Rapporteur : Saddek Aouadi, Professeur, Université d’Annaba








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Après le lycée c’est le maquis, la vie des résistants. La veille de son départ, Lol s’offre à lui, mais est-ce que véritablement un inceste ? Cette question hantera Lam où il ira. Blessé lors des combats, il est soigné à Moscou (où il vit des moments d’angoisse par peur d’être amputé mais il est sauvé grâce à l’entretien de la belle Olga), et envoyé après sa guérison en mission successivement à Pékin, à Hanoi qui vivait au rythme des bombardements. Il rejoint Barcelone où il fait des trafics d’armes à l’avantage des résistants algériens, et à l’image de son père adoptif (qui lui tellement influence à tel point qu’il veut être stérile comme lui). Lam y découvre aussi l’alcool, la viande de porc et l’athéisme.

Au cours de ses voyages, les femmes qu’il a rencontrées comme amantes, n’ont pu lui faire oublier Lol. Il arrive à Alger au moment de la liesse et, dans la Kasbah, il se trouve nez à nez avec Ali qui ne trouve Ali Bis qu’au lendemain de l’indépendance, dans une ruelle de la Kasbah après être croisés sans jamais se rencontrer durant leurs engagement dans l’armée française lors de l’occupation allemande et dans le maquis algériens pendant la guerre de libération.

Ali Bis revient demander pardon à Ila mais ce dernier est mort quelques mois avant Fascination II (La jument offerte à Lam à la veille de son départ à Tunis).

Lol aidée par Ali et Ali Bis dirige les haras de main en maître. Lam passe sa vie entre Alger et Paris après son mariage et la naissance de sa fille Fascination, en gardant Constantine comme un beau souvenir et pour s’enfuir de l’incroyable fascination qu’exerçait Lol sur lui. Mais qui s’occupe de Fascination III ?


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2 L'écriture en fragments

«La créativité pure n’existe pas, le plus original des textes s’affirme en répétition ou au moins en inscription neuve s’inscrivant dans un déjà- là, page précédemment écrite et sur laquelle on décide d’écrire sans effacer ce qui la précède, ce qui lui délivre raison d’être » écrivait le romancier tunisien Abdel wahab Meddeb dans Talismano.

L’écriture de Boudjedra se distingue par une énonciation complexe où se succèdent des fragment des textes empruntés au grands noms de la littérature universelle, ce qui exhibe sa culture de grand lecteur: « Je suis un grand lecteur avant d’être un modeste écrivain » (63),

Comme aussi pour mieux crédibiliser sa quete littéraire en l’inscrivant dans le sillage des grands noms, cette fragmentation permet au texte de s’interrompre et de reprendre sur un mode différent que manifeste le décalage typographique. Donc, l’intertexte fonctionne comme un mode idéal (64) « Pas une rupture mais un petit air de fugue, ou d’évasion, comme une façon d’aller prendre l’air »(65) .

Dans Fascination il en va autrement. Les textes cités ne sont pas coulés dans l’énonciation, ils interrompent le cours de la narration et sont présentés avec des références à l’appui.

Fascination est un roman qui nous fait voyager à travers le temps et dans des lieux différents. Nous nous déplaçons avec le narrateur d’un pays à un autre en suivant un itinéraire qui est celui de l’auteur.

Ce roman présente un style exceptionnel traversé par la présence des fragments renvoyant à la culture de l’écrivain qui est balisée par les grands noms qui




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parsèment le texte : Ibn- Batouta , Ibn-Khaldoun, Marco Polo, Vasco de Gama, Joyce, Faulkner et Proust.

A la page16 : Un extrait du livre Les guerres de Jugurtha de l’historien romain Salluste. Cet extrait donne en bref l’histoire de Constantine depuis sa reconstruction par Constantin dont elle prend le nom, jusqu’à sa prise par Clauzel en 1837. Ce fragment est inclus au milieu d’une description de Constantine comme si Boudjedra voulait donner à cette ville une crédibilité (dimension) historique et culturelle en plus de sa dimension stratégique.

A la page 57 : un fragment du livre d’Ibn Khaldoun, Histoire des Arabes et des berbères. L’auteur de Fascination donne à travers cet extrait des informations guerrières concernant la conquête de Tarik Ibn Ziad. Ce fragment est situé après un discours sur les juifs et les berbères islamisés d’Afrique du Nord afin de jeter la lumière sur le rôle de ces derniers dans les conquêtes musulmanes.

A la page 88 : un extrait d’Un amour de Swan. Ce fragment est greffé dans le texte comme s’il lui appartenait. Il est situé dans le journal d’Ali Bis concernant son ami Le Muezzin. Ce passage fonctionne comme une mise en lumière de l’interaction entre Odette du Chat Noir et Odette de Proust.

A la page 99 : un extrait du roman de William Faulkner, Le bruit et la fureur. Ce passage est la justification de l’inceste par Lol en essayant de calmer Lam en lui prouvant la fausseté de leur fraternité et en banalisant l’accident de sa défloration par un recours à ce livre de Faulkner

A la différence des fragments précédents, celui-ci n’interrompt pas la narration mais lui appartient et fait aussi partie des actions.

A la page 168-169 : un fragment du livre Les voyages d’Ibn Batouta qui a mis en exergue les mœurs des musulmans d'Asie. Boudjedra essaye de jeter la lumière sur les caractéristiques de l’homme vietnamien, sur sa manière de vivre

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t de penser qui s’est enraciné dans l’ histoire en s’appuyant sur l’ œuvre d’ Ibn-Batouta qui a passé une partie de sa vie en Asie. Ibn Batouta a mis à nu la contradiction des comportements des femmes vietnamiennes qui ont le droit d’avoir des amis et des amants sans aucun gène de l’époux, alors qu’elles sont musulmanes et respectent les cinq prières d’une façon scrupuleuse.

Ce fragment est introduit au cours d’un dialogue entre Lam et May qui pousse ce premier à faire l’amour avec elle sans aucune pudeur malgré son impuissance (Lam). Cet extrait fonctionne comme une justification de la bizarrerie du comportement de May en le rendant à la spécificité de la femme asienne.

A la page 194 : un extrait d’Ulysse de James Joyce. Ce fragment n’est pas introduit afin de justifier un fait ou donner une idée sur quelque chose, il est introduit au cours de la narration après un discours sur un personnage (Molly) de ce roman. Cet extrait est divisée en deux partie, la première est insérée au cours de la narration comme nous avons déjà mentionné, alors que la deuxième est citée après Un petit air de fugue (66) en incluant un autre passage sur Lam et son histoire avec la viande du porc comme s’il fait partie (le passage) de la citation de Joyce. Boudjedra a emprunté même des expressions de l’écrivain Irlandais (de la version traduite) «  … ne mangeait le porc, le rite. Tiens » Seule, l’italique nous permet de distinguer les propos de chaque auteur. Les styles sont très proches, on a affaire à un pastiche.

Boudjedra a eu recours au patrimoine arabo-islamique au généreux de ses trésors, auquel l’auteur a attribué un fonction littéraire par le biais de l’intertextualité. La fascination de Boudjedra ne s’est pas arrêtée seulement à la civilisation arabo-islamique mais la dépasse, comme le recours à l’historien romain Salluste qui a parlé des guerres de Jugurtha, et aux écrivains voyageurs tels que : Marco polo, Vasco de Gama… . Mais le plus fascinant, c’est la complémentarité de deux civilisations (arabo-islamique et occidentale) dans la lutte contre la mort :




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p.215 : «  Proust a fait lui-même le meilleur rapprochement avec les Mille et une Nuits ! Exagération ? Mais c’est pas con … Marcel= Chéra zade, non ? Tous les deux condamnés à mort …Ils voulaient plutôt échapper à la mort tous les deux …. La mort qu’il faut éviter chaque jour et pour tenir : écrire (Marcel) raconter (Chéra zade) »

Boudjedra veut, à travers ce tourbillon de mots et de fragments, mettre en valeur la complémentarité de deux civilisations et leur lutte :

L’une contre l’effacement (La civilisation arabo- islamique).

L’autre contre la mort (La civilisation occidentale, une civilisation matérielle)

D’ailleurs, l'effacement signifie la mort, et pour en échapper et survivre, il faut cohabiter.

En plus de tout cet étalage de citations et de fragments, il y a aussi les informations données en tête de chaque chapitre. Un panorama géographique et démographique des villes ( Tunis, Pékin, Hanoi, Barcelone, Moscou) qui ont été -grâce au destin - des stations dans la vie de l’ auteur, ce qui donne un poids et une dimension culturelle à ce roman et exhibe au même temps une aptitude d’un lecteur « cultivé » : « Je lis et relis tout le patrimoine arabe littéraire ou philosophique (…), tout le roman nouveau, non seulement en France mais aussi bien en Amérique qu’ailleurs dans le monde (…)la lecture (..) est essentielle dans ma vie »(67).

Boudjedra n’hésite pas à injecter des passages en latin (que l’auteur a de la chance d’avoir étudier au lycée) (p.16) du livre de Salluste sur les guerres de Jugurtha.


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On peut déduire que l’intertexte chez Boudjedra ne s’arrête pas à l’ancienne interprétation qui la renvoie (l’intertexte) à la culture de l’auteur mais le dépasse vers une problématique plus large rendant le roman moderne une somme de toute la poétique et de toute la connaissance humaine qu’elle soit d’ordre artistique, philosophique ou même scientifique.


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3. La présence de l'hypotexte
3.1. Le système des évènements
Repérer le système des évènements, c'est repérer la structure de l’histoire. Ce repérage permet de circonscrire l’architecture du roman et d’apprécier son rythme général.

Pour marquer l’ossature de l’histoire, nous ferons appel à Roland Barthes qui propose de travailler sur deux niveaux (l’histoire et le discours)(68) en distinguant trois degrés de description(69) :

1. La narration.

2. Les actions.

3. Les fonctions  qui sont l’objet de notre étude .Ce sont les « unités de contenu » (70) subdivisées en deux catégories :

- Les fonctions cardinales ou noyaux : ce sont « les moments de risque »(71) car à un chacun d’eux le récit a la possibilité de bifurquer, de choisir une autre direction. Donc, l’ensemble de ces noyaux constitue la trame de l’histoire.

- Les fonctions complétives ou catalyses : ils remplissent l’espace narratif qui sépare les noyaux. L’ensemble des catalyses constitue la trame du discours.

L’objectif de notre travail ici consiste à mettre en exergue les imbrications entre segments textuels du texte cible et le texte source.

L’œuvre de Faulkner, Le bruit et la fureur constitue le background de Fascination. On peut même dire que le noyau principal du roman de Faulkner sert de pré-texte à la fiction de Boudjedra et à travers lequel (le noyau principal) se tisse et s’articulent les évènements de Fascination.




Dans Fascination, l’histoire s’articule autour de trois noyaux :


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– La trahison d’Ali et d’Ali Bis à l’égard d’ Ila.

– Le départ de Lam maquis et l’inceste commis la veille de son

départ.

– La mort d’Ila et de Fascination II.
Un petit retour à l’histoire de la famille Compson nous met au coeur de l’intertextualité (au niveau formel) et met en exergue la première imbrication entre les deux segments textuels. L’affaire réside dans la deuxième partie du deuxième noyau : L’inceste

Dans Le bruit et la fureur, l’inceste n’est pas véritablement commis, il n’était qu’une chose désirée par Quentin qui l’appelle de tous ses voeux, contrairement à Fascination où l’inceste est véritablement commis entre Lol et Lam à la veille de son départ au maquis.

Mais dans le roman de Faulkner comme dans celui de Boudjedra, l’inceste constitue le noyau le plus important dans l’histoire parce qu’il compliquera plus tard – les évènements de chaque histoire. L’inceste a fait vivre Lam dans un remord et un malaise psychique, le conduisant à l’athéisme. Alors que le résultat de l’amour incestueux de Quentin pour Caddy était plus douloureux et finit par le suicide. Donc, dans les deux romans la fin a été le mort : corporelle pour Quentin et religieuse pour Lam, sans oublier de mentionner que Lam a quitté Constantine à cause du souvenir de cet inceste et aussi pour fuir de l’incroyable fascination qu’exerce Lol sur lui.

La deuxième situation d’imbrication textuelle réside au niveau du premier noyau. Cette imbrication n’est pas fortement marquée parce qu’elle ne touche qu’un seul catalyse, ce qui demande au lecteur une certaine vigilance pour pouvoir le découvrir : Le vol d’un argent déjà volé.


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Faulkner, dans la dernière partie de son œuvre, raconte comment Quentin s’est enfuie avec un comédien de théâtre en dérobant de son oncle Jason l’argent qu’ il avait lui-même volé (les mandats de caddy). Boudjedra a tissé à

la manière de Faulkner l’histoire de deux acolytes Ali et Ali Bis qui ont trahi Ila et se sont évanouis avec l’argent de la vente des quatre juments. Ali Bis, pour l’amour de Mol a volé l’argent de son camarade et s’évanoui avec son amante.

On saisit bien la présence d’un modèle archétypal, celui du vol d’un argent déjà volé et la fuite avec un amant. On peut donc en déduire que Boudjedra, dans Fascination, s’est inventé une histoire sur le canevas suivant :

- Une famille prospère, dans sa région (famille des hauts plateaux), qui se disperse.

- L’inceste qui conduit le protagoniste au suicide (dans ce cas l’athéisme est présenté comme un suicide religieux)

- La trahison d’un proche : le vol d’un argent déjà volé et la fuite avec un amant.

D’autre part, il y a lieu de souligner que la pérégrination de Lam en Asie et en Europe nous rappelle ceux d’Ulysse.

Une fin ouverte et le début d’une nouvelle intrigue où même une nouvelle histoire.

Les schémas suivants servent à élucider l’imbrication entre les segments textuels.


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FIN OUVERTE LE DEBUT D’UNE NOUVELLE INTRIGUE

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3.2. Les personnages

On peut difficilement imaginer un récit sans personnages. Ils sont logiquement le point central de toute œuvre romanesque. Ils ont un rôle essentiel dans l'organisation de l'histoire. Ils permettent la mise en œuvre des actions. Les assument, les subissent, les relient entre elles et leur donne sens. D'une certaine façon, toute histoire est l'histoire des personnages (72)

Le personnage est un être de papier, alors que la personne existe réellement. On pourrait, donc définir schématiquement le personnage du roman comme "La personne fictif qui remplit un rôle dans le développement de l'action romanesque"(73).

Le personnage a un statut ambigu et pour l'amener à la vie fictive du récit, le romancier dispose d'un certain nombre de procédés. Phillipe Hamon a proposé six (06) catégories des critères simples et maniables pour distinguer et hiérarchiser les personnages à travers leur faire et leur être:

1-La qualification différentielle: Concerne la nature et la quantité des qualifications attribuées aux personnages (La description des personnages et de leurs caractères physiques, psychologiques, sociales)

2-La fonction différentielle: elle porte non pas sur l'être mais sur le faire des personnages.

3-La distribution différentielle: elle concerne la dimension quantitative stratégique des apparitions des personnages.

4-L' autonomie différentielle: elle articule le faire et l'être mais à partir des modes de combinaison de personnages entre eux.

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