, il représente d’énergie à l’état brut. En outre, il est à mi-chemin entre le jaune du soleil, du céleste, et le rouge du sang, des hommes. Je compte également me placer en intermédiaire entre dieu et les humains.

« Par contre, je peux vous dire que c’est difficile à laver.

Les invités eurent à cet instant un rire artificiel et condescendant – fait totalement transparent aux yeux de Léo. Cependant, il avait réussi à détendre quelque peu l’atmosphère.

_ Et les trois bandes blanches ? reprit le même homme.

_ Là, signala Léopold, vous touchez au fondement de mon mouvement. Ces trois bandes blanches, fines et verticales, représentent la nouvelle trinité, ou devrais-je dire le renouveau de la trinité. Elle se compose du père, du fils…et de moi. Cette triade sera à la base des bouleversements que je vous propose.

_ Vous allez donc révolutionner les racines même du christianisme, s’exclama le journaliste. Pourquoi ne l’avez vous expliqué à personne avant aujourd’hui ?

_ Qu’est ce qui vous fait croire que personne n’était au courant ! J’ai donné la signification des ces bandes à tous ceux qui en ont formulé la demande, comme vous. J’aime que les réponses fassent suite à des questions.

Alors que le journaliste qui affichait toujours un air abruti montrait des signes de réveil et semblait vouloir prendre la parole, Léopold reprit, d’une voix sonore et didactique :

_ Le chiffre trois est l’un des plus important de l’histoire des religions. Les débats sur la trinité chrétienne ont divisé les croyants durant des siècles, donnant naissance à l’Eglise orthodoxe lors du concile de Nicée. Dans la religion hindoue, les trois dieux principaux, à savoir Brahmâ, le concepteur de l’univers, Vishnou le conservateur et Shiva, le créateur – destructeur, ne forment qu’une seule entité toute puissante. Oui, au fond ?

Un jeune homme levait négligemment sa main depuis quelques minutes. Il parut surpris d’être choisi.

_ Quel est votre avis sur les textes de la bible ? demanda-t-il timidement.

_ La bible est certes de nature complexe, et peu de personnes se risquent aujourd’hui à en entreprendre la lecture dans son format original. Mais son contenu est historique et je m’oppose à tout remaniement officiel, ou à toute relecture, comme on peut l’entendre à la médiavision.

_ Comptez-vous faire d’autres miracles ? glapit une voix éraillée, à la gauche de Léopold.

_ Je n’en ai aucune idée. Soit dit en passant, avisa-t-il, acerbe, les miracles ne sont pas une discipline olympique pour moi, et vous comprendrez vite que ce sujet m’est désagréable à évoquer. Je ne veux pas que les hommes aient besoin de voir pour croire.

_ Quel est votre point de vue sur les autres religions ? reprit la même voix, provenant d’une petite femme blonde, ligotée dans un tailleur bleu marine.

_ Je tolère et je respecte toutes les religions du globe, dans le sens où elles ne sont pas des concurrentes, mais des compléments au catholicisme. Mais je me suis déjà étalé sur le sujet, regardez donc la cassette de mon premier passage à la médiavision.

Décidément, cette femme ne lui était pas sympathique. Il considéra alors que suffisamment d’informations avaient été divulguées pour cette fois, et coupa court à la réunion d’un geste de la main.

_ Une dernière question, s’il vous plait, pria quelqu’un.

Ce "quelqu’un" était un homme d’un certain âge, qui n’avait pour l’instant pas prononcé un mot et était resté en retrait des échanges. Etrangement, il n’avait pas d’enregistreurs et prenait des notes à l’aide d’un vieux stylo mâchouillé. Léo décida d’accepter sa requête.

_ Quel est votre but à court terme, que comptez vous faire maintenant ? Questionna-t-il.

_ Pour l’instant, je vais continuer ce que j’ai entrepris. Et je célébrerai une messe tous les vendredis soir.

_ Et ensuite ?

_ Ensuite, vous verrez.

Il se leva.

_ Je vous remercie, conclut-il.

Et personne ne posa plus la moindre question.

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