Aime Cesaire, Discours sur le Colonialisme








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date de publication31.03.2017
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Pourquoi Organiser la Diaspora Haitienne?

“Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.”

(Aime Cesaire, Discours sur le Colonialisme).

“L’explosion n’aura pas lieu aujourd’hui. Il est trop tôt ou trop tard. Je n’arrive point armé de verités décisives. Ma conscience n’est pas traversée de fulgurances essentielles. Cependant, en toute sérénité, je pense qu’il serait bon que certaines choses soient dites. Ces choses, je vais les dire, non les crier. Car depuis longtemps le cri est sorti de ma vie. Et c’est tellement loin. Pourquoi écrire cet ouvrage? Personne ne m’en a prié. Surtout pas ceux à qui il s’adresse. Alors? Alors, calmement, je réponds qu’il y a trop d’imbéciles sur cette terre. Et puisque je le dis, il s’agit de le prouver.”

(Frantz Fanon, Peau Noire, Masques Blancs)

Nous, les Haitiens de la diaspora, sommes des imbéciles pour la plupart même avec de grands diplômes (MA, MS, MD, MAT, MBA, DESS, DEA, DDO, PHD,etc.). Depuis pluss de six ans, j’observe les leaders de la diaspora haitienne, je ne vois rien de sérieux sinon que des hommes à la recherche de l’estime. Ces jours- ci, l’enthousiasme d’organiser la diaspora est grand, mais irréflechi. Étant donné que je suis partie prenante de la diaspora haitienne et que tout décollage ou

organisation de cette diaspora serait bénéfique pour tous les Haitiens, tout Haïti, que je porte dans mon coeur, je vais essayer de réfléchir sur la nécessite d’organiser la diaspora haitienne. J’ai cessé de crier, j’ai une audience maintenant qui veut dialoguer, apprendre, comprendre. Les deux professeurs et mentors qui m’ont encouragé à publier mes réflexions et qui me lisent journellement me donnent un B+. Je suis satisfait de cette note de ces deux sommités de l’intelligentsia américaine.

Pour parler de l’organisation de la diaspora haitienne, il faut bien reconnaître que cette dernière est désorganisée. En pathologie, quand on parle de désorganisation, on voit maladie. Si la diaspora haitienne est malade, donc, avant même d’organiser, de proposer un traitement, il faut faire l’anamnèse du malade. Les renseignements fournis par le malade “diaspora haitienne” sur son passé et sur l’histoire de sa maladie nous permet de rédiger l’histoire sociale partielle du malade qui se résume en ces points: Absence d’identité, mentalité crabe ou crabisme de l’Haitien, vision restreinte du monde, l’opportunisme, l’ignorance, l’inconscience, le charriage des conflits qui ont handicapé l’évolution historique de la société haitienne. Nous essaierons de toucher plusieurs de ces points dans notre exposé.

L’identité de la diaspora haitienne

Un de mes professeurs de littérature à Stony Brook University, Anthony Hurley aimait s’amuser avec les étudiants haitiens en leur posant la question suivante: C’est quoi un Haitien? C’est une question qui faisait rougir nos “grimos et grimelles” et très déconcertante pour les fils de Dessalines. Alors, qu’est-ce qu’un Haitien? C’est quoi la culture haitienne? Comment les Haitiens de la diaspora vivent leur culture? Quand un Haitien va au pays d’accueil, comment se présente t-il? Comment se manifeste la culture haitienne dans la diaspora? Comment les services culturels des consulats présentent la culture haitienne dans les pays hôtes? Y-a-t’il un consensus sur la définition de l’Haitien, du diasporien (Haitien vivant à l’étranger)? Comment penser à organiser la diaspora haitienne si on ne peut même pas définir l’Haitien, son identité?

Le crabisme ou la mentalité crabe de l’Haitien

L’épopée de 1804 a été rendue possible grâce à la solidarité, l’union des noirs et des mulâtres. Toutes les réalisations sérieuses, entreprises en Haïti et dans la Diaspora Haitienne (stigmatisation 4H) ont toujours été la résultante d’une action concertée. Le bien commun c’est ce qui manque aux Haitiens d’aujourd’hui. L’Haitien qui utilisait l’entraide, le “konbit” dans le temps pour travailler ses terres, s’organiser, vivre, est aujourd’hui individualiste dans l’âme. L’Haitien dans la diaspora qui vit dans des pays foncièrement individualistes devient un monstre qui fait fi de l’entraide. L’individualisme équivaut à l’égoisme, le solipsisme chez l’Haitien. On veut faire du show off, tout le monde veut être roi, chef. Nous nous haïssons. Quand quelqu’un brille, au lieu de l’encourager, on cherche à le nuire, le détruire. Si le blanc n’acclame pas un frère, on ne reconnaît pas ses valeurs. Nous nous entretuons juste pour nous exhiber. Nous rejetons nos fiertés pour acclamer des “déchets” étrangers.

Nous, Haitiens sommes condescendants de par nature. L’intellectuel haitien, le nouveau riche, l’opprimé en Haïti, qui devient membre à part entière de la classe moyenne dans les pays d’accueil sont naturellement condescendants. C’est une tare de l’esclavage (1517-1804), de la colonisation mentale (1804-présent). On ne change pas un cerveau façonné pendant cinq cent ans en un laps de temps court. Je n’ai pas peur, ni intimidé quand des monstres, des papes, des imbéciles au même titre que moi me traitent de condescendant. Je le suis, je l’assume. C’est notre domaine de définition, nous Haitiens, esclaves mentaux “Ti koulout”. J’essaie de me défaire de ces chaînes. Ma vie est un combat constant. Nous ne faisons pas la promotion de l’architecture sociale en Haïti. C’est normal que je sois arrogant, orgueilleux. La violence engendre la violence. Plus qu’on me refuse l’accès à une vie de qualité, à l’éducation, plus je deviens frustré, plus j’explose. “Sim pa rele, ma toufe. Pouki se sa w ap mande mwen”(Belony Murat dit Belo). Il est temps que nous, Haitiens, acceptons notre réalité, acceptons de faire notre propre introspection collective, de nous guérir de ces tares qui minent notre existence. Plus nous renforcerons le crabisme, plus nous souffrirons. Nous, intellectuels haitiens devons penser à la théorie des besoins d’Abraham Maslow. Quand est-ce que nous serons au stade d’actualisation de soi?

La vision restreinte du monde de l’Haitien

L’Haitien de la diaspora vit avec la mentalité tiers-mondiste qui sert d’assise à la culture de l’apartheid, de la médiocrité, de la corruption en Haïti. Tout est “Ti” chez l’Haitien. “Mwen jwenn yon ti dyòb la, ti chèk la piti. Mwen achte yon ti tè Ayiti poum bati yon ti kay pou ritayment mwen. Gadon bèl ti pitit, li gen bèl ti kò papa. M ap bal ti pawòl dous poum fè yon ti peze l”. J’ai été sidéré en 2000 de voir les “stores” haitiens en Amérique du Nord qui ressemblent à de petites boutiques de quartier en Haïti. Les Haitiens de la Diaspora sont aussi “sangwen, kokorat” que leurs frères en Haïti. Je peux excuser nos frères en Haïti qui n’ont peut être pas le goût du beau, qui vit dans une société de “fatras”, mais nos frères ici côtoient du beau, du suave, du “santibon”.

Après cinquante ans en terre étrangère, la Diaspora Haitienne n’a pas un restaurant huppé, ni un centre d’amusement, ni un shopping center (centre d’achat), un hôpital, un centre communautaire sérieux, moderne, une banque d’investissement. Nous vivons notre “kokoratisme” Tèt Kale. Les enseignants d’origine haitienne n’ont pas une association dans la ville de New York, et, pourtant Haïti comme pays fournit le plus grand nombre d’éducateurs dans le système éducatif de l’état de New York. Dans mes déboires, à New York City, en 2008, le lieutenant qui était responsable de mon dossier m’a fait savoir que la contribution des Haitiens d’origine au système éducatif de New York City était inestimable. Quand un jeune éducateur haitien fougueux fait face à la pègre de New York City qui refuse l’accès a une éducation de qualité aux enfants des groupes minoritaires, Il fallait bien qu’il ait un groupe de support pour l’épauler. Les jeunes médecins haitiens qui débarquent aux États-Unis n’ont pas une association de médecins pour les orienter. L’AMHE est un club de copains qui pratique le clientélisme, qui n’est pas intéréssé à l’intégration de ces jeunes médecins dans le système américain. Dieu seul sait combien ces derniers pouvaient être utiles à la communauté haitienne de la Diaspora. Nous, professionnels haitiens, ne sommes pas pragmatiques. En somme, à quoi servent les associations de professionnels haitiens dans la Diaspora? Nous encourageons ces associations à être plus pro-actifs.

Qui organisent la société?

Organiser veut dire doter d’une structure, d’une constitution déterminée, d’un mode de fonctionnement (Le Petit Robert 2013). Un pays est bâti selon une vision collective d’un groupe de gens qui mettent sur pied leur plan de société, un plan d’éxécution. Nous avons des architectes sociaux, des constructeurs de société, qui sont tous des professionnels qui exécutent le plan élaboré par les architectes sociaux. Dans les pays développés sérieux comme la Norvège, qui de 2001 à 2006, 2009 à 2011 avait le meilleur indice de développement humain dans le monde(Wikipedia), et le meilleur index de democratie en 2011, les Sciences Humaines et Sociales sont des piliers de la société. L’éducation est un sacerdoce, une noble carrière. N’importe qui peut être médecin, ingénieur en Norvège; mais pas éducateur, professeur d’université. Dans la Diaspora Haitienne, tout haitien rêve que leur progéniture soit médecin, avocat, ingénieur. Les mêmes préjugés émanant de la mentalité de sous-devloppé.

Prenez n’importe quel Haitien avec un ou deux phd dans la diaspora, invitez-le à retourner en Haïti; s’il n’abandonne pas après cinq ans ou ne vivez pas comme un dévôt, un humble, soyez assurés qu’il est corrompu. Dans mon essai, Le profil de l’intellectuel haitien, j’ai relevé que les détenteurs de phd sérieux, compétents et honnêtes qui rentrent en Haïti après leurs études retournent à l’étranger en moins de cinq ans pour la plupart. Ils sont intimidés sur le terrain, ils ne peuvent pas fonctionner au top niveau. S’ils tiennent vraiment à garder leur statut d’intellectuel honnête et compétent, ils doivent fuir Haïti et la pègre. Certains de ces hommes honnêtes qui ont fui Haïti continuent à supporter leurs amis, collègues “malandrins” en Haïti, ces mêmes hommes qui ont provoqué leur fuite.

J’ai fait cette longue introduction pour montrer que le professionnel haitien de la diaspora ne se pose jamais la question, à savoir: Pourquoi le pays hôte fonctionne bien? Comment tient-on le système en place? Comment planifie t-on le futur? En Amérique du Nord, on forme des robots. On a deux groupes d’individus: les décideurs et les exécutants. Nos frères Diasporiens en règle générale sont des exécutants. Demander à dix professionnels chevronnés haitiens dans la diaspora de définir les mots: futurologie, futurologue, futurible et de vous parler de leur rôle dans le pays d’accueil; je vous assure que si vous trouvez quatre qui peuvent vous en parler, c’est un miracle. Les pays développés ou organisés ont des spécialistes en politique publiques qui sont des architectes, des constructeurs de société qui planifient, déterminent le rôle des individus, des institutions dans le système. Les futurologues ou futuribles sont des spécialistes de futurologie. La futurologie selon Le Petit Robert 2013 est “l’ensemble des recherches prospectives concernant l’évolution future, scientifique, économique, sociale, technique de l’humanité”. Aux États-Unis, le Hawaii Research Center for Future Studies est le plus grand centre de recherches futuristes du monde. Ce centre de recherches héberge les futurologues comme Jim Dator, Yongseok Seo, Takuya Murata, Jake Dunagan, and Stuart Candy qui sont parmi les meilleurs futurologues au monde.

De quelques conflits qui ont handicapé l’exclusion historique de la société haitienne

“De quelques conflits qui ont handicapé l’exclusion historique de la société haitienne” est le titre de la contribution du professeur retraité, urbaniste, animateur d’une émission huppée sur Radio Optimum (www.radio-optimum), Dimanche Culture, Etienne Telemaque à l’essai “( La Contribution de la Diaspora Haïtienne dans un processus de dialogue national en Haïti). Selon le professeur Telemaque, Haïti est une société paralysée par de nombreux conflits qui handicapent les relations entre Port-au-Prince et la province. Ces conflits sont à l’origine de guerres civiles, de ruptures d’équilibre entre les régions, de paralysie politique et de faillite économique. Conflits surtout autour de l’accès à la propriété de la terre. Le professeur Telemaque pose les questions suivantes: Qui sont les vrais propriétaires d’Haïti en 1804, 1914? Qui sont les vrais détenteurs du capital en Haïti entre 1914-1949? En 1980 et aujourd’hui? À quoi servent les conflits entretenus en Haïti depuis 1804 sous Jefferson, 1848 sous la deuxième République, 1914 à l’occasion de la première guerre mondiale, 1942 sous l’occupation de la France par l’Allemagne dans le contexte de la deuxième guerre mondiale; dans les années 60’s pendant la guerre froide? Selon le professeur Telemaque, tous ces conflits ont une signification historique et un impact direct sur l’équilibre précaire d’Haïti. Il pense que la solution à ces conflits sociaux peut entraïner la création d’une toute autre Haïti.

L’organisation de l’espace en villes, villages, terroirs a donné lieu à des conflits transhistoriques. Le peuple des bourgs et des villages a supporté la révolution de 1804. Ils ont payé un prix fort pour la libération nationale d’Haïti et l’abolition de l’esclavage. Aujourd’hui, après plus de 200 ans d’histoire, de luttes, ils se retrouvent des “paysans sans terres”, chassés de leur territoire par des politiciens inconscients et parasites. Ils se retrouvent exilés à Cuba, en République Dominicaine dans les bateys, en Martinique, Guadeloupe, Guyane, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, et ailleurs dans le monde. Ils ont fait la révolution contre l’esclavagisme et le racisme. Ils ont contribué à ériger un pays à la sueur de leur front et au prix de sacrifices innombrables. Aujourd’hui, ils se retrouvent en Diaspora, aux côtés de leurs compatriotes plus éduqués, plus instruits, peut-être mieux lotis sur certains plans.

La Diaspora haitienne est loin d’être uniforme et charrie les conflits cités plus haut. Tout Haitien dans la Diaspora est né ou habitait à Petion-Ville ou une grande ville (pour cacher leurs origines modestes). La dichotomie discriminatoire “Nèg anwo” vs “Nèg anba”/ “Nèg andeyo” vs “Nèg lavil” est plus qu’une réalité dans la Diaspora Haitienne. Des bons à rien n’hésitent pas à faire appel à leur origine sociale. Des fils de pute attitrée, d’assassins notoires, de corrompus font la grande gueule et osent cracher même sur de rudes travailleurs qualifiés de nègres marrons. Ces “constipés” feignent d’ignorer qu’aux yeux du blanc, ils sont des nègres également. Les paysans d’autrefois, devenus membres à part entière de la classe moyenne dans les pays d’accueil essaient de se venger sournoisement des autres et sont portés à reproduire le meme ostracisme dont ils furent l’objet. La discrimination existe dans toute société, mais certains groupes ethniques s’unissent dans la diversité pour faire avancer leur agenda.

L’Haitien est toujours en quête d’un blanc protecteur. Il tuera son frère pour protéger les intérêts d’un étranger. Le “depi nan ginen nèg rayi nèg” est plus que jamais une vérité, une réalite dans la Diaspora Haitienne. Mieux vaut être exposé au racisme d’un caucasien que d’un mulâtre haitien. En passant, les mulâtres ont la mémoire courte et sont amnésiques. Roger Dorsainville, dans son manuel d’Histoire d’Haïti nous dit que le mulâtre est le produit du viol d’une négresse ou d’un nègre par un blanc ou une blanche. Quelle fierté exprime t-on de s’exclamer Etre mulâtre en Haïti et dans la Diaspora? Fort souvent, les opprimés sont les pires bourreaux qui peuvent exister. Victimes hier, bourreaux aujourd’hui. Les mulâtres haitiens devraient faire preuve d’humilité, défendre les malheureux, les faibles. Ils ont raté l’occasion de faire entendre leur voix, de demander justice et reparation aux blans français qui ont procrée les “bâtards” qu’ils sont, dans l’affaire de viol opposant Marie Danielle Bernardin et Josue Pierre Louis. Hélas, ils ont cru, croient, croiront qu’ils sont fils légitimes, héritiers de la terre d’Haïti. Ils essaient de reécrire l’Histoire d’Haïti pour se “noblifier”.

De l’urgente nécessité pour organiser la Diaspora Haitienne

Nous vivons à l’ère de la globalisation uniformisante où toutes les caractéristiques des groupes tendent à s’universaliser. Comment l’Haitien va faire pour éviter que l’infime pourcentage de ceux qui ne sont pas zombifiés et qui ne répondent pas à l’appel du suicide collectif, qui peuvent organiser la Diaspora Haitienne, sauver Haïti soit sain avec cette globalisation uniformisante? Aujourd’hui, aux États-Unis, au Canada, en Europe, seules les communautés organisées peuvent revendiquer leurs droits et avoir gain de cause. Les Haitiens sont taxés sans représentation dans les pays sus-mentionnés. À qui la faute?

Haïti est l’objet d’un complot international depuis 1804. “La négation d’Haïti n’a rien de nouveau. Depuis deux siècles, elle souffre dédain et punition. Thomas Jefferson, figure de la liberté et propriétaire d’esclaves, signalait que d’Haïti provenait le mauvais exemple; et il disait qu’il fallait “confiner la peste dans cette île”. Son pays l’a écouté.”(Eduardo Galeano, dans un article publié en avril 2004). Le professeur américain émérite Noam Chomsky de MIT abonde dans le même sens que Galeano. Il montre clairement la volonté manifeste des grands ténors de la communauté internationale de tenir Haïti dans le misérabilisme, dans plusieurs articles écrits, conférences prononcées sur Haïti. Qui pourra plaider la cause d’Haïti face à cette communauté internationale dédaigneuse en dehors d’une Diaspora Haitienne forte, unie, organisée?

Les futurologues prévoient que dans vingt ans, certaines professions ne seront plus. J’ai visité un endroit à Montréal en 2001 où j’ai vu plusieurs secrétaires, en 2012, j’ai été au même endroit, je n’ai vu personne. Le service est automatisé. Si nous faisons des recherches sur le nombre des Haitiens, Haitiens d’origine gradués dans les universités des pays d’accueil, qui occupent des postes importants durant les quarante dernières années, nous verrons qu’il y a une baisse de ratio (Hypothèse). Dans les années 80, le ratio de médecins d’origine haitienne, chef de service dans les hôpitaux de New York était plus élevé par rapport au ratio en 2013( À vérifier avec Dr. Pierre Paul Cadet de l’AMHE). Dans cette guerre de communautés, cette jungle que devient le monde où les ressources sont de plus en plus limitées, où la gloutonnerie de certains s’accroît, comment nous, Haitiens, allons survivre en dehors de l’organisation viable de notre communauté? La providence nous donne de fiers produits d’Ivy League aux USA, des Grandes Écoles en France, des tops universités au Canada, en Europe; que peut-on espérer d’autres de la providence? Elle n’aplanira jamais les voies à nos genies (Honore de Balzac). Il nous revient de mettre nos connaissances, nos ressources en commun, “joindre nos flambeaux en faisceaux pour projeter une lueur nouvelle sur l’écran de la diaspora et d’Haïti” (prof. Azemar Nefraige).

Sur qui compter pour organiser la Diaspora Haitienne?

Une brève anamnèse du malade Diaspora Haitienne permet de voir qu’il souffre d’un cancer métastasé en diverses régions de l’organisme. Les cliniciens ne peuvent rien faire dans ce cas-ci. Il nous faut des spécialistes en cancérologie. Les experts en cancérologie qui peuvent vraiment se pencher sur le cas du malade Haïti sont les “jeunes” Haitiens nés de 1970 à aujourd’hui. Les intellectuels, professionnels Haitiens nés entre 1930 et 1969 ne peuvent être que des cliniciens. Il aideront à faire l’anamnèse et le diagnostic. Ces derniers sont si ignorants, corrompus, si mesquins, opportunistes, hypocrites, résistants au changement qu’il nous serait presqu’impossible de les transformer. Donc, pour stopper l’hémorragie, stabiliser le malade et penser à un traitement, il faut faire appel aux jeunes qui vivent la culture de l’excellence, de l’honnêteté, de la discipline, de la rigueur scientifique dans les pays d’accueil, qui ne charrient pas les tares sociales presentées. Les 3ème, 4ème, et les générations futures d’Haitiens de la Diaspora sont la planche du salut de la Diaspora et d’Haïti.

Quand on fait un survol des acquis, des compétences, ressources humaines et financières des soixante-dixards (personnes nées en 1970) de la Diaspora Haitienne, on voit que cette tranche de la population diasporienne est bien souchée dans les pays d’accueil. Ils sont intégrés à part entière. Ces jeunes pour la plupart qui tendent à s’identifier à Haïti bien que nombre d’entre eux n’ont jamais mis les pieds en Haïti, ont appris à connaître, aimer ce pays à travers leurs grands-parents, leurs parents. Et, ces jeunes sont à la recherche de leur identité, d’un ancrage culturel et historique. Il est impératif de faire le lobby auprès de ces derniers qui ont l’expertise nécéssaire pour tacler les conflits, les impédiments trouvés dans l’anamnèse du malade Haïti. Le rôle de chaque parent de la Diaspora Haitienne est d’éduquer ses enfants, de les épauler dans leur cheminement vers l’âge adulte. Les valeurs dites haitiennes sont recherchées aujourd’hui. Un descendant haitien de moins dans les prisons de Montreal, New York, Floride, Paris, Santo Dominigo est une victoire pour la cause de la Diaspora Haitienne. Si nous, parents, décidons d’assumer notre rôle, dans vingt ans, nous aurons une classe d’hommes et de femmes “Guerriers Bizango” qui pourront forcer les pays hôtes à changer leur perception négative de l’Homme Haitien. Nous, qui sommes disciples de l’excellence, de l’honnêteté, de la discipline ne faisons qu’émuler les valeurs inculquées par nos parents, les membres de notre famille élargie: oncles, tantes, grands-parents, leaders religieux, voisins, etc. Chaque jeune d’origine haitienne qui réussit, c’est un stigmate de moins pour Haïti: Samyr Laine, Edwige Danticat, Jessica Fievre, Karine Jean-Pierre, etc.

Comment organiser la Diaspora Haitienne?

Les intellectuels haitiens, pour la plupart sont des spécialistes en constat qui ne proposent presque jamais. Quand ils proposent quelque chose, c’est pour amuser la galerie. Nous avons grandement besoin des architectes sociaux: sociologues, ethno-psychiatres, pscychanalystes, linguistes, psychologues, travailleurs sociaux, économistes, futurologues, spécialistes en développement durable, politiques publiques, etc. Avant même de rassembler les architectes sociaux, il faut un consensus sur la vision de cette organisation, cette structure solide qu’on veut monter. Un dialogue entre les Haitiens vivant à l’étranger s’impose. Ce n’est pas un dialogue du genre “colloques, symposiums traditionnels” qui sont des retrouvailles d’amis. Nous parlons d’assemblées générales dans les différents pays qui constituent la Diaspora Haitienne. Nous devons d’abord pousser les Haitiens à se regrouper en associations de base. Nous devons pousser ces associations à se fédérer dans les pays d’accueil. Chaque fédération sera dirigée par une structure qui sera représentative des différentes couches de la communauté. Nous devons constituer un plateforme regroupant les différentes fédérations. C’est ce plateforme qui se chargera d’organiser le dialogue international inter-haitien de la Diaspora Haitienne pour la mise en place d’une structure permanente pour la gérer.

Des groupes comme le HDWG dont je suis membre à part entière commence déjà à réfléchir sur un tel plateforme. Un groupe de dix personnes ne peut pas s’ériger arbitrairement en défenseur, organisateur de la Diaspora Haitienne. Il faut une Action Concertée pour l’Organisation Réelle de la Diaspora Haitienne (ACORDH). Les professionnels haitiens de la Diaspora Haitienne sont pour la plupart au stade des besoins de sécurité dans la pyramide des besoins de Maslow. Ils sont consumés par la recherche du pain quotidien (plat manje), de la propriété (achte Kay). Ils rêvent tous d’un changement, mais refuse de faire le bénévolat. Nous, Haitiens, sommes de mauvais singes. Les Haitiens en Amérique du Nord sont égoistes de par nature, mais ils rendent le système individualiste américain responsable. Les imbéciles que nous sommes n’arrivent pas à comprendre, à voir que les Américains, les Canadiens (Québécois surtout) sont très solidaires, généreux. En 2010, malgré la récession en Amérique du nord, les Américains, les Canadiens ont contribué des centaines de millions de dollars pour la reconstruction d’Haiti(argent qui a été pillé). Pourquoi les Haitiens de la Diaspora singent les Américains sur le plan de l’entraide, de la solidarité, du volontariat, l’altruisme?

Les leaders religieux doivent assumer leur leadership. La prêtrise, le pastorat ne doivent pas être utilisés comme outils de réussite personnelle. L’altruisme de nos hommes d’église ne doit pas être un alibi pour s’enrichir, extorquer les fidèles ignorants, s’accoupler avec les hommes et les femmes. La prêtrise, le pastorat sont des sacerdoces. Malheur aux bluffeurs à soutane, à Bible. Nous avons trop d’églises boutiques dans la Diaspora Haitienne. Les prêtres vodou doivent apprendre à lire, et à écrire. Certaines personnes ne respectent plus les règles d’hygiène, car les hougans les avisent de ne pas se baigner après avoir pris le “beny chans”. Quand on pue, l’étranger a le droit de dire qu’on pue. Nous devons penser à l’inculturation du vodou dans la culture d’excellence des pays hôtes. Les leaders religieux ont un rôlr capital à jouer dans l’organisation de la Diaspora Haitienne. Ils sont les seuls capable de faire, d’encourager l’éducation à la citoyenneté qui est vitale pour la prise de conscience collective.

Je suis un optimiste, un battant. Ma vie est une lutte constante, faite de rêves fous, de grands espoirs. Nous devons nous défaire des préjugés qui nous aliènent. Imbéciles, nous sommes nés; imbéciles, nous vivons; imbéciles, nous mourrons sans une organisation réelle de la Diaspora Haitienne. Jean Hamburger nous dit ceci dans “La puissance et la fragilité (1972, Ed. Flammarion):

“Je crois fermement que l'intelligence des hommes est assez remarquable pour concevoir et appliquer les moyens de faire échec aux dangers qui menacent l'aventure humaine. Si, à l'instar des sociétés animales qui survivent, la société des hommes doit s'organiser, elle a tous les moyens pour découvrir les clés d'une organisation qui la mette à l'abri.”

Si les Haitiens de la Diaspora (professionnels, intellectuels, illétrés, travailleurs manuels, riches, pauvres, jeunes, vieux, blancs, noirs, rouges, bleus, mulâtres, jaunes) n’arrivent pas à trouver un modus operandi, un modus vivendi pour organiser la Diaspora Haitienne, nous pouvons affirmer à juste titre que nous sommes tous des imbéciles. Je consacrerai les cinq prochaines années de ma vie (Si Dieu me prête vie) à faire des recherches pour trouver des éléments de réponse à ces multiples interrogations. Il est temps que les Haitiens investissent dans des projets viables, la formation d’architectes sociaux, de futurologues. Nous avons un problème de compétence, d’ignorance à côté de notre inconscience, opportunisme. Nous nous autodétruisons. Les peuples, les communautés naissent, vivent et meurent comme les hommes. Nous, Haitiens de la Diaspora, choississons le suicide collectif. Etes-vous prêts, citoyens Haitiens de la diaspora à boire la cigue? Si oui, continuons à vivre en égoistes, opportunistes, hypocrites, avares, gloutons. Buvons ensemble la coupe du misérabilisme. Continuons à philosopher misérablement. Si non, unissons-nous pour constituer la grande chaîne de solidarité, le Kole Zepòl ak Zepòl comme nous l’avons fait à la fin du 18è siècle. Est-ce que Dessalines, Macaya, Sans-Souci, Lamour Derance, Petit Noel Prieur, Capois La mort, etc. qui sont dépeints comme des illétrés dans l’Histoire d’Haïti sont plus intelligents, plus pragmatiques que nous, Haitiens à plômes de la diaspora?

Conclusion

Cette réflexion ne saurait être exhaustive. C’est ma lecture de profane de la réalité de la Diaspora Haitienne. Jusqu’à date, les livres, les réflexions faits ne sont pas convaicants. Les grands experts de la Diaspora Haitienne sont invités à produire des réflexions sérieuses, à répondre aux multiples questions posées dans ce modeste papier. La Diaspora Haitienne doit inévitablement se fortifier, s’organiser pour sa survie. Si vous continuer à jouer aux grands imbéciles, je vous assure que dans vingt ans, vous serez dans les chaînes physiquement. Une révolution culturelle s’impose, car nous sommes malades culturellement. Mes chers compatriotes, en guise de conclusion, je vous laisse avec ces deux citations de mon frère sénégalais, Khadim Ly et d’un internaute haitien:

« Le mal de ce pays réside dans son élite intellectuelle ou « intérêtuelle ».Une élite qui vit de l’ignorance du peuple, une élite sans morale, ni éthique, ni vertu, sans la moindre valeur et enfin sans repère.
Le mal de ce pays réside dans le fait que l’élite intellectuelle politique a un prix. Ce prix dont je parle ici n’est rien d’autre que le troc de l’intellect contre l’avoir et le pouvoir en faisant fi de l’ensemble des valeurs et principes qui constituaient la personne».

Khadim Ly

“Comme le répète régulièrement Edgar Morin, les changements radicaux de l’humanité (l’agriculture, l’écriture, la démocratie en Grèce, les religions…) ont commencé par l’invention de pratiques, de modèles isolés, par une minorité de personnes. Puis, pour des raisons diverses et spécifiques aux lieux et aux époques, ces innovations sociales, économiques, spirituelles se sont généralisées à de larges franges de la population mondiale. Cette propagation semble liée à un phénomène de « masse critique », comme le décrit l’expérience dite « du 100ème singe » relatée dans le livre de Lyall Watson, « Lifetide ». À partir du moment où une masse significative de la population se met à penser ou à agir d’une certaine façon, l’ensemble de la société est susceptible de lui emboiter le pas. Cet emboitement de pas provient de toute évidence de la rencontre entre un changement de vision du monde et l’apport d’innovations structurelles incarnant cette conscience nouvelle dans une organisation sociétale .”

Internaute haitien

Organisons-nous pour le bien-etre de la Diaspora Haitienne, d’Haiti, de l’humanite !

Kerlens Tilus

02/06/2013 Long Island, NY

Snel76_2000@yahoo.com

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