Littérature québécoise








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Blanche Lamontagne-Beauregard
La vieille maison



BeQ

Blanche Lamontagne-Beauregard

La vieille maison

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 587 : version 1.0

De la même auteure, à la Bibliothèque :

Un cœur fidèle

Ma Gaspésie

La moisson nouvelle

Les trois lyres

Visions gaspésiennes

Par nos champs et nos rives...

La vieille maison

Édition de référence :

Bibliothèque de l’Action française,

Montréal, 1920.

Je dédie ce livre aux morts de ma race,

en souvenir, en reconnaissance.

B. L.

Hymne à la vieille maison



I


Avec son air rustique et bon,

Portant sur ses épaules

Les verts cheveux des saules,

Rêve notre Vieille Maison...

Mieux que le plus beau paysage,

Mieux que les grèves et les monts,

La demeure que nous aimons

N’a jamais changé de visage...

C’est ici que mes aïeux ont vécu,

Qu’ils ont souffert, qu’ils ont aimé, que la jeunesse

Dans sa coupe d’amour leur a versé l’ivresse,

Et qu’ils sont morts, tombant comme tombe un vaincu...

C’est cette porte matinale

Qui, par un jour clair et joyeux,

Reçut au foyer des aïeux

L’épouse à l’âme virginale...

C’est là que, la main dans la main,

Simples dans le bonheur, calmes dans la souffrance,

Ils ont, le cœur nourri de la même espérance,

Parcouru le même chemin.

Mais la mort guettait, d’un œil sombre :

Un jour, le foyer, resté seul,

Les a vus, couverts d’un linceul,

Prendre le noir chemin de l’ombre.

Depuis que la tombe a repris

Leur être, un étrange silence

S’appesantit sur leur absence.

Et nous ne savons plus le côté qu’ils ont pris...

Ils vont... ils vont... Sur quelle route,

Dans quel chemin ont-ils posé

Leur désir épuisé,

Et tendu leur rêve en déroute ?...

Ont-ils, dans la douceur

De ces lieux, que la foi devine,

Ont-ils trouvé, là-bas, sur la route divine.

Une vieille maison qui ressemble à la leur ?...

Ont-ils, dans leur âme charnelle,

Et leur attache à la maison.

Ont-ils, au bout de l’horizon,

Ont-ils trouvé, Seigneur, ta maison Éternelle ?...

II


Ils se sont rassemblés, dans la maison céleste,

Pour un éternel rendez-vous,

Nos pères qui, du sol agreste,

Ont remué les sillons roux ;

Les vaillants soldats de la terre,

Dont le genou s’est déchiré

Dans la lutte âpre et solitaire,

Et dont le front fut un champ labouré...

Et, pour toujours, le ciel leur garde

La claire vision des blés,

Qu’une aube incessante regarde.

Où tous leurs rêves sont comblés.

C’est là que leurs pâles prunelles,

Que leurs pauvres yeux, éblouis.

Ont vu, sur des mers éternelles,

Rouler des montagnes d’épis.

Et que, dans les rayons superbes

D’un été qui dure toujours,

Ils ont calmé leur soif de gerbes,

Et guéri leur faim de labours !...

III


Ils avaient droit, Seigneur, d’entrer sous ta tutelle,

Et de goûter la douceur de tes lois,

Ils avaient droit à ta joie immortelle

Ces hommes d’autrefois.

Eux qui t’ont prié, les mains jointes.

Qui sont demeurés vrais et forts,

Eux dont la bouche était sans plaintes.

Et dont l’âme était sans remords...

Eux qui, finissant leur journée.

Élevaient leurs bras lourds vers Toi,

Eux qui t’offraient leur moisson, chaque année,

Et, chaque jour, t’offraient leur foi !...

Je crois, Seigneur, que tu les aimes

Ces hommes si bons.

Ces hommes si blêmes,

Au visage en sillons...

Parce qu’ils furent des apôtres

Que tous, un jour, acclameront,

Et qu’ils furent parfois, aussi, des saints – les nôtres –

Et gagnèrent leur pain aux sueurs de leur front,

Et qu’en leur attache profonde.

Source d’un labeur si touchant,

Ils n’ont pas voulu voir autre chose en ce monde

Que leur maison et que leur champ !...

IV


Depuis qu’ils ont vécu dans ces lieux, qu’ils sont morts,

Sous ce vieux toit, lourd de tristesse et d’âge,

Depuis que l’ombre enveloppe leur corps

Et leurs traits, dont je n’ai qu’une très pâle image,

Leur maison n’a guère changé.

Son regard est plus terne, et sa robe est plus noire.

Mais, à l’intérieur, rien ne fut dérangé

Des objets dont la vue enchante la mémoire.

Les chambres ont gardé leurs meubles du passé,

Les images de saints que les doigts pieux y mirent,

Les miroirs suspendus au mur tout crevassé,

Et les lits à pommeaux où les aïeux dormirent...

Le rouet paresseux repose dans son coin

Près de lui, trône la commode,

Où l’épousée étendit avec soin

Sa mante de velours, à la dernière mode...

Le métier désuet

Au grenier se renfrogne,

Et songe, muet,

Aux jours de blanche catalogue...

Et ces objets, témoins du bonheur des anciens,

Ont l’air d’attendre sans rien dire

Le tiède toucher de leurs mains,

Et la douceur de leur sourire...

S’ils revenaient tous ces morts ténébreux,

S’ils revenaient avec leur âme et leur pensée,

Comme ils seraient émus, comme ils seraient heureux

De trouver leur maison telle qu’ils l’ont laissée !...

V


Deux saules ont été plantés par eux,

Auprès du seuil, deux saules d’Italie,

Lourds de mélancolie,

Mais fiers et vigoureux.

Ils ont des airs de prière,

Des airs de douceur et de paix ;

Ils ont des rameaux épais,

Tendus comme des bras de mère...

Par les automnes rembrunis,

Par les orages, les tempêtes,

Les saules, rapprochant leurs têtes,

Sont unis...

Le temps qui les enchaîne

Pour l’avenir,

Va les unir

D’une amoureuse chaîne...

Or, lorsque je les vois, enlacés dans les vents,

Je songe à ta puissance invisible, ô ma race,

Qui par un lien secret, mais profond et vivace,

Unit l’âme des morts à l’âme des vivants !...

VI


Nos ancêtres étaient joyeux

Et la maison leur était douce.

Leurs jours coulaient, coulaient comme une eau

/ sous la mousse...

Qui nous rendra le rire des aïeux !...

Tout s’éclairait de leur sourire,

Tout rayonnait de leur gaieté.

Dans un flot de simplicité,

De leurs lèvres, comme un ruisseau, coulait le rire...

Le soir, quand ils étaient assis,

Ils oubliaient la trop rude journée,

Et la maison était illuminée

De leurs récits...

Ils riaient comme chante un oiseau sur la branche,

Comme le jour grandit, comme l’été renait.

Dans la paix des beaux soirs leur chanson résonnait,

Et leur rire était vrai, car leur âme était franche...

Et depuis qu’ils s’en sont allés,

Dans je ne sais quel chemin sombre,

La vieille maison a de l’ombre

Au fond de ses yeux éplorés.

Dans son intuition, peut-être,

Croyant qu’il est mort à jamais,

La maison pleure désormais,

Le rire joyeux de l’ancêtre !...

VII


L’indifférent

Qui me surprend

À rêver dans ces ruines,

Dans ce jardin où les épines

S’entrelacent aux vieux pommiers,

Que les rossignols coutumiers

Habitent...

L’indifférent que les désirs agitent,

Et dont le rêve ambitieux

De vain mirage emplit les yeux,

Dit à me voir enracinée

À ce toit où ma mère est née :

– « Quel est l’attrait mystérieux,

Qui l’attache en ces lieux ? »...

Mais ceux-là dont la vie a marqué le visage

De son rude et profond sillage,

Ceux qui revoient, au fond tremblant d’un paysage,

La maison douce avec son pignon gris penché,

Et le linge éclatant, sur la corde perché,

Ceux-là comprennent mon attache

À la maison que l’âge entache ;

Ils savent, qu’évoquant des jours nombreux et forts,

Dans les vieilles maisons monte la voix des morts !...

VIII


Ils me disent : « La mort, c’est vrai, nous a repris,

Mais la douceur des jours enfuis

Ne s’est pas effacée

De notre pensée.

Les couchants d’autrefois dorent notre horizon,

Et notre souvenir flotte dans la maison.

Notre âme, à l’heure accoutumée,

Revient dans la maison que nous avons aimée...

Au sein de ce foyer

Que nous avons fait rayonner,

Quand tu t’assieds à cette table antique.

Où nous avons mangé le pain noir et rustique,

Le pain qui chantait dans nos blés,

Et qui donnait la joie à nos fils attablés ;

Lorsque, dans la chaise berçante,

D’une pensée éblouissante,

Ou bien d’un joyeux souvenir

Tu sais t’éclairer l’avenir ;

Lorsque près du bon feu, tu rêves.

Tandis que les flots noirs s’abattent sur les grèves ;

Dans la table qui chante et le pain qui nourrit.

Dans le seuil qui gémit, la chaise qui sourit.

Dans la lampe qui brille et le feu qui soupire.

C’est notre âme que tu respires !... »

IX


À ceux qui, dans les grandes villes,

Hélas ! loin de notre horizon,

Vivent sans oublier ces jours clairs et tranquilles

Vécus dans la Vieille Maison.

Les morts disent aussi : « Frère dont le visage

Se brûle au souffle des cités,

Mais dont l’esprit demeure hanté d’un paysage

Fait de brunante et de clartés...

Toi qui te rappelles encore

Ton enfance, et qui te souviens

Des vaches au poil roux, s’agitant dès Taurore,

À la voix qui leur dit : « Viens t’en ! Viens !

/ Viens t’en ! Viens !...

Ô toi que, sous un joug austère,

La ville maudite enrôla,

Fils de chez nous, fils de la terre,

Qu’un rude destin exila,

Lorsque la côte, enfin gravie.

Disparaîtra devant tes yeux,

Ah ! reviens achever ta vie

Dans la maison de tes aïeux,

Dans la Vieille Maison, sous les arbres blottie,

Belle d’âge, et solide ainsi qu’un bâtiment.

Qu’en leur rêve d’amour tes pères ont bâtie,

Sur leur emplacement !...
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