Rapporteur : Saddek Aouadi, Professeur, Université d’Annaba








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1.3. Etude de l'espace

L’espace est le dimension du vécue «  dans un texte l’espace se définit comme l’ensemble des signes qui produisent un effet de représentation » (82).

L’espace est l’un des opérateurs par le quel s’entrave l’action. C’est le déclencheur de l’évènement. Il est à la fois indicateur d’un lieu et créateur narratif, mais « l’utilisation de l’espace dépasse pourtant de beaucoup la simple indication d’un lieu. Elle fait système à l’intérieur du texte alors même qu’elle se donne avant tout, fréquemment pour le reflet fidèle de d’un hors texte qu’elle prétend présenter » (83) Pour prendre conscience de l’importance fonctionnelle de la spatialité, Goldenstein propose de poser trois grandes questions :

- Où se déroule l’action ?

- Comment l’espace est-il présenté ?

- Pourquoi a-t-il été choisi ?

Le récit Fascination est fortement marqué par la description permettant la représentation des objets, des personnages et des lieux, ce qui reflètent la compétence lexicale et le savoir culturel en dehors du roman (dans la réalité), et l’effort imaginaire de l’auteur «  Alger vue de haut : dentelle criblée de structures matérialisantes les buildings au parois lisses… » (p.218). L’architecture et la construction de Constantine sont présentées d’une manière imaginaire « une volume énorme et ocre qui dégringole par paliers successifs et le rocher et la plaine… » (p.15). Cette manière de décrire

Constantine nous rappelle celle de Joyce dans Ulysse en décrivant Dublin « …s’attardaient amoureusement sur la mer et sur la grève, sur le fier promontoire de Houth, cher et fidèle gardien de vagues de la baie sur les rochers enrobés … » (Tome II P09).

Joyce dans Ulysse, tente de créer l’espace par l’écriture



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«  L’entrée par Mubbot street du quartier des bordels, devant laquelle s’étend à même la terre un squelette de voie de garage pour trams : feux follets rouges et verts. Rangées de maisons de carton dont les portes béent » (Tome II, p.127). Boudjedra suit le même chemin avec une notation scrupuleuse des formes et des couleurs « l’internat donnait une grande place publique Ornée en son milieu d’une prison militaire française » (p.60) et « ….disposait dans l’internat d’une belle chambre personnelle, se situe au sud, flanquée des plusieurs fenêtres très hautes aux cardes joliment sculptés » (p.19)

Chaque chapitre peut constitué à lui seul un récit autonome. Cette autonomie est forcée par la particularité de l’espace. C’est ainsi que l’espace devient une technique susceptible de partager l’ensemble du texte en plusieurs parties pouvant être désignées par l’espace qui les présente. Cette technique est celle de Joyce qui a associé des lieux déférents à chaque partie de son roman, ce qui nous permet de le partager en épisodes indépendants en fonction de chaque lieu.
Que ce soit dans Ulysse ou dans Le bruit et le fureur la quête s’articule dans l’espace urbain à Mississipi et à Dublin que ses rues, ses établissements, ses bordels constituent un labyrinthe dans lequel Stephen se considère comme un chien errant. Sur le même canevas, s’articule la quête de Fascination, son espace urbain est celui de la topographie des composantes humaines, des villes qui ont marquées le destin de Lam le personnage axial du roman dont la perspective oriente la narration. La structure de l’espace de la ville influe sur la vie de l’individu et cela apparaît dans les passages sur : Constantine, Tunis, Moscou, Pékin, Hanoi, Alger et Paris.


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Quand il décide de mettre Lam à l’internat à Tunis, Ila trace le destin de Lam et oriente l’espace de l’action (Chapitre II). Sur le même plan (Chapitre II) Faulkner traite aussi le destin (scientifique) de Quentin I Compson et oriente l’espace de l’ action vers l’ université de Harvard . Alors que, la décision de rejoindre le maquis, nous conduit à un autre espace (Montagne, Foret) (qui nous rappelle celle d’Ulysse de l’Odyssée) Moscou «  pour se soigner de la blessure qu’il a reçu ». La décision de maquis lui confier des missions, conduit Lam à des balades vers d’autres espaces : Pékin, Hanoi, Barcelone. Le train est l’espace charnière de ce perpétuel mouvement, il est présenté comme un espace mouvant, vivant où les voyageurs se comportent comme s’ils étaient chez eux. Le train est équivalent du navire d’Ulysse. C’est un espace s’ouvrant sur la vie errante qui reflète la psychologie de l’auteur et aussi de ces personnages (p143-144).


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Boudjedra décrit tout surtout l’espace de la défloration, la nuit de l’inceste, la veille de son départ au maquis (Chapitre II, pages 96-100). Cet espace a une grande importance pour celui qui est habitué à décrire l’ espace corporel et le plaisir sexuel qui est fortement présenté au chapitre I et II. Ce n’ est pas sans raison qu’ il a choisi d’ aborder l’espace tabou , le narrateur accentue la curiosité « Lam avait souvent surpris les deux femmes quand il faisaient l’ amour , la première fois c’était par hasard , ensuite , Lam , s’était arrangé pour les regarder à travers un trou qu’il avait fait dans la porte de la chambre » (p.67). Cette expression de l’espace tabou est apparue en premier lieu dans Ulysse de Joyce dans la description de Bloom dans le bain en contemplant son sexe ou de Molly qui urine dans son pot de chambre .L’enfermement de l’espace est présent dans Ulysse et dans Le bruit et la fureur. Joyce comme Faulkner utilisent des espaces clos soit une salle de journal, un bar, un bordel, une chambre à coucher ou celle de l’internat universitaire.

Quant à Boudjedra, l’enfermement de l’espace est exprimé par le narrateur « Lam se sent prisonnier dans sa chambre… ».

Cette clôture des espaces est clairement identifié tout au long du récit par l’enfermement dans une chambre d’une maison familiale, soit d’ un hôtel ou celle d’un bordel.

Cette espace est présenté d’une part une ère d’amour, lieu privilégié des relations secrètes « elles se déshabillaient dés la porte verrouillée » et « quand elle arrive dans la chambre où Lam l’attendait avec anxiété, elle eut un petit rire nerveux
étouffe comme si elle avait peur de ce qui allait se passer entre eux avec ce désir poisseux qui les brûlait tous les deux ».

D’autre part, il est présenté comme un espace de délire, d’hallucination « Il hallucine » (p.123) et de souvenir « ….il farfouillait entre le relais et son propre corps à la recherche de souvenirs sereins tranquilles et douillets pour se donner l’envie de vivre » (p.120). Cet espace de la chambre se réduit à celui de la fenêtre qui ouvre la porte sur l’espace du dehors: « comme la rue était interdite, Lam passait de longues heures accoudés à la fenêtre grillagée » (p.164).

Sur la trace de Benjy , à qui la clou de la barrière constitue un stimulant de souvenir en lui rappelant sa sœur Caddy, Boudjedra a cité plusieurs endroits et des villes comme si en les évoquant Lam retrouvait sa mémoire : Constantine  «ses pont suspendus, , souk el djazarine, le medersa Ben Badis, … » Hanoi « ses rues, ses structures urbaines… », Barcelone  « Le métro », Alger «  La Kasbah, les ruelles, la nouvelle cathédrale, le palais du peuple,.. » Paris « Eglise de Sacré cœur, Notre Dame, le quartier de la goutte d’Or.. »
L’espace de la femme 

Dans le bruit et la fureur, on sent une clôture de l’espace féminin soit dans une chambre (Caroline Bescomb) ou dans la cuisine (Dilsey).

Cet enfermement de l’espace féminin est marqué dans Fascination par une censure de désir. Ainsi, dans le premier chapitre, des séquences expriment l’emprisonnement dans un espace clos (maison , cuisine , élevage des enfants , la propreté de la maison…) «  la permanence de ces vieilles traditions culinaires et vestimentaires profondément ancrées dans cette maison entretenue par Lol nourrissait la nostalgie » (p.18).

.Le narrateur dirige son regard vers l’espace de la femme sur lequel s’appuie sa description qui donne l’impression d’un profond attachement au patrimoine.


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Le verbe régner (p.14), exprime le pouvoir absolu et la domination totale de la femme sur l’espace qu’elle occupe (maison, atelier de couture, cuisine……). L’appartenance à cet espace féminin est pris en charge explicitement par le personnage féminin axial : Lol.

L’espace de la femme dans la littérature maghrébine est toujours caractérisé par sa clôture et son enfermement. Ceci dit l’importance accordée à la femme. Ainsi, l’espace est limité par la fonction qu’elle exerce. C’est pourquoi il ne lui est pas permis de circuler dans un espace autre que la cuisine.

Mais, en plus de l’occupation de l’espace féminin, Lol va s’introduire dans l’espace interdit traditionnellement réservé pour les hommes par la réalisation de son désir d’être la première femme jockey dans le pays et par son occupation et sa gestion des haras de main en maître avec Ali et Ali Bis. Lol accompagne Lam jusqu’à l’autre coté des frontières (p.50,51) et jusqu’au maquis situé à Batna « Chapitre II » , au lieu d’Ila qui s’occupe en principe de ses missions.

Dans ce récit, se présente une autre orientation. On sort dans Fascination de la situation habituelle de l’ écriture maghrébine en dépassant l’espace limité , clos à un autre espace plus vaste , plus ouvert en donnant libre court à la femme pour s’affranchir et sortir de son enfermement . La femme brise les barrières et dépasse les frontières, fréquente aussi les lieux interdits

réservés aux hommes, pour être en fin de compte au même rang que l’homme en occupant les mêmes espaces.

Ainsi, l’homme à son tour , ouvre la porte sur l’espace intime et préféré de la femme « Kol mettait au beau lieu de cœur son egrement , son chapelet tout en donnant des conseils à son épouse sur la façon de préparer le dîner » ( p.65) et aussi « Ila avait chargé malgré son jeune age de veiller à l’éducation des enfants et de seconder son épouse dans les taches ménagères » (p.12). L’évocation de l’homme dans l’espace féminin présenté par la cuisine est présente chez Joyce dans Ulysse quand Bloom prépare le petit déjeuner pour sa femme, et quand aussi, il brûle le rognon.
 
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1.4- Les thèmes

L’étude des thèmes aide à mettre en exergue l’interaction axiologique c'est à dire le partage et le conflit entre les systèmes de valeurs de Fascination comme texte cible et Ulysse, Le bruit et la fureur comme texte source.
I) Les thèmes principaux 

1) Le sexe 

La sexualité est un terme qui revient assez souvent dans les écrits de Boudjedra. L’auteur a abordé le thème du sexe en dépassant son cadre naturel (homme, femme) et légitime (le mariage). Il a dépassé toutes les limites en cassant toutes les barrières morales et psychologiques dans l’évocation de ce sujet. Il dépasse le thème pour exposer une description charnelle du corps de la femme (p.19). Cette méthode vient souvent de Joyce qui ne laisse rien de coté quand il parle du sexe et entame souvent ses romans par des descriptions de ce genre. A la page 1052, en citant l’action de Bloom embrassant les seins de Molly, Joyce décrit ces seins « il embrasse les ronds mamelons melons meliflons de sa croupe, chaque rond et melonneux, hémisphère à son tour, et leur ténébreuse plongée, provocante, melon odorante ». Dans la quatrième épisode (Calypso) Bloom, pense à la chair généreuse dans la chaleur du lit de Molly « qui n’a pas de relation sexuelle avec elle pendant 10ans » qui est liée (pour lui) à « ses gros tétons doux qui pendait sous sa chemise de nuit comme le pis d’une chèvre »

Boudjedra ne s’est pas seulement rapproché de Joyce mais aussi de Faulkner au niveau de la variation sur le thème de l’inceste qui constitue avec l’homosexualité et la prostitution l’ossature générale du thème du sexe dans Fascination.


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En jetant la lumière sur des phénomènes considérés comme étranges par rapport à la société Arabo-musulmane (mais qui existent dans le quotidien), certains personnages sont déterminés essentiellement par leurs instincts lubriques et régis d’une sexualité redoutable symbole de la déchéance d’une société accusée d’être minée par le vice.

1.1 - La prostitution et l’adultère 

La prostitution a droit de citer dans la littérature. Ce thème est évoqué avec plus ou moins d’importance selon l’idéologie de chaque écrivain, certains s’acharnent à démontrer la pratique généralisée du commerce de la chair qui apparaît comme l’unique fonction de la femme.

La prostitution de ce point de vue est présentée comme un rite initiatique de la femme à l’entrée dans la vie adulte. Belle Cohen comme Le Chat Noir est un lieu de plaisir. Tout au contraire de Boudjedra, Joyce ne s’est pas approfondi dans ce thème. Sa présence n’était que du clin d’œil dans le roman dont l’épisode Circé est la scène où Georgina, Flora et Kitty (les prostituées de ce bordel « Belle Cohen ») ont dérobé à Stephen son argent. Mais d’une autre part, il a jeté la lumière sur un autre thème s’incluant dans le cadre de la trahison conjugale et le présente comme une prostitution limitée : L’adultère.

Dans Ulysse ce thème est pris en charge par Molly qui a laissé de coté son mari Léopold est s’en est allée avec d’autres hommes parmi lesquels des amis de son époux : John Henry Menton, Julins Mastinsky , Adrew Burk, Bartell D’Arcy, Goodwin Bernard Corrigan (qui devient ensuite prêtre). Cette multiplicité des amants fait rapprocher l’acte de l’adultère à celui de la prostitution. Boudjedra a donné deux exemples de prostituées représentant deux genres de prostitutions que Lucienne Favre (84) a partagé ainsi à :

Prostitution de luxe et prostitution de basse échelle.


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1.1.1 Prostitution de luxe 

Mol, une fille d’un grand vigneron à Marseille. Malgré les nouvelles conditions de vie qu’elle trouve dans le Chat Noir elle ne peut pas céder. Donc, elle ne choisit que les riches ou les hommes de la haute classe de la société. Le sexe pour elle est un plaisir avant d’être un moyen d’amasser une fortune. Le plaisir de Mol comme celui de Molly ne se limite pas chez un seul homme pour le mettre dans son cadre légitime (le mariage). Elles sont des femmes lubriques qui ne se contentent pas d’une seule aventure ce qui pousse Molly malgré qu’elle soit mariée à tromper son époux. Les deux femmes aiment le changement choisissant elles-mêmes leurs différents partenaires, un peu de la manière de Mme Bovary. Cette prostitution de luxe est un monopole réservé à la bourgeoisie.
1.1.2 Prostitution de basse échelle 

Représenté dans Fascination par la figure de Mey, une vietnamienne qui se donnait à Lam lors de son séjour à Hanoi .C’est un exemple de femmes que la guerre et les difficiles conditions de vie ont poussé à entrer dans cet univers pour survivre. Boudjedra ne déclare pas que Mey est pauvre où bien qu’elle soit poussée par la guerre pour exercer ce métier, mais on peut comprendre cette réalité en la situant dans le contexte dans lequel se trouve cette jeune fille.

Dans le cas de Mey comme celui de Flora, Higgin et Kitty, l’entrée dans la prostitution n’était ni motivé par des penchants sexuels prononcés, ni par le désir de plaisir orgiaques et pervers. La prostitution était tout d’abord une source de gains. Ce qui justifie en quelque sorte le fameux proverbe « il faut un minimum de bien être pour pratiquer la vertu ». A ce propos, Simone de Beauvoir écrivait: « Il y a aussi beaucoup de jeunes filles qui sont prostituées par leurs parents : certaines familles telle la célèbre famille américaine de Juck. Toutes les femmes sont vouées à ce métier pendant la guerre et dans les crises qui les suivent » (84).
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