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Histoire


Le 24 juin 1717, quatre loges de Londres se réunirent dans la taverne Goose and Gridiron (l'Oie et le Grill). Elles portaient le nom des tavernes où elles avaient l'habitude de se réunir:

  • L'Oie et le Grill

  • La Couronne

  • Le Pommier

  • Le Gobelet et les Raisins.

Elles décidèrent de se soutenir mutuellement, dénommèrent leur regroupement « Grande Loge de Londres » et élirent « Grand Maître des Maçons » (Grand Master of Masons) le plus ancien des quatre maîtres de loges, un certain Anthony Sayer.

Cet événement, qui passa quasiment inaperçu à l'époque, marque cependant la naissance de la première obédience maçonnique du monde.

L'année suivante, en 1718, Georges Paynes, secrétaire de l'administration des impôts, fut élu Grand Maître et le nombre de loges venues se joindre à cette fédération augmenta.

En 1719, La Grande Maîtrise échut à Jean Théophile Désaguliers, ami d'Isaac Newton et l'un des plus illustres conférenciers de son temps et en 1721 au duc de Montagu, haut aristocrate et l'un des hommes les plus riches d'Angleterre. Celui-ci demanda qu'on refonde toutes les anciennes règles de la fraternité (les « Anciens Devoirs ») selon « une nouvelle et meilleure méthode », projet qui aboutira à la publication des Constitutions d'Anderson, en 1723.

En très peu d'années, la Grande Loge de Londres avait ainsi acquis un prestige considérable qui allait permettre à la franc-maçonnerie de se répandre en une vingtaine d'années dans toute l'Europe et dans l'ensemble des colonies européennes, ce qui incluait à l'époque l'Amérique, l'Australie et une bonne partie de l'Afrique et de l'Asie.

Très rapidement, de nouvelles loges, vite rassemblées en nouvelles obédiences se constituèrent un peu partout dans le monde, telles la Grande Loge de France, dès 1728.

Tout aussi rapidement, le mouvement se diversifia à l'intérieur même du pays où il était né, puisqu'une autre obédience, sous le nom de Grand Lodge of Antients Masons, se forma en Angleterre et s'opposa à la première, à laquelle elle reprochait d'avoir déchristianisé le rituel, tandis qu'un certain nombre de Loges londoniennes continuaient à demeurer indépendantes.

Les problèmes de constitutions d'obédiences et de reconnaissance entre elles sont donc aussi anciens que la franc-maçonnerie moderne elle-même.

Points de discorde entre obédiences maçonniques

Divisions et landmarks


Dès les origines, la multiplication des pratiques et des conceptions différentes a posé le problème de la reconnaissance et des limites:

À force de déviations, qu'est-ce qui peut être considéré comme étant une forme plus ou moins « exotique » de la franc-maçonnerie et qu'est-ce qui en est si éloigné que ce doit être considéré comme étant autre chose ?

Le mot anglais landmark résume bien cette question et ses difficultés: En effet ce mot désigne à la fois un point remarquable du paysage (on dira par exemple que la Tour Eiffel est un landmark de Paris) et une borne à la limite d'un territoire. Dans le premier cas, il s'agit d'un point de repère dont il convient de ne pas trop s'éloigner sous peine de s'égarer. Dans le second, c'est une limite précise au-delà de laquelle on a changé de territoire.

Concrètement, de nombreuses obédiences, principalement aux Etats-Unis, ont établi différentes listes de landmarks, parfois considérés comme des limites intangibles, parfois comme des repères susceptibles d'évolutions au cours du temps.

De son côté, la Grande Loge unie d'Angleterre, sans utiliser le mot de landmarks, énonce une liste de 8 principes, publiée en 1929 et modifiée en 1989, qu'elle considère comme nécessaires pour qu'une grande loge soit reconnue par elle.

D'une manière plus générale, toutes les obédiences maçonniques, au moins dans leur constitution, énoncent leur manière de définir ce qu'est, à leurs yeux, la franc-maçonnerie.

Le concept de « régularité »


Voir annexe : Régularité maçonnique

Le mot « régularité » est relativement récent et doit être davantage compris dans le sens anglais (regular, c’est-à-dire « normal ») que par rapport à l'idée d'une règle au sens latin des ordres monastiques. Mais ce mot recouvre cependant une notion beaucoup plus ancienne, et qui n'est pas exactement superposable à celle des landmarks, puisqu'elle fait référence aux « Anciens Devoirs », c’est-à-dire aux anciennes règles de métier des corporations de maçons. Or ces règles:

  • Ne sont pas toujours directement transposables, sans une interprétation métaphorique, à la franc-maçonnerie moderne, dite « spéculative ». C'est par exemple le cas des règles qui régissaient le paiement des travaux ou l'interdiction d'employer sur les chantiers de l'époque des travailleurs malvoyants.

  • Ont toujours été en partie différentes selon les époques et les régions.

  • Furent « refondues » comme on l'a vu plus haut à l'époque d'Anderson, laquelle refonte fut contestée dès l'origine (conflit des Antients et des Moderns).

Il reste que la plupart des obédiences se sont plus ou moins accordées au fil du temps sur un ensemble de règles, formulées de manière suffisamment souple, et dénommées « critères de régularité ».

Les obédiences du courant « principal » s'accordent généralement sur la liste de critères promulguée par la Grande Loge Unie d'Angleterre, dans sa version de 1929 ou dans celle, légèrement différente, de 1989.

D'autres obédiences, tout en accordant une grande importance à cette question de la régularité, ajoutent ou retranchent certaines choses à leurs propres listes de « critères de régularité ». C'est par exemple le cas de celles qui n'acceptent les Anciens Devoirs que dans les strictes limites de la version donnée par Anderson, en 1723 ou de celles qui, à l'inverse, considèrent comme un critère traditionnel de régularité l'interdiction des discriminations religieuses ou raciales.

Reconnaissances mutuelles et intervisites


Enfin, la question des reconnaissances mutuelles et des intervisites est encore une question différente, qui n'est pas toujours directement superposable aux précédentes.

En effet, pour prendre un exemple, telle obédience admettra que telle autre obédience a une pratique maçonnique qui est en tous points conforme à ses propres conceptions, landmarks (éventuellement récents) ou « critères de régularité » (supposés inchangés depuis les Anciens Devoirs), mais ne lui accordera cependant pas sa « reconnaissance » pour d'autres raisons.

Dans l'histoire récente, on a vu ainsi des obédiences refuser ou retirer leur « reconnaissance » à d'autres :

  • Pour des raisons de discrimination, devenues à leurs yeux inconciliables avec la morale, même si les « Anciens Devoirs » ou les anciens landmarks n'interdisaient pas autrefois les discriminations.

  • Pour des raisons d'exclusivité territoriale, certaines obédiences ne reconnaissant qu'une seule autre obédience par pays.

  • Voire parfois pour des raisons de contentieux financier.

La reconnaissance d'une obédience par une autre conditionne presque toujours la possibilité de visites mutuelles en loge, même si, dans la pratique, les interdictions théoriques de visites mutuelles sont parfois contournées.

En revanche, il n'est pas rare que des obédiences maçonniques qui ne se reconnaissent pas mutuellement puisse avoir néanmoins des relations de coopération mutuelles en des occasions particulières, par exemple pour partager des locaux ou pour organiser des expositions muséologiques.

Les regroupements d'obédiences


Les obédiences maçonniques tissent entre elles des réseaux de relations mutuelles complexes, mais qu'on peut schématiquement regrouper en quatre types :

Obédiences régulières du groupe principal (mainstream)


Plus des trois quarts des francs-maçons du monde appartiennent aux obédiences de ce groupe.

Il est constitué par:

  • L'obédience la plus importante de chaque nation du Commonwealth et de chaque état des États-Unis et de chaque province du Canada.

  • Une obédience (pas nécessairement la plus importante) de chacun des pays où la franc-maçonnerie est représentée.

Les obédiences de ce groupe de reconnaissance mutuelle se disent toutes régulières. Inversement, elles déclarent parfois irrégulières toutes les obédiences qui n'appartiennent pas à leur groupe, sans prendre en considération la nature de leurs pratiques maçonniques. Les obédiences ainsi déclarées irrégulières uniquement à cause de leur non appartenance au groupe principal partagent rarement ce point de vue.

Contrairement à une idée fausse assez largement répandue, il n'existe pas d'organisation centrale qui aurait autorité sur l'ensemble de la Franc-maçonnerie de ce groupe. Les Grandes Loges qui le composent, qui sont un peu plus d'une centaine, sont indépendantes, autonomes et souveraines. Chacune d'entre elles présente un caractère original, avec des particularités d'usages qui reflètent dans une certaine mesure la mentalité ambiante et les traditions locales. Mais toutes sont reliées entre elles par un consensus quant aux principes, usages, landmarks et règles qui constituent l'indispensable base de la régularité maçonnique.

Même la Grande Loge Unie d'Angleterre, qui est la plus ancienne et la plus importante, avec ses quelque 600 000 membres, n'a pas d'autre action directe sur le plan international que celle d'accorder, refuser ou retirer sa « reconnaissance ». Mais le soin scrupuleux qu'elle met à respecter et à faire respecter les principes qu'elle a été la première à codifier, donne à ses décisions en ce domaine un poids et un prestige particuliers.

Autres obédiences régulières


La règle qui fixe en principe à une seule obédience par pays ou état le nombre des obédiences pouvant appartenir au groupe principal a pour conséquence l'existence dans certains pays d'obédiences qui, tout en respectant les mêmes landmarks que les obédiences du groupe principal, ne sont pas reconnues par lui.

Le cas des obédiences noires américaines (dites de Prince Hall) est à cet égard exemplaire. Elles ne pouvaient évidemment pas être reconnues par le groupe principal à l'époque où les États-Unis pratiquaient la ségrégation raciale et leur reconnaissance progressive depuis le début des années 1990 par les Grandes Loges blanches américaines (dites caucasiennes) n'est pas sans poser un problème au regard de la règle d'exclusivité territoriale.

D'autres cas souvent mentionnés existent en France où coexistent plusieurs obédiences qui respectent les mêmes critères de régularité que les obédiences du groupe principal (plusieurs d'entre elles étant issues de scissions de l'obédience reconnue par le groupe principal), mais qui ne peuvent pas être reconnues par lui du fait de la règle d'exclusivité territoriale, ou à cause d'autres différends avec l'obédience reconnue par le groupe principal.

Il peut enfin exister des obédiences qui pratiquent tous les critères de régularité, mais qui ne souhaitent pas appartenir au groupe principal, par exemple parce qu'elles refusent de reconnaître les obédiences de ce groupe qui pratiquent la ségrégation raciale (aux États-Unis) ou religieuse (en Scandinavie). En Europe, onze de ces obédiences se reconnaissent entre elles au sein d'un groupe international d'obédiences dénommé Confédération des grandes loges unies d'Europe.

Autres obédiences traditionnelles


On trouve aussi à travers le monde un certain nombre d'obédiences que l'on peut qualifier de traditionnelles mais non régulières. C'est en particulier le cas de toutes celles qui respectent tous les landmarks et critères de régularité, à l'exception de l'ancienne règle d'interdiction de la mixité, qu'elles considèrent comme une forme de ségrégation et qu’elles jugent dépassée.

Obédiences libérales


On classe en général sous le nom d'obédiences « libérales » les obédiences qui ne se considèrent pas comme liées par les anciennes règles ou landmarks. C'est le cas en particulier de celles qui prônent une « absolue liberté de conscience ». Un assez grand nombre de ces obédiences se reconnaissent entre elles au sein d'un groupe international d'obédiences dénommé CLIPSAS.

Loges indépendantes, « sauvages » ou « clandestines »


Il existe enfin un peu partout à travers le monde des loges qui ne souhaitent pas se fédérer au sein d'une obédience et qui conservent jalousement leur indépendance. Certaines d'entre elles sont anciennes et traditionnelles, d'autres peuvent être tout à fait récentes et avoir des pratiques si peu communes que les autres obédiences ne les considèrent plus comme étant maçonniques, ni dans le sens « régulier » du terme, ni même dans son acception « libérale ».
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