Rapporteur : Saddek Aouadi, Professeur, Université d’Annaba








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Pour cela, l’auteur de Le texte du roman n’hésite pas de remplacer, en 1967, le terme Dialogisme par Intertextualité. Kristeva adoptera l’intertextualité comme une notion purement linguistique limitée au domaine de la littérature

comme un dialogue entre les textes, ou bien « un croisement de surfaces textuelles , un dialogue des plusieurs écrits de l’ écrivain, du destinataire  « ou du personnage », du contexte culturel actuel ou intérieur »(9).

Le sens de l’intertextualité chez Kristeva est inclut dans la problématique de la productivité textuelle qui se cristallise comme un travail du texte et ne peut être connu qu’après l’intégration d’un autre concept celui d’Idéologème qui est emprunté au Bakhtine « L’acception d’un texte comme idéologème détermine la démarche même d’une sémiotique qui, en étudiant le texte comme intertextualité, le pense aussi dans [texte] la société et l’histoire » (10).

Elle a défini l’intertexte comme « Champ général des formules anonymes dont l’origine est rarement réparable, des citations inconscientes données sans guillemets » (11).

Donc l’intertextualité pour Kristeva est un processus indéfini, une dynamique textuelle, une transposition «L’intertextualité est la transposition d’un ou plusieurs système de signes en un autre, il s’agit moins d’emprunt, de filiation ou d’imitation que des traces souvent inconscientes difficilement isolables, le texte ne se réfère pas seulement à l’ensemble des écrits mais à la totalité des discours"(12).

En soutenant Kristeva dans sa conception de texte comme productivité, Barthes expose dans un article paru en 1973 dans L’Ecyclopédia Universalis les concepts définis par Kristeva dans le cadre de la théorie du texte

«Le texte est une productivité. Cela veut dire qu’il est le produit d un travail (tel que pouvait l'exiger la technique de la narration et la maîtrise du style) mais le



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théâtre même d’une production ou se rejoignent le producteur du texte et son lecteur : le texte «  travaille » à chaque moment et de quelque coté qu’on le prenne ; même écrit (fixé) il n’ arrête pas de travailler d’entretenir un processus de production. Il déconstruit la langue de communication de représentation ou

d’expression (là ou le sujet individuel ou collectif peut avoir l’ illusion qu’il imite ou s’exprime) et reconstruit une autre langue »(13).

Barthes va plus loin dans sa définition de l’intertextualité en considérant que tout texte est un intertexte, car ayant opéré sur la langue un travail de redistribution, déconstruction, dissimilation

«  tout texte est un intertexte, d’autres textes sont présents en lui à des niveaux variables, sous des formes plus ou moins reconnaissables ; les textes de la culture antérieure et ceux de la culture environnante ; tout texte est un tissu nouveau de citations révolues. Passent dans le texte redistribué en lui des morceaux, de codes, de formules, de modèles rythmiques, des fragments de langages sociaux […] » (14).

De là, on peut déduire qu’il y a une double interaction : entre le texte et le lecteur d’une part et le texte et la langue d’une autre part.

Définir l’intertexte par un effet de lecture peut signifier pour Barthes revendiquer et assumer La subjectivité de la lecture. En évoquant –dans le Plaisir du texte- les ramifications qu’une mémoire alertée par un mot, une impression, un thème engendra à partir d’un texte donné, Barthes avoue que Proust est pour lui le prisme à travers lequel et indépendamment de toute chronologie, il lit les autres textes comme si ses œuvres étaient toujours présentées dans sa mémoire


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« Lisant un texte rapporté par Stendhal (mais qui n’est pas de lui), j’ y trouve Proust par un détail minis cule. L’évêque de Lescar désigne la nièce de son

grand vicaire par une série d’apostrophes précieuses ( ma petite , ma petite , ma jolie brune , ah petite friande ) qui ressuscitent en moi les adresses des deux courriers du Grand Hôtel de Balbek, Marie Genest et Céleste Abbaret, au narrateur(Oh ! petit diable aux cheveux de geai, Ô profonde malice ! Ah jeunesse ! Ah jolie peau ! » (15). Barthes, alors définit l’intertexte comme «  le souvenir circulaire » ou « l’impossibilité du vivre hors du texte infini » (16), alors que L.Jenny appelle intertexte celui qui absorbe « une multiplicité de textes tout en restant concentré par un sens » (17).

Elle considère l’intertextualité comme une sorte d’élucidation du texte, sans qui le texte serait illisible  « Hors de l’intertextualité le texte serait tout simplement imperceptible au même titre que la parole d’une langue inconnue (…). On ne saisit le sens et la structure d’une œuvre littéraire que dans son rapport à des archétypes, eux mêmes abstraits de longues séries de textes dont ils sont en quelques sortes l'invariant"(18)

Donc, l’intertextualité serait la mise en rapport, par le critique, d’un texte avec un autre. Pour Riffaterre, l’intertexte est «le texte auquel il est fait référence » mais

« là ou Riffaterre traite l’intertextualité comme une pratique culturelle intuitive inhérente à toute bonne lecture,Genette vise à construire une taxinomie formelle des relations littéraires par le biais d’une cartographie générique pour la lecture »(19).

Pour Genette, l’intertextualité n’est pas un élément central mais une relation parmi d’autres, il appelle intertexte tout texte qui est effectivement présent dans un autre, le phénomène ne touche pas que la citation, le plagiat, l’allusion.


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L’auteur d’Introduction à l’Architexte définit dans une optique différente en s’intéressant à l’étude des catégories transcendantes auxquelles renvoie chaque texte qui définit, pour Genette, l’objet de la littérarité et l’objet de la poétique. Ce critique propose d’appeler hyper textualité

« Toute relation unissant un texte B (hypertexte) à un texte A antérieur (Hypotexte) sur lequel il se greffe d’une manière qui n’est pas celle de commentaire » (20) qui relève de la transformation.

En cherchant à imposer une rigueur terminologique, Genette propose le terme de Transtextualité (au début de Palimpseste) pour nommer la transcendance textuelle, la catégorie abstraite q

Chapitre I Qu'est- ce que l'intertextualité?
ui renvoie à tout ce qui dépasse un texte donné et l’œuvre sur l’ensemble de la littérature.

La transtextualité inclut cinq types de relations :

Intertextualité : relation de coprésence entre deux ou plusieurs textes.

Para textualité : relation que les textes entretient avec le titre, les sous-titres, les préfaces, la postface, les notes en exergues…etc.

Métatextualité : relation de commentaire qui unit un texte à autre sans nécessairement le citer. C’est la relation critique par excellence.

Architextualité : relation muette que n’articule au plus qu’une mention paratextuelle de pur apparence taxinomique « roman, récit, poème ».

Hypertextualité : ce qui est appelé par les autres critiques « Intertextualité ».

Ce qu’on remarque, c’est que l’intertextualité pour Genette n’est qu’une

relation transtextuelle parmi d’autres ; de plus elle est l’objet d’une approche restrictive : elle n’inclut ni les formes implicites de réécriture, ni les vagues réminiscences ni les relations de dérivations qui peuvent s’établir entre deux textes.



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Il faut par ailleurs admettre que les cinq types de transtextualité ne sont pas étanches (21) mais interfèrent les uns les autres à des degrés divers 

Les difficultés qui apparaissent lorsqu’on tente de définir l’intertextualité tiennent donc aux limites problématiques de la notion : une dynamique textuelle pour Kristéva et un système de relation pour Genette. Mais l’ambiguïté de la notion sera plus grande encore lorsqu’on ferme l’angle de l’écriture pour ouvrir celui de la lecture, ce qui fait entrer en jeu la manière dont l’intertexte peut être lu.

En affirmant que l’intertexte est un fait de lecture, on semble donner carte blanche (22) au lecteur, c’est à lui qu’il appartient de reconnaître et d’identifier l’intertexte. De là, Riffaterre définit l’intertextualité comme « la perception par le lecteur des rapports entre une œuvre et d’autres, qui l’on précède ou suivie. Ces autres œuvres constituent l’intertexte de la première » (23) Donc l’intertexte, que l’auteur distingue de l’intertextualité qui devient véritablement un concept pour la réception, caractérisé comme le « Phénomène qui oriente la lecture du texte, qui en gouverne éventuellement l interprétation, et qui est le contraire de la lecture linéaire » (24)

N’est donc limité ni par les lectures de l’auteur ni par la chronologie mais la compétence et la mémoire du lecteur qui deviennent les seuls critères permettant d’affirmer sa présence.

Pour Samoyault définir l’intertextualité par la lecture signifie pour Riffaterre exercer le terrorisme de la référence (25), parce que l’intertextualité est alors transformée en un parcours contraignant privant la liberté de la perception de la trace intertextuelle qui devient une obligation de repérage.




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En opposant que l'intertextualité aléatoire à l'intertextualité obligatoire que "le lecteur ne peut pas ne pas percevoir, parce que l' intertexte laisse dans le texte une trace indélébile, une constance formelle qui joue le rôle d'un impératif de lecture, et gouverne le déchiffrement du message dans ce qu'il a de littéraire(26) Riffaterre rend l'opacité de l'intertextualité à l'illisibilité des textes qui ont une nature manquée, car la mémoire et la compétence des lecteurs ( qui sont les critères de l'intertexte) se modifient avec le temps.

Ainsi les textes sont voués à perdre leurs significations et deviennent illisibles, ce qui nous conduit à présenter un second risque "de la définition de l'intertextualité par le lecteur" celui de la subjectivité des rapprochements Opérés " l'intertexte peut être manqué parce que le lecteur ne sait pas ou ne sait plus le repérer et l' identifier, mais il peut aussi,et à l'inverse, être amplifié, parce que la mémoire du lecteur savant, très cultivé, peut être sollicité à l'excès"(27).

En tentant de définir l'intertextualité, on constate une bipartition de son sens dans deux directions distinctes: -l'une en fait un effet de lecture, tandis que l'autre en fait un phénomène d'écriture, ce que conduit à concevoir le texte comme une combinatoire de fragment hétérogènes.

En fait, depuis Palimpseste on distingue deux types de pratiques intertextuelles; Les premières inscrivent une relation de coprésence (A est présent dans le texte B), alors que les secondes inscrivent une relations de dérivation (A est repris et transformé dans B: dans ce cas, Genette parle des pratiques hypertextuelles "Il n'est pas d'œuvre littéraire qui, à quelque degré et selon les lectures, n'en évoque quelque autre, en ce sens , toutes les œuvres sont hypertextuelles"(28) :




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1- Les relations de coprésence:
1-1 La citation:

La citation rend visible l'insertion d'un texte dans un autre. Elle est immédiatement réparable grâce à l'usage des marques typographiques.

L'absence totale de typographie propre transforme la citation en plagiat. Les codes typographiques matérialisent l'hétérogénéité qui est nettement visible entre texte cité et texte citant. Donc, la citation apparaît comme une figure emblématique de l'intertextualité. Mais, elle peut être aussi considérées comme

une forme minimale . Antoine Compagnon parle à son propos de " degré Zéro de l'intertextualité" (29) (La seconde main ou le travail de la citation, Paris, Le Seuil, 1979).

1-2 La référence

La référence comme la citation est une forme explicite d'intertextualité. Elle renvoie le texte cité par un titre, un nom d'auteur, de personnage sans l'exposer. Annick Brouillaguet la définit comme un " emprunt non littéral explicite"(30). Elle peut accompagner la citation afin de préciser les sources du texte cité. Mais lorsqu'elle apparaît seule, le rapport devient plus ténu que dans le cas de la citation à cause de l'absence de l'hétérogénéité textuelle.

Il faut souligner que Genette ne l'inclut pas dans sa typologie des intertextes.

1-3 Le plagiat

Le plagiat peut être défini comme une citation non démarquée. Plagier une œuvre, c'est piller des passages des ouvrages des auteurs en donnant pour siennes les parties copiées(31) Le plagiat conduit souvent à mettre en cause non seulement l'honnêteté du plagiaire mais aussi la propriété littéraire.



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Borges dans Fictions a supprimé la notion de plagiat, en considérant que toutes les œuvres sont l'œuvre d'un seul auteur: " la conception du plagiat n'existe pas : on a établi que toutes les œuvres sont les œuvres d'un seul auteur

qui est intemporel et anonyme"(32).

Donc, la littérature devient un patrimoine collectif auquel appartiennent les textes qui sont présentés comme des fragments. Dans le même cadre, Barthes conçoit la littérature comme un plagiat généralisé (33): "dans la littérature, tout existe: le problème est de savoir où"(34).

1-4) L'allusion

Elle est souvent comparée à la citation car, elle peut renvoyer à un texte antérieur sans marquer l'hétérogénéité. Elle n'est pas pleinement visible, ma elle peut permettre une connivence entre l'auteur et le lecteur (35) qui vient à l'identifier.

L'allusion sollicite différemment la mémoire et l'intelligence du lecteur et ne rompt pas la continuité du texte. Pour Nodier, elle est toujours:

"Une manière ingénieuse de rapporter à son discours une pensée très connue, de sorte qu'elle diffère s'étayer du nom de l'auteur, qui est familier à tout le monde et surtout parce que le trait qu'elle emprunte est moins une autorité, comme la citation proprement dite, qu'un appel adroit à la mémoire du lecteur, qu'il transporte dans une autre ordre des choses, analogue à celui dont il est question" (36).

De là, l'allusion dépend plus de l'effet de lecture que les autres pratiques intertextuelles. La perception de l'allusion est souvent subjective et son dévoilement est rarement nécessaire à la compréhension du texte.



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