Rapporteur : Saddek Aouadi, Professeur, Université d’Annaba








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2.7 - De 1992 à 2007 :
C’est la période la plus sombre dans l’histoire de l’Algérie de l'après indépendance.

La thématique des oeuvres de cette période est marquée par la tragédie de terrorisme qui a privé le pays de ses élites sociales et intellectuelles et a semé la mort au sein de la population ce qui a poussé plusieurs auteurs et intellectuels à écrire sous noms d’emprunts.

Les écrivains parlaient des massacres, d’égorgements, de viol. D’autres part, ils ont évoqué dans leurs œuvres plusieurs sujets estampillant l’actualité algérienne comme l’injustice sociale, l’émigration des intellectuelle et des jeunes, le chômage.

L’ensemble de cette littérature se trouvera affublée du label Littérature de l’urgence (43) l’estampille ni n’est neutre, ni valorisante, puisque « l’urgence

de dire l’instant tragique »(44) est envisagée comme une tare, dont l’effet essentiel serait de réduire la réalité.

Parmi les auteurs de cette littérature en prise avec la réalité , on trouve des écrivains de la nouvelle vague comme :

Boudjedra : Timimoun (1994), La vie à l’endroit (1997), Fascination (2000), Les funérailles (2005), Hôtel Saint-Georges (2007).

Rachid Mimouni : Tombéza (1998).



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Tahar Djaout : Les vigiles (1992).

Et d’autres qui ont bien marqués leurs noms dans le dictionnaire de la littérature algérienne des années 90 comme :

Mohamed Mouleshoul dit Yasmina Khadra : L’automne de chimères (1998), A quoi rêvent les loups (1999), Les Hirondelles de Kaboul (2002).

Maissa Bey : Cette fille là (2001), Entendez –vous dans les montagnes (2002).

Malika Mokadem : L’interdite (1993), N’Zid (2001).

Sans oublier : Boualam Sansal, Benmansour, et le grand nom de la littérature algérienne, Mohamed Dib : L’infante maure (1994), Si diable veut (1998), la nuit sauvage (1995), Comme un bruit d’abeilles (2002).


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Chapitre 3: Littérature algérienne d'expression

française et intertextualité


« Tout texte littéraire, et surtout romanesque, ne s’écrit que dans un constant dialogue, dans un frottement ininterrompu avec d’autres textes qui le précèdent » (45) écrit Charles Bonn. La littérature algérienne a subi comme toute autre littérature l’influence des époques et des courants d’idées. Jacqueline Arnaud voit dans Nedjma de Kateb l’influence de Joyce, Dos Passos, Faulkner (46). Elle a peut être raison parce que Kateb avec ce chef-d’œuvre, semble être sur la trace de Joyce (qui a introduit dans Ulysse les traces d’un mythes implicite) en imitant les structures d’un mythes national.

L’élément le plus important de la composition du roman de Nedjma et qui saute aux yeux, est sa temporalité cyclique. Refusant toute chronologie, Kateb destructure le temps de la narration et celui de la fiction en restituant un espace temporel dominé par ce que Robbe – Grillet appelle un temps-mental (47). Ce type de monologues intérieurs utilisés dans Nedjma, ont été développés par Joyce et Faulkner, ce que justifie en quelque sorte l’emplacement de Nedjma par Gontard « à l’intérieur de ce courant qui de Faulkner à Robbe-Grillet contribue au renouvellement nécessaire de formes romanesques » (48).

Cette présence de mythe implicite dans l’écriture Katébienne souligne l’importance de la lecture dans la vie littéraire de cet écrivain.





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Cette présence de mythe implicite dans l’écriture Katébienne souligne l’importance de la lecture dans la vie littéraire de cet écrivain.

De sa part et dans sa vaste production littéraire, 16 romans, 02 recueilles poétiques, plusieurs essais, une pièce théâtrales, des scénarios pour le cinéma, Boudjedra ne cessera de souligner l’importance de la lecture dans

sa vie littéraire. Il explique ainsi sa tache d’écrivain « lire les autres, approfondir les textes des autres. Comprendre les mécanismes techniques des autres pour en profiter d’une manière personnelle, pour avancer dans sa propre démarche » (49).

Donc, la lecture pour Boudjedra est essentielle dans le processus de renouvellement du sens. De là, il a puisé des techniques du Nouveau Roman en exploitant ses découvertes à sa guise: « Les Nouveaux Romanciers s’intéressent plutôt à la perception de l’évènement par le héros en tant que narrateur qu’à l’évènement lui- même » (50).

On peut bien saisi cette technique dans L’escargot entêté (1979), un roman qui raconte l’histoire d’un fonctionnaire maniaque, zélé, chargé à la dératisation d'une ville non désignée au Maghreb.

En outre, ses rêves un peu étranges, rappellent un peu les cauchemars de Kafka. Le contenu universel du roman se trouve à la corrélation de son récit avec le mythe de Dédale.

On peut saisir la présence de l’hypotexte à travers un certains nombres de points communs tels que :

- La jalousie des autres;

- La séduction des chefs par la compétence et le savoir faire : Dédale séduisait le roi Minos par ses talents et son ingéniosité. Alors que le fonctionnaire attirait ses supérieurs par ses travaux.



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Enfin le point commun le plus important qui met en exergue les traces de l’hypotexte dans le roman est celui du labyrinthe.

Cette métaphore du labyrinthe est fortement présentée dans Topographie idéale pour une agression caractérisée (1980). Le métro parisien où se perd et périt un algérien se présente comme un labyrinthe dédaléen.

Mais malheureusement, la fin du labyrinthe parisien n’était pas aussi heureuse pour le héros que celle de dédale , parce que si Dédale s’échappe du labyrinthe du Minotaure, l’ algérien est tué par des racistes .

Le récit de Boudjedra ressemble à un mythe comme dans le Nouveau Roman. Mais à la différence de la Doxa (51) que présente ce dernier, le narrateur de Boudjedra exprime un point de vue aliéné et particulier.

Le narrateur de La répudiation (1969) est imaginé comme un malade mental. Cette technique est inspiré de Faulkner qui a mis en place Benjy, un handicapé mental, comme un narrateur de la première partie de son roman Le bruit et la fureur. Il admet également que « le narrateur simule le délire pour ne pas être torturé. Peut être aussi la torture l’ a – t – elle vraiment rendu fou » (52).

Avec Les 1001 Années de la nostalgie (1979), on assiste à une autre façon de renouvellement de sens. L’effet du titre est immédiat, il souligne la référence avec la grande œuvre Arabe dont le titre est présent avec une modification de la part de Boudjedra qui a nié le travail de parodie dans ce roman en le considérant comme une relecture de Milles et une nuit avec une vision contemporaine « je ne retourne pas en dérision les Milles et une nuits. Celles- ci ont bercé notre enfance (….) Il n’y a pas un refus des mille et une nuits




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mais plutôt une relecture (….) » (53). En remplaçant Nuit par Années, Boudjedra fait encore référence à 100 ans de solitude de Garcia Marquez. Solitude et nostalgie se mêlent. C’est la solitude de Mohamed S.N.P qui a le malheur de naître seul et non jumeau comme ses frères.

Boudjedra comme Garcia Marquez a essayé de dépeindre la réalité de sa société comme extravagante. A ce propos Garcia Marquez a déclaré :

«  Je crois en la magie de la vie réelle. Je pense qu’en effet Carpentier traite de Réalisme magique le miracle qui est la réalité et plus exactement la réalité de l’Amérique Latine en général et la réalité des caraïbes en particulier. Elle est magique » Boudjedra de sa part croit que «  la réalité Algérienne, arabe, maghrébine …….est une réalité hallucinante » (54).

Avec Les milles et une années, Boudjedra affirme son attachement à la civilisation arabo-musulmane en parsemant le roman de grands noms tels que celui d'Ibn Khaldoun, Chajar el Dor (la seule reine en islam) , à la quelle l’héroïne a emprunté le nom .

Ce roman est un hommage à la littérature arabo-musulmane et aux grands noms qui l’ont jalonnés, en donnant aux Milles et une nuits le statut de «livre de chevet des grands écrivains, de Proust à Garcia Marquez » (55).

Boudjedra avouait utiliser l’intertextualité dés son premier roman La Répudiation : « cette intertextualité m’intéresse depuis toujours, je l’avais utilisée d’une façon consciente dès mon premier roman » (56).




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L’intertextualité chez Boudjedra dépasse le cadre de la culture de l’auteur, c’est

sa façon de rendre hommage à telle ou telle personne ou écrivain

«  C’était ma façon de rendre hommage, au lieu de mettre sur la première page d’un roman « à Proust » ou «  à Faulkner » ou « à Simon » ou « à Céline » comme font certains. Je mettais carrément à l’intérieur de mes textes quelques balises, quelques repères que j’appelle des traces » (45).
De là, on peut bien déduire que le personnage principal de La répudiation s’appelle Céline le fait que est un hommage à Louis -Ferdinand Céline. Avec Le vainqueur de coup (1980), Boudjedra en allait autrement. Le héros de ce roman va se trouver en prison et sera libéré, si de toute apparence, il se trouve au stade et se prépare un acte de vengeance. Cette manière vient probablement de Claude Simon à qui Boudjedra a avoué lui-même avoir subi son influence. Dans les romans de Simon, il est difficile de comprendre à qui appartient telle ou telle énonciation. A ce propos S.You.Zavadouskaia parle de Structure double dans le monologue intérieur de Simon (58).

Boudjedra a mis l’écriture de Simon dans la veine de celle de Faulkner et de Proust : « il écrira dans la veine de cette littérature du sud, si puissante et si charnelle ….Ainsi, dans des romans tels que Le vent (1957), L’Herbe (1958), il y a ce sentiment de vide, d’atonie et de silence » (59) .

Dans une déclaration radiophonique, il dira : « j’avoue que je suis hanté par deux choses : la discontinuité des phénomènes et l’aspect fragmentaire des émotions qui ne sont jamais reliées les unes aux autres, comme je suis hanté par leur continuité ! »(60).



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Cette continuité/discontinuité, où le passé et le présent coexistent et coïncident, constitue pour Boudjedra l’effort du Prix Nobel que Simon a obtenu en 1985 pour ce style qui participe selon lui à la problématique Kantienne du temps et de l’espace. Boudjedra avoue d’avoir l’honneur d’être son lecteur ébloui : « j’ai en surtout l’honneur d’avoir été son élève…et surtout son lecteur ébloui, toujours ému ». (61)

De là, on peut déduire que l’intertextualité n’est pas un procédé nouveau dans l’écriture boudjedrienne, mais elle peut être présentée comme sa façon d’entreprendre ses œuvres.

Dans Un passager de l’occident (1971), Nabil Farès renonce violement au réalisme qu’il traite de l’idéologie artistique la plus réactionnaire (p.36)

Cette manière de traiter le réalisme est proche de celle de Brecht. Pour Farès le réalisme fait croire seulement ce qui est évident tandis que la vérité, est souvent dissimulée (62). Pour Brecht, la vérité peut devenir une arme entre les mains des amis, si elle échappe de la vigilance et la riposte de l’ennemi (63). Donc, c’est par hasard qu’il cite dans ce roman les paroles de Brecht. La dissimulation de cette vérité par Farès est faite par plusieurs figures allégoriques. Donc, le retour à Don Juan et Arlequin n’est pas forcement aux personnages de Marivaux ou de Molière mais il constitue, plutôt, des allégories de la tradition classique européenne.

Dans La mort de Salah Bay, l’auteur y cite quelques chants de l’Odyssée dessinant un tableau de l’arrivée des navigateurs à l’île d’Aiaie où ils sont accueillis avec hospitalité par Aurore qui leur offre un repas et promet sa protection.




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Dans Le fleuve détourné, Rachid Mimouni demeure un bon lecteur de Dib. L’exode rural décrit se transforme aux yeux du narrateur (aliéné), en épidémie étrange et redoutable qu’il prend pour une malédiction. Il voit dans la ville une neige grise qui tombe et des gens immobiles assis sur l’herbe et transformés en statuts. Cette image rappelle celle de la pétrification des citadins dans Qui se souvient de la mer de Dib.

Mimouni exagère le mal dans cette œuvre en présentant une réalité sombre de la société algérienne des années 70-80 : marché noir, criminalité, bureaucratie…..

A ce propos, Jacques Cellard y voit même une parenté avec Le Procès et La colonie pénitentiaire de Kafka et L’Etranger de Camus et traite Le fleuve détourné de livre noir (64).

Le thème fondamental de ce roman est la quête d’identité, ce thème n
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ous rappelle celle de Mohamed S.N.P et nous fait sauter aux yeux une allusion ironique à un épisode de 1001 années de la nostalgie. Mohamed S.N.P qui voulait avoir un nom, s’est lancé à trouver des témoins qui ont connus son ancêtre Ibn Khaldoun. Le cordonnier, héros du Fleuve détourné interroge tous ceux qu’il rencontre et apprend avec surprise que personne ne comprend.

Son père lui dit alors: « les Temps Modernes ont bouleversé bien des choses, je ne suis qu’un pauvre paysan. Je ne peux pas comprendre. Toi, tu comprendras, peut –être » (p.47).

Avec Tombéza, Mimouni a probablement suivi Boudjedra avec le symbolisme de l’hôpital qui est une image fortement présentée dans La Répudiation et L’insolation. Tombéza, le narrateur, se trouve dans un hôpital parce qu’il vient de sortir du coma après un accident d’auto.




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l est paralysé et ne peut ni parler, ni bouger. Il sait bien qu’il ne survivra pas. En plus c’est un orphelin qui a survécu dans une atmosphère de violence. L’hôpital devient une image qui symbolise une société malade. Dans L’honneur de la tribu (1989), Mimouni nous fait revenir à Boudjedra et Garcia Marquez. Le narrateur qui n’est pas personnalisé, un vieux de la tribu, espère que Zitouna, son village, va survivre malgré l’impact des réformes. Zitouna qui représente le pays tout entier, rappelle Macondo de Garcia Marquez et Manama de Boudjedra.

Deuxième Partie


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Chapitre 1. L'intertexte comme espace de structuration du roman


  1. Résumé de Fascination


L'histoire se déroule dans les hauts plateaux constantinois. Ila , un éleveur de Pur Sang arabes, souffre d’une stérilité qui le taraude. Il a adopté trois enfants auxquels il inocule sa fougue d’éleveurs des juments.

Lol : une fille homosexuelle, qui préfère les femmes aux hommes.

Lam : le fils de toutes les promesses, cavalier émérite et égaré entre le désir de connaître sa vraie identité et les sentiments envers de son père adoptif.

Inbihar : ou Fascination, morte quelques mois après son arrivée dans la maison d’ Ila et dont le nom a été donné à une série des chevaux de pur –race arabe Fascination I, II, III.

Mais Ila n’est plus le même depuis que Ali et Ali Bis qui eux aussi ont été accueillis dans la famille depuis leurs enfance, se sont évanouis avec l’argent de la vente de quatre juments dont la pouliche du nom de Fascination I.

Ali part à la recherche de son sosie Ali Bis « Le bègue vétérinaire » qui, pour l’amour de Mol, a subtilisé l’argent de la vente des quatre chevaux (pendant que Ali faisait l’ amour avec Kol) en 1940.

Lam est envoyé au lycée à Tunis en internat où il reçoit chaque mois une lettre et un mandat d’Ali et d’Ali Bis qui sont en contact, séparément, avec Lol à l’insu d’Ila.

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