Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres








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André Durand présente
Carson McCULLERS
(États-Unis)
(1917-1967)

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

qui sont résumées et commentées

(surtout ‘’Le coeur est un chasseur solitaire’’

et ‘’Reflets dans un œil d’or’’).

Bonne lecture !

Elle est née Lula Carson Smith à Columbus (Géorgie), dans le “Deep South”, le Sud profond, d'un père, Lamar, qui était horloger-bijoutier, et d'une mère, Marguerite, qui était passionnée de musique et qui, convaincue que «le monde entier la connaîtra», dans les magasins, dans les autocars, partout où elle rencontrait des inconnus, parlait de sa fille aînée qui deviendrait une grande concertiste célèbre. Elle la fit, à partir de 1926, se consacrer à l'apprentissage du piano, s’exercer de six à huit heures par jour. La jeune fille se lia d’amitié avec son professeur, Mary Tucker. En 1930, à l’âge de treize ans, elle décida d’abandonner son premier prénom parce qu’elle cherchait une nouvelle identité. En 1932, une attaque de fièvre rhumatismale mal diagnostiquée et non traitée la laissa malade pendant plusieurs semaines durant l’hiver. En 1935, diplômée du “high school” de Columbus (où elle avait été une élève quelconque), elle vint, à New-York pour s’inscrire à l’Académie Julliard de musique. Elle aurait, tout à fait innocemment, élu domicile dans une maison de prostitution, trouvant les autres locataires extrêmement sympathiques et acueillantes. L’une d’elles, devenue son amie, guida ses premiers pas dans la ville, mais lui subtilisa la plus grande partie de l’argent qu’elle avait amassé. Elle dut, pour vivre, prendre différents petits “jobs” de serveuse ou de sténo-dactylo. D’autre part, ayant dû constater que sa maladie lui avait enlevé la vigueur physique nécessaire pour mener une carrière de concertiste, elle abandonna ce projet, mais la musique allait toujours rester pour elle une retraite spirituelle. Cependant, comme elle manifestait parallèlement des dispositions pour la littérature, que sa mère lui avait donné les bases de l’art de raconter des histoires, qu’elle avait déjà écrit à Columbus des pièces de théâtre et des nouvelles, elle suivit, le soir, des cours de “creative writing” à l’université Columbia et à l’université de New York.

En 1935, à Fort Benning, près de Columbus, son meilleur ami, Edwin Peacock, lui présenta un militaire de l’Alabama, James Reeves McCullers. Elle se souvint : «J'ai eu un choc en le voyant : le choc de la pure beauté. C'était l'homme le plus beau que j'aie jamais vu.» Il voulait lui aussi écrire, mais il ne l’a jamais fait car il était alcoolique et obsédé par l'échec. Il allait être à la fois le moteur de son travail et son mauvais ange. La très encombrante mère de Carson, apprenant qu'elle était enceinte, alla jusqu'à la terroriser et provoqua une fausse couche.

Pour se remettre d’une infection respiratoire, Carson passa, à l’automne 1936, plusieurs mois au lit, pendant lesquels elle commença à écrire son premier roman et des nouvelles où, jeune fille qui avait faim de découvertes, d'amitiés, de sensualité, de reconnaissance, de notoriété, elle peignait l’angoisse adolescente et l’amour non payé de retour. Elle put en publier certaines dans le magazine “Story”, édité par Whit Burnett, qui avait été son professeur à Columbia :

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"Like that"

Comme ça
Nouvelle

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"Sucker"
Nouvelle
Commentaire
Apparaissait déjà dans cette nouvelle que Carson McCullers avait écrite alors qu’elle était très jeune, alors qu’elle venait de sortir du “high school”, un thème fondamental dans toute son oeuvre, celui de l’amour qui n’est pas payé de retour : «Il y a une chose que j’ai apprise, mais qui me fait me sentir coupable et qu’il m’est difficile d’exprimer. Si une personne vous admire beaucoup, vous la méprisez et ne vous souciez pas d’elle, tandis que c’est la personne qui ne vous remarque pas que vous pouvez admirer. Ce n’est pas facile à admettre. Votre admiration pour une personne qui ne vous remarque pas peut vous faire subir un martyre en punition pour le mépris que vous avez pour celle qui vous admire

La nouvelle ne fut publiée qu’en 1963 dans “Saturday evening post”.

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"Court in the West Eighties"

Cour dans la quatre-vingtième rue
Nouvelle

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"Poldi"
Nouvelle

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Un souffle qui vient du ciel
Nouvelle

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L’orphelinat
Nouvelle

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Un instant de l’heure qui suit
Nouvelle

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Les étrangers
Nouvelle

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Histoire sans titre
Nouvelle

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"Wunderkind"

(1936)

L'enfant prodige
Nouvelle
Frances Bienchen est une adolescente de treize ans qui est considérée par son professeur de piano, M. Bilderbach, comme un “Wunderkind” (en allemand : un enfant prodige), un vrai génie du piano. Cependant, la pauvre connaît les tourments de la pression qui en résulte, les journaux prétendant qu’elle n’a pas aussi de talent qu’un autre élève, le jeune violoniste Heime. De plus, elle n’est pas assez forte pour supporter des heures et des heures d’exercices raffinés. Sa dépression apparaît lors d’une leçon où ses mains commencent à trembler de fatigue, où son coeur se glace et où sa musique devient sans âme. M. Bilderbach en est très troublé. Finalement, la jeune fille quitte l’école de musique affolée.
Commentaire
Dans cette nouvelle dont on comprend qu’elle est très autobiographique, Carson McCullers sut créer un crescendo et aboutir à une véritable tragédie.

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En 1937, Carson Smith épousa James Reeves McCullers et ils vinrent habiter à Charlotte (Caroline du Nord), où il avait un emploi dans une agence de crédit.

En avril 1938, Carson McCullers, qui avait encore une allure très juvénile (pour Denis de Rougemont, «elle avait l'air d'une toute jeune fille montée en graine, avec ses petits bas rouges au-dessous des genoux, son long visage pâle, sa frange noire en désordre et sa contenance effarouchée»), qui était bien elle-même une «wunderkind», soumit à l’éditeur Houghton Mifflin une esquisse et six chapitres d’un roman qui avait d’abord été une nouvelle intitulée "The mute" (“Le muet”), se vit offrir un contrat et un à-valoir de cinq cents dollars et publia :

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The heart is a lonely hunter

(1940)

Le cœur est un chasseur solitaire
Roman de 440 pages
Dans une petite ville industrielle du Sud des États-Unis, vit le jeune sourd-muet John Singer qui est graveur sur de l’argenterie. Il n’a pour seul ami que son co-locataire, un autre sourd-muet, Spiros Antonapoulos, un Grec obèse, stupide et indigne d'une telle amitié, qui fabrique des bonbons pour son cousin. Mais il est envoyé dans un asile où il est soigné pour le mal de Bright, et John Singer, qui lui rend visite chaque jour, s’établit alors dans une pension et commence à prendre ses repas au restaurant “Le café de New York”. Comme lit sur les lèvres et que, personne ne connaissant le langage des mains, il cache les siennes, se contente d’observer, de sourire à l’occasion, d’offrir à ses interlocuteurs des yeux aimables et une attention bienveillante et fervente, de manier son porte-mine sans rien écrire avec, il reçoit des confidences sans toujours les comprendre. Mais il devient l'aimant de tout ce qui est solitude dans ce bled, il devient surtout le confident de quatre êtres que tout sépare mais qui sont tous solitaires, isolés, rejetés ou incompris, en tout cas tristes et tourmentés. Ce sont :

- Mick Kelly, la fille de ses propriétaires, une jeune adolescente fougueuse, férue de musique, de rencontres et de culture, idéaliste dont les rêves sont plus grands que ce que lui permet sa condition sociale et dont les illusions vont s’écrouler les unes après les autres ;

- Jake Blount, un autre client du restaurant, un réformateur social itinérant qui, animé par des idéaux religieux et communistes, veut amener les travailleurs de l’endroit à prendre conscience de leur condition, mais se réfugie dans l’alcool pour échapper à la réalité qu’il ne peut modifier ;

- Biff Brannon, le patron sans enfant du restaurant, qui s’intéresse avec passion aux gens, qui est fondamentalement bon mais impuissant et éprouve des sentiments troubles pour Mick ;

- le docteur Copeland, médecin noir cultivé, tuberculeux, excédé par l’injustice de la société blanche à l’égard de ceux de sa race pour lesquels, en marxiste convaincu, il a de grands rêves, voulant les arracher à leur ignorance et à leur condition d'humiliés, mais qui prêche dans le désert, se heurtant à une grande incompréhension et à une passivité qu’il méprise, qu’il trouve chez ses propres enfants et qui soulève en lui une rage constante.

Ces quatre personnages montent dans la chambre de John Singer et parlent à cet interlocuteur idéal aux yeux de chacun pour trouver auprès de lui un réconfort silencieux. Ils transfèrent sur ce confesseur tous leurs doutes, leurs interrogations, leurs espoirs. Ils lui sont unis par d'étranges liens, et il devient progressivement pour eux une sorte d’idole, les raccrochant à leurs vies aliénantes. Et il joue le jeu, bien qu'il n'y ait qu'Antonapoulos qui compte pour lui. Ils gravitent autour de lui mais, incapables de communiquer avec les autres, ils restent prisonniers de leur propre solitude. Ce sont finalement la quête et l’acceptation de leur singularité qui les révèleront.

Antonapoulos meurt et John Singer se suicide. Alors seulement ses quatre amis commencent à le comprendre. Copeland se réfugie chez son fils. Blount repart parce que, ayant participé à une rixe, la police est à ses trousses. Brannon reste seul, perdu ; Mick travaille maintenant dans un grand magasin et, passée à l’âge adulte, a du mal à retrouver sa «chambre intérieure».
Commentaire
La somme des confidences des personnages forme la chronique d’une petite ville industrielle poussiéreuse du Sud des États-Unis dans les années trente en proie aux préjugés, aux tensions raciales, sociales, économiques, dont le climat écrasant de chaleur moite, la réalité quotidienne abrupte, l'ennui profond, la solitude et la pauvreté, à la fois matérielle et spirituelle, sont décrits d’une manière étonnante de vérité, recréés avec un génie singulier. Ce sont ces tensions qui isolent les gens les uns des autres.

Car le roman est aussi et surtout la chronique de la solitude, de l'angoisse et de la tendresse si tragiquement incarnées par Singer, le muet, et ses visiteurs. Le thème principal du livre est donné par le titre qui vient des vers d’un poème de William Sharp : «Mais mon coeur est un chasseur solitaire qui chasse / Sur une colline solitaire.»

Il n’y a point d'intrigue, mais une agglomération autour d’un axe central. Et, pourtant, la construction est serrée. Carson McCullers a révélé, dans "The flowering dream : notes on writing" (1959), comment elle a trouvé la structure de son livre : «Pendant toute une année, j’ai travaillé sur “Le coeur est un chasseur solitaire” sans rien y comprendre du tout. Chaque personnage parlait à un personnage central, mais pourquoi, je ne le savais pas. J’avais presque décidé que le livre n’était pas un roman, que je devais le découper en nouvelles. Mais, quand j’avais cette idée, je pouvais ressentir cette mutilation physiquement, et j’étais désespéré. J’avais travaillé pendant cinq heures quand je sortis. Soudain, comme je traversais une route, il m’apparut que Harry Minovitz, le personnage auquel les autres parlaient, était un homme différent, un sourd-muet, et immédiatement son nom fut changé en John Singer. Le centre du roman était ainsi fixé et, pour la première fois, je m’engageai de toute mon âme dans “Le coeur est un chasseur solitaire”

Denis de Rougemont, qui écrivit la préface pour l’édition française en 1947, y voyait «un motet à cinq voix qui se signalent et se posent une à une, se cherchent, se rencontrent une seule fois, mais dans une dissonance douloureuse, puis s'éloignent et, l'une après l'autre, se brisent ou se perdent inexorablement dans la rumeur informe de la vie quotidienne.» Mais Carson McCullers elle-même, qui avait voulu devenir musicienne (la musique ayant une grande importance dans le livre, depuis le désir de Mick de devenir musicienne jusqu’à l’harmonica toujours présent de Willie, un des fils du docteur Copeland), a décrit la structure du roman comme une fugue en trois parties et a expliqué : «Comme une voix dans une fugue, chacun des personnages principaux est une entité en lui-même, mais sa personnalité acquiert une nouvelle richesse quand elle est contrastée et entremêlée avec les autres». Et, comme une fugue, le livre a un thème récurrent (la solitude) et reste ouvert. La fin laisse une impression d'équilibre et de cohésion.

La narration est celle d’un narrateur extérieur, mais Mick s’exprime souvent directement. Le style est réaliste, au point de reproduire la langue et la prononciation des Noirs.

Le titre original, “Le muet”, a été changé car le roman n’est pas consacré à lui seul. Et le muet est devenu un «chanteur», ce qui indique bien que le thème est celui de la communication. S’il est, selon les mots de l’autrice, «un catalyseur pour les émotions des autres personnages», des rejetés, des oubliés, des maltraités, dont, peu à peu, par des aperçus pleins de compassion sur leur vie intérieure, s’impose la densité. Sauf Antonapoulos, ils sont tous intelligents, chacun à sa façon, chacun ayant sa propre conception du monde. Certains parviennent presque à être des héros, car, dans leur essence même, ils laissent entendre que, malgré la vanité de leurs efforts pour rompre l’isolement et l’aliénation, malgré la confusion qui entache leur idéal personnel, ils finiront un jour ou l'autre par atteindre leur but et par entrer en possession de ce qui leur appartient. On peut même voir de véritables Christs dans le docteur Copeland, Christ noir qui, se sachant tuberculeux, ne se soigne pas mais se sacrifie pour soigner les blessures psychologiques de son peuple frère qui ne lui en sait pas gré ; et dans Jake Blount qui serait un Christ blanc, son indignité d’alcoolique n’étant que la déception de ne pouvoir sauver ses frères ouvriers.

Mais, en fait, le personnage le plus important et après le sourd le personnage le plus présent est Mick Kelly. Dans l’univers sans espoir que décrit le roman, elle détient la clé qui ouvre au bonheur, qui est une recherche spirituelle et solitaire de la part de chacun, ce qui justifie bien le second titre du roman : “Le coeur est un chasseur solitaire”. Elle sépare sa vie entre ce qu’elle appelle une «chambre extérieure» et une «chambre intérieure» qu’elle nourrit de la beauté qu’elle trouve même dans les situations les plus sordides, de lectures qui lui font faire des voyages imaginaires et, surtout, de la musique qui est sa rédemption. Son amour pour la musique est avant tout d'ordre créatif. Elle compose en secret de petites chansons, et elle envisage même de composer des symphonies et des opéras. Son imagination ne laisse dans l'ombre aucun détail : «Elle se couchait à plat ventre sur le plancher froid et pensait. Plus tard - quand elle aurait vingt ans - elle serait un compositeur illustre. Elle aurait un orchestre symphonique  et le dirigerait elle-même. Elle serait debout sur l'estrade en face d'une foule énorme. Pour diriger cet orchestre, elle s'habillerait comme un homme, en habit, ou porterait une robe rouge ornée de pierres du Rhin. Les rideaux de la scène seraient en velours rouge sur lesquels s'étaleraient les initiales M. K. brodées en or.» Quand elle se rend compte qu’elle ne pourra posséder un violon, elle essaie de s’en fabriquer un. Mais elle échoue, comme Carson McCullers dut renoncer au piano. Ses aspirations musicales et son rêve d’évasion de la petite ville sont l’écho des siens. Et, à la fin, quand elle doit non seulement renoncer à ces rêves mais affronter la dureté de la vie matérielle, elle perd sa «chambre intérieure».

On peut donc voir en elle l’alter ego spirituel de l’autrice. On la considère comme le personnage le plus autobiographique qu’elle ait créé. Aussi Mick peut-elle nous être plus proche que les autres personnages.

À travers elle, il apparaît que le bonheur est à trouver en soi. Il ne faut pas l’attendre des autres, comme le font, en particulier, Copeland et Blount qui constatent que les autres restent sourds à leurs appels. Blount ne cesse de répéter dans les rues : «Vous êtes tous sourds». Le sourd étant aussi muet leur permet de se confier à lui sans qu’ils aient à attendre de lui quelque réponse en retour (et donc pas de déception). Il faut s’employer, adulte, à préserver la «chambre intérieure» qui s’est ouverte dans l’enfance.

Carson McCullers, qui fut parmi les premiers écrivains à traiter le thème de la difficulté de la communication entre les êtres, de l'incommunicabilité, de l’isolement moral, à Denis de Rougemont qui lui disait : «Il n’y a pas d’histoire d’amour dans ce roman», répondit vivement : «Il n’y a que cela !», l’amour de la vie comme miracle constant, l'amour des êtres. Le rêve de John Singer dans lequel, derrière lui, Mick, Biff, Jake et Copeland sont à genoux tandis qu’il est à genoux devant Antonapoulos, qui se tient en haut d’un escalier, reflète les relations entre les principaux personnages : son amour pour Antonapoulos est similaire à l’attention que lui portent Mick, Biff, Jake et Copeland ; mais ils ne sont pas capables de s’aimer l’un l’autre, de recevoir de l’amour, même si certains sont mieux armés émotionnellement que d’autres. Pour Carson McCullers, l’amour n’est pas réciproque.

Il est incroyable que ce roman ait été le premier d’une jeune fille de vingt-trois ans au sourire timide, tant elle y fait preuve d’une sagesse étonnante chez quelqu’un de son âge, de son époque et de son milieu. La citation de l’évangéliste Marc que fait Alice, la femme de Biff : «Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes» (1:16–18) résonne à travers le roman et lui donne une dimension spirituelle. Les personnages tendent à une communion avec une force spirituelle ou un principe unificateur, quelque chose de plus grand qu’eux et le nom de Dieu revient fréquemment. Jake Blount voit aussi, écrite sur un mur, la phrase de la Bible, «Vous mangerez la chair des puissants et vous boirez le sang des princes de la terre» où il voit un message laissé par un inconnu avec lequel il pourrait partager ses idées sociales. Carson McCullers écrivit plus tard : «L’histoire est celle de cinq personnes isolées, solitaires, et de leur quête de l’expression et de l’intégration spirituelles dans quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes... Le thème principal est indiqué dans les douze premières pages : c’est celui de la révolte de l’être humain contre son propre isolement intérieur et le désir qu’il éprouve de s’exprimer aussi complètement que possible

En dépit de son réalisme dérangeant, et peut-être grâce à l’espoir que donne Mick, ce roman eut un succès immédiat et fulgurant aux États-Unis. Avec cet extraordinaire début, Carson McCullers devint célèbre du jour au lendemain comme l'enfant prodige de la littérature américaine. La critique de Rose Feld dans le “New York times” fut représentative de l’accueil favorable fait à l’oeuvre puissante de la jeune écrivaine : «Peu importe que Carson McCullers soit une jeune fille de vingt-deux ans, “The heart is a lonely hunter” est un livre remarquable. On y sent la vocation à la douleur qui a fait naître un grand poète. Elle est enveloppée d’une connaissance qui a ses racines au-delà de sa vie et de son expérience». Richard Wright la loua pour son habileté à «s’élever au-dessus des pressions de son milieu et à embrasser Blancs et Noirs dans un seul mouvement d’inquiétude et de tendresse». L'Europe, occupée à d'autres soucis en cette année 1940, attendit l'après-guerre pour découvrir et applaudir à son tour ce roman obsédant, inoubliable, qui a ensuite été considéré comme un des cent plus importants romans du XXe siècle et qui conserve aujourd’hui toute sa force.

Il a été adapté au cinéma en 1968 par Robert Ellis Miller avec Alan Arkin et Sondra Locke.

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Les McCullers revinrent à New York et s’établirent à Greenwich Village. Carson rencontra le poète anglais W.H. Auden, Klaus et Erika Mann, deux enfants du grand romancier Thomas Mann, et leur amie (qu’ils avaient rendue morphinomane), Annemarie Clarac-Schwarzenbach, une Suissesse belle, mince, longue, fortunée, à qui il suffisait de paraître pour séduire. Et elle séduisit Carson McCullers qui écrivit : «Elle avait un visage qui, je le savais, me hanterait jusqu'à la fin de ma vie, très beau, avec des cheveux blonds coupés court. Il y avait sur ce visage un air d'inconsolable souffrance», et tomba amoureuse. Aussi les rumeurs sur son homosexualité firent-elles d’elle la cible des ligues de vertu.

Comme elle avait constamment besoin d’argent, elle consentit souvent à écrire des articles pour des revues :

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